udepProblématique des sans papiers et l’immigration clandestine en Europe sur un fond d’escroquerie politique des pays du sud ?

Mise en ligne le 09 mai 2007

Un débat s’est tenu le lundi 07 mai 2007 à partir de 20h15 sur

la Place

des Martyrs à 1000 Bruxelles sous le chapiteau de

la Compagnie

des Nouveaux Disparus (Théâtre nomades des quartiers), sur la problématique des sans papiers et de l’immigration, la politique d’asile et les droits de l’hommes. La période préélectorale aidant, le moment est propice afin d’entendre les différents hommes et femmes politiques sur cette question d’actualité qui cache parfois des vraies tragédies et des souffrances humaines.

Le public était composé des sans-papiers ainsi que des Belges de souches. Côté personnalités politiques, l’Ecologiste Isabelle Durant fut le seul chef de file à répondre présent, le parti socialiste francophone fut représenté par Madame Lalieux, Monsieur Dominique Werts du CDH a remplacé sa présidente de parti Madame Joëlle Milquet, le Commissaire européen, en vacance, et libéral francophone Louis Michel a délégué son ami du MR le Ministre de

la Coopération

au développement Armand De Decker, mais ce dernier a brillé par son absence, sans s’excuser. Mépris pour les organisateurs ou dédain viscéral envers les sans-papiers ? Aux électeurs Bruxellois d’en juger. Le Spirit et le Groen ont été les seuls partis flamands qui ont daigné répondre cette invitation. La société civile fut valablement représentée par le Président de

la Commission

‘Etranger’ de la ligue des droits de l’homme Monsieur Michel Kaiser, Madame Frédérique Mawet directrice du CIRE, Monsieur Jamel Youssfi metteur en scène de

la Compagnie

des Nouveaux Disparus, ainsi que les membres de l’Union pour

la Défense

des Sans-Papiers l’ UDEP. La modération fut assurée par Benoît FEYT, journaliste à Télé Bruxelles.

Les débats furent essentiellement axés sur les mesures urgentes à prendre afin de résoudre le problème des sans-papiers. Régularisation en masse ou au cas par cas ? Tous les partis politiques présents dans ce chapiteau ont été à des degrés divers d’accord pour une régularisation des sans-papiers sur base des critères clairs, tout en dénonçant la politique de l’actuel Ministre de l’intérieur le libéral flamand du VLD Monsieur Patrick Dewael, basée sur les statistiques, indépendamment de la réalité de chaque candidat réfugié ou sans-papiers. Le hic est qu’en Belgique il n’y a pas vraiment d’opposition politique, car près que tous les partis sont invités à la mangeoire aux différent niveaux de pouvoir, grâce à des coalitions contre-nature, exception faite pour les partis d’extrême droite. En cette période préélectorale, chacun va essayer de tirer la couverture de son côté, c’est de bonne guerre !

La société civile et les représentants des sans-papiers ont exprimé leur souhait, celui d’une régularisation massive sans aucun critère sélectif. Ils ont décrits certaines réalités de la vie des sans-papiers notamment, leurs participations dans l’économie de

la Belgique. L

’exploitation dont ils font l’objet de la part de certains employeurs véreux, qui n’hésitent pas à proposer des salaires de l’ordre de 2 Euros par jour. En passant par les marchands de sommeil qui proposent de taudis à des prix qui dépassent parfois les prix de chambres d’hôtels de lux. Immigration choisie ou immigration subie ? En abordant ces deux approches, les participants n’ont pas manqué de faire allusion à la polémique suscitée par Nicolas Sarkozy, lors de la campagne présidentielle française. Les politiques belges ne s’hasardent pas beaucoup sur ce terrain au risque de faire le nid de l’extrême droite.

Par ailleurs, les participants à ce débat ont soulevé l’absurdité des ‘’centres fermés’’. Une vraie honte pour un pays dits démocratique qu’est

la Belgique. Les

enfants non accompagnés, les nouveaux nés, les femmes enceintes et les vieillards sont indistinctement emprisonnés dans ces « goulags » que je qualifie de « camps de concentration » de sinistre mémoire. Autant les jeunes enfants et les nouveaux nés ne peuvent être condamnés à des peines d’emprisonnement par les Cours et Tribunaux, autant

la Justice

de ce pays accepte la présence surréaliste des nouveaux nés dans ces camps de concentrations dits pudiquement centres fermés, dont l’un d’entre eux est situé sur le tarmac de l’aéroport international de Zaventem. Auschwitz, Guantanamo ou Alcatraz, vous avez le choix. C’est inacceptable !

Une petite réflexion toute simple, que dirait l’opinion publique occidentale si un gouvernement d’un pays du sud décidait d’enfermer un nouveau né européen dans un centre fermé situé sur le tarmac d’un aéroport international ? Qui peut dès lors croire à l’égalité entre les hommes, si bien décrit dans la charte universelle des Nations Unies sur les droits de l’homme ?

Le débat tendait vers la fin sans que personne dans le chapiteau ne puisse aborder l’aspect le plus important de cette problématique des sans-papiers, à savoir, la recherche du diagnostic étiologique ou les raisons profondes de cette hémorragie démographique des pays du sud. Hypocrisie, volonté délibérée d’éluder la question ou simple méprise ? J’ai dû sortir de mon silence afin de partager mon opinion sur cette question, sans détour ni langue de bois. Comment peut-on expliquer que ces hommes et femmes décident un jour de tout laisser chez eux et de partir vers un univers lointain et inconnu ? Pourquoi les habitants des pays du sud ont-ils perdu espoir et se réfugient tous dans un rêve chimérique, celui de trouver le bonheur en occident ? Un silence assourdissant retentit dans le chapiteau.

Je ne pouvais continuer ma réflexion sans parler de mon pays d’origine

la République Démocratique

du Congo, le pays le plus riche de la planète en terme de richesses naturelles. Son sous-sol regorge notamment : du cobalt (34% des réserves mondiales connues), de cuivre (10% des réserves mondiales), mais aussi de l’or, du diamant, du béryllium, de l’étain, du niobium, du germanium, de l’uranium, du colombo-tantalite (coltan), du zinc, du manganèse, du tungstène … du pétrole, du gaz méthane et abrite la deuxième forêt tropicale primaire de la planète. Un seul exemple chiffré du pillage de

la RD Congo

: l'exploitation minière par les multinationales occidentales se fait à un taux sans précédent et il est estimé à quelques 6 millions de dollars par jour, uniquement en cobalt brut (un élément des superalliages essentiels aux industries nucléaire, chimique, aérospatiale et de défens).

La conséquence de ce pillage à outrance est que

la RD Congo

se place en queue de peloton pour son PIB et ses habitants ne pensent qu’à fuir la misère ainsi que la tyrannie du régime en place. Certains Congolais se retrouvent un jour sans-papiers en Belgique ou à ailleurs.

A cet instant, J’ai senti une certaine gêne, teintée d’hypocrisie dans les regards de ces hommes et femmes politiques assis à moins de

6 mètres

de moi. Soudain, ils se sont tous mis à prendre des notes comme si la matière ferait l’objet d’un examen oral en juin (période électorale) Sic ! Dans le souci de ne pas monopoliser la parole, j’ai simplement résumé le problème congolais ou plutôt l’escroquerie politico-économique dont est victime

la RD Congo

depuis l’époque coloniale jusqu’à nos jours, en citant le procès en cours au Tribunal Correctionnel de Bruxelles qui oppose le peuple congolais représenté par l’asbl CERCO ULB contre l’Office national belge du Ducroire. Ce dernier, sous l’influence de certains hommes politiques, a octroyé des aides et garantis de manière frauduleuse au profit du consul honoraire de France, le conseiller fédéral belge au commerce extérieur, le très controversé homme d’affaires belge Monsieur Georges Arthur FORREST et associés. Cette joint-venture soulage les pauvres congolais de son Germanium et d’autres minerais précieux contenus dans le terril de Lubumbashi au Katanga. D’autre part, GA. FORREST finance le parti politique du dictateur Joseph KABILA. La légitimation de ce dernier est organisée, sécurisée et financée par la commission européenne à hauteur de 500 millions d’Euros argent d’honnêtes contribuables occidentaux.

De toute évidence, le pillage des richesses naturelles de

la RD Congo

, par les multinationales occidentales, n’est possible que grâce à un régime qui échappe totalement à tout contrôle parlementaire véritable, un régime autocratique et sanguinaire responsable des récents massacres de Kinshasa et du Bas –Congo. Un régime qui n’a pas hésité à tirer à l’arme lourde sur 14 Ambassadeurs occidentaux à Kinshasa le 21 août 2006. Dans ces conditions de répression sauvage, de massacre et de famine, la population civile congolaise n’a malheureusement plus d’autres choix que de fuir pour survivre. Ces pauvres hommes et femmes prennent exactement la même direction que les richesses minières de leur sol et sous-sol, ironie du sort !

En outre, les peuples du sud artificiellement appauvris se retrouvent doublement pénaliser. Ils sont obligés de payer la dette et les intérêts d’une dette odieuse contactée à leur dépend, par les régimes tyranniques, auprès des Etats et des Institutions internationales. Les Ministères de la coopération au développement des pays bailleurs des fonds rapportent plus de devise que tous les autres Ministères réunis. Raison de plus pour que la misère des pays du sud puissent continuer. Ce business morbide savamment organisé depuis l’époque coloniale, ne s’arrêtera pas tant que les populations du sud n’auront pas compris que les Etats n’ont pas d’amis. La notion de la sélection naturelle et la lutte pour la survie de Charles Darwin, ainsi que la dualité entre le prédateur et sa proie sont d’actualité. Malheur à une proie qui s’ignore !

En conclusion, je pense que la problématique des sans-papiers, de l’immigration clandestine, de l’asile politique et économique, ne trouvera jamais de solution durable tant que certains gouvernements occidentaux continueront à entretenir les réseaux de pillage des richesses naturelles des pays du sud et d’organiser des élections bidons afin de légitimer des dictateurs, garants des contrats léonins. Pour être plus clair, cette problématique des sans-papiers, est totalement artificielle. Les solutions proposées par ces têtes bien pensantes sont purement cosmétiques et ne constituent qu’un emplâtre sur une jambe de bois. Refuser de voir la vérité en face, nier sa propre responsabilité dans la tragédie des peuples du sud, est inacceptable. La liberté a un prix, les hommes et femmes des pays du sud doivent en prendre conscience et agir en conséquence.

Benjamin Stanis Kalombo
Président de l’Association pour

la Promotion

de

la Démocratie

et du Développement de

la République Démocratique

du Congo, APRODEC ASBL.
Tél : 00 32.484.925.836
kalombobs@yahoo.fr