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Gizenga est crédité dun solde positif de CDF 70.000 milliards
Par © lesoftonline.net
14 juin 2007

À chacun sa méthode. Celle d’Antoine Gizenga Funji n’est pas bruyante mais elle produit ses effets. En trois mois et dans le plus grand silence, elle a permis de réaliser un solde créditeur. Ce qui n’avait jamais été vu pendant tout le temps qu’a duré le 1+4. Le solde cumulé donne CDF 70.372 milliards pour un seul trimestre de gestion. Le secret de cette performance se trouve dans un seul dogme: dépenser dans les limites des recettes.

Il s’appelle aussi et surtout Joseph Kabila. Le fait que le chef de l’État n’interfère pas dans l’accomplissement de la tâche du ministre PALU du Budget, Adolphe Muzito, donne à ce dernier d’appliquer sa politique budgétaire comme il l’entend.

La méthode Gizenga commence à donner ses résultats. Il n’a fallu que trois mois au gouvernement. Un trimestre pour faire rendre gorge à ceux qui ont fait tôt de l’accuser d’immobilisme et enlever jusqu’à un satisfecit de la communauté financière internationale, quoique celle-ci reste encore timide sur
la R-dCongo , en raison de l’expérience passée.

La recette Gizenga repose sur un seul dogme: l’orthodoxie financière qui consiste à dépenser dans les limites des recettes réalisées. Mieux encore en deçà, quitte à affecter le solde au paiement de la dette cumulée née de la création artificielle de la monnaie.

C’est tout ce que le Premier ministre s’évertue à faire depuis son investiture et les chiffres parlent de la bouche de celui de qui dépend tout le succès de l’action gouvernementale, le ministre PALU du Budget, Adolphe Muzito.

S’il n’eut pas été modeste de par sa nature, cela aurait monté à la tête du liquidateur des dépenses du gouvernement d’avoir cumulé un solde positif trois mois de suite, soit mars, avril et mai. «Pendant tout le régime 1+4, cela n’était jamais arrivé que les Finances de l’État connaissent un solde créditeur pendant tout un trimestre. Il n’y a qu’à se référer aux chiffres», se félicite-t-on à la représentation de
la Banque mondiale à Kinshasa. 

Pour son premier trimestre de gouvernement, Antoine Gizenga Funji totalise un solde positif de CDF 70.372 milliards. C’est en mars qu’il a réalisé le meilleur score avec un solde positif de CDF 46.210 milliards. Il a collecté des recettes pour un montant de CDF 58.730 milliards contre des dépenses totales chiffrées à CDF 39.516 milliards.

En avril, il a mobilisé CDF 57.367 milliards et a dépensé CDF 49.258 milliards. Le dernier a vu la courbe des recettes remonter à CDF 61.393 milliards. Ses dépenses se sont élevées à CDF 45.340 milliards. Ce qui lui a permis d’éponger un déficit de CDF 11.787 milliards, occasionné en janvier-février sous le 1+4. Ainsi, l’ensemble de cinq premiers mois de 2007 donne des recettes de CDF 298.694 milliards contre des dépenses de l’ordre de CDF 240.109 milliards.

Les projections fin semestre annoncent des perspectives meilleures avec un solde créditeur de CDF 3.166 milliards attendu en juin. Ceux qui attendaient de juger les 100 jours de Gizenga sont bien servis. Seulement, les effets des performances ne se ressentent pas encore dans le vécu quotidien. Et pour cause.


«Tous ces soldes créditeurs vont au remboursement de la dette de l’État à la Banque centrale. Ce qui nous empêche de constituer des fonds pour commencer les grands travaux», explique le ministre Muzito au «Soft International».

N’empêche que dans l’immédiat, les R-dCongolais ont observé la remontée du franc congolais face au dollar. La monnaie nationale est revenue autour de CDF 500 - et même en deçà - contre un dollar alors qu’il y a moins d’un mois la devise américaine frôlait la crête de 60 FC. L’arrière-pays s’était montré rétif à suivre puis il s’est mis au pas. À Goma, par exemple, le dollar a continué à se changer contre 570 FC jusqu’il y a près de deux semaines. Les spéculateurs en ont profité pour faire un commerce fou d’argent entre Kinshasa et la capitale du Nord-Kivu.

LES ANNEES MATUNGULU.

Avec la politique budgétaire de Gizenga, il n’est pas évident qu’ils trouvent une autre opportunité du genre à l’avenir. Cette politique est appelée à se corser davantage. Muzito trouve que c’est la seule voie pour redresser le cadre macro-économique.

«Dans une période de grave inflation comme celle que nous connaissons, il est illusoire de s’appuyer sur la politique monétaire. Seule la politique budgétaire peut nous sortir du gouffre», théorise le ministre de gauche, acquis à l’idée que la privatisation des entreprises publiques s’impose aujourd’hui.

Quand on l’interroge sur le secret de ses modestes succès, Muzito expique qu’il ne s’agit qu’une question d’éthique dans la gestion des Finances. Il fait tout dépendre de la seule volonté politique, affirmant qu’il y a eu dans le passé des gestionnaires avec l’expertise requise mais il leur a manqué de s’interdire de prendre le bien public pour un bien sans maître. Il leur accorde l’excuse d’avoir travaillé dans un contexte qui n’était pas propice à l’orthodoxie de gestion.

«Nous, nous avons la chance historique de travailler dans un contexte républicain. Notre travail est avant tout de construire un cadre pour qu’on arrive au niveau de ces pays où l’alternance politique n’affecte nullement la vie socio-économique. Qu’on nous laisse travailler. Tous ceux qui excellent aujourd’hui dans la critique connaissent la réalité».

«Ce sont eux qui ont coupé l’arbre et ils nous demandent de le faire pousser ici et maintenant. Si le budget 2007 est faible, c’est parce qu’il repose sur un héritage macro-économique qu’on ne peut pas changer en trois mois de gestion. Nous avons tout de même réussi un accroissement de 34 pc par rapport au budget 2006», se défend Muzito.

L’autre petit secret des performances de Muzito s’appelle Joseph Kabila Kabange. Le ministre PALU du Budget affirme avoir reçu du Chef de l’État les pleins pouvoirs de décider sur les dépenses publiques à effectuer. «Je paie selon les prévisions et en décidant personnellement sur ce qui a de mieux à faire dans l’intérêt général. Le Chef de l’État n’interfère nulle part», se flatte Muzito.

Kabila et Gizenga sont pour lui la couverture politique qu’il pouvait le plus espérer pour accomplir sa tâche avec le seul souci de répondre avant tout aux attentes des R-dCongolais.

Ici, il prend carrément la défense du Chef de l’État. Il demande aux élites de le laisser pour qu’il rende compte à celui dont il est comptable, le peuple. Il rappelle que Kabila était déjà bien parti. Sous le ministre des Finances, François Matungulu, il avait déjà réussi à rétablir des équilibres et même à conclure un programme avec les institutions de Bretton Woods.

«Le 1+4 est venu tout chambouler. Toutes les opportunités que nous offrons au Chef de l’État comme la bourse aux étudiants finalistes, le fonds d’aide publique à la presse et autres, il pouvait les réaliser depuis longtemps, si l’embellie de l’époque Matungulu s’était consolidée», nous explique Muzito.

Son prochain cap reste d’amener le gouvernement au point d’achèvement. Avec sa politique budgétaire, nul doute qu’il arrive d’ici une brève échéance puisque le point d’achèvement ne tient qu’à une gestion responsable de la monnaie - éviter la création artificielle de la monnaie -, à la restauration des équilibres macro-économiques et à la poursuite des réformes.

Dans ce point d’achèvement existe le passage obligé du DSCRP avec son fonds PPTE. Or, le cordon de la bourse PPTE ne se délie que si le pays s’acquitte de la dette vis-à-vis de l’extérieur. Donc, Muzito est bien obligé de payer. Cette année, il a prévu CDF 377 milliards à affecter au service de la dette extérieure.

Si le gouvernement garantit des provisions à la hauteur fixée, il gagnera en retour une rétrocession de CDF 210 milliards des ressources PPTE. Muzito s’en préoccupe, mais pas plus qu’il se soucie des disparités entre provinces quant aux recettes à leur rétrocéder. Il plaide pour les provinces pauvres et craint que celles-ci ne restent en marge du développement national, si les provinces les plus contributives au budget national n’acceptent pas de partager leurs richesses au nom de la «solidarité nationale».

Les discussions engagées avec les Assemblées provinciales ont permis un compromis qui fait que les plus pauvres comme le Maniema, le Bandundu ou encore l’Equateur obtiennent une rétrocession substantielle qui aussi entre CDF 4 et 5 milliards au lieu de la portion congrue de moins de CDF 500 millions.

Quant aux trois provinces les plus riches, à savoir Kinshasa, Bas-Congo et le Katanga, des compensations étaient prévues dans un prochain budget annexe à aménager. Muzito ne voit pas le sort des provinces s’améliorer même dans le contexte de la péréquation attendue. Cette caisse ne recevra que le dixième des 40 pc de la rétrocession qui ne serviront à rien d’autre que corriger le déséquilibre par le financement des projets d’investissements.

Sa consistance sera modique, outre que financer des projets d’investissement n’apportera pas aux provinces concernées la manne dont elles ont besoin pour les besoins de développement. À la place, Muzito propose qu’on enrichisse la caisse de péréquation d’un autre fonds constitué du produit de l’emprunt ou des ressources autres que les ressources ordinaires.

MICHEL MUKEBAYI NKOSO
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