Norman_MutangaL'ingéniosité d'un Kenyan offre une seconde vie aux ordinateurs
17 juin 2007 - AFP

Fatigué de subir les séries télé à l'eau de rose regardées par sa femme, un Kenyan spécialisé dans le recyclage des ordinateurs a mis fin à son calvaire en utilisant de vieux appareils pour assembler sa propre télévision, écologique de surcroît.

Norman Mutunga a transformé des ordinateurs dépassés en écran télé et s'est ainsi doté à la maison d'un second poste de télévision fonctionnant avec des piles ou à l'énergie solaire.

Après une petite démonstration, de nombreux Kenyans sceptiques ont été séduits.

L'image de l'écran est de très bonne qualité et le prix imbattable: un téléviseur recyclé coûte environ 75 dollars (55 euros), soit moitié moins cher qu'un écran neuf dans un pays où les deux-tiers de la population vit avec moins de un dollar par jour.

Cet appareil peut aussi être connecté à un lecteur DVD ou à une console de jeu. Et puis, il est écologique.

"On nous a dit qu'on était fou, mais nous avons réussi, et nous avons réduit les déchets électroniques", résume M. Mutunga, la trentaine, qui s'est lancé en 2006 dans ce projet avec l'organisation non gouvernementale (ONG) Des Ordinateurs pour les écoles au Kenya (CFSK).

Pour CFSK, qui réhabilite de vieux ordinateurs depuis 2002, recycler les déchets électroniques est une priorité absolue.

"Un ordinateur tout neuf deviendra un jour un déchet électronique", explique le numéro 2 de CFSK, Fred Okono. "Il fallait donc trouver des moyens écologiques pour résoudre notre appétit de technologie", ajoute-t-il.

Chaque année, entre 20 et 50 millions de tonnes de déchets électroniques, qui peuvent contenir du mercure ou du plomb et contaminer l'environnement, sont produits dans le monde, selon le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE).

Cent soixante-dix pays ont ratifié la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets dangereux et de leur élimination, un texte entré en vigueur en 1992. Mais de nombreux déchets électroniques concernés par cette convention continuent à traverser les frontières.

La plupart atterrissent en Afrique sous forme de dons à des organisations. "On récupère souvent ce que le reste du monde n'utilise plus", constate M. Okono, en regardant des piles de disques durs démantelés dans son atelier des environs de Nairobi.

"J'ai noté que l'un des pays les plus connus pour ce trafic est les Etats-Unis. Ils nous envoient des imprimantes matricielles sous prétexte de nous aider, mais en fait ils nous envoient ce qu'ils ne veulent plus", estime M. Mutunga.

"Comment doit-on faire avec ces trucs ?, se demande-t-il: Les mettre dans un musée et demander aux visiteurs de payer pour voir des fossiles de la technologie" qui ne sont pas aujourd'hui recyclables, comme les écrans d'ordinateurs, dans un pays en voie de développement comme le Kenya?

Mara Michel Basaula-Divididi
N'dombasi Gustave  Jazy

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