29 juin 2007
La folle cavale de Cheb Mami
La folle cavale de Cheb Mami
ALGÉRIE - 24 juin 2007 - par FARID ALILAT
Accusé par la justice française de violences volontaires,
séquestration et menaces sur la personne de son ex-compagne, le « prince du raï
» a choisi de regagner clandestinement Oran, sans attendre son procès. Il est
désormais recherché par Interpol.
Il y a un an, il était en haut de l’affiche. Prince du raï, Cheb Mami vendait
des albums par millions (dix-sept, au total) et multipliait les duos avec les
stars du show-biz, de Sting à Enrico Macias, en passant par Zucchero ou la
chanteuse israélienne Noa. Il est aujourd’hui la vedette d’un fait-divers
particulièrement sordide et s’efforce d’échapper à la justice française.
Pour Cheb Mami (40 ans), la descente aux enfers commence le
27 août 2005. Ce jour-là, son ex-compagne française, enceinte de lui de trois
mois, débarque à Alger où elle est invitée à faire un reportage sur des
chanteurs kabyles.
Elle aurait été accueillie par un assistant de son manager,
puis conduite dans un bungalow situé sur la côte ouest de la capitale. Là, on
lui aurait fait boire un jus de
fruits mélangé à des médicaments. Droguée, elle aurait été
conduite dans la villa du chanteur, à Alger, où se seraient déjà trouvées deux
femmes. Des « faiseuses d’ange »… Allongée de force sur un matelas, la jeune
femme aurait subi une tentative d’avortement. « Ils m’ont piquée trois fois aux
fesses, raconte-t-elle aux policiers. J’étais sur le dos, l’une des femmes
était à califourchon sur moi et me pressait le ventre très fortement tandis que
l’autre essayait d’extraire le fœtus. Il y avait du sang partout. »
De retour en France, elle constate que le bébé qu’elle porte
est miraculeusement indemne. La petite fille naîtra le 14 mars 2006. Craignant,
à tort ou à raison, pour la sécurité d’Aïda, sa première fille, la maman,
photographe dans une agence de presse, porte plainte contre lui, le 21 novembre
2005, dans un commissariat parisien. Certificat médical à l’appui, elle
l’accuse de lui avoir fait subir une tentative d’avortement forcé qui s’est
traduite par un arrêt de travail de trente jours. Une enquête est diligentée.
Le 26 octobre 2006, Cheb Mami débarque à l’aéroport d’Orly.
À sa descente d’avion, il est interpellé et conduit devant le juge
d’instruction du tribunal de Bobigny (Seine-Saint- la Santé
Début février 2007, Mami est finalement libéré, après
versement d’une caution de 200 000 euros. Privé de ses passeports algérien et
français, il est placé sous contrôle judiciaire, avec interdiction de quitter
le territoire français. Dans l’attente de son procès, le chanteur s’installe
dans l’appartement qu’il possède dans le 9e arrondissemement de Paris. Le 14
mai, coup de théâtre : il ne répond pas à une citation à comparaître devant le
tribunal de grande instance de Bobigny (la plaignante et son manager sont, en
revanche, présents). Furieuse, la juge Élisabeth Herlaut lance aussitôt un
mandat d’arrêt international contre lui.
Le mois précédent, pendant les vacances de Pâques, Mami a en
effet réussi à gagner l’Espagne en automobile, avant d’embarquer, à Alicante, à
destination d’Oran, où sa famille est établie. Comment est-il parvenu à quitter
la France
« En violant le contrôle judiciaire, il a commis une grave
erreur, car la juge l’aurait sans doute autorisé à se rendre en Algérie si ses
avocats en avaient fait la demande », commente une source proche du dossier. «
Il aurait dû rester en France, confirme un avocat du barreau d’Alger. Hier, il
se disait victime d’une cabale. Aujourd’hui, il s’est mis dans la peau d’un
coupable. Comment plaider l’innocence après ça ? »
Mais que s’est-il donc passé dans la tête de Mohamed
Khelifati, le vrai patronyme de Cheb Mami ? A-t-il brusquement pris conscience
des conséquences de son geste sur sa carrière ? A-t-il écouté de mauvais
conseillers ? A-t-il tout simplement paniqué à l’idée de passer quelques mois,
voire quelques années, derrière les barreaux ?
Longtemps, le chanteur avait affiché sa confiance dans la
justice française. Il y a quelques mois, lors d’une rencontre dans le bureau de
son avocat parisien, il nous avait confié son intention de répondre aux
accusations portées contre lui. « Je vais me défendre parce que je suis
innocent », nous avait-il déclaré. Le voici désormais en cavale.
C’est à Oran où, entre autres biens, il possède une grande
villa qui fut la maison d’enfance du couturier Yves Saint Laurent, que le «
Cheb » tente d’organiser, maladroitement, sa défense dans les médias. Après
avoir systématiquement refusé les sollicitations de la presse française (au
mois de mars dernier, il nous avait donné son accord de principe pour une
interview dans Jeune Afrique, avant de se rétracter à la dernière minute), il a
fini par donner sa version des faits au Quotidien d’Oran (4 juin), puis à El
Watan (10 juin). Le chanteur affecte de craindre pour sa sécurité, porte
casquette et lunettes noires, refuse de divulguer son adresse et de communiquer
son numéro de téléphone. Il est escorté en permanence par deux ou trois
cerbères pas franchement avenants. Délire parano ou crainte justifiée ? L’un
des deux journalistes qui l’ont rencontré à Oran répond, dans un sourire : « Il
est plus facile d’obtenir un rendez-vous avec le pape qu’avec Mami. Il se
déplace dans un véhicule aux vitres teintées, esquive les questions gênantes
?et refuse que l’entretien soit enregistré. On se croirait dans un film
policier de série B. »
« Je ne nie pas avoir eu un rapport sexuel avec la
plaignante, confie-t-il à nos confrères algériens. Mais une seule fois, lors
d’une rencontre occasionnelle. Elle m’a trompé en ce sens qu’elle a
volontairement omis de prendre un contraceptif, comme nous en étions convenus.
Quelques mois après, elle a commencé à faire du chantage, à me demander de
l’argent en me menaçant de déposer plainte. »
Déprimé, Mami a alors commis « la plus grande bêtise de [sa]
vie en écoutant le conseil de [son] manager ». « Vous savez, explique-t-il,
quand on est déprimé, on devient une proie facile pour les mauvais conseillers.
Alors, il y a eu cette journée où, dans une maison à Alger, en présence de mon
manager et de deux médecins [sic], il y a eu ce curetage. Ces deux médecins ont
dernièrement fait l’objet de recherches, dans le cadre d’une commission
rogatoire, mais sans succès. Mais c’était heureusement un acte sans conséquence
puisque, revenue en France, la mère a constaté la viabilité du fœtus et a
décidé de garder l’enfant, une fille qui serait aujourd’hui âgée de 9 mois. »
Jouant les Ponce Pilate, Mami rappelle que « depuis le dépôt
de plainte et jusqu’à l’enquête judiciaire, cette femme a toujours déclaré que
je n’étais pas présent lors de la tentative d’avortement ».
« Au début, elle a quand même demandé de l’argent pour
avorter, dit encore le chanteur. Elle a été dans une clinique en France, mais
le prix ne lui convenait pas. C’est une affaire d’argent, tout simplement. Je
lui ai remis, dans un premier temps, 10 000 euros, ensuite 5 000 euros. Je
voulais oublier cette histoire. »
Et sa cavale en Algérie ? « Non, ce n’est pas dans
l’intention de fuir que j’ai quitté la France. J
Michel Lévy, son ancien manager, l’homme qui lui a ouvert
les portes du succès international, se voit quant à lui accusé de tous les maux
en des termes plus que contestables. « Mon erreur, affirme le chanteur,
peut-être la plus grosse de toute ma vie, c’est d’avoir suivi le mauvais
conseil de mon manager juif, Michel Lévy. C’est lui la cause de tous mes
ennuis. » Last but not least, Mami met en cause la partialité de la justice
française, en laquelle, dit-il, il n’a « plus confiance ». « Le 25 octobre
2006, explique-t-il, lors de ma présentation devant la juge d’instruction, en
présence de mes avocats, on n’a pas pris beaucoup de temps pour délivrer un
mandat d’arrêt contre moi, en dépit du fait que je présente toutes les
garanties de présentation [devant la justice] requises. Depuis plusieurs
années, je fais la navette entre l’Algérie et la France
Très abattu, « le môme » (mami en arabe) souhaite désormais
être jugé dans son pays d’origine. Bien qu’il existe une convention
d’extradition entre les deux pays, il ne court pas grand risque d’être renvoyé
à Paris. Mais il n’est, en théorie, pas à l’abri de poursuites judiciaires. «
Si la justice algérienne se saisit de l’affaire, le procès peut être instruit
ici », explique un avocat algérien (voir encadré ci-dessous). Mais quel juge
d’instruction prendra un tel risque connaissant les solides amitiés dont
dispose la star au sein du pouvoir algérien ?
Quoi qu’il en soit, il y a beau temps que les policiers
français ne croient plus à l’innocence de Mami. Le 21 novembre 2005, alors que
la plaignante se trouvait dans les locaux de police judiciaire de Seine-Saint-
Ses récentes sorties médiatiques ne semblent pas de nature à
redorer l’image du chanteur, bien au contraire. La presse française n’a pas
manqué de relever dans ses propos des relents antisémites, et son ex-manager
n’exclut pas de porter plainte contre lui pour diffamation. Me Françoise Cotta,
qui défend les intérêts de son ex-compagne, se déclare pour sa part atterrée :
« Cette interview, juge-?t-elle, est pitoyable. La jeunesse algérienne mérite
d’autres idoles. Que Cheb Mami sache que, dans ce dossier, la partie civile
sera représentée, que le procès ait lieu en France ou en Algérie. »
Quant à la plaignante, qui continue de refuser de s’exprimer
publiquement sur cette affaire, elle n’oublie pas que, peu de temps après sa
remise en liberté, Cheb Mami avait annoncé à la télévision algérienne son
intention d’organiser un grand concert ?pour fêter sa libération et « oublier
tout ça ». Tant de légèreté et de désinvolture ont fini par choquer les
Français, bien sûr, mais aussi les Algériens, qui, pendant son incarcération,
s’étaient pourtant montrés plutôt solidaires.
Mais le vent a tourné. Rares sont aujourd’hui ses
compatriotes qui lui accordent des circonstances atténuantes, comme en
témoignent les forums Internet. « Mami, tu as fait une connerie, tu dois
l’assumer, écrit par exemple Mourad, un internaute résumant assez bien le
sentiment général. Tu es pathétique quand tu accuses ton manager et ton ex
d’être juifs [ce qui, au demeurant, est faux, NDLR]. Tu n’as plus confiance
dans la France la Légion
Sacrée déchéance pour l’ancien soudeur de Saïda devenu star
internationale ! Personnage plutôt discret dans un monde du show-biz qui ne
l’est guère, il a longtemps joui dans l’opinion d’une image sympathique. Adepte
d’un raï plus policé, moins épicé que celui de Cheb Khaled, son grand rival -
qui, lui aussi, en septembre 2004,
a
En attendant la tenue de son éventuel procès, il est
professionnellement à la dérive. Layali, son disque sorti le 30 octobre 2006, a
© Mara
Michel Basaula-Divididi et N'dombasi Gustave
Jazy
Patriote Congolais
The Netherlands
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