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Blog du CDF/FCD - Afrique

Actualité de la Section Africaine du CDF/FCD (Chrétiens Démocrates Fédéraux / Federale Christen Democraten) de Belgique. Infos : http://cdfliege.lalibreblogs.be/

03 juillet 2007

Résumé de l’histoire des conflits dans la région des grands lacs

Résumé de l’histoire des conflits dans la région des grands lacs
(Extraits de l’ouvrage « Géopolitique » de Yves Lacoste avec l'aimable autorisation des  éditions  Larousse)

Les origines

Le Rwanda et le Burundi voisin sont deux anciens petits royaumes d’Afrique de l’Est qui doivent l’importance de leur peuplement au fait qu’ils ont autrefois échappé aux raids des marchands d’esclave et à la fertilité de bons sols volcaniques. A la fin du XIXeme siècle, ces royaumes passèrent sous l’autorité allemande puis, après la première guerre mondiale, sous celle des Belges, qui dominaient le Congo voisin. Les colonisateurs européens avaient constaté que, dans ces deux royaumes, la société présentait un fort contraste entre une minorité dominante, les Tutsi (plutôt éleveurs de bovins), venus de la vallée du Nil, et une majorité de paysans hutu (environ 85% de la population). Les Européens jugèrent plus commode de s’appuyer sur l’autorité des Tutsi dont ils favorisèrent l’éducation dans les années qui suivirent la seconde guerre mondiale. Ainsi, certains fils de familles aisées tutsi allèrent en Belgique faire des études supérieures. Ils en revinrent avec des idées, plus ou moins marxistes, d’indépendance. En réaction, les colonisateurs jouèrent la carte des Hutus restés sous l’influence des missionnaires catholiques. Les années qui précédèrent ou suivirent l’indépendance connurent une grande agitation politique.

Au Rwanda comme au Burundi, les Hutu proclamèrent qu’il fallait renverser la « société féodale » dominée pat les seigneurs Tutsi et, de 1959 à 1962, date de l’indépendance, les Tutsi du Rwanda furent victimes d’exactions de la révolution Hutu ; nombre d’entre eux durent s’enfuir au Congo ex Belge, au Burundi ou, surtout, en Ouganda, pays qui venait lui aussi d’accéder à l’indépendance. Mais cette colonie britannique qui était jusqu’alors « modèle » se trouva entraînée à son tour dans de très violentes luttes internes qui durèrent plus de vingt ans. Un mouvement de guérilla dirigé par Yoweri Musevini finit par l’emporter en 1986, notamment avec l’aide des réfugiés Tutsi du Rwanda, dont les fils acquirent une grande efficacité guerrière ( dont Paul Kagamé actuel président du Rwanda).

La tragédie de 1994 :

Avec l’aide des nouveaux maîtres de l’Ouganda,qui cherchaient d’ailleurs à se débarrasser d’eux, ces réfugiés mercenaires tutsi constituèrent en 1990 une Armée patriotique rwandaise (APR, devenue plus tard FPR) afin de rentrer au Rwanda et d’y reprendre le pouvoir. Ils furent d’abord repoussés à plusieurs reprises par l’armée rwandaise (FAR) du gouvernement hutu, grâce à des contingents français envoyés au Rwanda au titre des accords de coopération. Les conseils du gouvernement français et les pressions internationales incitèrent le gouvernement rwandais à chercher une solution négociée, en s’appuyant sur des Hutu « modérés » et des Tutsi restés au Rwanda. Cependant, malgré les efforts, les dissensions entre Tutsi et Hutu n’avaient fait que croître. Au Burundi, en octobre 1993, le premier président hutu qui venait d’être élu était assassiné au cours d’un putsch militaire tutsi, ce qui entraîna également dans ce pays de nombreux massacres entre les deux communautés.

Néanmoins, en 1993 les Présidents du Rwanda et du Burundi acceptèrent, malgré l’opposition de leurs ultras, de signer à Arusha en Tanzanie, des accords organisant une solution négociée entre les protagonistes tutsi et hutu dans chacun des deux Etats. Dans ce contexte,

la France

retira ses troupes du Rwanda à la fin de l’année1993.

Tout fut remis en cause après que l’avion transportant le président rwandais Juvénal Habyarimana eut été abattu le 6 avril 1994 par un missile tiré au dessus de l’aérodrome de Kigali, la capitale du Rwanda. Aussitôt, les extrémistes hutus se lancèrent dans l’extermination des Tutsi et des Hutu modérés partisans des accords d’Arusha. L’événement coïncida, hélas, avec le départ des militaires français, belges et onusiens.

Aussi, les forces tutsi de l’Armée patriotique rwandaise venues d’Ouganda purent elles prendre Kigali et mettre en déroute les Hutu des forces armées du Rwanda. En mesurant l’ampleur des massacres commis par les extrémistes hutus, l’opinion internationale s’émut et le Conseil de sécurité de l’ONU autorisa l’envoi d’un contingent français afin d’organiser un périmètre de sécurité dans le sud ouest du pays.

Carte_Turquoise

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Rwanda : le pays des mille collines et des mille règlements

Colette_Braeckman© Colette Braeckman | 03/07/2007

Dès l’arrivée à l’aéroport de Kigali, le ton est donné : les sachets plastique ramenés d’Europe sont confisqués, remplacés par des sacs de jute ou de papier, dont l’achat est obligatoire. Cette interdiction se retrouve dans les magasins d’alimentation, les boutiques qui se sont multipliées autour du grand chantier où se construit le futur marché central. Partout, des poubelles ont été disposées, des parterres de fleurs sont soigneusement entretenus. Kigali, en quelques années, n’est pas seulement devenue l’une des villes les plus sûres d’Afrique, où l’on peut se promener à toute heure du jour et de la nuit, elle est aussi l’une des plus propres.

Bien sûr, il y a des grincements de dents, car le pays des mille collines est aussi devenu celui des mille règlements : les taxis- motos et leur passager, dûment répertoriés, portent des casques obligatoires, les stationnements sont payants, tous ceux qui possèdent des maisons le long des artères principales sont priés de remplacer les clôtures de végétaux par des murs de briques et de répondre à des normes urbanistiques de plus en plus strictes. Malheur aux pauvres, qui se pressaient autrefois au cœur de la ville : le marché central a été rasé, à la veille de chaque conférence internationale, les enfants des rues sont raflés et emmenés dans des centres fermés du côté de Gikondo ; les habitants des petites maisons basses qui se pressaient à flanc de colline sous des toits de tôle et se contentaient de murs de terre sont priés de revendre leur terrain, afin de permettre la construction d’immeubles à étages …

Si les plus modestes reculent à regrets vers les collines les plus lointaines, où ils sont victimes des coupures d’eau et d’électricité de plus en plus fréquentes, en revanche cette « gentryfication » de Kigali ravit les visiteurs étrangers. Sans se demander s’ils ne se trouveraient pas en face d’un « village Potemkine » où ce qui compte avant tout c’est l’apparence, ils s’émerveillent devant les artères asphaltées et impeccables, les rues parallèles pavées de pierres taillées à la main par ceux qui sont astreints aux « travaux d’intérêt collectifs » prescrits par la gacaça, cette justice communautaire devant laquelle comparaissent quelque 800.000 prévenus…Voici deux semaines, un grand congrès consacré au SIDA a attiré à Kigali plus de 1500 visiteurs étrangers, surtout américains. Tous, au moment du départ, se sont jurés de revenir dans un pays où ils avaient été accueillis avec tant d’efficacité souriante par des Africains qui avaient la dégaine de Barack Obama…Bien rares sont ceux qui sont allés voir au-delà du décor, dans les campagnes par exemple, où les gens sont tellement pauvres que la circulation monétaire a reculé et où la cuisson des aliments pose problème car il est désormais interdit de couper les arbres pour faire du charbon de bois…

Cependant, les voitures assurées, contrôlées, les policiers polis et disciplinés, une impression générale d’ordre et de discipline amènent à se demander si le Rwanda, dans sa capitale en tous cas, n’est pas en train de devenir un autre Singapour, un jeune « tigre »aux dents longues. Autre ressemblance : la goût pour la technologie, les sciences de la communication. Partout, des cafés Internet, mais surtout des cours du soir où jeunes et moins jeunes s’initient à l’informatique. Des militaires hutus rentrés du Congo, qui s’attendaient à d’interminables recyclages politiques, sont confrontés à des défis bien plus concrets : apprendre, au plus vite, à se servir d’un ordinateur.

Cependant, ces progrès, spectaculaires, ont leur revers : les citadins se plaignent du coût de la vie, des taxes qui s’additionnent. Partout, de grandes affiches estampillées « Rwanda revenue authority » rappellent que « payer ses impôts c’est contribuer à construire le pays » et chacun sait que, la corruption étant farouchement combattue, les recettes de l’Etat sont réellement utilisées à bon escient. Mais il n’empêche que le poids des taxes est lourd et que les pauvres se font de plus en plus discrets. Quant aux survivants du génocide, ils se cachent pour exprimer leur amertume : désormais, ils ne sont plus considérés comme une catégorie à part, celle des « rescapés » mais comme des nécessiteux auxquelles s’appliquent les mesures de la lutte contre la pauvreté, et leur inlassable combat pour être indemnisés de la perte de leurs proches, époux, enfants, famille entière bien souvent, n’a toujours pas abouti… Les services sociaux étant ainsi limités, il n’est pas rare de voir des femmes engagées dans des travaux de construction, dans des tâches agricoles naguère réservées aux hommes. Parfois, la fatigue s’exprime : « trop de travail, de réunions, de mots d’ordre… »

Officiellement, il n’y a plus de Hutus, plus de Tutsis. Rien d’autre que des citoyens rwandais, tous engagés dans la bataille pour le développement. La réalité est cependant plus subtile : des Tutsis rentrés d’exil se sont constitué de grosses fortunes, reposant entre autres sur l’élevage ou sur l’immobilier, et ils tiennent le haut du pavé, tandis que des projets de développement dans les campagnes ont été abandonnés au profit de travaux dits à « haute intensité de main d’œuvre » mais où les salaires sont dérisoires, de l’ordre de un dollar par jour… Les séquelles du génocide sont toujours là : 40.000 prisonniers ont été libérés, ce qui inquiète les rescapés, mais en même temps la gaçaça, cette justice communautaire dans laquelle les accusés n’ont pas d’avocats et doivent se reposer sur les témoignages de leurs anciens voisins, nourrit beaucoup d’angoisses chez les Hutus. A tort ou à raison, nombre d’entre eux estiment être à la merci d’un faux témoignage et assurent que, lorsqu’un Hutu « relève la tête », que ses fonctions ou sa réussite économique suscitent des jalousies, un dossier peut subitement être ouvert, qui lui fera perdre son emploi ou l’amènera en prison…

En chuchotant, des Hutus murmurent : « ils nous est interdit de pleurer nos morts, même si nous en avons eu, durant la guerre ou pendant l’exil et, quelle que soit notre situation sociale, à tout moment, la gaçaça peut nous rattraper et nous faire chuter… »

Tel est le paradoxe du Rwanda : à première vue, l’armée, la police assurent une sécurité inconnue ailleurs en Afrique, qui amène les Etats-Unis à préparer de grands projets d’ordre militaire. Mais au sein d’une grande partie de la population, la peur persiste, alimentée par un sentiment de surveillance constante, par la crainte d’une jalousie, d’une vengeance, d’une dénonciation …

Posté par CDF Afrique à 13:52 - Rwanda - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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