05 juillet 2007
Rwanda : aux origines du génocide
Rwanda :
aux origines du génocide.
Un
commandant de la Mission
des Nations Unies (MINUAR) par le Colonel Marchal
Plusieurs
données et témoignages récents permettent de mieux comprendre les circonstances
du déclenchement du génocide de 1994 au Rwanda. Ainsi le témoignage du
Lieutenant Ruz Ibiza sur l’implication directe du général Kagamé dans
l’attentat contre l’avion des présidents du Rwanda et du Burundi constitue-t-
Officier
supérieur belge, j’ai exercé les fonctions de commandant du secteur de Kigali
au sein de la MINUAR
(Mission des Nations Unies pour le Rwanda) de décembre 93 à avril 94. Je
souhaite apporter ma pierre à la compréhension de ce qui s’est passé avec les
éléments suivants, qui ont étayé ma propre évaluation :
- les responsables des Forces Armées Rwandaises (FAR), avec lesquels le Général
Dallaire (commandant de la composante militaire de la MINUAR) et moi-même nous
sommes retrouvés en réunion deux heures après l’attentat, étaient, de toute
évidence, totalement étrangers à cet acte. Les sentiments qui prévalaient à ce
moment là étaient la stupéfaction, l’inquiétude, la crainte que la situation
n’échappe à tout contrôle, et surtout la volonté de mettre sans retard les
institutions de transition en place. En outre, aucun dispositif particulier,
destiné à garantir la réussite d’un éventuel coup d’Etat, n’a eu lieu durant la
nuit du 6 au 7 avril 1994 ;
- par contre l’offensive du FPR a bel et bien débuté durant cette même
nuit ; or pour amorcer un tel mouvement il est indispensable que des
ordres aient été donnés au préalable et qu’une mise en place des unités de
première ligne ait été effectuée 24 à 48 heures avant le déclenchement des
opérations ;
- aucune offensive militaire de l’ampleur et de la durée (plus de trois mois) de
celle du FPR ne peut être menée sans la constitution de stocks importants
d’équipements et de matériels pour en assurer l’élan et la continuité ;
- si le FPR a été capable d’infiltrer dans Kigali au moins trois bataillons entre
le 7 et le 12 avril, sans le moindre combat avec les FAR, il aurait aussi été
capable d’arrêter, si du moins cela avait été sa volonté, les massacres de
civiles innocents ;
- au contraire, toutes les tentatives d’aboutir à un cessez-le-feu, pour
précisément mettre un terme à ces massacres, ont essuyé une fin de non recevoir
des autorités du FPR ;
- la pugnacité avec laquelle ces mêmes autorités ont exigé le départ des troupes
étrangères venues évacuer les expatriés, plutôt que de requérir leur
collaboration pour stopper net les massacres, est éminemment suspecte ;
comme si le FPR craignait se voit contré dans ses plans de conquête par la
communauté internationale ;
-
tout aussi interpellant est la durée de la guerre alors que la haute valeur
militaire du FPR aurait dû permettre une issue beaucoup plus rapide et donc un
niveau de pertes dans la population nettement moindre.
La liste n’est pas exhaustive, mais je pense qu’elle est suffisamment explicite
pour admettre qu’il y a plus qu’une troublante corrélation entre l’attentat,
l’offensive du FPR et les légitimes interrogations que l’on peut avoir sur la
stratégie du général Kagamé.
Quand
va-t-on enfin comprendre que l’on se trompe de combat dans la polémique en
cours contre l’action de la
France au Rwanda ? Afin d’éviter que l’honneur des
soldats français et belges soit mis en cause, les autorités politiques de nos
pays devraient exiger de l’ONU qu’une commission d’enquête internationale soit
chargée d’identifier les commanditaires de l’attentat du 6 avril 1994. Qu’est
ce qui justifie qu’un mois et demi à peine après l’assassinat de l’ex-Premier
ministre libanais Rafic Hariri, l’ONU décide la mise sur pied d’une commission
d’enquête, alors que douze ans après l’assassinant de deux chefs d’Etat et,
dans son sillage, la mort de plusieurs millions d’êtres humains, rien n’a été
fait pour savoir qui est à l’origine de cet holocauste ?
Les
responsables actuels du Rwanda, qui ont systématiquement évincé la
quasi-totalité des hutus présents au sein des organes du FPR lors de leur prise
de pouvoir, ont au contraire tout fait pour que la vérité soit cachée.
« Insupportable vérité » écrivaient récemment à ce sujet, MM
A.Guichaoua et S.Smith…
Quand la
vérité sera connue, et seulement à ce moment là, on pourra en connaissance de
cause porter un jugement de valeur sur les motivations de l’engagement de la France au coté des
Rwandais. A défaut de preuve contraire irréfutable, je conserverai l’intime
conviction que la France
fût un allié loyal du Rwanda, ce qui ne fût pas le cas de tout le monde.
© Colonel
Luc Marchal
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