06 juillet 2007
Faut-il restituer les butins des expéditions coloniales ?
Patrimoines pillés
: Faut-il restituer les butins des expéditions coloniales ?
Mercredi 4 juillet 2007
© Le
Monde Diplomatique
Les musées des pays du Nord possèdent d’innombrables oeuvres artistiques et
objets artisanaux provenant des Etats du Sud, notamment du continent noir. Ces
trésors culturels et scientifiques, amassés au fil des siècles, sont plus
nombreux en Occident que dans les sociétés d’où ils proviennent. L’ampleur des
collections détenues ainsi que leur lien avec la domination coloniale suscitent
un débat sur leur éventuelle restitution. Le rapatriement de certaines oeuvres
est expressément demandé par des Etats ou associations, au Bénin et au Nigeria,
mais aussi au Mexique et en Chine. Les réclamations, légitimes, des pays
concernés soulèvent cependant plusieurs interrogations. Que faut-il
réclamer ? Tout ou une partie seulement des objets ? Et à qui faut-il
les rendre ?
Du musée de Tervuren en Belgique au Musée d’art africain de
Washington en passant par le Musée du Quai Branly à Paris et le Dahlem Museum
de Berlin, les pays du Nord possèdent d’innombrables œuvres artistiques et
objet artisanaux provenant des Etats su Sud, notamment du continent noir. Ces
trésors culturels et scientifiques, amassés au fil des siècles sont plus
nombreux en Occident que dans les sociétés d’où ils proviennent.
La domination coloniale (Portugal, Grande-Bretagne, Pays
Bas, Belgique, France, Allemagne…) s’est en effet accompagnée d’un pillage
pratiqué par les acteurs tant privés que publics. D’abord intéressés par l’or
africain, les Européens remarquent rapidement l’artisanat et les œuvres
artistiques ; venus pour les épices et les esclaves, les commerçants
repèrent les objets sculptés en ivoire ; les explorateurs que les
compagnies payent pour localiser les gisements de matières premières, se mettent
à collecter les « curiosités », à la mode au XIXe siècle ; les
militaires s’emparent de toutes sortes de butins de guerre ; les
missionnaires, qui demandent la destruction des objets païens, les accaparent
parfois ; les administrateurs coloniaux envoient une multitude de pièce en
métropole…
Soit les populations locales sont contraintes, soit elles
n’imaginent pas les conséquences de ce qui va devenir un vaste pillage
culturel. Si la valeur artistique de nombre d’objets (qu’on reconnue Pablo
Picasso ou Jean Paul Sartre) suscite l’intérêt, c’est surtout l’attrait
scientifique qui explique l’ampleur de la collecte. Ambivalent, le savoir
accumulé par les savants, souvent passionnés, à aussi fourni des armes à la
domination. Les musées sont la vitrine promotionnelle de l’impérialisme.
L’importance des collections détenues par les pays du Nord
(dont une partie est parfois remisée faute de place ou d’intérêt comme au Musée
du Quai Branly) ainsi que leur lien avec la domination coloniale suscitent un
débat sur leur éventuelle restitution. Les Nations unies et l’Union africaine
reconnaissent ainsi « l’importance capitale » du retour des objets
pour les sociétés pillées. Le rapatriement de certaines œuvres est expressément
demandé par des Etats ou associations, au Bénin et au Nigéria, mais aussi au
Mexique ou en Chine.
La position des directeurs des grands musées occidentaux
Les réclamations, légitimes, des pays concernés soulèvent
cependant plusieurs interrogations. Que faut-il réclamer ? Tout ou partie
seulement des objets ? Un inventaire paraît nécessaire, mais aussi une
réflexion, sur la « globalisation culturelle ». Tout en reconnaissant
la légitimité des demandes, les directeurs des grands musées occidentaux font
remarquer le rôle que jouent leurs institutions dans la promotion du patrimoine
culturel des pays du Sud ainsi que dans le partage mondial des savoirs. Ils
prennent l’exemple de l’art grec, dont l’influence est en grande partie due aux
politiques des Etats occidentaux. C’est la lutte contre le trafic actuel des objets
qui devrait, sous-entendent-ils, retenir l’attention. Le départ de certaines
œuvres constituerait aussi un « manque à gagner » important pour
certains musées.
Autre interrogation… A qui faut-il remettre les
objets ? Leurs propriétaires ne sont plus identifiables et les Etats
concernés, souvent pauvres, ne disposent pas toujours des moyens d’entretenir
et d’exposer des collections. Récemment, plusieurs musée africains ont été
cambriolés, notamment au Nigeria, et des pièces rares ont disparu, qu’on retrouvera
certainement sur le florissant marché de l’art africain. D’aucuns s’inquiètent
aussi du cadeau que la restitution représenterait pour certaines élites
africaines corrompues. En réponse, M. Bourema Diamati, directeur du
Programme des musées de l’Afrique de l’Ouest (WAMP), suggère une coopération
entre musée du Nord et musée du Sud avec un parrainage international.
Chercheur et commissaire d’exposition Bernard Müller répond
aux objections avancées pour retarder ou refuser le retour des œuvres dans leur
pays d’origine
© Édition du Monde Diplomatique de juillet 2007.
Commentaires
BIENS COLONIAUX
Je trouve intéressante la manière dont l’auteur lie la question de la restitution à celle du caractère supposé des régimes à qui ils seraient rendus, même s’il note lui-même clairement l’irrecevabilité de cet argument. (...) Selon l’auteur, pour éviter le double lien des objets avec les dictateurs et leurs peuples, on devrait déclarer ce patrimoine universel. Voilà une façon remarquable de résoudre la question des restitutions ! Afin de répondre à un argument que l’auteur déclare lui-même irrecevable, on finit par déclarer universels les biens d’un peuple africain, les Edo par exemple. Or, « universels », dans l’esprit de l’auteur, signifie que ces biens « n’appartiennent à personne ». (...)
Avec tout le respect dû à l’auteur, quelque chose ne va pas. Jusqu’à présent, il était généralement entendu qu’un bien qualifié d’universel ou déclaré appartenir au patrimoine mondial demeurait la propriété du pays ou de la ville où il se trouvait et que les autorités locales devaient prendre les mesures nécessaires à sa conservation au profit de l’humanité tout entière. Les pays qui ont ratifié la convention concernant la protection du patrimoine mondial culturel et naturel (16 novembre 1972) ont certaines obligations, mais ne sont certainement pas privés de leur droit de propriété sur les objets. C’est d’ailleurs le sens de l’article 6 de la convention.
L’auteur tente-t-il alors de lancer un nouveau concept ou bien s’est-il mépris sur le sens de celui qui existe ? Une clarification s’impose d’urgence. Il devrait en outre s’interroger sur les conséquences de son idée. L’une d’entre elles est évidente : quel que soit le détenteur d’un objet, il en deviendrait de facto propriétaire. Ainsi, voulant plaider en faveur de la restitution des biens culturels volés pendant la période coloniale, l’auteur finit par en attribuer la propriété aux musées coloniaux et impérialistes. Ce n’est certainement pas son intention.
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=314692&pid=5531985
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :





