06 juillet 2007
Le témoignage de Deus Kagiraneza
Qui est Deus KAGIRANEZA ?
Le témoignage de Kagiraneza Deus lors du Procès du Major des anciennes Forces armées rwandaises, Bernard Ntuyahaga
Mon témoignage
(Traduction
du Kinyarwanda par Eugène SHIMAMUNGU – Texte original en Kinyarwanda )
Je m’appelle Kagiraneza Deus. Je me suis fait enrôler par le FPR-Inkotanyi pendant la guerre en 1990. J’étais chargé surtout des services de renseignement au DMI (Directorate of Military Intelligence), ensuite j’ai été Préfet ad intérim, puis Député du FPR et par la suite je suis retourné à l’armée. Je suis actuellement réfugié en Belgique. Dans tous mes services j’ai été témoin des crimes commis par le DMI depuis que nous étions dans le maquis même après la prise du pouvoir.
Au maquis
Les jeunes
qui venaient se faire enrôler en provenance du Burundi, du Rwanda ou du Zaïre la
plupart se sont faits exécuter parce qu’ils étaient suspectés d’espionnage ou
d’être hutu surtout ceux qui venaient du Rwanda. Le tort de certains de ces
jeunes gens c’est qu’ils avaient fait des études et qu’ils étaient pressentis,
à l’avenir, diriger au niveau militaire.
Ceux qui
étaient suspectés étaient présentés au DMI pour interrogatoire serré sur leur
qualité d’espion ou sur le fait d’être hutu qui leur été reproché. Lorsque la
décision était prise, ils étaient exécutés avec la douille d’une houe usagée
sur la tête pour éviter le bruit du fusil dans notre cachette mais surtout
c’était pour le secret pour que leurs camarades ne sachent ce qui leur était arrivé.
Ceux qui
dirigeaient le DMI à ce moment-là étaient :
- KAYUMBA NYAMWASA (actuellement Général Major et Chef d’Etat Major de l’armée)
- RWAHAMA Jackson (actuellement Lieutenant Colonel et Président de martiale)
- NZIZA Jack (actuellement Lieutenant Colonel et Chef du DMI)
- MUNYUZA Dani (actuellement Major)
- NZABAMWITA Joseph (actuellement Major et l’un des dirigeants de l’Auditorat militaire chargé d’accusations de militaires devant les juridictions)
- MUPENZI Jean-Jacques (actuellement Major, il dirigeait il n’y a pas longtemps les services de renseignements de la gendarmerie)
Tous
ceux-là sont des Rwandais venus d’Ouganda, des privilégiés qui dirigent
actuellement l’armée depuis que nous avons quitté le maquis.
Les jeunes
Tutsi que nous avons exécutés pendant l’entraînement à Gishuro, leur mort doit
être imputée au Major Dani Munyuza et au Lt.Col. Jackson Rwahama. Ces
exécutions n’étaient pas seulement faits par le DMI, elles se passaient même
dans les Unités, les jeunes gens en provenance de pays francophones surtout
ceux qui avaient fait des études (ils étaient appelés par dérision « intellectuals
») étaient persécutés, et étaient exécutés sous le moindre prétexte. A un moment
donné, les jeunes en provenance du Burundi se sont évadés et sont retournés
chez eux en nombre. Leurs parents ont dû envoyer un émissaire pour demander si
ce que les jeunes gens racontaient était vrai. Kagamé les a rassurés mais aucun
dirigeant de l’armée n’a été puni pour cela.
Après la prise du pouvoir
Nous avons
reçu des directives pour éliminer tous ceux qui déviaient de la ligne du FPR en
premier lieu les hutu. Cela s’est passé à Ruhengeri où j’étais Préfet et
c’était pareil dans d’autres préfectures pendant cette période puisque
plusieurs préfectures étaient dirigés par des militaires.
Cela s’est
vu à Gitarama où le Préfet Major SEWANYANA a jeté des corps de hutu dans des fosses
communes à Kabgayi. Cela s’est vu à Gitarama où le Préfet Major ZIGIRA a fait
exécuter des hutu à Save et à Kabutare. Nous faisions cette besogne avec l’aide
des dirigeants de l’armée. Le Col. IBINGIRA doit répondre des exécutions faites
sur son passage par les soldats qu’ils dirigeaient depuis Kibungo, Bugesera,
Butare et Gikongoro. Il doit répondre également des massacres de Kibeho dans
les camps de réfugiés.
Très
récemment en 1999, les soldats tutsis du clan abanyiginya au nombre de 70 ont
été exécutés à Nasho ainsi qu’à Kibungo. Leur mort doit être imputée au Col.
BAGABO (un handicapé en béquilles, qui était encore récemment Chef d’état-major
adjoint de la Gendarmerie
et qui dirige actuellement la
Cour martiale) ainsi qu’au Major ZIGIRA John qui dirige la Police Militaire.
Je demande pardon
A cause de
tous ces crimes dans lesquels j’ai trempé sous l’autorité de mes dirigeants,
j’ai pris la décision de fuir ce pouvoir du mal de Kigali et je demande pardon
pour tout ce que j’ai fait et je suis prêt à fournir de plus amples
explications dès qu’on me le demande.
Je me joins à tous les Rwandais qui
aiment leur pays qui ont pour objectif de renverser le régime sanguinaire du Général
Major Kagamé Paul.
© Kagiraneza Deus
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