07 juillet 2007
La RTBF témoigne : « Au Congo, les journalistes sont en danger !
© Jean-Pierre Mbelu
Il est rare que les médias dits internationaux se penchent
sur les morts du Congo. C’est une grande première que la télévision belge,
après avoir accordée, il y a quelques jours, une interview à Jean-Pierre Bemba,
traite dans son journal de ce soir (19h30) du danger que courent les
journalistes Congolais en pratiquant leur profession. Avec des images à
l’appui, la télévision belge a interviewé une journaliste congolaise blessée
par balle dans son lit d’hôpital. Elle était à côté de son frère, blessé lui
aussi, lors d’une visite nocturne des hommes armés.
La
RTBF
Un autre témoignage très poignant a été celui du responsable
de l’ONG ‘Journaliste en danger’, Donat Mbaya. Pour lui, il n’y a pas que les
journalistes qui sont en danger : tous les Congolais sont en insécurité. Dans
les cafés, une moindre critique à l’endroit du pouvoir en place attire un jeep
de militaires sur celui qui la formule et sur ses collègues. Confirmant les
appréhensions des Congolais (es) du pays et d’ailleurs, Donat a soutenu qu’il
existe des prisons parallèles échappant au contrôle du Procureur Général de la République.
I. Les institutions et
les règles parallèles
La mise sur pied d’une police militaire chargée de lutter
contre la liberté de pensée et d’expression est une des méthodes utilisées par
les pouvoirs totalitaires. C’est Marie-Thérèse Nlandu, « cette prisonnière
politique » libérée qui disait : « La police politique de Kabila n’a rien à
envier aux SS nazis ! » Vouloir, sous couvert des institutions démocratiques
formelles, instituer la dictature du parti unique ou le totalitarisme en plein
XXIème siècle, c’est se tromper d’époque. En effet, il y a, au Congo, « un
parallélisme» des institutions et des règles de la vie commune donnant de
plus en plus raison aux « aigris » et autres « empêcheurs de penser en rond »
qui, depuis le jour où les oligarques au pouvoir ont foulé au pied la
réalisation des cinq objectifs assignés à la transition, ont renoncé à
l’illusion de voir le Congo se démocratiser. Il y a une police officielle et
une autre officieuse ; des prisons officielles et d’autres tenues cachées ; une
rhétorique officielle destinée à la consommation extérieure et à celle des
Congolais naïfs et des ordres donnés sous cape aux dépens des Congolais ; une
Constitution officielle et des règles et des pratiques policières dont
l’application violent impunément les droits de nos pauvres populations. Pour
que ce « parallélisme» institutionnelle fonctionne, le recours à la violence, à
la ruse, à l’hypocrisie et au mensonge est permanent.
Ces quatre armes redoutables participent de la guerre psychologique
livrée à tout un peuple. Celle-ci engendre chez ce peuple la fatigue
psychologique, la peur, le désespoir et le renoncement à la lutte
d’autodétermination. Le renoncement à la lutte est le meilleur lit de la
soumission, de « la collaboration » et de l’esclavage volontaire ; de la
domination et de l’exploitation éhontée des populations réduites à leur plus
simple expression.
Dans ce contexte, quand un journaliste est passé à tabac
pour avoir commis le crime de vouloir « immortaliser » Joseph Kabila en le
photographiant, « les collabos » réagiront rapidement en mettant cette
opération sur le dos des « éléments incontrôlés ». Quand les journalistes
traqués comme des bandits de grand chemin demanderont à Joseph Kabila de
s’impliquer dans la recherche de leur sécurité, ils entendront son porte-parole
leur dire : « (…) aujourd’hui, nous sommes dans un pays démocratique. Les
droits des journalistes, comme les droits de tous les citoyens sont garantis
par les mécanismes constitutionnels. Ce n’est pas une question du chef de
l’Etat. » (Les droits des journalistes sont garantis par la constitution et non
par le chef de l’Etat, dans La
Prospérité
II. Où sont passés «
les parrains de la démocratie congolaise » ?
Curieusement, pendant que l’insécurité entretenue par « le parallélisme
» des institutions et des règles de la gestion du pouvoir politique sévit au
Congo, « les parrains » de « la démocratie » congolaise » se taisent. Critiques
sévères de la Chine
Ils sont désormais les défenseurs acharnés d’un partenariat
adulte, respectueux des souverainetés nationales !
Ce discours où la reconnaissance du paternalisme d’hier
cache mal celui d’aujourd’hui, un peu plus « civilisé », est encore une fois «
un opium » destiné à endormir les amnésiques congolais et ceux d’entre nous
ayant entretenu une conception mendiante du bonheur collectif.
Le silence des parrains de « la démocratie » congolaise
constitue un défi et une interpellation pour les minorités résistantes
congolaises. Elles devraient se convaincre davantage que personne ne fera le
bonheur des Congolais (es) à la place des Congolais (es). Et que le bonheur
collectif s’acquiert au prix des luttes de résistance menées dans le coude à
coude fraternel avec les alliés partageant le désir de voir l’Afrique et le
Congo s’affranchir des mécanismes de l’impérialisme ultra-libéral.
Sur ce point, il est important, qu’à travers nos cercles de
réflexion, nous revenions sur « les récentes confidences de Marie-Thérèse
Nlandu ». Elle a avoué que « le Congo ne nous appartient pas ».Les faits lui
donne raison. Le génocide de nos plus de 4000.000 des compatriotes, les
massacres des partisans de Bundu-dia-Kongo, la guerre de Kinshasa du 21,22 et
23 mars et l’insécurité entretenue par les escadrons de la mort sont des signes
qui ne trompent pas.
Les cibles privilégiées de ces escadrons de la mort sont
soigneusement choisies : les avocats, les journalistes, les commerçants, les
prêtres, les religieux et les religieuses ; c’est-à-dire des Congolais (es)
pouvant constituer la classe moyenne, travailler à la renaissance de la
culture, raconter et réécrire « l’histoire non officielle ».
Ce génocide et cette insécurité ne rentrent pas dans l’ordre
de l’imperfectibilité de la démocratie : ils ont tout des actes prémédités.
Saurons-nous nous réveiller, résolument avant qu’il ne soit trop tard, pour
déjouer ce plan mortifère ? La balle est dans notre camp…
CongoOne , Mise en
ligne le 06-07-07
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