10 juillet 2007
Saisie du bois congolais en France
Greenpeace a décidé hier vendredi de mettre
fin à l’occupation de trois grues sur le port de La Rochelle
(Charente-Maritime) qui empêchait depuis mercredi le déchargement d’une
cargaison de bois exotique de la
République démocratique du Congo (RDC), apprend-on auprès de
l’organisation écologiste.
Saisie du bois congolais en France : Greenpeace lève le
blocage sur le port de La Rochelle
Saisi par le Port autonome qui n’a pas demandé d’astreinte
financière, le juge des référés du tribunal de grande instance a rendu une
ordonnance d’expulsion «des activistes de l’association Greenpeace France» qui
doivent «laisser libre accès aux trois grues devant servir au déchargement»
avec si nécessaire «l’assistance du commissaire de police ou d’un officier de
police judiciaire».
«Cette injonction a étouffé le nécessaire débat public sur la responsabilité de la France dans
le pillage de la deuxième forêt tropicale de la planète. Nous regrettons que le
gouvernement français n’ait pas saisi l’opportunité de s’orienter vers la
protection des forêts et de ceux qui en dépendent», a déclaré à Reuters Ludovic
Frère, responsable de la campagne Forêts de Greenpeace France.
Treize militants de l’organisation écologiste étaient
enchaînés depuis mercredi soir aux flèches et aux échelles d’accès de trois
grues pour bloquer le déchargement du «Safmarine Onne», un navire battant
pavillon de l’île de Man et transportant selon Greenpeace un chargement de bois
tropical venant de la forêt congolaise de la Rdc.
Dans un communiqué Greenpeace indique que « la France est le premier
importateur européen de bois issu d’une exploitation socialement et
écologiquement destructrice dans le bassin du Congo» et assure qu’elle «reste
mobilisée et veillera à ce que l’avenir des forêts tropicales figure à l’agenda
des négociations du Grenelle de l’environnement»
Contacté à ce sujet par Rfi dans son émission d’hier
vendredi, le ministre de l’ Environnement, Didace Pembe, a déclaré que ce bois
qui appartient à Congo Futur a été exporté régulièrement et légalement. Il
s’est élevé contre les déclarations de Greenpeace qui a dénoncé que ce bois a
été coupé sans respecter les normes internationales ( sic).
Affaire à suivre quand on sait que d’autres dispositions
pourraient être prises ultérieurement sur la levée du moratoire sur les
concessions forestières. Cette décision qui sera prise par les autorités
congolaises est fortement critiquée par des organisations comme Greenpeace .
Car, estiment-elles, cela se traduirait par une exploitation »sauvage » du bois
de la forêt.
Paris, 7/07/2007 © Reuters
Après International Crisis group, le cri des évêques : «Ne dormons pas. La maison brûle ! »
Après International
Crisis group, le cri des évêques : «Ne dormons pas. La maison brûle ! »
Le Potentiel - Mardi 10 juillet 2007
http://www.cenco.cd/
Les Evêques membres de la Conférence épiscopale
nationale du Congo (CENCO), présents à la session ordinaire de la 43ème Assemblée
plénière, viennent d'adresser un message au peuple congolais à l'occasion du
47ème anniversaire de l'indépendance de la République démocratique
du Congo. Le constat n'est pas éloquent : « Ne dormons pas, la maison brûle !
», s'écrient les prélats catholiques. Puisque la souffrance du peuple perdure,
l'Assemblée plénière des évêques aborde plusieurs questions avec fermeté : la
souveraineté nationale et l'intégrité territoriale, l'exploitation des
ressources naturelles, les dossiers Kahemba et Massacres du Bas-Congo… La CENCO a maintes fois dénoncé
la violence dont les causes se situaient dans le refus du dialogue positif et
consensuel, A-t-elle été écoutée ? Mais qu'est-ce que cet énième appel de
l'Eglise catholique va changer dans le chef des décideurs congolais et leurs
parrains ? Coïncidence frappante, les évêques catholiques soulèvent les mêmes
problèmes, avec la même insistance que l'International Crisis Group, cette
organisation internationale non gouvernementale qui agit pour la prévention et la
résolution des conflits dans le monde entier.
« A vin nouveau, outres neuves » (Mc 2, 22). Ne pas décevoir
les attentes de la nation. Telle est la quintessence du message de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), tenue à Kinshasa du 3 au 7 juillet 2007, aux
fidèles catholiques et aux hommes de bonne volonté à l'occasion du 47ème
anniversaire de l'indépendance de la République démocratique du Congo. Un message à la
fois d'espoir et d'interpellation sur la situation socio-politique de la RDC.
Au cours d'une conférence de presse tenue le lundi 9 juillet
au Centre Interdiocésain, le président de la CENCO, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, a explicité
l'esprit de ce message. Pour les évêques, « la conjoncture actuelle est marquée
par l'insécurité toujours persistante et l'exploitation non encore bien
ordonnée et contrôlée de nos ressources naturelles ».
Appel au sursaut
national
Que veut bien insinuer l'expression « A vin nouveau, outres
neuves » ? Mgr Monsengwo précise qu'à une nouvelle ère, il faut des
comportements nouveaux. « Nous voulons vous demander à vous, notre vaillant
peuple et nos nouveaux dirigeants élus, un grand sursaut national et un
changement de mentalité pour sauver notre pays des dangers qui le guettent à
nouveau. Ne dormons pas, la maison brûle! », a-t-il déclaré.
Dans l'esprit des évêques, il s'agit d'un appel à la
conversion, au changement de mentalités… au moment où nous célébrons le 47ème
anniversaire de l'indépendance afin que nos dirigeants redoublent de vigilance,
pour que « le pillage des ressources naturelles ne continue pas aujourd'hui sur
la base de vieilles archives coloniales ou à la faveur d'autres
balkanisations.»
L'Assemblée plénière partage toutes les préoccupations sur
plusieurs dossiers sensibles et condamne particulièrement l'exploitation des
ressources minières au détriment du pays et de la population, le massacre au
Bas-Congo et l'insécurité à l'Est du pays. Aussi, les évêques réaffirment, avec
force, le principe de l'intégrité et de l'intangibilité du territoire national
congolais. « La souveraineté nationale et l'intégrité territoriale ne sont pas
négociables », a martelé Mgr Monsengwo.
Situation sécuritaire préoccupante
Au lendemain des scrutins qui ont installé plusieurs institutions
de la République,
les nouveaux dirigeants sont, d'un point de vue éthique, tenus d'honorer les
promesses faites lors des campagnes électorales : la sécurité, la paix,
l'amélioration des infrastructures routières, ferroviaires, fluviales et
aériennes, la promotion de la santé et de l'éducation, le décollage économique,
la gestion rigoureuse et transparente de l'Etat, l'eau et l'électricité, les
relations harmonieuses et justes avec les pays voisins. « Le peuple est
impatient de voir le début de réalisation des projets et programmes annoncés
par les autorités aujourd'hui au pouvoir », écrivent les évêques.
Par ailleurs, les évêques ont exprimé des préoccupations
particulières pour l'avenir. Cette crainte part de tristes événements survenus
dans la ville de Kinshasa les 22 et 23 mars 2007, l'insécurité
récurrente dans l'ensemble du pays et particulièrement dans les provinces de
l'Est, les situations précaires aux frontières, les assassinats ciblés, la ruée
au Congo d'« investisseurs» munis de contrats miniers et forestiers
discutables, l'exploitation anarchique des ressources naturelles, notamment
minières et forestières, la modicité du budget 2007 de l'Etat et la lenteur
dans les changements et réformes tant attendus… autant de dossiers qui
préoccupent profondément les bonnes consciences.
Ainsi, pour prévenir le danger, la CENCO attire spécialement
l'attention de tous les dirigeants ainsi que la Communauté
internationale sur les points suivants : la persistance des anti-valeurs,
l'insécurité grandissante, l'assassinat des journalistes et d'autres citoyens,
l'exploitation des ressources naturelles au désavantage du peuple congolais. Ici, la CENCO
s'engage, à travers ses structures, à suivre avec une attention particulière le
processus de « revisitation » des contrats miniers et forestiers afin qu'il se
fasse dans la plus grande transparence au profit du peuple congolais. Il est
sous-entendu que, comme lors des élections, la CENCO disposera d'une structure parallèle pour
apprécier le travail qui sera fait au niveau du gouvernement.
Conditions du décollage
national
Les évêques ont épinglé quelques conditions du décollage
national, entre autres, des exigences éthiques, une décentralisation bien
réfléchie, une indépendance à reconquérir, un développement solidaire, une mise
en place rapide du Conseil économique et social.
Pour les évêques, la crise de notre pays est avant tout
éthique. Le pays a grandement besoin d'hommes nouveaux et intègres. Un
changement radical dans les comportements personnels, sociaux et politiques
pourra apporter une nouvelle manière de gérer la République. Le
Congo nouveau sera fondé sur les valeurs républicaines, les valeurs morales de
la vie sociale et les valeurs évangéliques.
Ici se recoupent les points de vue de la Cenco et de l' International
Crisis Group qui a émis des recommandations dans son dernier rapport sur la
poursuite des réformes ; l'accélération de la décentralisation, la
restructuration des Forces armées et de la Police nationale, la revisitation des contrats
miniers et forestiers…. En un mot, la bonne gouvernance.
Les Evêques disent quasiment la même chose : ils encouragent
le gouvernement de la
IIIème République à poursuivre les efforts amorcés en vue de
la reconstruction nationale ; à avoir le courage politique et à ne pas avoir
peur devant les dossiers dits sensibles ; réaffirment avec insistance l'urgence
d'une vraie armée républicaine ; demandent à la Monuc d'user de son nouveau
mandat pour assurer une protection effective de la population. Enfin, aux huit
pays les plus industrialisés de mettre en place des procédures pour une
annulation rapide, entière et inconditionnelle de la dette extérieure des pays
les plus lourdement endettés et des pays les moins développés.
« Ne dormons pas. La maison brûle ». Il s'agit d'un
véritable cri du coeur lancé par les évêques catholiques. C'est tout dire.
Message de la Conférence Episcopale
Nationale du Congo aux fidèles catholiques et aux hommes de bonne volonté :
« A VIN NOUVEAU,
OUTRES NEUVES » (Mc 2, 22) NE PAS DECEVOIR LES ATTENTES DE LA NATION !
Préambule
1. Réunis en la 43ème Assemblée plénière à Kinshasa du 03 au
07 juillet 2007, nous, Archevêques et Evêques de la Conférence Episcopale
Nationale du Congo (CENCO), vous adressons un message d'espoir et
d'interpellation sur la situation socio-politique de notre pays. La conjoncture
actuelle est marquée par l'insécurité toujours persistante et l'exploitation
non encore bien ordonnée et contrôlée de nos ressources naturelles.
2. « A vin nouveau, outres neuves » (Mc 2, 22) : à une
nouvelle ère, il faut des comportements nouveaux. Nous voulons vous demander à
vous, notre vaillant peuple et nos nouveaux dirigeants élus, un grand sursaut
national et un changement de mentalité pour sauver notre pays des dangers qui
le guettent à nouveau. Ne dormons pas, la maison brûle !
3. En effet, au moment où nous venons de célébrer le 47e
anniversaire de notre indépendance, il ne faut pas seulement nous arrêter à la
date du 30 juin 1960, où le pays a acquis sa souveraineté internationale. Il
convient aussi de nous rappeler l'année 1885 lorsque, à la Conférence de Berlin,
l'Afrique fut démembrée et attribuée aux puissances étrangères sanctionnant
ainsi la colonisation du Continent. Nos dirigeants doivent donc redoubler de
vigilance, pour que le pillage des ressources naturelles ne continue pas
aujourd'hui sur la base de vieilles archives coloniales ou à la faveur d'autres
balkanisations.
I. Nos prises de
position antérieures
4. Dans notre Message du 05 octobre 2006, nous appelions
notre peuple à participer aux élections dans la vérité et la transparence. Nous
dénoncions la violence dont les causes se situaient dans le refus du dialogue
positif et consensuel, les exclusions, le non-achèvement de l'intégration de
l'armée, les frustrations accumulées depuis de nombreuses années,
l'intoxication de l'opinion et l'intolérance [1]. La CENCO a-t-elle été écoutée ?
Le 05 décembre 2006, dans la
Déclaration de notre Assemblée, nous affirmions néanmoins
notre grande confiance en l'avenir de notre pays. Nous saluions avec joie
l'instauration du nouvel ordre politique en RD Congo comme un tournant décisif
vers les valeurs universelles, qui fondent des Etats de droit et des régimes
politiques respectueux de l'homme et de sa dignité à tous égards.
Mais nous exprimions aussi nos observations par rapport aux
limites du processus électoral en même temps que nous indiquions les exigences
fondamentales ainsi que les urgences qui s'imposaient pour un Congo nouveau[2].
Enfin, dans le communiqué de presse du 09 février 2007, notre regard était
tourné vers l'avenir, au moment de la formation du nouveau Gouvernement de la
3e République.
5. Depuis lors, les Evêques des provinces ecclésiastiques de
Lubumbashi, de Kinshasa (province du Bas-Congo) et de Bukavu, en vertu de leur
responsabilité pastorale, ont pris des positions fermes pour condamner
particulièrement l'exploitation des ressources minières au détriment du pays et
de la population, le massacre au Bas-Congo et l'insécurité à l'Est du pays. L'Assemblée
plénière partage toutes ces préoccupations[3] et inquiétudes tandis qu'elle
réaffirme avec force le principe de l'intégrité et de l'intangibilité du
territoire national congolais.
II. Acquis majeur
6. L'installation des nouvelles institutions issues des élections démocratiques (Présidence de la République, Sénat, Assemblée nationale et Assemblées provinciales, Gouvernement central et Gouvernements provinciaux), constitue certes un acquis majeur pour notre démocratie naissante. Elle inaugure en même temps une ère nouvelle pour une gestion responsable du pays. Cependant le simple fait que les dirigeants soient élus et installés dans leurs fonctions ne suffit pas pour résoudre les problèmes vitaux du peuple congolais. Il leur faut surtout une ferme volonté politique en vue de la réussite de la grande mission qui leur est confiée. En effet, les nouveaux dirigeants sont, d'un point de vue éthique, tenus d'honorer les promesses faites lors des campagnes électorales : la sécurité, la paix, l'amélioration des infrastructures routières, ferroviaires, fluviales et aériennes, la promotion de la santé et de l'éducation, le décollage économique, la gestion rigoureuse et transparente de l'Etat, l'eau et l'électricité, les relations harmonieuses et justes avec les pays voisins. Le peuple est impatient de voir le début de réalisation des projets et programmes annoncés par les autorités aujourd'hui au pouvoir. Nous encourageons celles-ci à assumer leurs responsabilités devant Dieu et devant l'histoire, en faisant confiance en Celui qui donne et le vouloir et le pouvoir (cf. Ph 2, 13).
III. Préoccupations
particulières pour l'avenir
7. Les tristes événements survenus dans la ville de Kinshasa
les 22 et 23 mars 2007, l'insécurité
récurrente dans l'ensemble du pays et particulièrement dans les provinces de
l'Est, les situations précaires aux frontières, les assassinats ciblés, la ruée
au Congo d'« investisseurs » munis de contrats miniers et forestiers
discutables, l'exploitation anarchique des ressources naturelles, notamment
minières et forestières, la modicité du budget de l'Etat et la lenteur dans les
changements et réformes tant attendus, préoccupent profondément notre cœur de
pasteurs.
8. Venus des quatre coins du Congo, nous voulons porter à
l'attention des nouveaux dirigeants du pays la souffrance du peuple qui perdure
après l'installation du nouvel ordre institutionnel. La nation est interpellée
pour que les mesures nécessaires et urgentes soient prises devant la gravité du
sort de notre population tant dans la capitale que dans les autres provinces du
pays. Nous attirons spécialement l'attention sur les points suivants.
1° Persistance des
antivaleurs
9. Nous avons dénoncé à plusieurs reprises, dans le passé,
les antivaleurs qui rongent notre société et risquent d'hypothéquer son avenir,
notamment l'absence de critères de moralité, la corruption et la vénalité,
l'achat des consciences, le déficit de loyauté et de sincérité, l'infidélité à
la parole donnée, la cupidité, le goût du gain facile, les détournements de
deniers publics, la violence. Aucun pays ne peut se construire dans le mépris
des valeurs morales[4].
2° Insécurité
grandissante
10. Dans tous nos diocèses, sur l'ensemble du territoire
national, on observe des faits d'insécurité : vols, viols, tracasseries,
enlèvements, taxes et péages excessifs mais sans effets escomptés, arrestations
arbitraires, cas répétés de meurtre… Nous condamnons tous ces actes commis par
les éléments des forces de l'ordre, les milices et les rebelles étrangers
présents sur le territoire national.
L'exploitation prochaine du pétrole dans le Lac Albert en
Ituri, foyer de tension, sème des inquiétudes en ce qui concerne le bénéfice
qu'en tirera la population. Le peuple veut connaître la vérité pour avoir ses
apaisements, car il craint la guerre du pétrole.
Bref, la situation sécuritaire actuelle de notre pays est
encore inquiétante. Elle appelle la conjugaison des efforts entre les
autorités, la population et tous les hommes de bonne volonté décidés à épargner
au pays de nouvelles hostilités. Pour la CENCO, faut-il insister, la souveraineté
nationale et l'intégrité territoriale ne sont pas négociables.
3° Exploitation des
ressources naturelles au désavantage du peuple congolais
11. Au lieu de contribuer au développement de notre pays et
profiter à notre peuple, les minerais, le pétrole et la forêt sont devenus des
causes de notre malheur. Comment comprendre que nos concitoyens se retrouvent,
sans contrepartie ni dédommagements, dépouillés de leurs terres, par le fait
des superficies concédées ou vendues à tel ou tel exploitant minier ou
forestier ? Est-il admissible que des travailleurs congolais soient traités ici
et là sans égard pour leurs droits et leur dignité humaine ?
La CENCO s'engage, à travers ses structures, à suivre avec une attention particulière le processus de « révisitation » des contrats miniers et forestiers afin qu'il se fasse dans la plus grande transparence au profit du peuple congolais. Car la bonne gestion des ressources nationales sera un facteur déterminant pour la renaissance de la RDC. La CENCO créera en son sein une Commission épiscopale ad hoc chargée de suivre la question de l'exploitation des ressources naturelles et exiger le respect des droits humains par les compagnies oeuvrant dans ce secteur.
4° Heure des
investisseurs congolais
12. Au moment où les pays étrangers, les institutions
internationales, les multinationales, les organisations non gouvernementales de
développement (ONGD) et les hommes d'affaires s'intéressent aux richesses du
Congo, qu'attendent les filles et les fils de notre pays pour investir chez
nous ? Aucun pays au monde ne s'est développé uniquement avec l'aide
extérieure. C'est par un dur labeur et une gestion transparente doublée d'une
grande volonté de toute une nation que le vrai développement sera possible. L'heure
des investisseurs congolais a sonné ! L'aide extérieure est certes nécessaire,
mais elle ne sera qu'un appui. Il revient aux Congolais d'avoir le souci
d'investir les premiers dans leur propre pays, lorsqu'ils en ont les moyens. Il
faut abandonner le détournement du denier public, éviter la corruption et la
vénalité dans la passation des marchés, se mettre au travail pour créer la
richesse du Congo et ainsi ne pas se laisser classer parmi les pays les plus
corrompus, les plus endettés et les plus pauvres du monde. Aide-toi, le ciel
t'aidera !
5° Assassinats de
journalistes et d'autres citoyens
13. C'est tuer une démocratie que de museler la presse et de mettre un terme à la vie de ceux et celles qui veulent informer et former la population sur la marche de la nation. La vie humaine est sacrée ; nous condamnons dès lors tout acte de violence et exigeons des enquêtes sérieuses pour identifier les vrais commanditaires de ces meurtres et que justice équitable soit rendue.
6° Grandes souffrances
de la jeunesse et des marginalisés
14. Les Congolais n'oublieront pas que les guerres récentes
ont été menées par une incorporation massive des mineurs dans les milices.
Aujourd'hui encore, d'autres jeunes ne vont plus à l'école à cause d'une
paupérisation généralisée et une misère grandissante. Ils s'engagent alors dans
des activités qui sacrifient leur santé et leur dignité. D'aucuns, même avec un
diplôme d'université, sont simplement au chômage. L'emploi a été déclaré une
des priorités du nouveau Gouvernement. Il est urgent de créer les conditions de
mettre les Congolais au travail productif et digne.
Nous plaidons pour que soient pris en charge les
marginalisés, notamment les enfants de la rue et les enfants dits sorciers, qui
risquent de constituer une bombe à retardement si la société les oublie
aujourd'hui. La conjoncture actuelle ne fait qu'accroître leur nombre. Plus que
jamais nous demandons à l'Etat de prendre en charge les différents marginalisés
de notre société. Car, une société qui néglige ses membres les plus faibles est
moribonde. S'occuper d'eux est une exigence d'équité et de justice.
7° Dégradation des
infrastructures et insalubrité publique
15. Des territoires entiers de notre pays sont enclavés. Les
explorateurs et les colonisateurs avaient déjà bien compris que, sans
infrastructures routières, fluviales et ferroviaires viables, le Congo ne
valait pas un seul sou. Aujourd'hui les routes sont délabrées, malgré des
efforts louables de réhabilitation. Beaucoup de voies ferrées et fluviales ne
sont plus praticables. Plus encore, nos villes sont devenues insalubres. De
nombreuses familles vivent à côté de dépotoirs. Il est temps, si le pays veut
avancer, que les grands travaux de reconstruction et d'assainissement de notre
milieu de vie soient effectivement entrepris.
8° Budget de l'Etat
2007
16. Le budget 2007 adopté est vraiment modique par rapport
aux grandes réalisations annoncées et promises. Les recettes de notre pays
étant encore limitées, le budget actuel serait élaboré pour répondre aux
conditions posées par les institutions financières internationales en vue de
bénéficier de leur soutien ! Encore une fois, c'est la mauvaise gestion des
dirigeants du pays depuis les dernières décennies, qui a conduit à cette
situation humiliante et ridicule pour un grand pays comme le nôtre.
Faut-il que le peuple attende encore longtemps avant que ses
conditions de vie ne commencent à s'améliorer ?
Nous encourageons le Gouvernement de la 3ème République à
appliquer réellement et avec détermination son « contrat de gouvernance », afin
que notre pays retrouve la prospérité et sa fierté sur l'échiquier
international.
IV. Conditions du
décollage national
1° Des exigences
éthiques avant tout
17. « A vin nouveau, outres neuves » (Mc 2,22). Nous ne le
dirons jamais assez : sans exigences morales et spirituelles, nos ressources
naturelles et toute la technicité du monde ne peuvent rien apporter pour
l'avènement d'un Congo nouveau. Nous sommes convaincus que l'avènement des
gouvernants élus ne peut à lui seul entraîner automatiquement le changement
tant souhaité et attendu par notre peuple. Nous croyons que seule la conversion
des cœurs nous aidera tous à édifier une société juste et fraternelle [5]. Ce
changement de mentalité, travail de longue haleine, passe par une bonne éducation
aux valeurs en famille, à l'école, dans les médias et dans un environnement
moralement sain.
2° Une
décentralisation bien réfléchie
18. Nous sommes heureux que l'Assemblée nationale commence à
examiner la loi organique sur les entités décentralisées. Pour la Cenco, la décentralisation
pourra permettre le développement local et obliger les autorités à être plus
responsables de leur gestion auprès de la population, dans les limites de leurs
compétences constitutionnelles respectives. Les élections locales et communales
joueront un rôle capital pour une gestion de proximité. La démocratie à la base
deviendra ainsi une réalité.
Cependant, la création de nouvelles provinces et des entités territoriales décentralisées devra être minutieusement étudiée pour éviter de multiplier des structures inefficaces, improductives et inutilement coûteuses.
3° Une indépendance à
reconquérir
L'impuissance des Etats africains à s'assumer après
l'indépendance politique ne peut que conduire au néocolonialisme, destiné à
contrôler leur pouvoir, à exploiter les ressources naturelles et à récupérer
l'argent investi dans différentes causes. Par ailleurs, les fils et filles de
notre pays ne doivent pas prendre le relais de la coupe en règle systématique
et illégale des ressources minières, forestières, fluviales et lacustres.
Restons vigilants comme les pères de notre indépendance dotés d'un nationalisme
qui a pu sauvegarder les intérêts du pays.
4° Un développement
solidaire
20. Nous rappelons la nécessité d'un développement intégral
et solidaire, dans le respect total de l'identité de notre peuple avec ses
caractéristiques historiques et culturelles. Il est indispensable, comme le
souhaitait le Pape Paul VI dans « Populorum progressio », de reconnaître à
chaque peuple le même droit à « s'asseoir à la table du festin » au lieu d'être
comme Lazare qui gisait à la porte, tandis que « les chiens venaient lécher ses
ulcères » (Lc 16,21) [6]. Nous en appelons à un grand sens de la solidarité
nationale. Et que le revenu national profite effectivement à tous les fils et
filles de ce pays.
5° Une mise en place
rapide du Conseil économique et social
21. En vue de rappeler à tous les Congolais et Congolaises
la tâche importante du développement de la RDC au grand profit du peuple, il est urgent
qu'on s'attelle à mettre sur pied la nouvelle structure du Conseil économique
et social prévue par la
Constitution (art. 208). L'Eglise participera aux activités
de ce Conseil pour apporter sa contribution spécifique au développement du pays
et au bien-être du peuple congolais [7].
V. De nouveaux
appels à tous
Aux dirigeants
22. - Nous encourageons le Gouvernement de la 3e République
à poursuivre les efforts amorcés en vue de la reconstruction de notre pays. Nous
invitons nos dirigeants au courage politique et à ne pas avoir peur devant les
dossiers dits sensibles (contrats léonins, bradage du patrimoine national,
détournements des biens publics, assassinats, atteinte à l'intégrité
territoriale et à la souveraineté nationale).
- Nous leur demandons la publication des résultats des
enquêtes sur le massacre au Bas-Congo, le conflit frontalier au territoire de
Kahemba et l'incendie à Mbandaka. Le peuple voudrait savoir ce qui s'est réellement
passé.
- Nous recommandons par ailleurs à notre Etat de renforcer
la surveillance des frontières nationales et celle de l'espace aérien, de
reboiser avec promptitude les espaces dévastés par l'exploitation forestière.
Au sujet de l'Armée nationale, nous réaffirmons avec
insistance l'urgence d'une vraie armée républicaine. A ce propos, nous estimons
qu'il est impérieux d'organiser les états généraux de l'armée, tant souhaités
depuis quinze ans. Ainsi sera préparée la mise sur pied d'une nouvelle armée
capable de répondre à sa mission de défendre et de sauvegarder l'intégrité du
territoire national [8]. Pour que la population soit fière de son armée,
celle-ci ne doit pas être auteur ou complice des violations des droits humains.
Le délogement des militaires à Kinshasa nous incite à demander avec insistance
que les casernes soient reconstruites pour un logement décent des soldats et en
des lieux appropriés. L'Eglise assurera quant à elle l'encadrement spirituel et
moral de notre armée à travers les aumôneries militaires.
Aux exploitants
miniers et forestiers
- Nous recommandons aux nouveaux dirigeants de mettre de
l'ordre dans le secteur minier et forestier. Les richesses de notre pays
doivent profiter en premier lieu à notre peuple. [9]
- Il est demandé aux exploitants de respecter les conditions
contractuelles et salariales favorables pour les travailleurs et la population
congolaise, de prendre en considération toutes les exigences écologiques qui
s'imposent.
- Nous invitons les différents investisseurs dans ce secteur
à créer sur place des industries de transformation des produits bruts.
Au peuple
24. Nous disons non à la mentalité d'assistés perpétuels.
Nous en appelons à un peuple fier, digne et capable de prendre en charge son
destin pour son développement, comme nous n'avons cessé de le répéter : «Tous
les Congolais et Congolaises doivent pleinement assumer leur part de
responsabilité pour l'avènement d'un Congo nouveau. Nous devons savoir que le
développement de notre pays dépend avant tout de nous-mêmes » [10]. La manne ne
tombera pas du ciel, ni de l'étranger.
C'est par « la sueur de nos fronts »,
par « le dur labeur » que nous bâtirons un pays plus beau qu'avant et nous
léguerons à la postérité un Congo où il fait bon vivre. Il nous faut une
culture du travail bien fait, sain et persévérant, et bannir la loi du moindre
effort, la mendicité et l'oisiveté qui s'installent de plus en plus dans la
mentalité. La rigueur intellectuelle, l'amour du travail manuel, le paiement
des impôts, l'esprit d'ordre et de discipline, le sens de la propreté, le
respect et la protection du bien commun, sont autant de vertus qui contribuent
à l'excellence et à la prospérité d'une nation. En effet, le travail est une
obligation, un devoir de l'homme [11]. Plutôt qu'une corvée ou une contrainte,
le travail ennoblit l'homme et l'aide à s'accomplir, pour un mieux-être et un
bonheur véritable.
A la communauté
internationale
25. Nous rappelons les exigences d'un développement
solidaire sur le plan international. Nous réaffirmons à ce sujet la position
fort claire du Pape Benoît XVI, qui demande aux huit pays les plus
industrialisés du monde (G8), « de mettre en place des procédures pour une
annulation rapide, entière et inconditionnelle de la dette extérieure des pays
les plus lourdement endettés et des pays les moins développés (…), à prendre
des mesures afin d'éviter que ces pays ne retombent dans une situation
d'endettement insoutenable ». Le Pape suggère ensuite d' « établir et
promouvoir de façon fiable et durable des conditions commerciales favorables
incluant un accès large et inconditionnel aux marchés ». Enfin, il invite la
communauté internationale à poursuivre « ses efforts en matière de réduction
des ventes d'armes – légales ou non-, de trafic illégal de matières précieuses,
et de fuite des capitaux en provenance des pays pauvres, qu'elle s'engage à
éliminer les pratiques de blanchiment d'argent ou de corruption de fonctionnaires
dans ces mêmes pays » [12].
Nous remercions les pays qui se sont inscrits dans cette
logique en faveur de notre pays afin de permettre son décollage économique. Nos
dirigeants devront de leur côté veiller à ne pas contracter de nouvelles dettes
qui pénaliseront les générations futures. C'est aussi un devoir moral de
récupérer autant que possible l'argent détourné et logé dans des banques
étrangères. Il n'est pas juste que tout le peuple ait à rembourser une dette
dont ont bénéficié seulement quelques individus.
De même nous attirons l'attention du Gouvernement pour qu'il
n'accepte pas de nouveaux investissements avant la finalisation du processus de
la « révisitation » des contrats miniers en vue de sauvegarder les intérêts de
la nation.
A la Mission des Nations Unies
au Congo (MONUC)
26. Nous demandons à la MONUC d'user de son nouveau mandat obtenu pour
assurer une protection effective de la population. Sinon, le peuple commencera
à douter de l'opportunité de sa présence. Des événements récents signalés ici
et là risquent de diminuer -hélas ! - la confiance de la population aux soldats
de la paix [13].
CONCLUSION
27. La crise de notre pays est avant tout éthique. Le pays a
grandement besoin d'hommes nouveaux et intègres. Un changement radical dans les
comportements personnels, sociaux et politiques pourra apporter une nouvelle
manière de gérer la
République. Le Congo nouveau sera fondé sur les valeurs
républicaines, les valeurs morales de la vie sociale et les valeurs évangéliques
[14]. L'homme est une totalité. Aucun aspect de sa vie matérielle, sociale,
politique, intellectuelle, morale et spirituelle ne peut être négligé. Le Congo
ne disparaîtra jamais si nous le bâtissons sur des valeurs respectueuses de
notre identité nationale.
28. Nous confions l'avenir de notre pays à Dieu pour
qu'advienne un Congo nouveau, paisible et prospère. Que Marie, Notre Dame de
l'Espérance, elle qui a cru aux promesses du Seigneur, nous soutienne dans le
combat pour le changement de mentalité et la promotion des valeurs humaines
authentiques.
Que Dieu bénisse et protège la République Démocratique du Congo.
Fait à Kinshasa, le 07 juillet 2007
Les évêques membres de la Conférence épiscopale
nationale du Congo présents à la session ordinaire de la XLIIIème Assemblée plénière de la Cenco :
01. S.E. Mgr MONSENGWO Laurent: Archevêque de Kisangani,
Président de la CENCO
02. S.E. Mgr TSHIBANGU Tharcisse: Evêque de Mbuji-Mayi,
Vice-Président de la CENCO
03. S.E. Mgr SONGASONGA Floribert, Archevêque de Lubumbashi
04. S.E. Mgr KUMUONDALA Joseph, Archevêque de
Mbandaka-Bikoro
05. S.E. Mgr MAROY François-Xavier, Archevêque de Bukavu
06. S.E. Mgr MADILA Marcel, Archevêque de Kananga
07. S.E. Mgr MUKENGE Godefroy, Archevêque émérite de
Kananga, Directeur National des OPM
08. S.E. Mgr BOLANGI Joseph, Evêque de Budjala 09. S.E. Mgr
NGABU Faustin, Evêque de Goma
10. S.E. Mgr NKINGA Louis, Evêque de Lisala, Administrateur
Apostolique de Molegbe
11. S.E. Mgr MAEMBA Ferdinand, Evêque de Lolo
12. S.E. Mgr MUNUNU Edouard, Evêque de Kikwit
13. S.E. Mgr KEMBO Gabriel, Evêque de Matadi
14. S.E. Mgr MULUMBA Gérard, Evêque de Mweka
15. S.E. Mgr NGOY Nestor, Evêque de Kolwezi
16. S.E. Mgr Jean-Anatole KALALA, Evêque de Kamina
17. S.E. Mgr NKIERE Philippe, Evêque d'Inongo
18. S.E. Mgr TAFUNGA Jean-Pierre, Evêque d'Uvira
19. S.E. Mgr MOKOBE Joseph, Evêque de Basankusu
20. S.E. Mgr DOMBA Richard, Evêque de Dungu-Doruma,
Administrateur Apostolique de Bondo
21. S.E. Mgr NSIELELE Fidèle, Evêque de Kisantu
22. S.E. Mgr MASENGO Valentin, Evêque de Kabinda
23. S.E. Mgr KABOY Théophile, Evêque de Kasongo
24. S.E. Mgr NZALA Louis, Evêque de Popokabaka,
Administrateur Apostolique d'Idiofa
25. S.E. Mgr KATAKA Janvier, Evêque de Wamba
26. S.E. Mgr MBUKA Cyprien, Evêque de Boma
27. S.E. Mgr DJOMO Nicolas, Evêque de Tshumbe
28. S.E. Mgr MUDISO Gaspard, Evêque de Kenge
29. S.E. Mgr LUKUMWENA Stanislas, Evêque de Kole
30. S.E. Mgr KASANDA Léonard, Evêque de Luiza
31. S.E. Mgr SIKULI Melchisédech, Evêque de Butembo-Beni
32. S.E. Mgr LEMBI Camille, Evêque d'Isangi
33. S.E. Mgr UTEMBI Marcel, Evêque de Mahagi-Nioka
34. S.E. Mgr ANDAVO Julien, Evêque d'Isiro-Niangara
35. S.E. Mgr RUVEZI Gaston, Evêque de Sakania-Kipushi
36. S.E. Mgr AMBONGO Fridolin, Evêque de Bokungu-Ikela
37. S.E. Mgr KWANGA Vincent de Paul, Evêque de Manono
38. S.E. Mgr URINGI Dieudonné, Evêque de Bunia
39. S.E. Mgr MUTEBA Fulgence, Evêque d' Kilwa-Kasenga
40. S.E. Mgr TSHITOKO Pierre-Célestin, Evêque de Luebo
41. S.E. Mgr NGOY Oscar, Evêque de Kongolo
42. S.E. Mgr TEMBO Philibert, Evêque Coadjuteur de Budjala
43. S.E. Mgr NGUMBI Willy, Evêque nommé de Kindu
44. S.E. Mgr NLANDU Daniel, Administrateur Apostolique de
Kinshasa
45. S.E. Mgr KASANDA Bernard, Evêque Auxiliaire de
Mbuji-Mayi
46. S.E. Mgr KISONGA Edouard, Evêque Auxiliaire de Kinshasa
47. S.E. Mgr BULAMATARI Dominique, Evêque Auxiliaire de
Kinshasa





