16 juillet 2007
Voyage de Karel DE GUCHT en Afrique centrale
Le chef de la diplomatie belge, le libéral flamand Karel De
Gucht, quitte Bruxelles ce dimanche 15 juillet pour Kinshasa où il va
rencontrer aujourd’hui même William Lacy Swing, le chef de la Mission de l’ONU au Congo
(MONUC). Demain lundi 16 juillet, le ministre belge des Affaires étrangères se
rendra à Kigali pour des entretiens avec le président Paul Kagame avant de
revenir à Kinshasa où il va conférer avec Joseph Kabila.
Le ministère belge des Affaires étrangères souligne que
toutes ces rencontres vont pivoter autour de la recrudescence de l’insécurité à
l’Est de la République démocratique du Congo. Inquiet des récents développements dans cette partie
névralgique de l’ex-Zaïre, Karel De Gucht a jugé utile d’engager des
consultations avec les trois personnalités.
La visite de Karel De Gucht à Kinshasa et Kigali intervenant
au moment où des bruits de botte se font entendre de nouveau dans les Kivu
pendant que le général déchu Laurent Nkunda accuse les rebelles hutu des FDLR
de combattre aux cotés de l’armée congolaise, le ministre belge des
Affaires étrangères qui, on sait, n’a pas sa langue dans la poche, cherchera
sans doute à avoir le cœur net sur les arrangements particuliers entre Nkunda
et Kabila par le biais du général Jhon Numbi négociés à Kigali sous les
auspices de James Kabarebe, chef d’état-major général de l’Armée patriotique
rwandaise et ancien chef d’état-major général de l’armée congolaise à
l’avènement de l’AFDL.
Avec Swing, Kagame et Kabila, M. De Gucht pourra également
s’informer sur le « gel » de l’option levée par les ministres des Affaires
étrangères du Rwanda, du Burundi, de l’Ouganda et de la RDC en accord avec les chefs
d’état-major de leurs armées respectives en vue de combattre les forces dites
négatives dans la région. Au point qu’on peut se demander à qui profite le
crime !
L’américain William Lacy Swing, chef de la fameuse Mission
de l’Onu au Congo embourbée dans l’affairisme, ne pourra, on l’imagine,
être très à l’aise face à Karel De Gucht qui cherchera à en savoir plus
sur l’implication des casques bleus indiens dans le trafic des rations
alimentaires( ?) et du « renseignement » contre l’or et les dollars des FDLR
qu’ils étaient pourtant sensés combattre et neutraliser. Le mal est d’autant
plus profond qu’en plus de la délinquance sexuelle des casques bleus connue de
tous, avant les Indiens leurs collègues pakistanais se livraient l’année
dernière en Ituri au trafic de l’or en rendant des armes saisies aux miliciens.
Les rapports entre le président de la RDC et le ministre belge des
Affaires étrangères étant toujours tendues en raison d’une malencontreuse
vieille note du cabinet de De Gucht mettant à la lumière du soleil les origines
rwandaises de Joseph Kabila, des observateurs s’attendent à ce que l’entrevue
du chef de la diplomatie belge avec le président du Congo à démocratiser ne
soit pas une partie de plaisir étant donné que la Belgique considère encore
et toujours la RDC comme pays à hauts risques. Pour preuve, au Belge qui ne peut s’empêcher de se
rendre à Kinshasa, il est vivement recommandé, en raison de la criminalité, de
demander à des amis ou connaissances sûres de venir comme le chercher à
l’aéroport de Ndjili afin d’effectuer le trajet vers la ville où les
déplacements à pieds sont vivement déconseillés en toute circonstance. Et même
en voiture, il est recommandé au Belge de circuler avec les portières
verrouillées.
Si des précautions sont conseillées pour Kinshasa, il est
carrément déconseillé aux Belges de se rendre à l’Est de la RDC, à savoir l’Ituri, les
deux Kivu et le Nord-Katanga en raison de l’insécurité.
Ce sombre tableau peint par les officiels belges est
confirmé par le dernier rapport de l’ONG Grisis Group dont le directeur du
Projet Afrique centrale estime que, si on a noté pendant la période de
transition des éléments permettant d’unifier la pays et d’améliorer la
situation sécuritaire sur une grande partie du territoire, les nouvelles
institutions se caractérisent par leur faiblesse ou sont carrément
inexistantes. Grisis Group souligne que les réflexes autoritaires se sont
renforcés et que l’armée intégrée est désormais à l’origine de la plupart des
violations des droits de l’homme et une nouvelle crise se profile à l’Est.
Voilà certainement qui donne ton son sens à la rencontre De Gucht-Kagame, le
chef d’Etat rwandais étant le principal soutien officiel de toutes les
rebellions aux régimes de Kinshasa depuis l’AFDL contre Mobutu et le RCD contre
le régime des Kabila, et aujourd’hui Laurent Nkunda, ancien de l’Armée
patriotique rwandaise comme son compagnon d’armes Joseph Kabila.
Notons tout de même que Karel de Gucht s’invite à Kinshasa au moment où son homologue étasunien, Condoleezza Rice, a annulé sa visite en RDC programmée le 16 juillet, un voyage que quelques chiens de garde de la nouvelle dictature présentaient déjà comme destiné à marquer le fait que le Congo de Kabila a progressé dans sa tentative de développer des institutions démocratiques après avoir émergé d’une longue période de guerre. Curieuse lecture des événements qui contraste naturellement avec celle lumineuse faite par Griss Group qui a l’avantage de prendre en compte la pleine mesure du déficit démocratique !
Paulin KAMTE
NDLR : Pour rappel, le tract électoral que Karel DE GUCHT (VLD) a utilisé durant la dernière campagne électorale du 10 juin dernier. Goed bestuur signifie : "Bonne gouvernance" !
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