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Actualité de la Section Africaine du CDF/FCD (Chrétiens Démocrates Fédéraux / Federale Christen Democraten) de Belgique. Infos : http://cdfliege.lalibreblogs.be/

19 juillet 2007

Opinion - Congo : Lueur d'espoir ou sombre perspective ?

MobePar Anicet MOBE
Chercheur en Sciences Sociales, Paris.

Mis en ligne le 19/07/2007
Source 

Si les Congolais ont refusé que leur vote ne soit qu'une simple formalité servant de caution aux tuteurs régionaux des anciennes rébellions, les choses tardent à bouger.

Rarement une consultation électorale en Afrique n'aura suscité, sur le plan international, une telle débauche des ressources humaines, financières, matérielles et militaires.

Un assourdissant tapage médiatique n'a cessé de marteler qu'il s'agissait des premières élections démocratiques depuis l'indépendance. Ceci est inexact.

Le processus électoral de 1965 aurait dû aboutir en mars 1966 sur l'élection présidentielle au suffrage universel indirect par le parlement. Le coup d'Etat militaire de novembre
1965 a brisé ce processus, unique en Afrique subsaharienne à cette époque. L'Espagne et le Portugal étaient encore des dictatures tenues en marge de la Communauté européenne.

Tout a été mis en oeuvre pour que les Congolais soient relégués au rang de simples figurants et que les véritables enjeux - émergence de nouvelles élites pour réinventer le politique afin de reconstruire l'état et de (re)bâtir l'économie - soient escamotés.

Bravant une surproduction préélectorale envahissante, les Congolais se sont employés à s'approprier un processus électoral dont les dimensions politiques et institutionnelles essentielles leur ont été savamment confisquées.   Tel est le sens profond des résultats du premier tour de l'élection présidentielle.

Les Congolais ont refusé que leur vote ne soit qu'une simple formalité servant de caution aux tuteurs régionaux des anciennes rébellions (1996-1998) pour régenter, avec le concours des Occidentaux, la constitution de l'échiquier politique afin de l'assujettir aux intérêts étrangers.

La "communauté internationale" s'est sans cesse magnifiée comme le généreux artisan de ce qui a été décrit comme une extraordinaire prouesse technique et diplomatique. Il ne s'agit nullement de générosité.

Les insatiables appétits des parrains et prétendus amis du Congo, appâtés par les ressources minières, constituent les véritables motivations de cette intense mobilisation internationale.

Médusés par la férocité de la répression au Bas-Congo; outrés par l'arrogance du pouvoir exécutif justifiant les assassinats perpétrés lors de l'assaut contre la résidence du vice-président Bemba (août 2006) et contre sa garde rapprochée, les Congolais s'interrogent s'il valait la peine de se libérer du joug colonial pour sombrer dans les affres d'un néocolonialisme que cautionne et perpétue depuis 40 ans, l'incurie d'un leadership servile.

L'après élection est donc lourd d'inquiétudes et d'incertitudes.

Les soutiens que des personnalités occidentales ont ostensiblement exprimés en faveur de Joseph Kabila, ainsi que le non-débat de l'entre deux tours ont dénaturé la portée réelle du scrutin d'octobre et ont fait l'impasse sur des sujets majeurs.

Les questions militaires ; les utilisations politiciennes de l'armée ; le bradage de la souveraineté de l'état et la banalisation de la criminalité économique et de la violence sociale n'ont guère fait l'objet du débat électoral. Il est à craindre que l'enquête initiée sur les contrats léonins ne débouche sur aucune décision notable pour éradiquer une tare qui gangrène les hautes sphères du pouvoir.

Les récents changements survenus à la tête de l'armée ne présagent rien de rassurant : la gestion privative des forces armées reste l'option que choisit le chef de l'Etat dont
la Maison militaire et les ressources d'une coopération militaire dévoyée, échappent à tout contrôle démocratique.

Les traitements de faveur accordés au général félon Nkunda indiquent clairement que Kinshasa ne veut pas desserrer l'étau militaire du Rwanda et de l'Angola.

Par ailleurs, l'asymétrie des majorités politiques en Belgique entre le fédéral, le communautaire et le régional est un facteur qui pourrait influer sur la politique belge au Congo. La prégnance des clivages communautaires a complètement bouleversé l'ordre institutionnel : libéraux et sociaux- chrétiens se disputent âprement le contrôle d'une Flandre - revendicative d'autonomie, voire d'indépendance - qui, dit-on, lorgne vers l'Afrique du Sud. Economiquement florissante et culturellement proche d'une Flandre à dominante libérale et atlantiste, l'Afrique du Sud dispose d'atouts diplomatiques et militaires que n'a pas le Congo.

Face aux velléités du clan présidentiel de confisquer l'expression civique du 30 juillet, il est du devoir des intellectuels - désireux de rompre avec les logiques perverses de mandarinat - d'exercer pleinement leur fonction tribunicienne.

La lucidité du 30 juillet offre un socle pour revivifier l'espoir, le consolider en suscitant et en entretenant un optimisme raisonné afin de concrétiser cet espoir dans le vécu quotidien des Congolais.

Les Congolais reprendront alors l'initiative politique pour parachever – au mieux de leurs intérêts - le processus d'appropriation électorale qu'ils ont entamé le 30 juillet afin de résoudre les véritables enjeux de l'après élection : oser et gagner le pari de l'intelligence critique pour repenser la production et la représentation de l'ensemble du social dans ses dimensions économiques, politiques et culturelles.

La rengaine est connue : le Congo est un scandale géologique. Force est de constater que l'exploitation de ces ressources se pratique sur le mode de la prédation au milieu d'une effroyable paupérisation des masses populaires.

Un des grands enjeux est de savoir si le secteur qualifié d'informel mais témoignant de la créativité sociale des masses, servira de "nouvelle frontière" de développement du capitalisme au Congo ou au contraire s'il se déploiera comme secteur d'économie sociale et devenir le vecteur d'un vrai
développement des masses.

C'est au coeur de cette créativité et de ces dynamismes des milieux populaires qu'il faut inscrire le débat démocratique sur les choix économiques fondamentaux. Ce débat renvoie à la question de l'Etat et de ses relations avec l'international ainsi que de ses articulations avec la société civile.

Autres articles : http://www.monde-diplomatique.fr/2005/10/MOBE/12838

Posté par CDF Afrique à 14:55 - Congo (RDC) - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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