19 juillet 2007
Le fils du président du Congo tous frais payés
Une ONG publie sur Internet les dépenses de Christel
Sassou-Nguesso réglées grâce à un compte offshore.
© RENAUD LECADRE
Jeudi 19 juillet 2007
La famille Sassou-Nguesso n'aime pas ce genre de publicité. L'ONG Global Witness, qui milite contre la corruption, a
récemment publié sur son site Internet une série de documents bancaires
retraçant les dépenses personnelles de Christel Sassou-Nguesso, le fils du
président du Congo.
Des dépenses somptuaires effectuées à Paris ou Marbella, et
réglée grâce à un compte offshore, bénéficiaire indirect de recettes
pétrolières de l'Etat congolais. Parmi ses fournisseurs habituels : Louis
Vuitton, Dior, Chanel. Un tribunal londonien a débouté Sassou-Nguesso fils de
sa requête visant à censurer le site (1). Global Witness a récupéré ces
documents à l'occasion des nombreuses procédures judiciaires (à Londres, New
York ou Hongkong) opposant l'Etat congolais et des «fonds vautours», structures
financières souvent basées dans des paradis fiscaux, spécialisées dans le
rachat à bas prix de la dette publique déficit public de pays surendettés du
tiers-monde.
Cargaisons.
Au Congo-Brazzaville, le fonds Kensington (îles Caïmans),
après avoir racheté pour 10 millions de dollars une créance dont la valeur
était à l'origine de 80 millions, exige le remboursement de 300 millions
de dollars (compte tenu des intérêts de retard). La tâche des créanciers privés
se résume à rémunérer des cabinets d'avocats en vue de saisir des cargaisons
pétrolières ou le moindre avoir bancaire.
Pour échapper à ses créanciers, l'Etat congolais a mis en
place une invraisemblable usine à gaz, sa compagnie pétrolière (SNPC) passant
contrat avec des intermédiaires tropicaux dans la plus parfaite opacité, avec
le soutien logistique de BNP Paribas. Denis Sassou-Nguesso se justifie : «Nous
continuerons de nous opposer à cette forme de pillage, de gangstérisme. Nous
n'avons pas caché de l'argent, nous avons plutôt protégé les ressources du
Congo pour qu'elles lui reviennent.» Audacieuse posture, compte tenu de
l'évaporation proverbiale en Afrique.
Coquille.
La dernière procédure initiée à Hongkong par Kensington,
outre qu'elle oblige le Congo à brader son pétrole en deçà des cours mondiaux,
a mis au jour un système de dérivation au profit de son fils, Christel.
Président de la Cotrade,
filiale de la SNPC
chargée de commercialiser son pétrole, il est l'ayant droit personnel d'une
coquille offshore, Long Beach Ltd. Basée à Hongkong et gérée par une fiduciaire
d'Anguilla, elle bénéficie d'un «contrat de consulting» passé en 2004 avec
une autre structure créée par la
SNPC, Sphynx Bermuda.
Bref, le pétrole congolais alimente les dépenses
personnelles de Christel Sassou-Nguesso, payées en carte Gold. CQFD. Et ce
qu'il ne fallait surtout pas mettre en ligne.
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