19 juillet 2007
Affaire Kahemba: Rdc-Angola affrontement évité
Affaire Kahemba:
Rdc-Angola affrontement évité
© L'Avenir Quotidien | 19/07/2007
Pour les députés, Shayimbwanda se trouve en territoire congolais alors que pour
les experts congolais et la commission mixte Angola-Congo, ce village est à 2 Km de la frontière en
territoire angolais. *La commission a beaucoup écouté les villageois qui
ignorent les données scientifiques de la détermination des frontières. *La
commission a recommandé une nouvelle et crédible commission mixte Angola-Congo.
*Cette commission risque d’être un remplissage dans la mesure où elle ne pourra
arriver à autres conclusions que celles de la commission précédente. *Avec sa sagesse
habituelle, Vital Kamerhe a encore une fois joué au sapeur pompier. *Une
Commission a été mise en place pour rédiger les recommandations à faire au
gouvernement.
La commission Kahemba a livré son secret. Comme on devrait s’y attendre, les
débats ont été chauds. Il revient encore une fois que Vital Kamerhe a joué au
sapeur pompier. Car, dans cette chaleur parlementaire du reste très
compréhensible, il y a eu risque que la passion l’emporte sur la raison. Cela
est d’autant important lorsqu’on sait que même au niveau du pays, on n’a pas la
même compréhension du dossier dans la mesure où, si les parlementaires se
basent sur un terrain plus politique, les experts de deux pays s’appuient sur
les éléments scientifiques. Il va de soi que si l’affaire est amenée devant les
institutions juridiques internationales, les arguments utilisés seront plus
scientifiques que politiques. Le président de l’Assemblée nationale dans sa
synthèse, a eu la sagesse de faire comprendre à l’opinion tant nationale
qu’internationale que les experts qui avaient accompagné les parlementaires
avaient dressé un rapport différent de celui des députés. Vital Kamerhe a
également rappelé que la conférence des présidents de l’Assemblée nationale
avait refusé que soit lu devant le parlement le rapport des experts. L’on
aurait pourtant voulu que l’opinion nationale sache pour quelle raison les
experts avaient abondé dans un autre sens. Si on veut que la vérité éclate au
grand jour, il aurait fallu que le rapport des experts soit connu. La commission
parlementaire est arrivée à la conclusion que les troupes angolaises se
trouveraient effectivement sur le territoire congolais et que les populations
de certaines localités seraient aujourd’hui en déplacement. A lire ce rapport
très musclé, on s’attendait à ce que les députés dont on ne peut mettre en
doute la bonne foi et l’intégrité morale, puissent appeler le gouvernement à
tout mettre en place pour récupérer les territoires occupés. Mais, la
commission s’est montrée modeste dans ses conclusions en faisant remarquer
justement que ce qu’elle avait dit n’était pas la vérité absolue. C’est
pourquoi la commission a demandé qu’il y ait encore une commission mixte pour
faire éclore la vérité. Dès ce moment là, on ne comprend pas la passion
politicienne dans les débats qui ont suivi la lecture du rapport de la
commission. Alors que la commission a reconnu ne pas obtenir le monopole de la
vérité au point de demander une nouvelle mission d’enquête, pour quelle raison
pense-t-on que le gouvernement doit être interpellé ou que tel ou tel autre
expert ou membre du gouvernement doit en répondre. Il faut donc regretter cette
politisation avec passion d’un dossier essentiellement technique. La question
que l’on devrait se poser, c’est celle de savoir si l’affaire était amenée
devant les juridictions internationales, la Rdc serait pourvue, au regard des éléments du
dossier, d’assez de preuves pour démontrer l’effectivité de l’occupation
angolaise.
Faire le distinguo entre frontières
coutumières et frontières de l’Etat
La commission a été en certains moments correcte et
prudente. Ainsi par exemple lorsqu’elle rapporte que pour les chefs coutumiers,
leurs revendications vont au-delà des frontières tracées par la colonisation.
La commission a à ce titre rapporté l’inquiétude d’un chef coutumier. Ce
dernier se demandait ce que vont devenir les frontières coutumières maintenant
qu’il existe des frontières d’Etat. La commission a promis d’apporter cette
inquiétude à qui de droit pour une réponse appropriée. Et pourtant, les membres
de la commission qui connaissent les conventions internationales auraient pu
dire au chef coutumier que les frontières à prendre en compte sont celles de
l’Etat. Cette façon de laisser la population dans le flou relève d’une
dangereuse manipulation politique. La commission qui doit s’être rendue compte
de l’ignorance des populations sur les techniques modernes de la détermination
des frontières, s’est pourtant longuement appuyée sur les témoignages de ces
populations. A certains endroits, le rapport de la commission a ressemblé à un
reportage de journaliste. Et pourtant, l’opinion attendait plutôt qu’elle
démontre, documents à l’appui, qu’effectivement les troupes angolaises
occuperaient des localités congolaises. Ces conclusions sont différentes de
celles des experts.
Les coordonnées scientifiques
Les experts, quant à eux, sont arrivés ; En ce qui concerne les villages en
vedette - à établir les coordonnées suivantes : les bornes 21 et 23, la
paillote de la police angolaise : long 19°49’14’’43E et latitude 7°00’72S, le
village Shakadiata : long 19°50’57’’07E et lat7°00’00’’00S et le village
Shakombe : long 19°48’36’’07E et latitude 6°56’03’’04S. Partant de ces
éléments, les experts ont fait les observations suivantes : la limite sur le
7ème parallèle sud (latitude 7°00’00’’00S) n’appartient à aucun pays. Ils ont
proposé que cette partie soit dégagée de quelques mètres de part et d’autre.
Cela dit que la localité de Shakadiata est à cheval entre les deux pays. Quant
à la localité de Shakombe ayant sa latitude inférieure à 7°00’00’’S se trouve
en Rdc. La paillote de la police angolaise, elle, est sur le territoire
angolais à 120 m
de la frontière. Les autres villages situés entre les bornes 20 et 23, les
latitudes de l’espace congolais ont des valeurs inférieures à 7°00’00’’0 Sud
(le parallèle 7° Sud étant un espace neutre) Les experts ont également constaté
qu’il n’y a pas eu un mouvement des populations sauf, la famille du chef
Shayimbwanda. Ils ont également attesté l’existence d’une barrière érigée par
la police angolaise à 120 m
au sud du 7° parallèle. Les cordonnées des bornes 21 et 23 sont conformes à
celles reprises dans le traité de 1891. C’est pour dire que la frontière est
tangible. Les experts ont également constaté que les villages indiqués sur la
carte de 1960 ont disparu sur le terrain ou se trouvent ailleurs qu’aux
coordonnées initiales. Les experts ont demandé que l’on puisse faire un
distinguo entre les déclarations des populations et les données scientifiques,
géographiques sur les différents traités signés entre Etats. C’est sur ce point
que la commission et ses experts divergent.
Un vieux problème
La commission parlementaire aussi bien que les experts, ont fait savoir que le
problème ne date pas d’aujourd’hui. Il s’était déjà posé en 1956 et qu’il avait
fait objet d’un rapport établi le 9 juillet 1956 à Kenge. Le commissaire de
district a.i. de l’époque, le Belge W.J. Carels avait fait un rapport qui nous
rappelle le problème concernant les mêmes localités. Celles-ci étaient priées
de revenir sur le territoire congolais. Celle des populations qui ne
respecteraient pas ce mot d’ordre, serait désormais sous l’administration
angolaise. Malheureusement, quand les villageois abandonnent un village où
étendent ce dernier, ils ne tiennent pas compte des parallèles et de
longitudes. Il y a des villages qui sont au Congo, mais que l’on ne peut
atteindre qu’en passant par le territoire angolais. Cette situation n’arrange
pas l’autorité angolaise même si les populations de part et d’autre de la
frontière vivent en harmonie. Le Congo doit tout faire pour éviter ces
désagréments afin d’éviter des incidents frontaliers. Surtout s’occuper de ces
populations comme l’a recommandé la commission.
Les conclusions des experts concordent
avec celles de la commission mixte
L’affaire avait également fait l’objet d’une commission mixte Angola-Congo. Les
experts de deux pays étaient arrivés à ces conclusions : les bornes 3 et 4
n’ont jamais existé sur le terrain. Quant aux bornes 11, 12, 13, 14, 15, 16,
17, 18, 19, 20, 33 et 34, elles n’ont pas été localisées suite aux contraintes
naturelles entre autre la végétation dense, les marécages, relief accidenté. En
ce qui concerne le village plus querellé, à savoir Shayimbwanda, les experts de
deux pays ont constaté qu’il était situé à 2 Km de la frontière en territoire angolais.
Ses coordonnées sont les suivantes : latitude sud : 7’01’18,29’’, longitude Est
: 19’52’27,91’’. Quant au village Shayungi, il se situe à 600 m au sud du parallèle
7’00’00,200’’. Le village Shakadiata dont le parallèle 7 passe au sud du
village a comme coordonnées : (latitude sud 7’00’074’’ ; et longitude Est
19,50’49,23’’. Le village Shawonde se trouve en territoire congolais de même
que le village Shakombe. Le poste de police angolaise dont on a beaucoup parlé
est à 130 m
de la borne 21 au sud du parallèle 7’00’00’’ en territoire angolais. La
commission parlementaire a demandé que les deux pays constituent une autre
commission mixte. On ne croit pas que celle-ci puisse arriver à d’autres
conclusions que celles des commissions précédentes d’experts. La valeur du
rapport de la commission parlementaire, c’est d’avoir permis enfin que les deux
gouvernements mettent un point final à ce dossier.
© JDG
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