20 juillet 2007
Nkundabatware «armé» par le gouvernement et la Monuc
Par Le Potentiel | Vendredi 20 juillet 2007
Alors que le gouvernement peine à réunir une table ronde
regroupant tous les acteurs majeurs du Nord et du Sud-Kivu en vue de la pacification
; alors que les rebelles hutu rwandais sèment la terreur dans la région et que
le mixage porte un discrédit au processus consensuel de brassage, Laurent
Nkundabatware se rappelle au souvenir de l’opinion avec des intentions plus que
belliqueuses. Le très influent Washington Post le rapporte. Le porte-parole
militaire de la Monuc
confirme les faits. On serait tenté de croire que le général dissident tirerait
profit d’une curieuse cécité des autorités congolaises et onusiennes.
Les nouvelles de l’Est de la République ne sont pas
encourageantes. La Monuc
s’inquiète et accuse : «Un nombre croisant de soldats des brigades mixées de
l’ex-général Nkundabatware, au Nord-Kivu, portent des uniformes de l’armée
rwandaise, en lieu et place de la tenue des Forces armées de la RDC».
Le porte-parole militaire de la Mission onusienne, le
lieutenant-colonel Gabriel De Brosses a, au cours du point de presse
hebdomadaire de la Monuc,
précisé mercredi que ces uniformes rwandais sont dépourvus d’insignes de
nationalité, alors qu’un lot d’uniformes des FARDC est disponible.
Le très influent Washington
Post
Cette situation, constatée dans les trois brigades mixées
dans le Masisi, reste tendue mais sous contrôle, a-t-il ajouté.
Selon le général Babacar Gaye, commandant de la force
onusienne, il existe en projet une confrontation militaire qui fait que la Monuc a renforcé ses troupes
au Kivu, alors que les politiques s’activent en vue de l’organisation d’une
table ronde pour la paix dans les provinces de l’Est du pays.
L’inquiétude de la
Monuc est également partagée par le très influent quotidien
américain, le Washington Post. Dans sa livraison du 15 juillet 2007, le journal
dénonce, à travers la plume de son correspondant à Goma (Nord-Kivu), l’effet
boomerang de l’opération «mixage» que le gouvernement, conseillé selon diverses
sources concordantes par la
Monuc, a offerte au dissident Laurent Nkundabatware comme
prime à ses velléités belliqueuses.
Washington Post observe qu’au lieu de réduire les
prétentions de l’ex-général, le «mixage» a renforcé sa capacité de nuisance, et
conduit à plusieurs provocations dans lesquelles il s’illustre. Un rapport du
Conseil de sécurité de l’ONU a même qualifié de désastreuse la situation
sécuritaire consécutive à l’après-mixage.
Le journal américain déplore que les troupes loyales à
Nkundabatware se soient aujourd’hui déployées sur un territoire plus vaste
qu’avant le «mixage». Théoriquement, elles sont sous le commandement des FARDC
qui les paient alors que, dans la pratique, selon les témoins, elles demeurent
loyales à leur chef tribal, Laurent Nkundabatware, dont les liens avec le
Rwanda voisin ne sont ignorés de personne.
Admettre sa culpabilité
Pour les analystes du quotidien américain, la force de
Nkunda et sa passion de défier le gouvernement de Kinshasa ainsi que les Forces
armées de la République démocratique du Congo lui viennent d’un deal mal négocié.
Le gouvernement et la Monuc ont commis une faute monumentale en créant,
pour répondre aux exigences de Nkunda, le drôle de concept nommé «mixage».
A titre de rappel, aux termes du deal ici dénoncé, le
gouvernement a permis aux milices de Nkunda de ne jamais travailler ailleurs
que dans l’espace de leur territoire d’origine après le mixage. Il leur avait
même offert de prester sous un commandement conjoint piloté par un officier de
Nkunda et un officier des FARDC. Ceci est parfaitement contraire au brassage,
première approche d’intégration des forces armées éparses dans l’armée
nationale et républicaine, qui élargit l’affectation des soldats à tous les
coins de la République.
La faute originelle, insiste le Washington Post, c’est de
n’avoir pas forcé les troupes du général dissident à intégrer le processus
régulier de brassage. Sous un commandement unique (FARDC).
Aujourd’hui que la
Monuc déploie davantage de troupes à l’Est, et que le
gouvernement envisage d’y larguer plusieurs milliers de soldats, il est
opportun de se rappeler que sans la faute originelle, Nkundabatware et ses
milices ne feraient pas longtemps trembler l’Est.
Sans y avoir pensé lors des négociations, le gouvernement et la Monuc ont,
en fait, offert au général déchu la terrible arme qui lui faisait défaut, celle
de commettre impunément ses forfaits sous l’uniforme officiel de cinq brigades
mixées des FARDC. Il va sans dire que c’est donc le gouvernement et la Monuc qui l’ont «armé».
C’est cette déplorable situation qu’ils doivent réparer au
plus vite, afin de sécuriser, en particulier, la région.
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