22 juillet 2007
Si le Kivu était rwandais, l'Alsace aurait dû être allemande
La promotion de l'idée de l'ingouvernabilité du Congo'',
on le sait, tire son origine dans les mêmes chancelleries ou se décide la
déstabilisation de ce vaste territoire d'Afrique centrale.
La Conférence de Berlin II, maintes fois évoquée devrait servir d'outil pour les auteurs de ce syncrétisme dans le but d'atteindre leurs objectifs. Quant à leurs prête-noms africains, ils ont tout aussi cyniquement appuyé ce macabre projet en avançant le caractère artificiel des frontières africaines. Ainsi, c'est avec joie que l'idée avait été accueillie et prise en compte dans certains milieux pour son expérimentation éventuelle au Congo. Au Ruanda, bien des milieux ont caressé l'opportunité de la résurgence d'un empire ethnocentrique d'autrefois, au détriment d'un pays qui avait pourtant tout sacrifié pour leur offrir un asile pluridecennal et aisé.
La province congolaise du Kivu est le cadre territorial qui
a été choisi pour réaliser ce rêve a cause de l’important effectif des
populations rwandophones accueillies autrefois consécutivement à de nombreux
drames liés à la démographie galopante et à l'intolérance politique dans ce
pays ou règne une culture du sang.
Comme hier la
Prusse préconisait l'annexion de l'Alsace française à cause
de la culture allemande de ses habitants, aujourd'hui c'est le Ruanda qui tente
de s’emparer de la belle province du Kivu. S'il est inutile d'insister sur les
conséquences heureuses de cette crise sanglante sur l'émergence des sentiments
nationalistes parmi les Congolais, il reste à déplorer le fait que des
partenaires privilégies en Occident, des deux cotes de l'Atlantique, aient
caresse le projet Ouganda-rwandais de Berlin II.
Comme il est souvent utile de dissuader un partenaire de ses
mauvaises intentions en lui rappelant les objectifs de la lutte menée
antérieurement, par ses ancêtres, dans le but d’éviter le même préjudice, nous
sommes descendu aux archives pour déterrer une lettre qu'un professeur français,
Fustel de Coulanges, avait adressée à son homologue berlinois allemand,
Théodore Mommsen, auteur, lui, d'une lettre sur la nationalité prussienne
(allemande) des Alsaciens. Vous nous excuserez de devoir vous reproduire
uniquement des extraits. Quoi qu'il en soit vous aurez reçu toute la substance
de cette ancienne polémique dont les termes se répètent dans la situation
congolaise. Le Kivu est et restera congolais.
Il importe de signaler que nous avons pensé à rechercher ce
texte dans les bibliothèques parce que nous l'avions analysé au cours de nos
études a l'Université de Lubumbashi, sous la dictée d'un assistant d'origine
ruandaise, Mr Rufuangula. Notre souhait aujourd'hui est que les nouvelles
forces hégémonistes des Grands Lacs africains, qui se trouvent être les
compatriotes de mon ancien enseignant, comprennent le vrai sens de l'histoire,
mais aussi le vrai sens de notre combat nationaliste contre leur agression et
que nos partenaires communs se remémorent les périphéries de leur propre destin
pour mieux analyser les nôtres.
© Lambert Opula.
L’Alsace est-elle Allemande ou Française?
Réponse de Fustel de Coulanges à Théodore
MOMMSEN, Professeur à Berlin.
Paris, 27 octobre 1870.
Monsieur,
Vous avez adressé dernièrement trois lettres au peuple
italien. Ces lettres, qui ont paru d'abord dans les journaux de Milan et qui
ont été ensuite réunies en brochure, sont un véritable manifeste contre notre
nation.
Vous avez quitté vos études historiques pour attaquer
la France; je quitte les miennes pour vous répondre.
... Nul ne peut plus l'ignorer aujourd'hui; ce qui met à la
prise toute la population militaire de l'Allemagne et toute la population
virile de France, c'est cette question franchement posée : l'Alsace sera-t-elle
à la France ou
a l'Allemagne?
La Prusse compte résoudre cette question par la force; mais la force ne lui suffit pas: elle voudrait bien y joindre le Droit.
Aussi, pendant que ses armées envahissaient l'Alsace et
bombardaient Strasbourg, vous vous efforciez de prouver qu'elle était dans son
droit et que l'Alsace et Strasbourg lui appartenait légitimement.
L'Alsace à vous en croire, est un pays allemand.
Elle en faisait partie autrefois; vous concluez de là
qu'elle doit lui être rendue. Elle parle allemand, et vous en tirez cette
conséquence que la Prusse
peut s'emparer d'elle. En vertu de ces raisons vous la ''revendiquez''. Elle
est vôtre, dites-vous, et vous ajoutez: '' Nous voulons prendre tout ce qui est
nôtre, rien de plus, rien de moins.'' Vous appelez cela le principe de la
nationalité.
C'est sur ce point que je tiens à vous répondre. Car il faut
que l'on sache bien s'il est vrai que, dans cet horrible duel, le Droit se
trouve du même côté que la force. Il faut aussi que l'on sache s'il est vrai
que l'Alsace ait eu tort en se défendant et que la Prusse ait eu raison en
bombardant Strasbourg.
Vous invoquez le principe de la nationalité, mais vous le
comprenez autrement que toute l'Europe.
Suivant vous, ce principe autoriserait un État puissant à
s'emparer d'une province par la force, à la seule condition d'affirmer que
cette province est occupée par la même race que cet État.
Suivant l'Europe et le bon sens, on autorise simplement
cette population à ne pas obéir malgré elle à un maître étranger...
Songez ou nous arriverions si le principe de la nationalité
était étendu comme l'entend la
Prusse, et si elle réussissait à en faire la règle de la
politique européenne.
Elle aurait désormais le droit de s'emparer de la Hollande. Elle
dépouillerait ensuite l'Autriche sur cette seule affirmation que l'Autriche
serait une étrangère a l'égard de ses provinces allemandes. Puis elle
réclamerait à la Suisse
tous les cantons qui parlent allemand.
Enfin, s'adressant a la Russie, elle revendiquerait la province de
Livonie et la ville de Riga, qui sont habitées par la race allemande; ...
L'Europe serait périodiquement embrasée par les revendications de la Prusse ...
Vous croyez avoir prouve que l'Alsace est de nationalité
allemande parce que sa population est de race germanique et parce que son
langage est l'allemand. Mais je m'étonne qu'un historien comme vous affecte
d'ignorer que ce n'est ni la race ni la langue qui fait la nationalité.
Ce n'est pas la race: jetez en effet les yeux sur l'Europe
et vous verrez que les peuples ne sont presque jamais constitues d'âpres leur
origine primitive, Les convenances géographiques, les intérêts politiques ou
commerciaux sont ce qui a groupe les populations et fonde les États.
Chaque nation s'est ainsi peu à peu formée. Chaque patrie
s'est dessinée sans qu'on se soit préoccupe de ces raisons ethnographiques que
vous voudriez mettre a la mode.
Si les nations correspondaient aux races, la Belgique serait à la France, le Portugal à
l'Espagne, la Hollande à la Prusse ;
en revanche, l'Écosse se détacherait de l'Angleterre, a laquelle elles est si
étroitement liée depuis un siècle et demi, la Russie et l'Autriche se diviseraient chacune en
trois ou quatre tronçons, la
Suisse se partagerait en deux, et assurément Posent se
séparerait de Berlin.
Votre théorie de race est contraire à tout l'État actuel de
l'Europe. Si elle venait à prévaloir, le monde entier serait à refaire.
La langue n'est pas non plus le signe caractéristique de la
nationalité. On parle cinq langues en France, et pourtant personne ne s'avise
de douter de notre unité nationale. On parle trois langues en Suisse : la Suisse en est-elle moins
une seule nation, et direz-vous qu'elle manque de patriotisme? D'autre part, on
parle anglais aux États-Unis, voyez-vous que les États-Unis songent à rétablir
le lien national qui les unissait autrefois a l'Angleterre? Vous vous targuez
de ce qu'on parle allemand a Strasbourg; en est-il moins que c'est a Strasbourg
que l'on a chante pour la première fois notre Marseillaise ?
Ce qui distingue les nations, ce n'est la race, ni la
langue. Les hommes sentent dans leur cœur qu'ils sont un même peuple lorsqu'ils
ont une communauté d'idées, d'intérêts, d'affections, de souvenirs et
d'espérances. Voila ce qui fait la patrie....Il se peut que l'Alsace soit
allemande par la race et par le langage; mais par la nationalité et le
sentiment de la patrie elle est française ....
Comme les premiers chrétiens confessaient leur foi,
Strasbourg, par le martyre, a confesse qu'il est français.
... Notre principe à nous est qu'une population ne peut être
gouvernée que par les institutions qu'elle accepte librement, et qu'elle ne
doit aussi faire partie d'un État que par sa volonté et son consentement libre.
Voila le principe moderne. Il est aujourd'hui l'unique fondement de l'ordre, et
c'est a lui que doit se rallier quiconque est a la fois ami de la paix et
partisan du progrès de l'humanité. Que la Prusse le veuille ou non, c'est ce principe-la
qui finira par triompher. Si l'Alsace est et reste française, C'est uniquement
parce qu'elle veut l'être. Vous ne la feriez allemande que si elle avait un
jour quelque raison pour être allemande.
Son sort doit dépendre d'elle. En ce moment, la France et la Prusse se la disputent;
mais c'est l'Alsace seule qui doit prononcer ... Ni les raisons tirées de la force, ni les intérêts de la
stratégie n'ont de valeur en cette affaire. Il ne s'agit que d'une question de
droit publique.
La France n'a qu'un seul motif pour vouloir conserver l'Alsace, c'est que l'Alsace a vaillamment montre qu'elle voulait rester à la France.
Voila pourquoi nous soutenons la guerre contre la Prusse.
Bretons et
Bourguignons, Parisiens et Marseillais, nous combattons contre vous au sujet de
l'Alsace; mais, que nul ne s'y trompe; nous ne combattons pas pour la
contraindre, nous combattons pour vous empêcher de la contraindre.
© Fustel de Coulanges.
(1916) Questions contemporaines. Paris: Hachette. pp 89- 102.
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