27 juillet 2007
Affaire Kahmere : Réponse de François Soudan
Portraits interdits
© François Soudan,
J’ai écrit, il y a deux semaines dans Jeune Afrique, le
portrait de Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale congolaise
(Kinshasa), secrétaire général du parti au pouvoir et l’homme qui monte dans la
galaxie locale. Pour cela je l’ai rencontré, bien sûr, longuement.
Mais j’ai aussi écouté nombre de témoins, diplomates, députés, membres de la
société civile, amis ou ennemis. Au final : l’itinéraire d’un personnage à la
fois brillant et ambitieux, qui n’hésite pas à affirmer sa personnalité. Au
final surtout, une petite tempête médiatico-politique à Kinshasa.
Car Vital Kamerhe figure en « Une » de Jeune Afrique, sur la
couverture et cela, apparemment, c’est impardonnable. Le chef de l’Etat, me
dit-on, n’a pas apprécié, tout comme ses proches, que cet homme censé être l’un
de ses collaborateurs les plus précieux soit ainsi mis en valeur.
Les partisans de Vital ne sont pas en reste : « Tu l’as crucifié ! » me dit
l’un, « Tu l’as piégé » ajoute un autre. Et il se murmure même qu’en réalité,
cette « opération » a été commanditée par Joseph Kabila lui-même pour mieux
torpiller un personnage trop encombrant. Bref, on ne trouve plus un Jeune
Afrique en vente à Kin et on raconte tout et n’importe quoi.
En Afrique il est vrai, du Maroc à la Tunisie et de l’Algérie au Burundi, en passant
par la RDCongo,
le Cameroun et tous les autres, publier à la Une le portrait d’une personnalité proche du chef
serait, dit-on, le meilleur moyen de l’assassiner. Combien de fois il m’est
arrivé d’entendre, de la part d’un ministre : « Surtout, ne parles pas de moi,
ne me mets pas en avant, quant à la cover : Tu veux ma mort ! ».
Non, le journaliste ne veut la mort de personne. Mais il veut encore moins être
le prisonnier de politiciens que les médias obsèdent et terrifient à la fois.
Au fait, comment a réagi Kamerhe, le
principal intéressé ?
Plutôt crânement ! « J’assume », m’a t-il dit et répété, non sans m’envoyer, tout de
même, deux ou trois « précisions » destinées à couvrir ses arrières.
Pas mal…
Soyons précis. C’est moi qui ai sollicité et écrit ce
portrait de Kamerhe. L’intéressé ne s’est pas opposé à ce projet, sinon il ne
m’aurait pas reçu pour me parler de son itinéraire. Mais, pour rédiger ce
portrait, j’ai vu et écouté d’autres personnes qui, souvent sous le couvert de
l’anonymat, m’ont parlé de lui.
Il ne s’agit donc en aucune façon d’une interview et ce qui est écrit, sauf les
propos cités entre guillemets, relèvent de ma seule responsabilité.
Pour le fun : la dernière version qui court à Kin dans les milieux dits bien
informés est la suivante. J’aurais rédigé ce portrait sur commande des
adversaires de Vital Kamerhe, afin de provoquer sa chute !
En d’autres termes et puisqu’on me reproche par ailleurs
d’avoir rédigé un texte plutôt flatteur pour l’intéressé (avec photo cover en
prime), le meilleur moyen de « descendre » une personnalité en RD
Congo serait d’en dire du bien et la meilleure façon de la protéger, voire de
la conforter, serait de la critiquer !
Quant au président Kabila, qui n’était évidemment pas au courant de ce projet
et que j’ai par ailleurs longuement interviewé lors de mon séjour, je le sais
trop fin pour croire une seconde aux multiples versions congolaises de la
théorie du complot.
Contrairement à J.P. Bemba, dont le grand tort est de se surestimer et de
sous-estimer son rival (lequel a largement profité de cette erreur
d’appréciation), je crois, moi, que Joseph Kabila est un homme élaboré.
Enfin : sur la parution des deux covers à deux semaines d’intervalle. Pur
hasard dicté par les lois du marché. D’ailleurs, dans le prochain numéro de Jeune
Afrique, vous aurez droit à une interview de… Bemba.
Qu’est-ce qu’on ne va pas dire encore, à Kin !
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