27 juillet 2007
Kasaï Occidental : débordée, la province est incapable de porter secours aux expulsés d'Angola
Une grosse mallette sur la tête, un bébé sur le dos, Cathy
Nzeba est aussi enceinte de sept mois. C'est l'une des premiers expulsés d'Angola
qui foule le sol de la ville de Kananga après une semaine de marche à pieds
depuis Tshikapa.
Elle vit, depuis son arrivée dans sa famille avec ses sept frères qui
espéraient la rejoindre en Angola où elle s'est rendue en 2002. Sa mère est
veuve depuis six mois.
" Mon mari est resté à la frontière et je vais le
rejoindre le moment venu. C'est la deuxième fois que je connais un tel calvaire
et je commence à m'habituer, raconte- t- elle, sans inquiétude apparente. Elle
est déterminée à rentrer d'où elle vient car elle ne pourrait survivre dans sa
ville natale.
Si elle minimise ses souffrances, son calvaire est plutôt
éprouvant. Mais elle n'a pas le choix. Tenez, Cathy est âgée de 32 ans et elle
est mère de trois enfants. L'un est décédé en cours de route, elle a abandonné
un autre à Tshikapa dans un centre de santé, car il était gravement malade et
elle ne pouvait pas honorer la facture des soins médicaux administrés à
l'enfant.
Elle compte sur l'assistance des organismes internationaux
pour retrouver sa fille de 6ans hospitalisée de suite d'une diarrhée. A l'en
croire, c'est depuis le mois d'avril que le gouvernement angolais avait intimé
l'ordre à tous les étrangers de quitter le sol angolais.
Cathy, comme les autres congolais, a refusé d'obtempérer jusqu'au
jour où la police angolaise est venue la déguerpir. " Dix minutes ont
suffi pour emballer le nécessaire et quitter le quartier à bord d'un véhicule
jusqu'à la frontière. J'ai vu des amies qui ont vu leurs épicrâniens enlevés
sur leur lit d'hôpital, pour les amener à la frontière sans ménagement. Car les
Angolais sont convaincus que les Congolais font le malin pour échapper à
l'expulsion.
Pour Nzeba, c'est au niveau de la frontière que son calvaire
a commencé. Cette mère de famille n'avait ni eau, ni nourriture ni habits pour
ses enfants. Elle est restée à cet endroit une semaine durant. Elle ne prenait
avec ses enfants, comme repas que des patates douces crues et utilisait, l'eau
de la rivière pour se désaltérer et se laver avec sa petite famille.
Sans nouvelles de son mari resté en Angola, elle décide de
quitter le village frontalier, au début de la deuxième semaine quand sa
fillette de deux ans est décédée de suite d'une diarrhée sanguinolente.
C'est la mort de ma fille qui m'a obligé de traverser la
frontière. Sinon, je serais rentré en Angola sans réfléchir deux fois,
s'exclame- t -elle avec colère.
Plus de douze mille Congolais ont quitté l'Angola dans des
conditions analogues à celles de Cathy Nzeba et jusque là, aucune assistance
efficace ne leur a été apportée.
Outre les trois tonnes de médicaments amenés par le ministre
de l'Intérieur et quelques vivres des organismes internationaux, les expulsés
ne savent pas à quel saint se vouer. Ils n'ont ni nourriture, ni eau potable,
ni habits, ni logements.
A en croire les nouvelles qui nous parviennent de la ville
de Tshikapa, la plupart des expulsés errent dans les rues. Il n' y a aucune
structure d'accueil organisée à cette fin. Ils dorment à la belle étoile.
Un petit nombre se retrouve dans des familles d'accueil. Ce
sont les territoires et villages de Luiza, Luambo, Sumbula, Tshikapa qui ont
accueilli le plus grand nombre d'expulsés.
Le comble, cependant, est, qu'aucun d'eux ne veut retourner
dans sa famille. Au contraire, ils veulent tous rentrer en Angola. Là d'où nous
venons, l'argent circule et on mange sans peine.
Il y a des personnes qui s'étaient endettées, d'autres ont
vendu des parcelles pour rembourser un jour cet argent. Si vous leur demandez
d'aller à Kananga ou ailleurs, elles préfèreront se suicider, laisse entendre
cette jeune femme.
Où sont passés le
Gouvernement et l'Assemblée provinciale ?
Pour les parents des victimes, la province a failli à sa
mission. D'autres vont plus loin. Ils demandent la démission de tous les
députés qui, jusque là, n'ont posé aucun geste en faveur des expulsés, ni fait
une quelconque déclaration dans ce sens.
Une province sans gouvernement ne peut que vivre de tels
actes, déclare un sexagénaire qui n'a pas de nouvelles de son fils depuis le
début de la vague d'expulsions.
Mardi 24 juillet, la division provinciale de la santé et les
représentants de l'UNICEF, OCHA, FAO, CARITAS, se sont réunis pour débattre des
moyens et de l'assistance à apporter à ces Congolais qui sont pour la plupart
des Kasaïens. Les organismes internationaux reprochent aux autorités
provinciales la lenteur et la léthargie dans le traitement de ce dossier qui
nécessite pourtant d'être traité en urgence.
Quant aux autorités provinciales, elles laissent entendre
que ce problème exige des moyens conséquents et l'apport de tout le monde
s'avère indispensable.
Claudine Mbombo | Kananga, 27/07/2007 | ©
L'Observateur, via mediacongo.net
La demande de remise en liberté du père Wenceslas a été refusée
RWANDA - 25 juillet 2007 - AFP
La cour d'appel de Paris a renvoyé au 1er août l'examen des
mandats d'arrêt délivrés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda
(TPIR) contre deux Rwandais recherchés pour génocide et arrêtés vendredi en
France, tout en les maintenant en détention.
Dans l'attente de cette audience, les avocats avaient
formulé une demande une remise en liberté de leurs clients, qui n'a pas été
jugée recevable par la présidente de la Chambre de l'instruction, Edith Boisette.
"Dans ce genre d'affaire la précipitation est mauvaise
conseillère", a expliqué l'avocat général, Jean-Charles Lecompte.
Le magistrat a également requis le rejet de la demande de
remise en liberté des deux hommes en expliquant qu'elle n'avait pas été déposée
dans les délais légaux (48 heures avant l'audience).
Les avocats des deux hommes ont plaidé le caractère
exceptionnel de cette procédure internationale et déploré "une atteinte à
la liberté individuelle" et "aux droits de l'Homme" après le
placement en détention de leur client.
La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris doit
se prononcer le 1er août sur la validité de la demande d'arrestation et de maintien
en détention en France des deux hommes, formulées par le TPIR, en attendant que
cette juridiction internationale statue sur un éventuel transfert du dossier à la France qui pourrait les
juger.
Le procureur du TPIR a en effet pris des réquisitions pour
que les deux hommes puissent être jugés par une juridiction française (cour
d'assises, ndlr)
La France ayant donné son accord en 2006, la décision de transfert du dossier est maintenant entre les mains des juges du TPIR.
Wenceslas Munyeshyaka, 49 ans, un prêtre catholique, et
Laurent Bucyibaruta, ex-préfet de Gikongoro (sud du Rwanda), 62 ans, ont été
arrêtés vendredi en exécution de ces mandats, les deux hommes étant recherchés
par le TPIR pour génocide, extermination, assassinats et viols.
"Les accusations formulées à mon encontre sont
imaginées de toutes pièces", a plaidé mercredi l'ex-préfet devant la cour
d'appel sans en dire plus sur le fond du dossier.
Les deux Rwandais sont déjà mis en examen pour
"complicité de génocide et de crimes contre l'humanité" dans le cadre
d'une procédure française instruite par la juge Fabienne Pous.
Après avoir été placés en détention provisoire, 11 jours
pour le prêtre et six mois pour le préfet, ils étaient tous deux en liberté
sous contrôle judiciaire jusqu'à leur arrestation vendredi dernier.
Le religieux, comme l'ancien préfet, sont par ailleurs visés
par un acte d'inculpation du TPIR remontant à 2005, rendu public seulement en
juin.
Le père Wenceslas a été condamné par contumace à la
réclusion à perpétuité par un tribunal rwandais.
Le TPIR, siégeant à Arusha (Tanzanie) et dont le mandat
s'achève en 2008, est chargé de rechercher et juger les principaux responsables
du génocide de 1994 qui a fait, selon l'ONU, environ 800.000 morts parmi la
minorité tutsie et les Hutus modérés.
Pour leurs activités syndicales, deux journalistes de la chaîne publique aux arrêts à Kinshasa
Communiqué de Journalistes en Danger
Kinshasa, le 27 juillet 2007
Vincent Hata et Michel Shango, journalistes à la RTNC (Radiotélévision
Nationale Congolaise, chaîne publique) ont été interpellés, respectivement le
26 et 27 juillet 2007, par les éléments de la Garde Républicaine
(GR) commis à la garde des installations de la RTNC à Kinshasa/Lingwala. Le lieu de détention de
Vincent Hata n'est pas connu à ce jour alors que Michel Shango est encore
retenu au poste de la GR
à la RTNC. Selon des témoignages recueillis à la RTNC par Journaliste en
danger (JED), HATA et Shango ont été arrêtés sur ordre de M. Emmanuel
Kipolongo, Administrateur délégué général de la RTNC au motif que « les syndicalistes
préparaient une réunion en vue de détruire les installations de la chaîne
publique ». Interrogé par JED au sujet de cette accusation, Richard Kalala
Tshitenge, journaliste et président national de la délégation Syndicale de la RTNC, a rejeté ces
« allégations mensongères ».
Toutes les tentatives de JED pour entrer en contact avec
l'administrateur général de la
RTNC se sont avérées vaines. Ce dernier a fait répondre,
vendredi 27 juillet 2007 à 14H00, par son garde du corps, qu'il était en prière
« avec le chef spirituel de l'Eglise Kimbanguiste ».
JED constate que de plus en plus, le droit de se syndiquer,
pourtant reconnu par la constitution de la RDC, est méconnu dans le secteur des médias
où certains employeurs n'hésitent pas à révoquer des journalistes pour leurs
activités syndicales.
JED reste d'avis que les droits économiques et sociaux des
journalistes ont un impact majeur sur la liberté de la presse étant entendu
qu'il n' y a pas de liberté de la presse avec des journalistes pauvres et
corrompus pour reprendre une devise de la Fédération Internationale
des journalistes (FIJ).
De ce qui précède, JED demande au Ministre de l'Information,
presse et communication nationale, M. Toussaint Tshilombo Send, de qui relève à
ce jour le Comité de gestion de la
RTNC, et à son collègue du Travail et de la Prévoyance sociale, ce
qui suit :
- Obtenir
de la Garde
Républicaine la libération, toutes affaires cessantes, des
journalistes Vincent Hata et Michel Shango abusivement détenus
- Diligenter
une mission d'audit à la RTNC
pour vérifier les allégations de mauvaise gestion ;
- De rappeler à l'ordre tous les employeurs du secteur des médias audiovisuels, publics et privés, sur la légalité des activités syndicales dans leurs entreprises.
Le moratoire, Kahemba et la Constitution de la troisième République
Il y a, dans certains milieux congolais, une haine viscérale
entretenue à l’endroit des choses de l’esprit et des analystes congolais. Un
jugement sans appel est souvent émis à l’endroit de ces derniers : ils n’ont
rien fait pour le pays. Ce sont eux qui, vassalisés par les hommes au pouvoir
au Congo, ont contribué à sa descente en enfer. Ce jugement est émis à
l’endroit des élites intellectuelles d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Ce
jugement sans appel ne voudrait souffrir d’aucune exception. Il n’est pas
impossible que cette haine entretenue à l’endroit de l’intelligence soit
assimilable aux innombrables armes de destruction massive dont les réseaux
d’élite prédateurs se servent pour asseoir leur prédation et mettre le pays en
coupe réglée. Il est important d’approfondir cette question.
A un certain moment, il serait tentant de croire que ces réseaux de prédation
réussissent leur coup assez facilement et enferment les Congolais dans une auto-flagellation
ayant pour cibles privilégiées « les plus vertébrés » d’entre eux. Mais un
examen assez sérieux de ce qui se passe au Congo peut être révélateur des
dérives du pouvoir en place et de leurs racines dans un passé récent que bien
des Congolais cherchent à oublier ou ont tout simplement oublié.
Le moratoire et les réseaux d’élite
Le Congo est l’un de ces rares pays au monde où un président
de l’Assemblée Nationale a osé affirmer à travers les médias que certains
députés à double nationalité ont été élus en violation flagrante de la Constitution et qu’il
leur accordait un moratoire de trois mois afin qu’ils se mettent en règle avec
la loi. Ces faits ont eu lieu pendant que le débat sur « la congolité » était
virulent.
Poser la question de « qui sollicite les suffrages des Congolais » était un
crime de xénophobie. Les plus naïfs d’entre nous avez cru que la question
allait être réglée dans le délai. Plus de trois mois après, dans une interview
à la Radio Okapi,
Vital Kamerhe nous dit : « La loi est faite pour organiser la société mais pas
pour la compliquer. Cela sera examiné. Ne vous en faites pas. La question de
nationalité est réglée et, faites-moi confiance, nous allons faire en sorte
qu’il n’y ait pas de double nationalité dans les institutions avant longtemps.
» De « trois mois », nous sommes passés à « avant longtemps », c’est-à-dire à
un délai vaguement déterminé ou aux calendes grecques.
Vital Kamerhe affirme une chose et son contraire : « La question sera
examinée…La question de nationalité est réglée… ». Il voudrait que nous lui
fassions confiance. Sur quoi cette confiance va-t-elle être fondée quand il
nous prouve qu’il est incapable de tenir à la parole donnée? Si « la question
de nationalité est réglée », pourquoi n’a-t-il pas utilisé le canal des médias
pour nous informer comme il l’a fait quand la Constitution a été
violée ?
Et il voudrait que nous lui fassions confiance… Entre-temps, le gouvernement
accuse « les députés siégeant à l’Assemblée nationale » d’être de mèche avec
les Mbororo occupant illégalement une partie de notre pays.
(Lire A. MOBATELI,
Le Potentiel va plus loin avec Chikez Diemu, dans Le Potentiel du 23 juillet
2007)
Et le Washington Post accuse le gouvernement « d’armer » Nkundabatware.
Qu’est-ce que tout cela veut dire ?
Toutes nos institutions sont infiltrées par
« les ennemis » de nos populations. Le loup est depuis longtemps dans la
bergerie, dirait Honoré Ngbanda. (Lire et relire absolument Crimes organisés en
Afrique centrale. Révélations sur les réseaux rwandais et occidentaux, Paris,
Duboiris, 2004)
Plusieurs d’entre nous ont entendu parler du rapport du Panel de l’O.N.U. de
2002. Ils ne l’ont jamais lu. Parmi ceux qui l’ont lu, rares sont ceux qui ont
réussi à relever le mode opératoire de la prédation décrit dans ce rapport.
Beaucoup se limitent au fait que ce rapport rend compte des pillages de nos
ressources du sol et du sous-sol. Rares sont ceux qui ont étudié la question du
« comment cela se fait-il » à travers le même rapport.
Pour rappel, après l’introduction, ce rapport (Kassem) a un deuxième titre : «
Changement de tactique avec les réseaux d’élite ». Citons deux extraits de ce
rapport. « Les réseaux sont composés d’un petit noyau de dirigeants politiques
et militaires et d’hommes d’affaires, et, dans les zones occupées, de certains
chefs rebelles et administrateurs. Certains membres des réseaux d’élite
occupent des postes clefs au sein de leur gouvernement ou de leur groupe
rebelle respectif. » Comment opèrent-ils ? « Les membres de ces réseaux
agissent en coopération pour produire des revenus (…) Et « les réseaux d’élite
assurent la viabilité de leurs activités économiques en exerçant un contrôle
sur les forces armées et autres forces de sécurité auxquelles ils ont recours
pour mener des opérations d’intimidation, menacer de recourir à la violence ou
encore commettre des actes de violence. »
Ce mode opératoire datant d’avant la mascarade électorale congolaise n’a pas
disparu avec elle. D’ailleurs, il a servi au financement de la campagne de
certains partis politiques. Que Marie-Thérèse N’Landu parle de Kin-Mazière
comme lieu où sévit « la police politique » du pouvoir actuel, elle rend
témoignage à la continuité assurée à ce mode opératoire. Lundi 23 juillet, au
cours du débat organisé entre les députés, les sénateurs, les secrétaires
généraux des Mines et des Hydrocarbures et les membres de la société civile, le
vice-président de l’Assemblée nationale, Lutundula Apala, auteur du rapport sur
« l’exploitation des ressources naturelles de la RDC » s’est montré « moins optimiste » quant à
l’amélioration de la gestion des ressources issues des industries extractives.
Il a déploré ce qui suit : « manque de transparence dans la passation des
marchés et de traçabilité des flux générés par ces revenus ; absence de
mécanismes de contrôle, absence de thèmes de référence ou de textes définissant
le profil des partenaires ; sous évaluation des produits ; connexion avec des
réseaux extérieurs maffieux, voire des réseaux officiels extérieurs mais qui
refusent de jouer franc jeu avec l’Etat congolais (…) »
(Le rôle des
parlementaires dans le contrôle des ressources minières est déterminant, dans
www.monuc.org)
Un parlement infiltré peut-il devenir capable de démanteler ces « réseaux
maffieux et officiels », ennemis du franc jeu ? Si Lutundula Apala est « moins
optimiste » quant à la réponse positive à donner à cette question, lui qui
connaît de l’intérieur le fonctionnement de ces réseaux, cela serait lié au
fait qu’il en connaît aussi « l’efficacité ».
Bref, au vu de ce qui se passe au Congo, il ne serait pas exagérer d’affirmer
que le fameux moratoire participe d’un plan de déstabilisation des institutions
du pays au profit de la prédation. D’où l’instrumentalisation de la Constitution. Les
maîtres à bord du navire congolais y recourent ou pour avaliser leur forfaiture
ou pour écarter de ce navire « les menus fretins » afin de donner la fausse
impression que « la recréation est terminée ». En témoigne, l’affaire Kahemba.
L’affaire Kahemba
Il y a quelques jours, à l’Assemblée Nationale, la Commission Lumbala
a prouvé que le Congo est occupé par les militaires angolais. Son rapport a été
accepté par la majorité parlementaire et l’opposition institutionnelle.Quelques
jours après, le député Mboso a enfoncé le clou, en démontrant, cartes à
l’appui, que le territoire occupé n’a jamais appartenu à l’Angola.
Ce travail est réalisé après que « les experts » du gouvernement aient soutenu, haut et fort, la thèse contraire. Le législatif étant chargé de contrôler l’exécutif devrait tirer toutes les conclusions logiques de cette affaire. L’intégrité du territoire national n’ayant pas été sauvegardée par la faute du gouvernement, celui-ci devrait être traduit en justice pour crime de « haute trahison ». (cfr l’article 63 de la Constitution ). Il devrait démissionne
Au lieu de cela, que se passe-t-il ? Vital Kamerhe propose que les deux
gouvernements aidés par les anciennes puissances coloniales et les experts
retracent les frontières (violées par l’Angola).
Bon sang ! Ce sophisme est applaudi à Kinshasa. Il y a des médias Congolais qui
ne tarissent plus d’éloges à l’endroit de Vital. (Au royaume des aveugles, les
borgnes ne sont-ils pas rois ?) Kamerhe croit, avec ce sophisme, éviter « le
piège de ceux qui veulent qu’il y a ait affrontements militaires entre l’Angola
et le Congo. Nous savons, dit-il, que beaucoup de politiciens avaient fait des
surenchères autour de ce dossier. Ils voulaient qu’il en soit ainsi pour qu’on dise
: « Qu’est-ce que nous avions dit : donc, l’Angola qui a aidé hier le Congo,
aujourd’hui il devient l’agresseur du Congo ». » Et pourtant, ce qui serait
important à exiger, ce n’est pas que le Congo fasse la guerre à l’Angola. Non.
Que le gouvernement démissionne pour avoir bradé une partie de notre
territoire. Malheureusement, le raisonnement de Vital Kamerhe ne va pas dans ce
sens. Il détourne la question essentielle et y répond à sa manière.
Pour lui, ce sont les autres qui tendent des pièges ! Tous les mêmes !
Politisant maladroitement une question juridique, Kamerhe trouve vite des boucs
émissaires - les politiciens mal intentionnés qui tendent des pièges- pour se
dédouaner de la énième violation de la Constitution. (Qui avait dit que cette Constitution
a été fabriquée à Liège ? Avec cet instrument fabriqué ailleurs pour l’usage
des Congolais (et leurs mais étrangers ayant infiltrés les institutions du
pays), le Congo continue sa navigation à vue. Souvent, quand il n’y a pas
politisation des normes, il y a juridisation de la politique. Le cas des 18
députés invalidés en dit long.)
Et puis, si nous posions à Vital ces questions : « L’Angola a aidé le Congo
hier, qu’est-ce le Congo lui a donné en retour ? Cela peut-il être connu par la
population ou cela relève tout simplement des secrets d’Etat ? (Il faut «
bayeba te ».) Après avoir aidé un Congo dont les caisses ont été vidées par les
nouveaux prédateurs, ce pays n’aurait-il pas reçu l’ordre de ces derniers pour
qu’il vienne se servir sur place au pays, là où il y a du diamant à gogo? » Que
nous répondrait-il ? Que dirait-il à ce journaliste du Zambèze (hebdomadaire de
Maputo du 3 mai) affirmant qu’avec l’accord de la communauté (dite)
internationale, « des détachements des forces spéciales angolaises, de l’armée
et de la police, soutenues par des task forces des services de sécurité et
d’information (SIM et SINFO) sont maintenus en permanence en RDC.
Leur mission
principale est la protection d’objectifs vitaux du régime, y inclus la sécurité
personnelle de JK »? Et quels sont les objectifs vitaux du régime en place
aujourd’hui à Kinshasa et de ses réseaux ? Une relecture de notre histoire
immédiate nous conduirait à croire que ces objectifs se résument dans la
facilitation de l’infiltration des institutions du pays par les membres des
réseaux (maffieux et officiels) d’élite prédateurs et dans l’ouverture du Congo
à l’économie mondiale de la prédation.
Atteindre ces objectifs passe par l’usage de certaines armes de destruction
massive : le décervelage de nos populations par la culture de
l’auto-flagellation et de la haine à l’endroit des choses de l’esprit, la
corruption des élites résistantes et des médias nationaux et internationaux,
l’entretien de l’insécurité et la violence par le biais de « la police
politique », la rhétorique sur les incontournables « cinq chantiers »,
l’imposition de la pensée unique, etc.
En effet, il y a beaucoup de traits communs entre ce qui se passe aujourd’hui
au Congo et ce qui s’est passé hier en URSS et en Allemagne Nazie. Un lecteur
assidu des Origines du totalitarisme de Hannah Arendt serait édifié par le
rapprochement de ces deux époques très éloignées dans le temps. La banalisation
de la mort, le goût prononcé de la trahison chez les «collabos», la haine et
l’inutilité de soi entretenues dans le peuple, l’ivrognerie, etc. les
rapprochent. L’homme n’a pas beaucoup évolué imaginairement, spirituellement,
moralement et culturellement.
Les quelques peuples ayant compris qu’il arrive que l’histoire les lie a des «
civilisations thanatophiles » ont rompu le cordon ombilical. Ce sont des
peuples moulés dans les traditions de la solidarité et de la résistance. Tel
est le cas des héritiers de la révolution bolivarienne. A quand le Congo ?
Source : www.lepotentiel.com | Date : 2007-07-26
21:01:10
Kahemba vendu par les autorités ?
Dossier Kahemba : Des enjeux
politiques suicidaires !
Kinshasa, 27/07/2007 / Politique
L’idée que les autorités congolaises ont vendu une partie du
territoire national à partir de Kahemba continue insidieusement de faire son
bonhomme de chemin depuis la déposition de la Commission Lumbala
à l’Assemblée nationale quelques jours plus tôt. Cet accueil avait été préparé longtemps à l’avance auprès de
la population, mais il faudrait savoir que la thèse du complot contre la Nation congolaise est
sous-tendue par une lutte féroce pour le pouvoir qui met aux prises, en
coulisse bien sûr, les membres de la Commission parlementaire d’enquête et certains
membres du gouvernement.
L’affaire de l’occupation présumée d’une portion du territoire congolais, en
l’occurrence dans le secteur de Kahemba dans la province de Bandundu par
l’armée angolaise, figure encore en bonne place dans le hit-parade de
l’actualité nationale presque à la même place que l’insécurité à l’Est, puisqu’elle
induit le risque d’un conflit armé entre deux Etats. Elle ne trouvera d’issue
pacifique que si l’on veut bien relever à l’intention de l’opinion publique les
dessous-de-table de ce qui se cache derrière le rapport de la Commission Lumbala.
L’enquête des députés, lue du haut de la tribune de l’Assemblée nationale par
le rapporteur de la
Commission Kin-Kiey Mulumba, a conclu à la véracité de ce qui
était déjà un fait établi au sein d’une certaine opinion, à savoir que les
Angolais étaient bel et bien les Rwandais de l’Ouest de la RDC, occupants illégaux d’un
pays qui n’est pas le leur.
Depuis le jour de la déposition du rapport de la Commission Lumbala
jusqu’à aujourd’hui, la conviction de beaucoup parmi la population congolaise
qui a confiance en ses élus, s’est cristallisée au point que la pression peut
devenir rapidement insupportable sur le gouvernement, appelé à gérer cette
affaire au mieux des intérêts des deux pays parties au litige, mais d’abord au
profit des Congolais.
Pourtant, rien n’est moins sûr que cette conviction intime inspirée par
l’ignorance des faits scientifiques et le besoin de faire confiance aux députés
de la République.
la
Commission qui est allé faire la lumière sur les allégations
au sujet de l’occupation du territoire congolais par l’armée angolaise est un
député qui s’est autoproclamé un jour comme « le troisième nationaliste
après Patrice Lumumba et le M’zée LD Kabila ». Le rapporteur est un homme
qui a un palmarès politique éloquent derrière lui et qui n’entend pas
s’arrêter là.
Des luttes d’influence féroces cachées
derrière un nationalisme de surface
La politique n’est pas une science simple à cause de ses implications qui touchent
à la complexité de la nature humaine ; au Congo démocratique cette particularité
du phénomène politique est marquée du sceau de la rivalité entre les acteurs.
Le président de
Kabila à Luanda
Une délégation
congolaise déjà à Luanda, en prévision de la visite de Joseph Kabila ce
week-end
Kinshasa
| 27 Juillet 2007 à 13:13:09
Une délégation gouvernementale de la RDC a précédé le chef de
l’Etat congolais en Angola, où débutent ce vendredi des travaux de la
commission mixte entre les deux pays, selon un communiqué du ministère des
Affaires étrangères et de la
Coopération internationale, rapporte radiookapi.net
La délégation congolaise comprend 7 membres du gouvernement
et leurs experts, indique le communiqué. Il s’agit des ministres d’Etat,
Antipas Mbusa Nyamwisi, des Affaires étrangères et de la Coopération
internationale, et Pierre Lumbi, des Infrastrutures, Travaux publics et
Reconstruction; du ministre près le premier ministre, Godefroid Mayobo; des
ministres, Ignace Gata Mavinga, de l’Intégration régionale, Remy Henri Kuseyo,
des Transports et Voies de communication, Martin Kabwelulu Labilo, des Mines,
et Lambert Mende, des Hydrocarbures, ainsi que du vice-ministre de l’Intérieur,
Joseph Dovel Mpango Okundo. Cette délégation sera rejointe en fin de semaine
par le président Joseph Kabila, ajoute le communiqué.
La situation des refoulés congolais, l’exploitation du pétrole à la frontière
entre les deux pays, l’exploitation des œuvres d’art, le courant électrique
d’Inga, la circulation des biens et des personnes entre les deux pays voisins,
constituent, entre autres, les points à l’ordre du jour des travaux de la
commission mixte, précise encore le communiqué du ministères des Affaires
étrangères. Ces travaux pourraient déboucher sur la signature des accords de
coopération par les deux gouvernements.
Affaire Kahmere : Réponse de François Soudan
Portraits interdits
© François Soudan,
J’ai écrit, il y a deux semaines dans Jeune Afrique, le
portrait de Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale congolaise
(Kinshasa), secrétaire général du parti au pouvoir et l’homme qui monte dans la
galaxie locale. Pour cela je l’ai rencontré, bien sûr, longuement.
Mais j’ai aussi écouté nombre de témoins, diplomates, députés, membres de la
société civile, amis ou ennemis. Au final : l’itinéraire d’un personnage à la
fois brillant et ambitieux, qui n’hésite pas à affirmer sa personnalité. Au
final surtout, une petite tempête médiatico-politique à Kinshasa.
Car Vital Kamerhe figure en « Une » de Jeune Afrique, sur la
couverture et cela, apparemment, c’est impardonnable. Le chef de l’Etat, me
dit-on, n’a pas apprécié, tout comme ses proches, que cet homme censé être l’un
de ses collaborateurs les plus précieux soit ainsi mis en valeur.
Les partisans de Vital ne sont pas en reste : « Tu l’as crucifié ! » me dit
l’un, « Tu l’as piégé » ajoute un autre. Et il se murmure même qu’en réalité,
cette « opération » a été commanditée par Joseph Kabila lui-même pour mieux
torpiller un personnage trop encombrant. Bref, on ne trouve plus un Jeune
Afrique en vente à Kin et on raconte tout et n’importe quoi.
En Afrique il est vrai, du Maroc à la Tunisie et de l’Algérie au Burundi, en passant
par la RDCongo,
le Cameroun et tous les autres, publier à la Une le portrait d’une personnalité proche du chef
serait, dit-on, le meilleur moyen de l’assassiner. Combien de fois il m’est
arrivé d’entendre, de la part d’un ministre : « Surtout, ne parles pas de moi,
ne me mets pas en avant, quant à la cover : Tu veux ma mort ! ».
Non, le journaliste ne veut la mort de personne. Mais il veut encore moins être
le prisonnier de politiciens que les médias obsèdent et terrifient à la fois.
Au fait, comment a réagi Kamerhe, le
principal intéressé ?
Plutôt crânement ! « J’assume », m’a t-il dit et répété, non sans m’envoyer, tout de
même, deux ou trois « précisions » destinées à couvrir ses arrières.
Pas mal…
Soyons précis. C’est moi qui ai sollicité et écrit ce
portrait de Kamerhe. L’intéressé ne s’est pas opposé à ce projet, sinon il ne
m’aurait pas reçu pour me parler de son itinéraire. Mais, pour rédiger ce
portrait, j’ai vu et écouté d’autres personnes qui, souvent sous le couvert de
l’anonymat, m’ont parlé de lui.
Il ne s’agit donc en aucune façon d’une interview et ce qui est écrit, sauf les
propos cités entre guillemets, relèvent de ma seule responsabilité.
Pour le fun : la dernière version qui court à Kin dans les milieux dits bien
informés est la suivante. J’aurais rédigé ce portrait sur commande des
adversaires de Vital Kamerhe, afin de provoquer sa chute !
En d’autres termes et puisqu’on me reproche par ailleurs
d’avoir rédigé un texte plutôt flatteur pour l’intéressé (avec photo cover en
prime), le meilleur moyen de « descendre » une personnalité en RD
Congo serait d’en dire du bien et la meilleure façon de la protéger, voire de
la conforter, serait de la critiquer !
Quant au président Kabila, qui n’était évidemment pas au courant de ce projet
et que j’ai par ailleurs longuement interviewé lors de mon séjour, je le sais
trop fin pour croire une seconde aux multiples versions congolaises de la
théorie du complot.
Contrairement à J.P. Bemba, dont le grand tort est de se surestimer et de
sous-estimer son rival (lequel a largement profité de cette erreur
d’appréciation), je crois, moi, que Joseph Kabila est un homme élaboré.
Enfin : sur la parution des deux covers à deux semaines d’intervalle. Pur
hasard dicté par les lois du marché. D’ailleurs, dans le prochain numéro de Jeune
Afrique, vous aurez droit à une interview de… Bemba.
Qu’est-ce qu’on ne va pas dire encore, à Kin !
A Dakar, Nicolas Sarkozy appelle l'Afrique à "renaître" et à "s'élancer vers l'avenir"

Le "discours de Dakar" ne sera sans doute pas à Nicolas Sarkozy ce
que celui de Brazzaville avait été au général de Gaulle en 1944. Alors que le
président français avait lui-même évoqué ce parallèle la veille, les
applaudissements à peine polis que lui ont réservés les 1300 auditeurs triés
sur le volet à l'université Cheikh Anta Diop, jeudi 26 juillet, ont sonné le
glas de cette ambition.
Debout dans la limousine du président sénégalais Abdoulaye
Wade, Nicolas Sarkozy avait pu apprécier, en début de journée, l'accueil
bruyant, coloré, bon enfant – et très organisé – traditionnellement réservé aux
chefs d'Etat français dans les anciennes colonies. "J'aime l'Afrique,
j'aime et je respecte les Africains", a-t-il indiqué.
A la tribune de l'université, le président a lancé une
longue adresse à la jeunesse d'Afrique. Déclinant l'un des thèmes de sa
campagne présidentielle, il a rappelé son refus d'entrer dans un exercice de
repentance, parce que "nul ne peut demander aux fils de se repentir des
fautes de leurs pères".
Certes, le président n'a "pas nié les fautes ni les
crimes, car il y a eu des fautes et il y a eu des crimes". Avec des mots
plus forts que jamais, il a qualifié "la traite négrière et
l'esclavage" de "crimes contre l'homme, crimes contre
l'humanité" . Et il a longuement dénoncé les effets pervers de la colonisation.
"Ils ont cru qu'ils étaient la civilisation (…). Ils ont abîmé une sagesse
ancestrale. (…) Le colonisateur a pris, s'est servi, il a exploité, il a pillé
des ressources (…). Ils ont eu tort" a-t-il scandé.
"Ils se trompaient mais ils étaient sincères",
a-t-il toutefois nuancé. Plutôt que la repentance, M.Sarkozy préfère le
partage, la compassion au sens premier : "Je suis venu vous dire que ta
déchirure et ta souffrance sont les nôtres et donc les miennes." Puis,
comme s'il cherchait à équilibrer les torts, M. Sarkozy a invité l'Afrique a
faire sa propre autocritique : "L'Afrique a sa part de responsabilité dans
son propre malheur : la colonisation n'est pas responsable des guerres
sanglantes que se font les Africains entre eux, des génocides, des dictateurs,
du fanatisme, de la corruption et de la prévarication."
Pour le président français, c'est au sein même de l'identité
africaine qu'il semble falloir chercher les freins au développement du
continent : "Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas
assez entré dans l'Histoire (…). Jamais il ne s'élance vers l'avenir (…). Dans
cet univers où la nature commande tout, l'homme reste immobile au milieu d'un
ordre immuable où tout est écrit d'avance. (…) Il n'y a de place ni pour l'aventure
humaine, ni pour l'idée de progrès." Pour M. Sarkozy, le salut du
continent ne pourra venir que du métissage, de l'assimilation de la part de
civilisation européenne laissée par l'Histoire : "Elle est le fruit d'un
grand péché d'orgueil de l'Occident mais elle n'est pas indigne (…) , car elle
est l'appel de la liberté, de l'émancipation et de la justice." Le chef de
l'Etat français pense que ce métissage préparera "l'avènement de
l'Eurafrique, ce grand destin commun qui attend l'Europe et l'Afrique" que
son projet d'"Union méditerranéenne" pourrait préfigurer.
"Il faut revenir
bâtir l'Afrique"
Pour cette "Renaissance africaine" qu'il appelle
de ses vœux, M.Sarkozy estime que l'Afrique aura besoin de sa jeunesse : "Jeunes
d'Afrique, vous devez pouvoir acquérir hors d'Afrique la compétence et le
savoir que vous ne trouvez pas chez vous (…). Vous devez aussi à la terre
africaine de mettre à son service les talents que vous aurez développés." "Il
faut revenir bâtir l'Afrique" a-t-il lancé. Un thème qu'il avait déjà
développé lors de sa conférence de presse au côté du président Wade pour
justifier sa politique d'immigration restrictive : " La France n'a pas à rougir de
ce qu'elle fait (…), elle est un pays ouvert, généreux, qui aime l'Afrique,
mais qui n'a pas l'intention de piller le Sénégal et qui ne peut accueillir
tout le monde." Le président sénégalais dit partager cette analyse : "L'immigration
est un danger, même pour l'Afrique", a-t-il affirmé.
Un an avant son élection, M.Sarkozy avait appelé à "construire
une relation nouvelle, assainie, décomplexée, équilibrée, débarrassée des
scories du passé" avec l'Afrique. Une "rupture" avec les
vieilles habitudes de la "Françafrique".
Annoncées voici quelques semaines, les destinations
envisagées pour le premier voyage africain du président – Afrique du Sud,
Congo-Kinshasa, Ghana, en plus du Sénégal – semblaient conforter cette
ambition, avant d'être abandonnées. Au pouvoir depuis quarante années, le
président gabonais Omar Bongo, auquel M.Sarkozy rend visite vendredi à
Libreville, peut difficilement passer pour un symbole de renouveau. "Vous
savez qu'en Afrique, l'ancienneté d'un chef d'Etat, ça compte, a confié le
président français. Pas un chef d'Etat africain n'aurait souhaité qu'on humilie
le doyen."
"Parler de précarré n'a aucun sens, ce n'est pas
respectueux, a affirmé, agacé, M. Sarkozy, jeudi à Dakar, à un journaliste
sénégalais. Nous avons en Afrique des amis parce que nous avons une histoire
commune, et d'autres dont nous avons intérêt qu'ils se développent. (…) La France est amie de
l'Afrique, de l'Afrique francophone d'abord, mais elle ne s'interdit pas
d'avoir des amis ailleurs." Le président a promis qu'il effectuera
prochainement "une autre tournée" africaine, différente.
Le chef de l'Etat français entame sa tournée par le Sénégal, avant de rejoindre le Gabon
© Thomas Hofnung | vendredi 27 juillet 2007
En 1995, pour son premier voyage en Afrique subsaharienne en
tant que président, Jacques Chirac avait visité le Sénégal, la Côte-d'Ivoire et le Gabon,
trois piliers traditionnels du pré carré français sur le continent. Douze ans
plus tard, son successeur, Nicolas Sarkozy, était, hier, à Dakar, première
étape de sa première «tournée» africaine. Aujourd'hui, il sera au Gabon, chez
le «doyen» Omar Bongo, au pouvoir depuis. 1967. Seule l'escale d'Abidjan a
disparu du périple, le contact entre l'Elysée et le président Gbagbo n'ayant
toujours pas été rétabli.
Serait-ce là la seule rupture avec l'ère Chirac ?
L'année dernière, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy
avait prononcé un discours musclé au Bénin, assurant vouloir rompre avec la «
Françafrique» de papa fondée, en grande partie, sur des liens personnels et
opaques. «Ce n'est ni à Dakar, ni à Libreville, que le Président pouvait
prononcer un discours annonçant la rupture avec les usages du passé», confie
l'un de ses conseillers.
Rumeurs
Le choix des étapes de ce premier voyage du Président
Sarkozy en Afrique fut un véritable casse-tête, alimentant une querelle entre
les «Anciens» et les «Modernes». Les premiers ont plaidé pour le respect des
liens traditionnels, les seconds pour une étape au Ghana ou en Afrique du Sud,
deux pays anglophones, ou en république démocratique du Congo, soutenue à bout
de bras par l'Union européenne. Ils n'ont pas eu gain de cause.
Nicolas Sarkozy, lui-même en convient, a été rattrapé par le
poids des traditions. Le Sénégal est «incontournable», dit-il. Tout comme le
«doyen» Bongo : «En Afrique, le statut d'ancien, cela compte. Ne pas aller à
Libreville, c'était humilier Bongo.»
Et le président français de rappeler qu'il ne s'est jamais
rendu au Gabon. Certes, mais depuis son élection, il a déjà rencontré à deux
reprises Omar Bongo à Paris, alimentant les rumeurs du «village
franco-africain» sur ces liens, décidément bien particuliers avec Libreville.
Enquêtes
A défaut de rupture tonitruante avec les
usages du passé, les observateurs auront noté des inflexions inédites à Paris
depuis l'arrivée de Sarkozy à l'Elysée. Saisie par des ONG, qui les accusent de
détourner l'argent public, la justice française a récemment décidé d'enquêter
sur le patrimoine immobilier du président Bongo et de son homologue congolais,
Denis Sassou N'guesso, à Paris.
Autre première : deux Rwandais, recherchés par la justice
internationale pour leur responsabilité dans le génocide de 1994, viennent
d'être arrêtés en France, dans l'attente de leur éventuelle extradition.
Enfin, le «suicide» du juge Borrel à Djibouti a été
brusquement requalifié en «assassinat», au lendemain de la réception à l'Elysée
de sa veuve.
«Nous voulons promouvoir le changement, plutôt que de verser
dans le déni des relations anciennes que nous entretenons avec des gens adoubés
par leurs pairs africains», justifie un conseiller de Sarkozy.
Un changement dans la continuité plutôt qu'une rupture
franche et nette.
France / Afrique 2007
Sarkozy à Dakar
© Chritophe Boisbouvier
Lors de son discours à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar,
le président français, Nicolas Sarkozy, a appelé la jeunesse africaine à
« regarder ensemble vers l'avenir ».
Le président français Nicolas Sarkozy, a profité de sa visite à Dakar, le 26
juillet, pour exposer sa vision des relations avec l'Afrique. Il a aussi appelé
la jeunesse africaine à aller de l'avant en évitant de ressasser la passé.
Alors que l'auditoire était assez perplexe devant son intervention, le
président français a néanmoins partagé une même vision que le président Abdoulaye
Wade à propos de l'immigration.
Devant un millier d'étudiants et de hauts fonctionnaires
réunis dans un amphithéâtre de l'université Cheikh Anta Diop, à Dakar, le
président français a développé ses thèmes favoris sur l'immigration, la non
repentance, tout en qualifiant la colonisation de « grande faute ».
Sarkozy et la
colonisation
«...De cette grande faute est née l'embryon d'un destin
commun.»
Tout en se défendant d'être un donneur de leçons, le chef de
l'Etat français s'est tout de même lancé dans une analyse sociologique des maux
dont souffrent les Africains en leur indiquant la voie de la modernité.
La renaissance
africaine
«Le paysan africain ne connaît que l'éternel recommencement
du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestesc et des mêmes
paroles. »
Le chef de l'Etat français a terminé son discours par des
propositions en affirmant la volonté de la France d'accompagner l'Afrique sur le chemin de
la bonne gouvernance.
Le partenariat
«Ce que veut l'Afrique et la France avec elle, c'est la
coopération, c'est l'association, c'est le partenariat entre des nations égales
en droits et en devoirs.»
Immigration choisie
C'est à une sorte de mea-culpa que s'est prêté Nicolas
Sarkozy, hier à Dakar lors d'une conférence de presse auprès d'Abdoulaye Wade.
« Oui j'ai changé d'opinion sur l'immigration choisie et c'est le
président sénégalais qui m'a ouvert les yeux...Si les africains formés s'en
vont, avec qui vous développerez l'Afrique ? », a-t-il annoncé.
Abdoulaye Wade en a profité pour dire qu'il allait prendre
ses responsabilités et il a ajouté : « nous allons faire revenir les gens
qui sont partis clandestinement, nous le faisons avec l'Espagne, nous le ferons
avec la France ».






