29 juillet 2007
Dossier Kahemba
Des enjeux politiques suicidaires
© L’Avenir | Vendredi 27 juillet 2007
*L’idée que les autorités congolaises ont vendu une partie du territoire national à partir de Kahemba continue insidieusement de faire son bonhomme de chemin depuis la déposition de la Commission Lumbala à l’Assemblée nationale quelques jours plus tôt. *
Cet
accueil avait été préparé longtemps à l’avance auprès de la population, mais il
faudrait savoir que la thèse du complot contre la nation congolaise est sous
tendue par une lutte féroce pour le pouvoir qui met aux prises en coulisse bien
sûr, les membres de la
Commission parlementaire d’enquête et certains membres du
gouvernement.
*Pour trouver la vraie solution au problème, les données de la
géographie aussi bien physique qu’humaine seront bien plus importantes que le
simple fait de faire parler la population congolaise de la contrée de Kahemba
qui, soit dit en passant, n’est pas contente de voir l’Angola récupérer ce qui
était pour elle un sanctuaire à l’époque de la guerre civile angolaise.
L’affaire de l’occupation présumée d’une portion du
territoire rd congolais, en l’occurrence dans le secteur de Kahemba dans la
province de Bandundu par l’armée angolaise, figure encore en bonne place dans
le hit parade de l’actualité nationale presqu’ à la même place que l’insécurité
à l’Est, puisqu’elle induit le risque d’un conflit armé entre deux Etats. Elle
ne trouvera d’issue pacifique que si l’on veut bien relever à l’intention de
l’opinion publique les dessous de table de ce qui se cache derrière le rapport
de la Commission
Lumbala.
L’enquête des députés, lue du haut de la tribune de
l’Assemblée nationale par le rapporteur de la Commission Kin Kiey
Mulumba a conclu à la véracité de ce qui était déjà un fait établi au sein
d’une certaine opinion, à savoir que les Angolais étaient bel et bien les
Rwandais de l’Ouest de la RDC,
occupants illégaux d’un pays qui n’est pas le leur.
Depuis le jour de la
déposition du rapport de la Commission Lumbala jusqu’à aujourd’hui, la
conviction de beaucoup parmi la population congolaise qui a confiance en ses
élus, s’est cristallisée au point que la pression peut devenir rapidement
insupportable sur le gouvernement, appelé à gérer cette affaire au mieux des
intérêts des deux pays parties au litige, mais d’abord au profit des Congolais.
Pourtant, rien n’est moins sûr que cette conviction intime inspirée par
l’ignorance des faits scientifiques et le besoin de faire confiance aux députés
de la République.
Des luttes d’influence féroces cachées derrière un
nationalisme de surface
La politique n’est pas une science simple à cause de ses
implications qui touchent à la complexité de la nature humaine ; au Congo
démocratique cette particularité du phénomène politique est marquée du sceau de
la rivalité entre les acteurs. Le président de la Commission qui est allé
faire la lumière sur les allégations au sujet de l’occupation du territoire
congolais par l’armée angolaise est un député qui s’est auto-proclamé un jour
comme « le troisième nationaliste après Patrice Lumumba et le M’zée LD
Kabila ».
Le rapporteur est un homme qui a un palmarès politique éloquent
derrière lui et qui n’entend pas s’arrêter là. Quant à une autre personnalité
en vue de cette Commission, c’est tout simplement un ancien ministre de
l’Intérieur désireux de reprendre sa place. L’Affaire Kahemba a déjà au moins
fait une victime morale dans le chef de la population. Il s’agit de l’actuel
ministre de l’Intérieur qui a eu l’audace d’affirmer de manière péremptoire
qu’aucun pouce du territoire national congolais n’était sous occupation.
Pour
les tenants de l’autre thèse, sa place est à prendre selon le bon vieux
principe de « ôte-toi de là que je m’y mette ». A partir de là, il
faut comprendre les enjeux en présence pour également appréhender ce qui
sous-tend l’argument des enquêteurs de Kahemba. On voudrait, après avoir fait
accréditer la thèse de la cession d’une partie du territoire national, régler
les comptes aux adversaires dans la plus pure tradition de la maffia, et en
même temps affaiblir le camp présidentiel.
Le chef de l’Etat ayant juré de
sanctionner les incompétents et les corrompus du gouvernement au mois de
septembre prochain, l’affaire Kahemba a fourni une occasion en or à ceux qui
attendent impatiemment de prouver qu’ils sont meilleurs nationalistes que
certaines têtes galonnées de l’entourage du président de la République.
Ce
règlement de compte n’est que le prélude à une longue guerre d’usure destinée à
noyauter complètement le pouvoir pour préparer l’estocade de l’Opposition.
Celle qui fait allégeance à Jean Pierre Bemba par exemple ne jure que par la
lutte contre les « vendeurs du pays », entendez ceux qui ont signé
des accords secrets pour brader le territoire de la RD Congo aux étrangers.
Le chef de l’Union pour la
Nation lui-même a annoncé son retour au pays en appelant ses
partisans à se serrer les coudes pour gagner la bataille contre les
« usurpateurs ». Le dossier Kahemba lui fournit déjà un premier coup
de pouce contre ses adversaires. Il y en aura d’autres. Mais d’ores et déjà, on
sait qu’ils ne vont pas se contenter de ce petit gâteau, l’objectif étant de
faire tomber Kabila en personne. Certains élus de la majorité font office de
cheval de Troie dans cette affaire, peut-être à cause d’une coupable faiblesse
intellectuelle, peut-être aussi par un complexe d’infériorité devant la qualité
des chefs de mission qui ont conduit la délégation du côté de Shayimbwanda et
consorts… Quoiqu’il ne faille pas être éminent professeur ou grand manitou de
la politique pour comprendre qu’au delà du 7ème parallèle sud se trouve la République populaire
d’Angola et non pas la RD
Congo.
Ces députés marrons de l’Amp riront donc les
derniers quand ils auront permis au chef de l’Un de sabrer le champagne de la
victoire acquise sans périls grâce à leur duplicité. Pour les empêcher de triompher
sous l’uniforme de l’Amp, il faut dès maintenant démasquer ceux qui ont vu le
drapeau angolais flotter au 24ème parallèle plus au sud de Kahemba et qui ont
délibérément « omis » de révéler cela au moment de la déposition de la Commission.
Le désordre et la loi
Les conclusions de la Commission Lumbala
ne sont pas des vérités bibliques comme on s’évertue à vouloir le faire croire.
L’histoire récente de l’Angola par exemple ne vient pas renforcer la thèse de
l’irrédentisme de ce pays en Afrique centrale ; à l’époque de la splendeur
de Jonas Savimbi, beaucoup de nos compatriotes se sont rués en Angola dans le
territoire sous contrôle de l’Unita avec la facilité d’un couteau dans du
beurre, grâce à l’amitié indéfectible entre le chef rebelle angolais et le
dictateur Mobutu Sese Seko.
Ces gens ont servi de main-d’œuvre au gourou de
l’Unita dans le trafic de diamant, tout en se comportant comme en pays conquis.
Cela est indéniable même si on a difficile à admettre aujourd’hui que l’Angola
n’a fait que mettre de l’ordre dans ce qui était depuis longtemps un no man’s
land à la frontière avec la
RDC. Même si on met une barrière mentale à son cerveau pour
ne pas permettre l’intrusion de cet état des lieux dans sa conscience, il
restera deux alternatives à faire prévaloir pour résoudre la crise si crise il
y a : aller en justice ou faire la guerre. Pour le premier cas, c’est
l’affrontement des arguments juridiques qui déterminera la position à adopter
si l’on accepte le verdict. Il faut que la plainte repose sur des éléments
imparables sur le plan de la géographie physique, humaine et de l’histoire. Les
points de vue seuls des populations de l’un ou l’autre des deux pays, la RDC et l’Angola ne peuvent
suffire. On tiendra aussi compte des accords passés après le tracé des
frontières lors de la conférence de Berlin en 1885. Pour rappel, ces accords
ont permis au roi Léopold II de céder une partie du territoire et de
s’approprier certains espaces dans les pays limitrophes du Congo. La deuxième
alternative est de s’organiser pour bouter hors du territoire national les
agresseurs par la force. C’est ni plus ni moins la guerre qu’il faut faire aux
occupants indésirables. Dans le cas d’espèce, ceux qui s’emploient à faire
vibrer les cordes sensibles et sentimentales des congolais en développant
plusieurs thèses sur la présence des soldats angolais en RDC devraient toute
logique gardée, appeler à une action armée pour libérer le pays. Difficile de
s’attendre à les voir se battre sur la ligne de front comme ils le font aujourd’hui
avec leur verve oratoire pour leurs intérêts personnels.
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