30 juillet 2007
RD Congo : Septembre 2007, le mois de tous les dangers
Revendication de hausse salariale, rentrée scolaire,
privatisations des entreprises publiques, rétrocession des 40% des recettes aux
entités provinciales, session budgétaire au Parlement, évaluation de
l’exécution du programme économique du gouvernement par le Fonds monétaire
international ...
Tels sont les sujets qui vont défrayer la chronique de la vie
politique et sociale en RD Congo. Dans l’interview accordée à l’hebdomadaire
parisien « Jeune Afrique », Joseph Kabila avait promis de faire le bilan des
six premiers mois du gouvernement Gizenga.
En RD Congo, le mois
de septembre s’approche dans un climat de morosité générale.
L’argent ne circule pas, car les fournisseurs de l’Etat sont
impayés. Il en est de même de certains employés de l’Etat et même du secteur
privé. C’est dans cette ambiance de paupérisation générale que fut déclenchée
au début du mois de juillet la grève des régies financières. Il s’agit de la
direction générale des impôts (DGI), de l’Office des douanes (Ofida) et de la Direction générale des
recettes administratives et domaniales (DGRAD). Devant la radicalisation du
mouvement, la Présidence
de la République
a enjoint le ministre des Finances de trouver « immédiatement » des solutions
aux revendications des grévistes. Ce qui a été fait. Maintenant, tous les
fonctionnaires et agents de l’Etat se sont rendus compte de leur force quand
ils demeurent unis. Ils revendiquent les augmentations des salaires promises
par le gouvernement dans le cadre de l’Accord de Mbudi. Dans l’entendement des
fonctionnaires, cette hausse salariale doit prendre effet à partir du mois de
juillet qui s’achève avec effet rétroactif au 1er janvier 2007.
Le problème est que
l’Etat n’aura pas assez de ressources pour y faire face
Dans certains milieux, on affirme déjà que le gouvernement a
décidé de postposer l’application du nouveau barème suite au manque à gagner
provoqué par la grève des régies financières. Septembre est aussi le mois de la
rentrée scolaire. Cela se traduit par un effort financier considérable des
parents pour faire face aux frais scolaires.
Mais comme la plupart d’entre eux sont mal ou pas du tout
payés, cela se traduit invariablement par des tensions sociales. Mais cette
année sera spéciale. C’est la première rentrée scolaire d’après les élections.
Nombreux sont les Congolais moyens qui ont été réconfortés à l’idée qu’après
les élections la crise économique sera jugulée.
Tous les partenaires
extérieurs et bailleurs de fonds en ont même fait leur fonds de commerce
Aujourd’hui, la crise est plus profonde qu’avant les
élections. Mis à part cela, les enseignants du domaine public menacent déjà
d’aller en grève à la rentrée des classes si leurs revendications salariales ne
sont pas satisfaites. A tous ces problèmes s’est invitée la question de la
privatisation des entreprises publiques.
Elles sont toutes virtuellement en faillite et disposent
d’un personnel pléthorique. A titre d’exemple, une entreprise comme « L.AC. »
(Lignes aériennes congolaises) ne dispose depuis belle lurette d’aucun avion.
Mais ses 2.000 agents qui continuent à venir au "boulot" affirment
que l’entreprise leur doit au moins huit années d’arriérés de salaires ! Pour
la survie de ces entreprises, il faut la privatisation.
Ce qui signifie mettre à la porte tout le personnel
excédentaire. Les syndicats le savent. C’est pourquoi la privatisation des
entreprises publiques est considérée comme le mal absolu. Il faudra pourtant
passer par là.
Le gouvernement s’est déjà engagé auprès du Fonds monétaire
international (FMI) et des bailleurs de fonds pour amorcer le processus de
privatisation de la plupart des sociétés d’Etat durant l’année en cours. Une
confrontation entre les travailleurs et le gouvernement n’est pas à exclure
dans les semaines à venir.
Le mois de septembre
sera aussi consacré à l’évaluation du programme économique du gouvernement par
les services du FMI.
Une matrice des critères de performance a été mise en place.
Pour prétendre bénéficier des ressources prévues au budget de l’Etat de 2007 au
titre des donations extérieures, le gouvernement doit appliquer une série de
mesures impopulaires.
C’est notamment le plafond sur les salaires de la fonction
publique, la privatisation et la décentralisation. Sur le problème de la décentralisation,
le gouvernement s’est engagé envers le FMI à différer la rétrocession des 40%
des recettes aux provinces.
Or, dans l’entendement
des dirigeants provinciaux, cette rétrocession doit commencer en septembre
2007.
Les populations des provinces considérées riches sont déjà
mobilisées à cet effet. En attendant, la loi sur la décentralisation n’a
toujours pas été votée par l’Assemblée nationale. Septembre enfin, est le mois
de l’ouverture de la session parlementaire consacrée notamment au budget de
l’Etat. Il n’est pas exclu que le gouvernement soit sérieusement chahuté suite
à son immobilisme et aux nombreuses promesses non tenues.
Jean-Pierre Tsheba © Congoindépendant 2003-2007
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