kinshasaRevendication de hausse salariale, rentrée scolaire, privatisations des entreprises publiques, rétrocession des 40% des recettes aux entités provinciales, session budgétaire au Parlement, évaluation de l’exécution du programme économique du gouvernement par le Fonds monétaire international ...

Tels sont les sujets qui vont défrayer la chronique de la vie politique et sociale en RD Congo. Dans l’interview accordée à l’hebdomadaire parisien « Jeune Afrique », Joseph Kabila avait promis de faire le bilan des six premiers mois du gouvernement Gizenga.

En RD Congo, le mois de septembre s’approche dans un climat de morosité générale.

L’argent ne circule pas, car les fournisseurs de l’Etat sont impayés. Il en est de même de certains employés de l’Etat et même du secteur privé. C’est dans cette ambiance de paupérisation générale que fut déclenchée au début du mois de juillet la grève des régies financières. Il s’agit de la direction générale des impôts (DGI), de l’Office des douanes (Ofida) et de la Direction générale des recettes administratives et domaniales (DGRAD). Devant la radicalisation du mouvement, la Présidence de la République a enjoint le ministre des Finances de trouver « immédiatement » des solutions aux revendications des grévistes. Ce qui a été fait. Maintenant, tous les fonctionnaires et agents de l’Etat se sont rendus compte de leur force quand ils demeurent unis. Ils revendiquent les augmentations des salaires promises par le gouvernement dans le cadre de l’Accord de Mbudi. Dans l’entendement des fonctionnaires, cette hausse salariale doit prendre effet à partir du mois de juillet qui s’achève avec effet rétroactif au 1er janvier 2007.    

Le problème est que l’Etat n’aura pas assez de ressources pour y faire face

Dans certains milieux, on affirme déjà que le gouvernement a décidé de postposer l’application du nouveau barème suite au manque à gagner provoqué par la grève des régies financières. Septembre est aussi le mois de la rentrée scolaire. Cela se traduit par un effort financier considérable des parents pour faire face aux frais scolaires.

Mais comme la plupart d’entre eux sont mal ou pas du tout payés, cela se traduit invariablement par des tensions sociales. Mais cette année sera spéciale. C’est la première rentrée scolaire d’après les élections. Nombreux sont les Congolais moyens qui ont été réconfortés à l’idée qu’après les élections la crise économique sera jugulée.

Tous les partenaires extérieurs et bailleurs de fonds en ont même fait leur fonds de commerce

Aujourd’hui, la crise est plus profonde qu’avant les élections. Mis à part cela, les enseignants du domaine public menacent déjà d’aller en grève à la rentrée des classes si leurs revendications salariales ne sont pas satisfaites. A tous ces problèmes s’est invitée la question de la privatisation des entreprises publiques.

Elles sont toutes virtuellement en faillite et disposent d’un personnel pléthorique. A titre d’exemple, une entreprise comme « L.AC. » (Lignes aériennes congolaises) ne dispose depuis belle lurette d’aucun avion. Mais ses 2.000 agents qui continuent à venir au "boulot" affirment que l’entreprise leur doit au moins huit années d’arriérés de salaires ! Pour la survie de ces entreprises, il faut la privatisation.

Ce qui signifie mettre à la porte tout le personnel excédentaire. Les syndicats le savent. C’est pourquoi la privatisation des entreprises publiques est considérée comme le mal absolu. Il faudra pourtant passer par là.

Le gouvernement s’est déjà engagé auprès du Fonds monétaire international (FMI) et des bailleurs de fonds pour amorcer le processus de privatisation de la plupart des sociétés d’Etat durant l’année en cours. Une confrontation entre les travailleurs et le gouvernement n’est pas à exclure dans les semaines à venir.

Le mois de septembre sera aussi consacré à l’évaluation du programme économique du gouvernement par les services du FMI.

Une matrice des critères de performance a été mise en place. Pour prétendre bénéficier des ressources prévues au budget de l’Etat de 2007 au titre des donations extérieures, le gouvernement doit appliquer une série de mesures impopulaires.

C’est notamment le plafond sur les salaires de la fonction publique, la privatisation et la décentralisation. Sur le problème de la décentralisation, le gouvernement s’est engagé envers le FMI à différer la rétrocession des 40% des recettes aux provinces.

Or, dans l’entendement des dirigeants provinciaux, cette rétrocession doit commencer en septembre 2007.

Les populations des provinces considérées riches sont déjà mobilisées à cet effet. En attendant, la loi sur la décentralisation n’a toujours pas été votée par l’Assemblée nationale. Septembre enfin, est le mois de l’ouverture de la session parlementaire consacrée notamment au budget de l’Etat. Il n’est pas exclu que le gouvernement soit sérieusement chahuté suite à son immobilisme et aux nombreuses promesses non tenues.

Jean-Pierre Tsheba  © Congoindépendant 2003-2007