30 juillet 2007
Fonds Monétaire International (FMI) : Monnaie, Servitude et Liberté …
La Répression monétaire de l'Afrique
Eminent économiste africain du Cameroun, Tchundjang
Pouémi décédé le 27 décembre 1984 avait mené une réflexion pénétrante et
innovante sur la répression monétaire en Afrique, hissant le débat sur les
cimes des questions théoriques fondamentales, autant que sur celles plus
appliquées de domination, cernant avec à-propos la vassalisation tendancielle
de l’Afrique par un FMI fabricant industrieux de misère. Son désormais
classique
Monnaie, Servitude et Liberté [Editions MENAIBUC, 2ème
édition, 2000] est un passage obligé dans la compréhension des asservissements
par la monnaie, une critique du terrorisme monétariste obtus du FMI.
Instant Misery Fund, cette inscription, en 1979 figure sur une pancarte exhibée
par des manifestants qui protestent devant le siège du FMI contre un crédit
accordé au gouvernement du Général Somoza président du Nicaragua. De là
Tchundjang Pouémi tire cette expression tellement appropriée au rôle macabre du
FMI dans le monde pauvre, le Fonds de Misère Instantanée dont les
interventions monopolistiques s’éternisent et se multiplient, laissant derrière
elles une misère à chaque fois démultipliée. En fait il y a un rapport direct
entre les stratégies d’intervention du FMI, son unique et standard modèle
passe-partout pour être exact, et la génération d’une gamme complexe de
situations de pauvreté pour le plus grand nombre.
Cependant le FMI représente d’abord une violence symbolique
et une anomalie démocratique par ses effets de domination, de vassalisation
exercés sur des gouvernements, des systèmes de légitimation à l’évidence pas
toujours parfaits, mais pour d’aucuns plus ou moins représentatifs de
collectivités indirectement humiliées …avant le désastre de l’après plan.
L’inquisition menée avec morgue, arrogance et sur une allure martiale par le
quartet ou le quintet d’experts du siège qui daignent se déplacer
annuellement pour inspecter les comptes des Etats, en impose aux gouvernements,
rabaissant l’autorité des pays, les insérant dans des codes de notations
internes scolaires et infantilisants, terrorisant des titulaires de mandats
administratifs et électoraux.
Une asymétrie de cette nature, se justifiant de l’argutie
selon laquelle le FMI intervient à la demande des Etats -qui n’ont pas toujours
le choix, contraints par les partenaires bilatéraux occidentaux- est malséante
et inappropriée. De plus, le catalogue de mesures édictées par l’institution de
Bretton woods implique de facto une remise des clés de la nation, de sa
souveraineté économique aux firmes étrangères, occidentales, ce qui est à la fois
inadmissible et très probablement anti-constitutionne
C’est bien entendu par son monétarisme étroit et incohérent
que le FMI fabrique la pauvreté à la chaîne et de façon systématique. Précisons
que son approche économique, dominée par les phénomènes monétaires et la
nécessité de lutter contre l’inflation en priorité, en tant que les prix sont
des signaux guidant les calculs des agents, conséquence de quoi la masse
monétaire en circulation -crédits- devrait être limitée et très contrôlée, cette
approche conduirait logiquement à bannir les systèmes de changes fixes
-administrés et non issus du marché-, comme les francs CFA ou la zone euro par
exemple. Le FMI s’en accommode pourtant, à l’opposé de la lettre monétariste.
Bricolage…
Tout déséquilibre économique en appelle à une réponse FMiste
unique, du Brésil en Afrique du Sud en passant par l’Inde, le Laos ou le Cap
vert. Réduire la masse monétaire en rationnant le crédit, dévaluer les monnaies
pour faire redémarrer les exportations, réduire les dépenses publiques,
privatiser l’économie, libéraliser tous les secteurs, favoriser la préhension
des secteurs lucratifs par les firmes occidentales…
Les prescriptions du FMI sont malheureusement à l’inverse
des priorités évidentes de pays en développement frappés par la pauvreté de
masse, des niveaux d’éducation et de santé publique très insuffisants. Car
elles impliquent, décryptées, la réduction de la masse salariale le plus
souvent par des licenciements de la fonction publique, la limitation des subventions
aux secteurs agricoles, le primat de l’inflation sur la création de richesse,
proposition délirante en contexte de sous-activité et de sous-emploi. Il vaudra
toujours mieux d’avoir davantage d’inflation et des revenus viables plutôt que
pas d’inflation et pas de revenus. De plus le préjugé sur la perte de
compétitivité internationale liée à l’inflation est valable pour les
exportateurs de produits manufacturés, pas dans les filières des matières
premières où les prix locaux n’ont aucune incidence sur les cours
mondiaux…Trivial.
Le FMI pêche bien encore par ses analyses autant que par ses
préférences prétendument anti-inflationniste
A la hausse ou à la baisse, les
monnaies africaines ne changeront rien aux marchés des produits de base qui
dépendront toujours dans leur dynamique, de la demande occidentale, c’est à
dire des besoins de la croissance de ces pays occidentaux. Hors ces
considérations, les dévaluations africaines amenuisent les niveaux de vie
locaux, accentuent la pauvreté de ceux qui ne peuvent répercuter le
renchérissement du coût de la vie et des prix des biens importés sans incidence
durable sur le solde extérieur.
Quant au déficit public qu’il faudrait naturellement
contenir, tous les déficits ne se valent pas : il vaudrait mieux accepter
un éventuel déficit sur les secteurs de capital humain, formateur des facteurs de
production, de main d’œuvre qualifiée plutôt que d’empêcher la construction de
routes, écoles ou hôpitaux…
Enfin l’analyse fondamentalement fausse du bricolage
monétariste FMiste consiste à considérer que toute inflation provient d’un
excès de circulation de la masse monétaire dans l’économie. S’il est vrai que
l’inflation est au moins en partie un phénomène monétaire, il ne s’agit pas de
prendre l’effet -hausse des prix- pour la cause -monnaie. En effet l’inflation
peut résulter d’une mauvaise allocation de la masse monétaire, notamment
par les financements irrationnels à l’instar des crédits politiques.
La
croissance de la masse monétaire en circulation génère de l’inflation si
fondamentalement l’économie est en plein-emploi, c’est à dire si des crédits
supplémentaires ne peuvent augmenter le niveau de production arrivé à son
maximum. Or faire une telle hypothèse implicite dans les économies africaines
ressemblerait à une pathologie doctrinaire proche de l’autisme de
anti-inflation.
Incapable ni de redresser les économies du Tiers-monde, ni
de les conduire à une quelconque prospérité, il serait tant que le FMI abdique
de ses missions africaines, que les Africains gèrent eux-mêmes leurs relations
monétaires dans le cadre de structures collectives ou individuelles
responsables et avisées.
© ZE Belinga
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