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Blog du CDF/FCD - Afrique

Actualité de la Section Africaine du CDF/FCD (Chrétiens Démocrates Fédéraux / Federale Christen Democraten) de Belgique. Infos : http://cdfliege.lalibreblogs.be/

30 juillet 2007

Arrestation des délégués syndicaux de la RTNC : l'Adg Emmanuel Kipolongo sert et s'identifie au régime

Rtnc© Alexis Bemba Bondo Mukele

Deux délégués syndicaux de la RTNC, Vincent Hata et Michel Shango, ont été arrêtés le 27 juillet courant par des éléments de la garde présidentielle commis à la protection de la RTNC sur ordre de l’Adg de cette entreprise publique qui les accuse d’avoir tenu une réunion en vue de détruire les installations de la RTNC

Accusation démentie par Kalala Tshitenge, responsable de la délégation syndicale qui a déclaré à l’ONG Journaliste en danger (JED) que les délégués syndicaux arrêtés voulaient plutôt convoquer une assemblée générale de tous les travailleurs. Objectif : réclamer à l’employeur le paiement de dix mois d’arriérés de prime représentant 35% des recettes mensuelles de la RTNC décidé depuis main 2006 par le comité de gestion pour pallier à la modicité de la rémunération payée par l’Etat.

Le comportement de l'Adg de la Radio télévision nationale congolaise, (Rtnc) ne me surprend pas personnellement. Il doit justifier son poste pour avoir pris fait et cause pour le "Chef" lors de la campagne électorale. Il semble qu'il clame à qui veut l'entendre avoir participé à l'élection de Joseph Kabila. Ce qui lui confère tous les droits et aucune obligation à l'égard de ceux qu'il dirige par défi !

Le problème de la Rtnc demeure celui-là, malheureusement

Les journalistes, voire professionnels comme Kipolongo, qui ont fourbi leurs armes dans cette maison, sont loin de se départir de vieilles habitudes mobutistes qui font de cette boîte "une vraie caisse de résonance au profit du seul gouvernement" et plus précisément au profit de tout président de la République. Toute critique contre l'action gouvernementale est vite sanctionnée par une suspension ou une révocation. Question de prouver sa loyauté auprès du ministre, du gouvernement et du chef de l'Etat.

Je le dis en connaissance de cause pour y avoir travaillé pendant plus de dix ans. Je me rappelle avoir été interdit d'antenne après une intervention critique à la radio dans le journal de six heures contre un ministre des Finances. Alors que je revenais pour présenter mon enquête à 7h00, il m'avait été dit par le régisseur d'antenne que sur ordre du directeur de l'information radio (curieusement, il s'agissait de monsieur Kipolongo et de la haute hiérarchie), je ne pouvais plus, jusqu'à preuve du contraire, passer à la radio jusqu'à mon audition.

Dans cette entreprise, le journaliste doit s'autocensurer tous les jours et s'attendre à tout, en cas de traitement objectif de l'information. La conception qui veut que la Rtnc soit une entreprise d'Etat, je voulais dire du gouvernement, est encore de mise, malgré l'appellation complaisante de "La voix du peuple". Qu'il convient de comprendre par "

La Voix du gouvernement".

Il y a lieu de se demander comment un gouvernement peut rectifier le tir et oeuvrer pour l'intérêt du peuple si l'organe qui est sensé le ramener à l'ordre ne fait que le caresser dans le sens du poil.

C'est pour cette raison que j'avais eu à soutenir, dans un de mes articles publiés sur CongoOne.net, lorsque l'on annonçait  la mise sur satellite de

la Rtnc  que c'était une bonne chose, mais pour présenter quel programme de qualité pouvant susciter l'intérêt. Non pas que cette maison manque de journalistes de qualité, mais puisqu'elle est toujours contrainte à ne faire que la volonté de ceux qui sont au pouvoir, sans plus. Les membres de la délégation syndicale de la Rtnc ont toujours fait l'objet d'attaques, d'arrestations de la part des gouvernements, curieusement, avec le concours des autorités de la Rtnc.

L'on se rappelle qu'après le départ du ministre Kikaya, quelques membres de cette délégation syndicale avaient été traînés en justice et condamnés, pour avoir dévoilé les détournements opérés par ce dernier lors de son passage à la tête de ministère. L'on sait également comment la délégation syndicale dirigée par Mme Mikiti fut séquestrée par la soldatesque mobutienne alors qu'elle ne réclamait que le bien-être des journalistes et agents de la Rtnc.

Il y a également lieu de rappeler les menaces des Pdg de l'ère LD Kabila à l'endroit de ce personnel qui ne demandait qu'à être bien payé. Faut-il enfin rappeler que la Rtnc a payé le prix fort, à l'arrivée des "aventuriers et opportunistes" de l'Afdl, se voyant décoiffer de tous les directeurs et sous-directeurs pour lesquels l'Etat avait déboursé beaucoup d'argents pour leurs formations, traités tous, à tort des mobutistes et remplacés par une horde d'incompétents de tout poils, ramassés tout au long du parcours des "fameux" libérateurs.

Plus de dix ans après, force est de constater que la machine demeure, avec toutes ses pannes et personne ne veut apporter un brin de changement.

"Salaire insignifiant et Difficilement Acquis", Sida .

Revenons à la cause de l'arrestation de ces deux journalistes et apprécions l'imagination féconde des fonctionnaires congolais qui ont trouvé une définition exceptionnelle du sida, à savoir, "Salaire Insignifiant et Difficilement Acquis". Il semble qu'à chaque rumeur de paiement de salaire, les fonctionnaires congolais se déplacent, à pied bien entendu, pour aller toucher leurs " Sida". Mais, une fois au centre ville, ils sont déçus d'apprendre que ce n'était qu'une fausse rumeur. Certains piquent, rapporte-t-on, des crises d'Avc qui finissent par les emporter ad patres.

Finalement, ce "sida" gouvernemental tue au même titre que le sida-maladie, d'après les échos en provenance de Kin, la belle-poubelle, la capitale congolaise que le gouverneur André Kimbuta tient à réhabiliter.

Les journalistes de la Rtnc vivent le même calvaire puisque assimilés aux fonctionnaires. Et malgré les prises de positions en faveur des hommes au pouvoir, aucun gouvernement n'a jamais pensé à résoudre le problème de salaires des "propagandistes" du pouvoir.

Ni Mobutu qui, semble-t-il, fut un correspondant de Courrier d'Afrique, ni les Kabila ne pensent à revoir le salaire des journalistes de la presse officielle. Le salaire varie entre 10 dollars américains pour le planton et 60 à 80 $US pour le directeur. Pour tenir les deux bouts du mois et mieux paraître, le journaliste congolais en général, et de la Rtnc en particulier, vit d'un système vil et humiliant, devenu une institution, à savoir le "Coupage". En d'autres termes, lorsque le journaliste va couvrir une manifestation, l'organisateur doit prévoir l'argent pour la location de matériel ( entre 10 et 20 $US), les frais de montage, du réalisateur voire les frais rédactionnels. Il doit, en plus, penser à l'équipe venue couvrir la manifestation, composée généralement pour ce qui est de la Rtnc, d'un journaliste, d'un caméraman, d'un preneur de son, d'un éclairagiste.

Sans ces frais, l'information risque un non traitement, et donc une non diffusion. Avec le "coupage", l'information est traitée à la hauteur de la participation financière de l'organisateur de la manifestation et est plus favorable au plus offrant. Cette situation est connue de tous, du Pdg ou Adg de la Rtnc  pour en avoir été aussi bénéficiaires au début de leur carrière au président de la République.

Curieusement, personne ne bronche pour autant qu'elle pallie au manque à gagner du journaliste, lui donnant l'illusion d'un mieux être.

Au fil des années, ce système décrédibilise le journaliste et son travail

Il en devient ridicule et en souffre intérieurement. Mais, il ne peut rien faire que s'en contenter.

Plusieurs cas peuvent être cités pour illustrer cette decrédibilisation du journaliste. Certains musiciens, par exemple, ont fait déchausser des journalistes afin de récupérer les chaussures leur achetées pour avoir été critiqués. En d'autres termes, pour avoir reçu des chaussures de ce musicien, ce chroniqueur de musique n'avait pas le droit de le critiquer, devenant ainsi " sa chose" à manipuler à sa guise.

D'autres se font arrêter pour avoir tourné casaque puisque "son journaliste" a pris faits et causes pour un adversaire politique ... D'autres peuvent même être assassinés, comme c'est devenu la coutume depuis quelques années.

Revendications légitimes

C'est certainement pour éviter de faire perdurer cette humiliation que les journalistes de la Rtnc exigent de bénéficier des primes sur base des recettes produites par l'entreprise. Mais, cela n'a jamais été chose facile.

Tout simplement puisque les différents Pdg ou Adg gèrent les recettes de la publicité comme argent de poche. J'en connais un qui, après avoir vidé ses poches au "M16"-une boîte de nuit située dans la commune de Kasa-Vubu, non loin du Palais du Peuple- envoyait carrément son chauffeur et son garde du corps  aller récupérer l'argent des communiqués que perçoit un agent à l'entrée de la Rtnc afin de poursuivre sa soirée avec ses amis.

Un Pdg pareil n'est pas prêt à admettre que la délégation syndicale lui exige le paiement d'un pourcentage dû au personnel. Et la réaction tombe comme un couperet, dés lors que l'on bénéficie de la protection du Président de la République. Voilà donc comment un Adg, journaliste professionnel ayant fait carrière à la Rtnc, juge utile de se comporter face à ses confrères, tout simplement puisqu'il est Adg, jouissant d'une protection de la "haute hiérarchie".

Désolant !

Autant la RD Congo n'a jamais eu des dirigeants qu'elle mérite pouvant oeuvrer pour le bonheur de tous les Congolais, autant la Rtnc souffre de mandataire devant se battre pour permettre à ses confrères de travailler dans la dignité, avec un salaire digne (non un Sida, comme ci-dessus défini), sans faire du journalisme-mendiant, ou mieux, sans être un « Quado » dans la pourriture, recherchant tous les jours l'argent au bout du fil".

Car, hormis l'actuel Adg avec ses impairs et ses attitudes dictatoriales à l'image de son chef suprême, il y a lieu de signaler qu'un autre Pdg, toujours ancien de la maison, avait réussi l'exploit de transformer un car de reportage-radio en jeep personnelle, sans gêne, obligeant les techniciens de transmission de prendre chaque fois un taxi afin de transporter ce matériel de travail.

Une situation générale de la presse congolaise

Bref, il convient de noter que la situation qui prévaut à
la Rtnc n'est pas différente de celle de la presse écrite ou des chaînes audiovisuelles privées tant laïques que confessionnelles qui pullulent tant à Kinshasa qu'à travers toute la république.

Partout, le journaliste mène une vie de misère, à l'exemple des fonctionnaires, brimés par l'état pour les uns, et par les éditeurs et propriétaires des journaux et des chaînes audiovisuelles, pour les autres. Le bonheur est pour les patrons, la misère pour le journaliste. C'est celle-là la dure  réalité de tous nos confrères éparpillés à travers toute la RD Congo.

Et comme sans presse libre, il est difficile de voir une démocratie crédible prendre corps, il est temps que les uns et les autres attendent plusieurs décennies avant de voir s'ériger en RD Congo une démocratie, où la liberté d'expression, l'analyse libre de la situation socio-politique dans les limites de l'éthique et de la déontologie professionnelles auront droit de cité.

Aussi longtemps que l'homme politique congolais n'acceptera pas la critique faite par une presse responsable, travaillant dans de bonnes conditions, pour l'intérêt, non des gouvernements, mais de la nation, la RD Congo est encore loin de sortir des ténèbres qui l'enveloppent depuis des décennies.

Pour l'instant, nous ne pouvons que condamner le comportement autocratique qui caractérise l'actuel Adg de la Rtnc à l'égard de deux délégués syndicaux de la Radiotélévision nationale congolaise. Il ne doit pas se sentir digne par cette attitude vis-à-vis de ses confrères. Et il est trop tôt, pour monsieur Kipolongo, d'oublier ce qu'il a connu à l'arrivée de l'Afdl, lui dont on entend encore la voix vantant la bonne santé de Mobutu --dans le film « Mobutu, roi du Zaïre »- en décembre 1996.  

Si les dictatures de Mobutu et de LD Kabila, qu'il a servies avec zèle, ont échoué, il doit également s'attendre à l'échec de la dictature de Joseph Kabila dont il se fait, une fois de plus, le porte-étendard, oubliant que la bonne cause a toujours été du côté du peuple, représenté ici par les journalistes de la Rtnc qu'il veut brimer.

CongoOne , Mise en ligne le 29-07-07

Posté par CDF Afrique à 23:23 - Congo (RDC) - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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