30 juillet 2007
Arrestation des délégués syndicaux de la RTNC : l'Adg Emmanuel Kipolongo sert et s'identifie au régime
Deux délégués syndicaux de la RTNC, Vincent Hata et Michel
Shango, ont été arrêtés le 27 juillet courant par des éléments de la garde
présidentielle commis à la protection de la RTNC sur ordre de l’Adg de cette entreprise
publique qui les accuse d’avoir tenu une réunion en vue de détruire les
installations de la
RTNC
Accusation démentie par Kalala Tshitenge, responsable
de la délégation syndicale qui a déclaré à l’ONG Journaliste en danger (JED)
que les délégués syndicaux arrêtés voulaient plutôt convoquer une assemblée
générale de tous les travailleurs. Objectif : réclamer à l’employeur le
paiement de dix mois d’arriérés de prime représentant 35% des recettes
mensuelles de la RTNC
décidé depuis main 2006 par le comité de gestion pour pallier à la modicité de
la rémunération payée par l’Etat.
Le comportement de l'Adg de la Radio télévision nationale
congolaise, (Rtnc) ne me surprend pas personnellement. Il doit justifier
son poste pour avoir pris fait et cause pour le "Chef" lors de la
campagne électorale. Il semble qu'il clame à qui veut l'entendre
avoir participé à l'élection de Joseph Kabila. Ce qui lui confère tous les
droits et aucune obligation à l'égard de ceux qu'il dirige par défi !
Le problème de la Rtnc demeure celui-là, malheureusement
Les
journalistes, voire professionnels comme Kipolongo, qui ont fourbi leurs
armes dans cette maison, sont loin de se départir de vieilles habitudes
mobutistes qui font de cette boîte "une vraie caisse de résonance au
profit du seul gouvernement" et plus précisément au profit de tout
président de la République. Toute critique contre l'action gouvernementale
est vite sanctionnée par une suspension ou une révocation. Question de
prouver sa loyauté auprès du ministre, du gouvernement et du chef de l'Etat.
Je le dis en connaissance de cause pour y avoir travaillé
pendant plus de dix ans. Je me rappelle avoir été interdit d'antenne après
une intervention critique à la radio dans le journal de six heures contre
un ministre des Finances. Alors que je revenais pour présenter mon enquête à
7h00, il m'avait été dit par le régisseur d'antenne que sur ordre du
directeur de l'information radio (curieusement, il s'agissait de monsieur
Kipolongo et de la haute hiérarchie), je ne pouvais plus, jusqu'à preuve
du contraire, passer à la radio jusqu'à mon audition.
Dans cette entreprise, le journaliste doit
s'autocensurer tous les jours et s'attendre à tout, en cas de traitement
objectif de l'information. La conception qui veut que la Rtnc soit une entreprise
d'Etat, je voulais dire du gouvernement, est encore de mise, malgré
l'appellation complaisante de "La voix du peuple". Qu'il
convient de comprendre par " La
Voix du gouvernement". Il y a lieu de se demander
comment un gouvernement peut rectifier le tir et oeuvrer pour l'intérêt du
peuple si l'organe qui est sensé le ramener à l'ordre ne fait que le caresser
dans le sens du poil.
C'est pour cette raison que j'avais eu à soutenir,
dans un de mes articles publiés sur CongoOne.net, lorsque l'on
annonçait la mise sur satellite de la Rtnc que c'était une
bonne chose, mais pour présenter quel programme de qualité pouvant
susciter l'intérêt. Non pas que cette maison manque de journalistes de
qualité, mais puisqu'elle est toujours contrainte à ne faire que la volonté de
ceux qui sont au pouvoir, sans plus. Les membres de la délégation
syndicale de la Rtnc
ont toujours fait l'objet d'attaques, d'arrestations de la part des
gouvernements, curieusement, avec le concours des autorités de la Rtnc.
L'on se rappelle
qu'après le départ du ministre Kikaya, quelques membres de cette délégation
syndicale avaient été traînés en justice et condamnés, pour avoir dévoilé les
détournements opérés par ce dernier lors de son passage à la tête de
ministère. L'on sait également comment la délégation syndicale dirigée par
Mme Mikiti fut séquestrée par la soldatesque mobutienne alors qu'elle ne
réclamait que le bien-être des journalistes et agents de la Rtnc.
Il y a également
lieu de rappeler les menaces des Pdg de l'ère LD Kabila à l'endroit de ce
personnel qui ne demandait qu'à être bien payé. Faut-il enfin rappeler que la Rtnc
a payé le prix fort, à l'arrivée des "aventuriers et
opportunistes" de l'Afdl, se voyant décoiffer de tous les directeurs
et sous-directeurs pour lesquels l'Etat avait déboursé beaucoup d'argents
pour leurs formations, traités tous, à tort des mobutistes et remplacés
par une horde d'incompétents de tout poils, ramassés tout au long du
parcours des "fameux" libérateurs.
Plus de dix ans après, force est de constater que la
machine demeure, avec toutes ses pannes et personne ne veut apporter un
brin de changement.
"Salaire insignifiant et
Difficilement Acquis", Sida .
Revenons à la cause de l'arrestation de ces deux
journalistes et apprécions l'imagination féconde des fonctionnaires
congolais qui ont trouvé une définition exceptionnelle du sida, à savoir,
"Salaire Insignifiant et Difficilement Acquis". Il semble qu'à
chaque rumeur de paiement de salaire, les fonctionnaires congolais se
déplacent, à pied bien entendu, pour aller toucher leurs "
Sida". Mais, une fois au centre ville, ils sont déçus d'apprendre que ce
n'était qu'une fausse rumeur. Certains piquent, rapporte-t-on, des crises d'Avc
qui finissent par les emporter ad patres.
Finalement, ce "sida" gouvernemental tue au même titre que le
sida-maladie, d'après les échos en provenance de Kin, la belle-poubelle,
la capitale congolaise que le gouverneur André Kimbuta tient à réhabiliter.
Les journalistes de la Rtnc vivent le même calvaire puisque assimilés
aux fonctionnaires. Et malgré les prises de positions en faveur des hommes
au pouvoir, aucun gouvernement n'a jamais pensé à résoudre le problème
de salaires des "propagandistes" du pouvoir.
Ni Mobutu qui, semble-t-il, fut un correspondant de
Courrier d'Afrique, ni les Kabila ne pensent à revoir le salaire des
journalistes de la presse officielle. Le salaire varie entre 10 dollars
américains pour le planton et 60 à 80 $US pour le directeur. Pour tenir les
deux bouts du mois et mieux paraître, le journaliste congolais en général,
et de la Rtnc en
particulier, vit d'un système vil et humiliant, devenu une institution, à
savoir le "Coupage". En d'autres termes, lorsque le journaliste va
couvrir une manifestation, l'organisateur doit prévoir l'argent pour la
location de matériel ( entre 10 et 20 $US), les frais de montage, du
réalisateur voire les frais rédactionnels. Il doit, en plus, penser à
l'équipe venue couvrir la manifestation, composée généralement pour ce qui
est de la Rtnc,
d'un journaliste, d'un caméraman, d'un preneur de son, d'un éclairagiste.
Sans ces frais, l'information risque un non traitement,
et donc une non diffusion. Avec le "coupage",
l'information est traitée à la hauteur de la participation financière de
l'organisateur de la manifestation et est plus favorable au plus offrant. Cette
situation est connue de tous, du Pdg ou Adg de la Rtnc pour en avoir été aussi
bénéficiaires au début de leur carrière au président de la République. Curieusement,
personne ne bronche pour autant qu'elle pallie au manque à gagner du
journaliste, lui donnant l'illusion d'un mieux être.
Au fil des années, ce système décrédibilise le
journaliste et son travail
Il en devient ridicule et en souffre
intérieurement. Mais, il ne peut rien faire que s'en contenter.
Plusieurs cas peuvent être cités pour illustrer cette decrédibilisation
du journaliste. Certains musiciens, par exemple, ont fait déchausser
des journalistes afin de récupérer les chaussures leur achetées pour avoir
été critiqués. En d'autres termes, pour avoir reçu des chaussures de ce
musicien, ce chroniqueur de musique n'avait pas le droit de le
critiquer, devenant ainsi " sa chose" à manipuler à sa guise.
D'autres se font arrêter pour avoir tourné casaque puisque
"son journaliste" a pris faits et causes pour un adversaire
politique ... D'autres peuvent même être assassinés, comme c'est devenu la
coutume depuis quelques années.
Revendications
légitimes
C'est certainement pour éviter de faire perdurer cette
humiliation que les journalistes de la Rtnc exigent de bénéficier des primes sur base
des recettes produites par l'entreprise. Mais, cela n'a jamais été chose
facile.
Tout simplement puisque les différents Pdg ou Adg gèrent les
recettes de la publicité comme argent de poche. J'en connais un qui, après
avoir vidé ses poches au "M16"-une boîte de nuit située dans la
commune de Kasa-Vubu, non loin du Palais du Peuple- envoyait carrément son
chauffeur et son garde du corps aller récupérer l'argent des
communiqués que perçoit un agent à l'entrée de la Rtnc afin de poursuivre sa
soirée avec ses amis.
Un Pdg pareil n'est pas prêt à admettre que la
délégation syndicale lui exige le paiement d'un pourcentage dû au
personnel. Et la réaction tombe comme un couperet, dés lors que l'on bénéficie
de la protection du Président de la République. Voilà donc comment un Adg,
journaliste professionnel ayant fait carrière à la Rtnc, juge utile de se
comporter face à ses confrères, tout simplement puisqu'il est Adg,
jouissant d'une protection de la "haute hiérarchie".
Désolant !
Autant la RD Congo n'a jamais eu
des dirigeants qu'elle mérite pouvant oeuvrer pour le bonheur de tous les
Congolais, autant la Rtnc
souffre de mandataire devant se battre pour permettre à ses confrères de
travailler dans la dignité, avec un salaire digne (non un Sida, comme
ci-dessus défini), sans faire du journalisme-mendiant, ou mieux, sans être un «
Quado » dans la pourriture, recherchant tous les jours l'argent au bout du
fil".
Car, hormis l'actuel Adg avec ses impairs et ses attitudes
dictatoriales à l'image de son chef suprême, il y a lieu de signaler qu'un
autre Pdg, toujours ancien de la maison, avait réussi l'exploit de
transformer un car de reportage-radio en jeep personnelle, sans gêne,
obligeant les techniciens de transmission de prendre chaque fois un taxi afin
de transporter ce matériel de travail.
Une situation générale
de la presse congolaise
Bref, il convient de noter que la situation qui prévaut à la Rtnc n'est pas différente de
celle de la presse écrite ou des chaînes audiovisuelles privées tant
laïques que confessionnelles qui pullulent tant à Kinshasa qu'à travers
toute la république.
Partout, le journaliste mène une vie de misère, à
l'exemple des fonctionnaires, brimés par l'état pour les uns, et par les
éditeurs et propriétaires des journaux et des chaînes audiovisuelles, pour les
autres. Le bonheur est pour les patrons, la misère pour le
journaliste. C'est celle-là la dure réalité de tous nos confrères
éparpillés à travers toute la
RD Congo.
Et comme sans presse libre, il est difficile de voir
une démocratie crédible prendre corps, il est temps que les uns et les
autres attendent plusieurs décennies avant de voir s'ériger en RD Congo
une démocratie, où la liberté d'expression, l'analyse libre de la
situation socio-politique dans les limites de l'éthique et de la
déontologie professionnelles auront droit de cité.
Aussi longtemps que l'homme politique congolais n'acceptera
pas la critique faite par une presse responsable, travaillant dans de
bonnes conditions, pour l'intérêt, non des gouvernements, mais de la
nation, la RD Congo
est encore loin de sortir des ténèbres qui l'enveloppent depuis des
décennies.
Pour l'instant, nous ne pouvons que condamner le
comportement autocratique qui caractérise l'actuel Adg de la Rtnc à l'égard de deux
délégués syndicaux de la Radiotélévision nationale congolaise. Il ne doit
pas se sentir digne par cette attitude vis-à-vis de ses confrères. Et il
est trop tôt, pour monsieur Kipolongo, d'oublier ce qu'il a connu à
l'arrivée de l'Afdl, lui dont on entend encore la voix vantant la bonne
santé de Mobutu --dans le film « Mobutu, roi du Zaïre »- en décembre 1996.
Si les dictatures de Mobutu et de LD Kabila, qu'il a
servies avec zèle, ont échoué, il doit également s'attendre à l'échec de
la dictature de Joseph Kabila dont il se fait, une fois de plus, le
porte-étendard, oubliant que la bonne cause a toujours été du côté du
peuple, représenté ici par les journalistes de la Rtnc qu'il veut brimer.
CongoOne , Mise en
ligne le 29-07-07
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