31 juillet 2007
Des femmes victimes de viols et d'esclavagisme au Congo
© Le Monde | 31.07.07 | 15h24 • Mis à
jour le 31.07.07 | 15h24
New York - Nations unies - Correspondant
Victimes d'une "oppression généralisée" en République démocratique du Congo (RDC), des milliers de femmes congolaises subissent, selon Yakin Ertürk, une experte de l'ONU, des atrocités sexuelles, pour lesquelles leurs tortionnaires "bénéficient de l'impunité". Elles sont "victimes une deuxième fois quand elles sont rejetées par leur propre communauté, famille ou mari, à cause de la stigmatisation attachée au viol".
De retour d'une mission en RDC du 16 au 27 juillet, Mme
Ertürk, rapporteuse spéciale du Conseil des droits de l'homme chargée de la
violence à l'égard des femmes, dresse un tableau alarmant de la situation dans
le Sud-Kivu (est) - la "pire crise" qu'elle ait rencontrée. Depuis
janvier, 4 500 cas de violence sexuelle ont été recensés, mais "le nombre
réel de cas est sans aucun doute beaucoup plus élevé ", affirme-t-elle
dans une déclaration, car beaucoup de victimes "ont peur de porter plainte
ou n'ont pas survécu à la violence".
Selon l'experte turque, docteur en sociologie, les
principaux coupables sont "des groupes armés étrangers non étatiques"
dont certains "semblent avoir été impliqués dans le génocide
rwandais". Ils opèrent dans la jungle, "pillent, violent, emmènent
les femmes et les filles comme esclaves sexuelles et les soumettent au travail
forcé".
"Les femmes sont soumises à des viols collectifs
brutaux, souvent devant leur propre famille ou leur communauté tout entière,
affirme Mme Ertürk. Dans de nombreux cas, les hommes de la famille sont
contraints, sous la menace d'une arme, de violer leur propre fille, leur mère
ou leur soeur. Après le viol, il est fréquent que les bourreaux tirent au fusil
dans l'appareil génital de la femme ou qu'ils la poignardent dans cette partie
de son corps. Plusieurs femmes, qui ont survécu à des mois d'esclavage, m'ont
raconté que leurs tortionnaires les avaient forcées à manger les excréments ou
la chair des membres de leur famille assassinés", poursuit-elle.
A l'hôpital de Panzi, à Bukavu, près de la frontière
rwandaise, où 3 500 femmes sont soignées chaque année pour des blessures
génitales graves, Yakin Ertürk s'est entretenue avec une fillette de 10 ans,
enlevée à ses parents, qui a subi une opération d'urgence après que ses "tortionnaires
eurent brutalement enfoncé un bâton dans ses organes génitaux".
Des militaires et des policiers congolais, "protégés"
par leurs supérieurs, seraient, selon l'experte, responsables de 20 % des actes
de violence sexuelle au Sud-Kivu ou en Ituri (nord-est). Certains "pillent,
violent massivement et dans certains cas tuent des civils" dans les
communautés soupçonnées d'appuyer des milices rebelles. Des actes qui, estime Mme
Ertürk, "constituent des crimes de guerre et, dans certains cas, des
crimes contre l'humanité" .
© Philippe Bolopion
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