02 août 2007
Conférence de presse de William Swing à Goma
MONUC GOMA
NATIONS UNIES
Mission de l’Organisation des Nations
Unies en République Démocratique du Congo
Goma, 30 juillet 2007
Mesdames et Messieurs, bonjour. L’objet de ma visite au Nord
Kivu était de venir me rendre compte sur le terrain de l’évolution de la
situation dans la province, en particulier de la situation humanitaire, de
rendre visite à certains déplacés du Rutshuru, et de m’entretenir avec les
autorités civiles et militaires de la province, ainsi qu’avec la MONUC et la communauté
humanitaire. La situation humanitaire au Nord Kivu est grave. Comme vous
le savez, il y a depuis un certain temps une forte augmentation du nombre
de déplacés internes, du nombre de violations de droits humains et des tensions
inter communautaires. Les combats multiples ont causé un grand nombre de
déplacements forcés dans la province. Le Nord Kivu compte aujourd’hui quelque
640.000 déplacés internes, soit 40 % de plus qu’avant la crise de Sake, en
novembre 2006. La majorité de ces déplacés se trouvent dans les territoires de
Rutshuru, de Masisi et de Lubero. Nous faisons de notre mieux pour
répondre à cette situation, et pour faire en sorte que ce nombre ne
grossisse encore.
Récemment, outre la
MONUC, le Secrétaire général des Nations Unies, le Conseil de
sécurité, l’Union européenne et bien d’autres encore, ont clairement
exprimé leurs inquiétudes, et ont plaidé auprès du Gouvernement congolais
en faveur de solutions pacifiques à la situation actuelle, dans le
cadre d’une approche globale, qui comprenne notamment un dialogue
inclusif. Malgré le travail remarquable de la communauté
humanitaire, aujourd’hui, lors de notre visite aux déplacés de Rutshuru, nous
avons constaté que les conditions de vie des déplacés et la durée de leur
séjour loin de chez eux sont inacceptables. L’espace humanitaire
doit à tout prix être préservé et l’accès aux populations vulnérables doit être
à tout prix assuré.
La MONUC n’a pas de mandat plus important que celui de la protection des civils, non seulement celle des personnes déplacées mais aussi de la population toute entière, dont une importante partie continue de vivre dans l’insécurité. Nos troupes sont sur le terrain, et nous venons de les renforcer par des contingents uruguayens, sénégalais et sud africains. Cependant, les Casques bleus ne peuvent être partout, à tout moment. Ils ne sont pas assez nombreux. Ils font de leur mieux pour appuyer le Gouvernement congolais à qui incombe la responsabilité première de sécurisation des populations.
Nous continuons à redoubler d’efforts pour que les groupes
armés étrangers quittent le territoire congolais, et à appuyer le
gouvernement dans sa tache de finalisation du brassage et de l’intégration des
troupes FARDC. Pour résoudre les problèmes qui demeurent irrésolus dans
les Kivu, et sont à la base de l’insécurité persistante, il est indispensable
d’adopter une stratégie globale, multidimensionnelle et régionale. Il
convient d’épuiser tous les moyens politiques et diplomatiques possibles.
Dans ce cadre, tout doit être fait, pour que les
déplacés et réfugiés puissent rentrent chez eux, que les violations
cessent et que les 5 à 6000 FDRL encore présents rentrent dans le processus de
désarmement, démobilisation, rapatriement, réinsertion et réintégration (DDRRR)
de la MONUC. Depuis
près de 4 ans, la MONUC
a rapatrié quelque 15.000 ex combattants étrangers dans leur pays d’origine,
dont deux tiers de combattants FDLR et leurs dépendants. Il en reste 5 à 6000,
comme je l’ai dit, et la MONUC
leur lance un appel pressant pour qu’ils rejoignent son programme DDRRR.
Questions-réponses :
AFP : Ma première
question porte sur votre visite aux déplacés, ce jour. Vous revenez de Rutshuru
ou vous avez vu les conditions de vies inacceptables dans lesquelles vivent les
populations déplacées. Lors de votre retour de Kinyandonyi vers Rutshuru, votre
convoi a été bloqué par les déplacés de, que vous aviez visités il y a deux
mois, à Nyanzale, et qui protestaient contre la persistance de l’insécurité
depuis votre visite, accusant la
MONUC de ne pas avoir tenu ses promesses. Ma
deuxième question concerne la situation sécuritaire dans la province qui
demeure tendue. Il y a des morts tous les jours, la MONUC semble vraiment
préoccupée par la situation actuelle. Mais n’a-t-elle pas les moyens de régler
cette situation ?
William Swing : S’agissant de votre première question,
effectivement, nous avons été bloqués, lors de notre retour de Kinyandonyi, par
les déplacés de Nyanzale, a qui j’avais rendu visite il y a deux mois. Ils
ont dit qu’ils ne voulaient plus de visites, plus de promesses non
tenues, qu’ils voulaient rentrer chez eux. Je me suis arrêté et leur ai parlé.
Je leur ai dit que je comprenais pleinement leurs frustrations.
Je ne leur ai
pas fait de promesses et je m’abstiens toujours d’en faire, car on ne
peut pas toujours tenir ses promesses. Et je n’ai pas de réponses à leur
question, à savoir, quand pourront ils rentrer chez eux. Je leur ai
expliqué que j’étais solidaire de leur souffrance, que mes visites m’aidaient à
mieux comprendre leurs problèmes, et que cela était important. Que nos Casques
bleus vont rester auprès d’eux pour continuer de les protéger.
La situation au Nord Kivu est de loin la plus complexe de la RDC. Il y demeure un grand
nombre de combattants étrangers, et un grand nombre de problèmes non
résolus. En ce qui concerne votre deuxième question.
Je comprends les
frustrations des populations du Nord Kivu. Il est vrai que la MONUC est la plus grande
mission de maintien de la paix dans le monde. Mais si vous prenez la grandeur
du pays et le nombre de casques bleus dont nous disposons, c’est en fait la
plus petite mission de maintien de la paix au monde.
Nous avons pour tout le
pays le même nombre de casques bleus que ceux dont la mission en Sierra Leone
disposait. Et le Congo est 24 fois plus grand que la Sierra Leone … En
outre, je voudrais aussi insister, une fois de plus, sur une chose
importante : Il ne faut pas confondre le rôle de la MONUC et celui du
Gouvernement congolais. Nous sommes ici pour appuyer ce dernier, nous ne
pouvons nous y substituer. Et sincèrement, nous sommes frustrés de ne pas
pouvoir faire plus que ce que nous ne faisons.
Deutsche Welle :
Pourquoi encore une visite dans le Rutshuru et pas dans le Masisi oui dans
d’autres territoires, notamment le Nord, ou il y a également beaucoup de
déplacés ?
William Swing : Je tiens à présenter mes excuses aux
populations déplacées des territoires de Masisi de Lubero et des autres
territoires de cette province.
Si j’ai rendu visite aux déplacés du Rutshuru, à
la demande de mes collègues humanitaires, c’est parce que c’est dans ce
territoire qu’il y a le plus grand nombre de déplacés. Je vais tenter le
plus rapidement possible de me rendre aussi à Masisi et ailleurs.
Bloomberg : Est-ce
que la MONUC se
prépare à des opérations militaires contre Laurent Nkunda ?
William Swing : Nous échangeons régulièrement avec le
Gouvernement et lui communiquons nos suggestions et pistes pour des solutions
pacifiques aux problèmes actuels. Nos troupes sont ici principalement pour
remplir leur mandat de protection des populations civiles.
Syfia Grands
lacs : Vous avez insisté sur le fait que vous alliez poursuivre vos
efforts de désarmement et de rapatriement volontaire des combattants étrangers,
en particulier FDLR. Quelle action de plaidoyer menez vous envers le Rwanda
pour qu’il accepte ces ex combattants ?
William Swing : Notre programme DDRRR existe depuis 4
ans. Comme je l’ai déjà dit, quelque 15.000 ex combattants
étrangers et leurs dépendants ont transité par ce programme, dont 2/3 étaient
des FDLR et leurs dépendants. Ce programme est un programme de désarmement et
de rapatriement volontaire.
Lorsque les combattants que nos équipes
sensibilisent acceptent de le rejoindre, nous les sécurisons et les ramenons au
Rwanda, ou ils sont pris en charge par la Commission nationale rwandaise de désarmement et
réinsertion, programme soutenu par la
Banque mondiale.
La volonté de les accueillir existe. Le
problème se situe au niveau des commandants FDLR qui sont sur le sol congolais
et empêchent le gros des troupes de rentrer via le programme DDRRR de la MONUC.
En fait, ils
gardent en otage la masse des combattants car ils savent qu’eux-mêmes
devront faire face à la justice et au Tribunal d’Arusha. La grande partie
des combattants FDLR veulent rentrer. Ce sont leurs chefs qui les en
empêchent. Pour tenter d’accélérer le processus, nous allons renforcer la
présence de notre section DDRRR au Nord Kivu.
CVV : J’ai
récemment effectué une patrouille avec les Casques bleus de la MONUC dans le Nord Kivu. Les
populations se plaignent du comportement des Brigades mixées. Dans le cadre
du partenariat MONUC/Gouvernement, qu’est ce que la MONUC a proposé par rapport
aux troupes mixées ?
William Swing : La MONUC ne mène aucune opération avec les Brigades
mixées. Il n’est pas question de mener quelque opération que ce soit, ou
d’appuyer la formation de ces brigades tant qu’elles ne sont pas intégrées.
Nous ne travaillons qu’avec les Brigades intégrées.
Commentaires
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=314692&pid=5791142
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :





