04 août 2007
Pétrole : enjeu majeur entre Luanda et Kinshasa
L’un des accords de coopération signés en début de semaine
par le gouvernement de Luanda et celui de Kinshasa, prévoyant l’exploration et
la production communes du pétrole compris dans la ‘Zone d’intérêts communs’,
constitue le point d’orgue de la visite de travail du président congolais à son
homologue angolais
A moins d’être torpillé par des maladresses diplomatiques
ou des aléas politiques, cet accord sur les hydrocarbures ouvre à la RDC la voie d’accès, dans un
proche avenir, au club très fermé des pays exportateurs du pétrole membres de
l’OPEP.
Fait nouveau dans les relations entre l’Angola et la RDC, la volonté exprimée par
le gouvernement de la
République démocratique du Congo et celui de la République d’Angola
d’œuvrer ensemble et de partager fifty-fifty les revenus générés par
l’exploitation pétrolière dans la zone du littoral qu’ils ont appelée «Zone
d’intérêts communs», ZIC en sigle. C’est donc la matérialisation entre deux
pays africains du fameux principe win-win (gagnant-gagnant).
Voilà, en gros, les termes de l’un des accords de
coopération signés lundi dernier dans la capitale angolaise par les ministres
des Affaires étrangères de deux pays, sous la supervision de deux chefs d’Etat,
Joseph Kabila de la RDC
et José Eduardo Dos Santos d’Angola. Lesdits accords, précisons-le, seront
finalisés en octobre prochain à Kinshasa, à l’occasion de la tenue de la Grande commission mixte
angolo-congolaise.
3 milliards de barils
de réserve
En attendant, la littérature pétrolière renseigne que,
contrairement à la
République démocratique du Congo dont la zone d’exploration
et d’exploitation des hydrocarbures se limiterait à quelque 15 km du littoral, la République voisine
d’Angola avait poussé ses recherches jusqu’à environ 300 km en haute mer. Son
audace, comme il fallait s’y attendre, aurait payé. Car il a été mis à jour un
potentiel de 3 milliards de barils de pétrole de réserve.
Une aubaine
Aux termes de l’accord qui vient d’être signé à Luanda, le gouvernement
angolais accepte d’associer intimement la RDC à l’exploration ainsi qu’à l’exploitation de
cette manne, dont la localisation géographique s’étend apparemment sur la
façade maritime commune aux deux pays. Il reste entendu que l’Angola ayant mené
toute seule, à ses frais, les opérations antérieures d’exploration du gisement, la RDC a
l’obligation de rembourser les charges déjà engagées par le partenaire au
prorata de ses bénéfices.
Néanmoins, l’opinion tant nationale qu’internationale
devrait savoir que l’Angola était déjà détentrice de permis d’exploitation de
certains sites reconnus internationalement. Le fait qu’elle daigne renoncer
partiellement à cet avantage, au profit de la RDC, non seulement sur les gisements en
exploitation ou en développement mais aussi sur ceux à explorer ou abandonnés,
est un signal fort du caractère très particulier des relations existant entre
les deux chefs d’Etat, les deux pays et les deux peuples. C’est un fait
rarissime sur le continent.
Rdc, un état pétrolier
!
Dans leur démarche visant la recherche des intérêts communs,
les deux gouvernements auraient décidé, selon les renseignements recueillis de
bonne source, de développer la «Zone d’intérêts communs». Ils pensent atteindre
cet objectif aussi rapidement que possible en faisant volontairement fi de la
délimitation des frontières. Ce qui laissera à leurs opérateurs pétroliers un
large champ de manœuvre sur un plus vaste espace maritime.
Par ailleurs, des spécialistes du pétrole interrogés par la
rédaction du Potentiel ont laissé entendre que, selon les estimations les plus
fiables, la «Zone d’intérêts communs» produirait à son lancement 25.000 barils
de pétrole par jour. Cette production atteindra 250.000 barils/j quelques temps
après. Au stade final, la RDC,
devenue un Etat pétrolier, produira conjointement avec l’Angola 1 million de
barils/j et ce, pendant 10 ans. Quel miracle !
Attention ! La surabondance des ressources minérales
entraînant la malédiction pour les jeunes pays qui peinent à se démocratiser,
il est du devoir des gouvernants de jouer à la transparence pour éviter des
soubresauts internes, facteur d’instabilité. Cette mise en garde oblige la
société civile à demeurer fort vigilante. C’est de cette manière, et de cette
manière seulement, que la manne pétrolière congolaise de demain pourrait
profiter à l’ensemble de la populations, présente et à venir.
Pour conclure, les analystes ne s’empêchent pas de faire
observer que «le dossier Kahemba» - du nom de la localité située dans la zone
frontalière entre la RDC
et l’Angola - a servi à quelque chose.
Il a de toute vraisemblance aidé le gouvernement de Kinshasa
à ficeler ses dossiers avant les dernières négociations de Luanda. Négociations
qui ont, entre autres affaires, fait du pétrole un enjeu majeur entre Luanda et
Kinshasa.
Kinshasa, 2/08/2007 © LP/MCN
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