05 août 2007
Affaire Kahemba : Dialogue des Peuples
Plus on est de fous, plus on rit …
© Organe de l’asbl « Dialogue des Peuples »
Les Belges et le Portugais vont mettre leurs lumières et
leurs archives à la disposition du Congo et le l’Angola pour les aider à
résoudre le différend frontalier connu sous le nom d’ «Affaire
Kahemba ». Cela nous promet encore de beaux jours !
Admettons que le différend soit réellement un problème
frontalier On peut en douter, et y voir
plutôt une question de reprise en main de zones longtemps livrées à l’anarchie
et aux trafics de toutes natures… Mais enfin, puisque dispute de frontière il y
aurait, à ce qu’on nous dit, acceptons-en l’augure…
Exhumer des archives les discussions de frontières entre
Belges et Portugais risque fort d’obscurcir l’affaire plutôt que de l’éclairer.
(Mais c’est peut-être ce que l’on cherche…)
Pour le comprendre, il suffit de jeter un regard sur les deux cartes ci-dessous.
Même un myope remarquera immédiatement que la frontière
angolaise est celle qui a « bougé » le plus durant la période où l’on
a dû passer de la frontière tracée sur la carte à grand renfort de lignes
droites sur la carte à Berlin, et sa concrétisation sur le terrain.
Et il n’est pas besoin non plus de sortir une grosse loupe
pour voir que, de tous les voisins de Léopold II, les Portugais ont été ceux
qui ont eu le plus sujet de se dire « floués » dans l’histoire.
La
raison en est simple : l’Angleterre, la France et l’Allemagne étaient alors au sommet de
leur puissance, alors que le Portugal était depuis longtemps entré en
décadence. La frontière angolaise a été la seule où les Belges se sont trouvés
confrontés avec un voisin plus faible qu’eux.
Ayant assez rarement l’occasion
de faire, sur la scène internationale, des effets de biceps, ils ont parfois
cédé à la tentation. De leur côté, les Portugais n’ont pas toujours été beaux
joueurs et n’ont pas toujours résisté à l’envie de dépasser les bornes (de la
frontière) ou de les déplacer …
Une chose est donc certaine, les Africains vont recevoir un
cadeau de poids, car le dossier des incidents de frontières entre Belges et
Portugais est particulièrement volumineux.
Une autre chose saute également aux yeux, lorsqu’on compare
le tracé de 1887 avec celui de 1900 : dans la mesure du possible, on a
substitué aux lignes droites, simplement définies par des longitudes et des
latitudes, des tracés moins rectilignes, mais correspondant à des obstacles
naturels, aisément repérables sur le terrain.
Mais cela n’a pas été possible partout, et le tronçon de
frontière sur lequel se situe la borne XXI, contestée dans l’incident de
Kahemba, est de celles qui ont été définies par les traités simplement par leur
latitude (le 7° parallèle).
Faut-il le dire, un parallèle n’est pas visible sur le
terrain et ne l’était pas plus hier, pour les colonisateurs, qu’il ne l’est
aujourd’hui, pour les autochtones.
Ceci réduit à néant les deux rapports concurrents au sujet
desquels les Congolais se disputent.
En effet, les experts gouvernementaux n’ont pu trouver, dans
les archives, que des disputes byzantines où Belges et Portugais ont fait
assaut de mauvaise foi.
Et la commission d’enquête parlementaire n’a certainement pu
voir le 7° parallèle, même en montant en hélicoptère. Quant à l’avis des chefs
coutumiers, même donné de bonne foi, on ne peut s’y fier qu’en faisant bon
marché du fait que l’autorité traditionnelle est lignagère, et non
territoriale, et du fait que les Cokwe, notamment, sont un population
semi-nomade. Enfin, on ne sait si c’est vrai ou non, mais semblerait que le nom
même d’un des 11 villages litigieux , « Shayimbwanda » signifierait,
dans le dialecte local « l’endroit qui est des deux côtés à la
fois », ou « le village à cheval sur la frontière », ce qui
donne quand même à penser.
Toujours est-il que le problème « où passe exactement
cette frontière ?» se ramène en fait à localiser exactement sur le
terrain, en y plantant un jalon, le lieu où passe ce fameux parallèle mentionné
dans les traités entre colonisateurs. Et il est quand même évident que le
déballage d’archives poussiéreuses datant d’un temps où l’on ne disposait,
faute de satellites artificiels, que de mesures extrêmement rudimentaires, ne
servira pas à grand-chose pour faire avancer le schmilblick !
Le 26 janvier 2006, « De Standaard » annonçait
qu’un cartographe flamand (Filip De
Doncker) était chargé de « refaire la carte du Congo ».La raison en
était que le cadastre minier n’était plus vraiment fiable et qu’il fallait déterminer les points géodésiques par des
méthodes modernes faisant appel aux satellites, méthodes dont on ne disposait
évidemment pas au moment où les anciennes délimitations avaient été effectuées
à l’époque coloniale.
Or, qu’est-ce qu’un cadastre, sinon a délimitation de frontières
entre des propriétés, parcelles ou concessions privées ? Entre la clôture
d’un jardin, les limites d’une concession minière et les frontières d’un état,
il y a une différence juridique, mais la nature de la limite est la même :
il s’agit toujours de tracer une ligne idéale, là où la nature n’a pas eu la
bonté de placer une rivière au bon endroit !
Tout ce qui vient d’être dit est un enchaînement de faits
plus évidents les uns que les autres. Sauf à supposer que, dans les bureaux de
Kinshasa, comme dans ceux de Luanda, il n’y a que des imbéciles, ce qui nous
saute aux yeux doit être également visible pour eux. Et l’on sait fort bien, de
part et d’autre, que la solution d’un problème frontalier (s’il y en a
un !) passe par des observations
géodésiques spatiales et qu’il n’y a pas d’autre solution satisfaisante. Les
idiots ne sont d’ailleurs pas plus nombreux à Lisbonne et à Bruxelles, et tout
ce que l’on peut déduire des attitudes prises par les diplomaties belge et
portugaise, c’est que les anciennes métropoles sont d’accord avec les gouvernements africains pour noyer
le poisson.
Une façon fort dangereuse d’amuser la galerie !
© Dialogue des Peuples, | 5/08/2007
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