lustiger_2Hommage à un grand homme

13h32 | 06/08/2007 - © Reuters

 

Représentants de toutes les religions et du monde politique ont rendu hommage au cardinal Lustiger, décédé dimanche, saluant particulièrement le rôle de l'ancien archevêque de Paris dans le rapprochement entre juifs et chrétiens.

 

Représentants de toutes les religions et du monde politique ont rendu hommage au cardinal Lustiger, décédé dimanche, saluant particulièrement le rôle de l'ancien archevêque de Paris dans le rapprochement entre juifs et chrétiens.

 

Une messe est prévue en son honneur lundi soir en la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, où ses obsèques seront célébrées vendredi par Mgr André Vingt-Trois, qui fut son plus proche collaborateur avant de lui succéder à la tête du diocèse de Paris. Une chapelle ardente sera mise en place jeudi.


Jean-Marie Lustiger, emporté par un cancer à 80 ans dimanche, était considéré comme un "traditionaliste moderne" et comptait parmi les proches de l'ancien pape Jean Paul II.

 

Au début des années 1990, c'est sur lui que le souverain pontife s'était appuyé lorsqu'il décida de faire acte de repentance pour des fautes de l'Eglise envers les juifs.

 

Né Aaron Lustiger le 17 septembre 1926 de parents réfugiés polonais commerçants à Paris, il s'était converti au catholicisme durant la Deuxième Guerre mondiale, prenant le prénom de Jean-Marie. Sa mère fut déportée à Auschwitz, où elle mourut en 1943.


Il avait été ordonné prêtre en 1954, puis nommé évêque d'Orléans en 1979 et archevêque de Paris en 1981.

 

"Pour les catholiques parisiens, c'est un archevêque exceptionnel qui les quitte (...) Pour notre pays, c'est une grande figure qui disparaît (...) Pour moi, c'est à la fois un père, un frère et un ami que je perds", a déclaré Mgr Vingt-Trois dans un communiqué.

 

"Jean-marie Lustiger a été une figure historique des relations entre juifs et catholiques, non seulement en France mais dans le monde", salue lundi le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). "Nous savons que ce qu'il a planté continuera de se développer."

 

Daniel Shek, ambassadeur d'Israël en France, rend hommage à une "figure emblématique du dialogue judéo-chrétien" et "grand ami d'Israël (...) qui tenait une place toute particulière dans le coeur des Israéliens".

 

Mgr Lustiger "a toujours été pour nous, musulmans de France, un homme d'une bienveillance éclairée et d'un conseil sage et prudent", écrit pour sa part le recteur de la Mosquée de Paris et président du Conseil français du culte musulman (CFCM).


Une vie "à l'image du XXe siècle"

 

"Avec tous les évêques de France, il sut trouver des mots forts pour l'accueil de l'étranger et le combat pour la tolérance", estime Dalil Boubakeur.

 

Au nom de la Fédération protestante de France, le pasteur Gill Daudé salue une "forte personnalité, exigeante et dérangeante (qui) a porté haut et fort l'identité et la visibilité de son Église dans une société en pleine mutation et en proie aux doutes".

Tout au long de sa vie, il a ouvert "de nouvelles voies de dialogue avec le judaïsme, qui était aussi en dialogue avec sa propre histoire, douloureuse, confrontée à la Shoah", souligne-t-il.


Dimanche soir, depuis sa retraite estivale du New Hampshire, Nicolas Sarkozy a rendu hommage à une "grande figure de la vie spirituelle" de la France.

"Sa personnalité était à l'image des épreuves que la vie lui avait fait traverser et qui furent d'abord celles de l'Europe au cours du XXe siècle", a souligné le chef de l'Etat dans un communiqué.

De son côté, François Fillon salue la mémoire d'un homme d'église qui, "porté par son histoire et ses convictions, a considérablement enrichi le dialogue entre les religions".

"Dans ses relations avec les pouvoirs publics, enfin, le cardinal Lustiger a su faire vivre une laïcité ouverte et respectueuse", note également le Premier ministre.

 

Secrétaire national du Parti socialiste chargé des questions de laïcité, Jean Glavany "salue la mémoire d'un homme de paix, de dialogue et d'échange entre les cultures, d'un sage".

 

Pour le Parti communiste, le catholicisme français perd certes "une grande figure respectée" mais, déplore le PCF, "comme Jean Paul II", Jean-Marie Lustiger n'aura pas été "l'homme d'une évolution positive sur les questions liées à la sexualité et au sacerdoce des prêtres" et fit de son combat pour l'école privée "une grande bataille idéologique".

 

Dans un communiqué, la présidente du Medef salue un homme qui "incarnait à lui seul toutes les réconciliations".

 

Le cardinal Lustiger avait participé aux universités d'été du mouvement patronal. "Les chefs d'entreprise présents ont pu mesurer toute l'étendue de sa contribution à notre époque et en resteront marqués à jamais", écrit Laurence Parisot.