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Blog du CDF/FCD - Afrique

Actualité de la Section Africaine du CDF/FCD (Chrétiens Démocrates Fédéraux / Federale Christen Democraten) de Belgique. Infos : http://cdfliege.lalibreblogs.be/

06 août 2007

Les Africains Juifs

Migration_Juifs_d_AfriqueAvant de clore ce livre, il est intéressant de signaler qu’à l’exception des Beta Israël d’Ethiopie reconnus finalement comme juifs,certaines tribus africaines, bien qu’elles ne soient pas toujours considérées comme telles,se revendiquent juives.

Une organisation basée aux Etats-Unis, Kulanu, s’occupe très activement de retrouver« les descendants d’une des dix tribus d’Israël disparues depuis des millénaires ».

Aux XIe et Xe siècles avant l’ère commune,afin d’étendre l’influence juive et de faciliter le commerce, les rois David et Salomon envoyèrent des Juifs s’installer dans ce qui constitue aujourd’hui l’Afrique du Nord, la péninsule arabique, la Corne de l’Afrique et la Nubie, l’actuel Soudan.  

Les dix tribus qui formaient le royaume d’Israël, après la destruction de celui-ci parles Assyriens, au VIIIe siècle, furent dispersées. Certaines se dirigèrent sur l’Afrique,d’autres vers l’Asie, voire l’Europe.

En –586, Nabuchodonosor détruisit le Temple. Selon certaines traditions africaines, des Juifs s’enfuirent vers l’Afrique. Le Babylonien emmena le peuple de Juda en captivité.

Il est donc probable que la présence juive en Afrique noire remonte à près de trois mille ans. Ces hommes ont-ils conservé des traces de leur judéité ? Peut-être, mais non pas comme les Juifs du Yémen qui conservaient des contacts avec d’autres communautés comme en témoigne la fameuse épître de Maïmonide (1135-1204) et qui priaient en hébreu. Coupés des autres communautés, repliés sur eux-mêmes, ont-ils gardé certaines des traditions héritées de leurs si lointains ancêtres ?

Prenons l’exemple des Marranes de Belmonte, au Portugal, qui,après moins d’un demi-siècle de cassure avec le judaïsme, n’avaient conservé qu’un seul mot hébreu, Adonaï, et un semblant de préparation de la fête de Pessah. Alors, après quelques millénaires… Le géographe Al Idrisi (1100-1165) et l’historien Ibn Khaldun (1332-1406) évoquent les Juifs noirs.

Shimon Pères aurait confié en 1976 à l’historien George E. Lichtblauque Léopold Sedar Senghor (1906-2001), le légendaire poète de la négritude et premier président du Sénégal lui aurait affirmé avoir des racines juives. Selon l’homme d’Etat de Dakar, de petits groupes de Bnei Israël existent au Sénégal chez les Wolofs dès le Moyen Age. Ils durent se convertir à l’islam au XVIIIe siècle.

Ce dernier ajoutait que la trilogie des «peuples souffrants» se composait des Négro-Africains, des Juifs et des Arabo-Berbères.

Sommairement, voici l’histoire de quelques-unes de ces tribus.

Le royaume juif du Touat, les Juifs du Sahara

La découverte, en 1903, d’une pierre tombale, servant de support à un puits dans la région de Ghormali, atteste de ce royaume juif disparu depuis cinq siècles et est la première trace historique de la présence juive dans la région du Touat. Elle mentionne le nom de la défunte, Mona bat Amram, décédée le vingtième jour de la deuxième semaine du mois d’Av 5089 (13 juillet 1309).

En 1950, un nouvel indice apparaît à Tamentit : une pierre plate,d’une cinquantaine de kilogrammes, portant l’inscription « Maïmon, fils de Samuel et petit-fils de Braham ben Koubi, décédé en 5150 (1390)», est découverte dans un village. Sur cette dalle, les femmes lavaient leur linge au lavoir public.

Une pierre tombale portant le même nom fut découverte plus tard,mais elle disparut par la suite. Seule reste une photo … Il n’est pas exclu que d’autres traces apparaissent.

Les Juifs de Tombouctou et du Mali

Une dépêche de l’AFP, en mars 1996, répercuta un article paru dans un journal de Bamako sur Le réveil de la communauté juive malienne. En septembre 1997, Jacob Oliel, un éminent historien, publiait, dans la revue « Los Muestros » un article intitulé Les Juifs du Mali.

Il racontait la découverte détaillée de ce judaïsme, la saga du rabbin Mardochée Aby Serour. Ce rabbin guida Charles de Foucauld qui entendait pénétrer à Tombouctou, interdite aux non-musulmans depuis cinq siècles. Mardochée, qui rêvait de s’y installer, s’y fit admettre et découvrit que des Juifs avaient habité la région depuis des centaines d’années. Le livre de Jacob Oliel, De Jérusalem à Tombouctou, l’odyssée du rabbin Mardochée, éditions Olbia, narre cette épopée. Aux XIVe et XVe siècles, des Juifs fuyant l’Espagne trouvèrent refuge à Tombouctou et établirent trois villages : Kirshamba, Haybomoet Kongougara. Leurs descendants furent contraints, sous peine de mort, d’embrasser l’islam, en 1492 et Tombouctou devint ville interdite aux non-musulmans.

Depuis les années 1990, guidés par un historien, de Tombouctou, Ismaël Diadié Haidara, fondateur d’une association, « Zakhor, association tombouctite d’amitié avec le Peuple juif », certains de leurs descendants, un millier semblerait-il, seraient à la recherche de leurs racines juives.

Les Bayuda du Congo

Femmes_africaines_Juives_au_KotelAu Congo, répartis sur un territoire qui s’étend du fleuve Kasaï au lac Tanganyika, vit une ethnie importante, celle des Baluba. Ceux-ci prétendent venir d’«en haut», c’est-à-dire du nord. Les autres groupes les qualifient de Juifs et eux-mêmes se dénomment Bayuda, peuple de Juda. Se déclarent-ils Juifs ? Ils se perçoivent peut-être comme tels. Mais il serait intéressant d’effectuer des recherches.

Les Abayudaya d’Ouganda

En Ouganda, à la fin du XIXe siècle, des missionnaires anglais convertissent au protestantisme Semei Kakungulu, un puissant guerrier d’une des cinquante tribus baganda formant le royaume du Buganda, lui promettant qu’il régnera sur les autres clans. Kakungulu amène sous la férule britannique le territoire bugandais. Mais Albion ne tient pas sa promesse à son égard et le confine, avec les siens, dans une région étriquée et exiguë de quelques kilomètres à peine, non loin de la ville de M’bale, au pied des monts Elgon.

Kakungulu se rapproche des Malachites, une secte combinant croyances juives et chrétiennes, en 1913. Il rencontre plusieurs Juifs travaillant pour l’administration coloniale et semble plus attiré par le judaïsme. Il se fait circoncire en 1919.

Il fonde une secte, Kibina Kya Bayudaya Absesiga Katonda, la communauté du peuple juif qui croit en Dieu.

Actuellement les Abayudaya (peuple de Juda), jadis au nombre de trois mille âmes, décimés par Idi Amin Dada, le sanguinaire tyran qui dirigea l’Ouganda entre 1971 et 1979, sont regroupés dans quatre villages autour de M’bale. Ils sont près de six cents et disposent de cinq synagogues, de grandes cases aménagées en lieux de prières avec, au fronton, un magen David.

abayudayaLa Maison d’Israël au Ghana

En 1976, Aharon Ahomtre Toakyirafa de la tribu des Sefwi Suid’Adiembra, un village perdu en pleine brousse, a une vision. Des esprits lui affirment que lui et son peuple descendent d’une des tribus perdues d’Israël.

Toakyirafa découvre que les pratiques ancestrales de son peuple montrent des similitudes troublantes avec celles des Hébreux, notamment le respect du Shabbat, l’interdiction de consommer du porc,la circoncision des garçons, l’isolement de la femme menstrue …

Toakyirafa fait des recherches et découvre que les siens sont originaires de Côte d’Ivoire, que certains sont descendus vers le Ghana,d’autres remontés au nord, peut-être à Tombouctou, où une présence juive noire est historiquement attestée. Toakyirafa et son clan adoptent le judaïsme et s’appellent « BetaIsraël », Maison d’Israël.

Les autorités ghanéennes, peu désireuses de voir émerger une nouvelle religion, emprisonnèrent les chefs de Beta Israël, mais aucune charge n’étant retenue contre eux, elles furent contraintes de les relâcher.Toakyirafa mort, David Ahenkorah lui succède. Aujourd’hui la Maison d’Israël compte quelques dizaines de membres dans une zone qu’ils ont dénommée la Nouvelle Adiembra. Ils ont construit une synagogue et des bâtiments communautaires.  

synagogie_abayudayaLes Juifs de Rusape (Zimbabwe)

Ceux qui se dénomment Juifs ont leurs origines, selon leur tradition,au nord. Ils estiment que la similitude de certains de leurs rites ancestraux, ceux relatifs à l’enterrement, à la circoncision, au mariage, à l’agriculture, avec ceux des anciens Hébreux, est troublante. Ils affirment descendre d’une des dix tribus perdues.

Des ruines imposantes, uniques en Afrique, non loin de là, font état d’une civilisation brillante qui régna entre les XVIe et XIIIe siècles. S’agit-il, comme ils le prétendent (et comme l’affirment les Lembas d’Afrique du Sud, leurs cousins) d’un royaume juif ? Les historiens n’ont apporté aucune réponse à ce jour.

A la fin du XIXe siècle, Dieu serait apparu à un ancien esclave noir américain, William Saunders Crowdy, devenu diacre de l’église protestante ; cette vision lui enjoint de ramener les Noirs au judaïsme.

En 1903, à l’autre bout du monde, le Ghanéen Albert Christian reçoit une révélation lui ordonnant d’aller en Amérique rechercher le« prophète de Dieu ».

Par un hasard extraordinaire, les deux hommes se rencontrent. Albert Christian retourne en Afrique avec la certitude de la judéité de son peuple. Il lui faudra une trentaine d’années pour convaincre sa tribu de le suivre. La communauté dispose d’une synagogue, compte actuellement quelques milliers de membres et suit les règles du judaïsme occidental.

lembaLes Lembas d’Afrique du Sud

Les Lembas représentent une population de plusieurs dizaines de milliers de personnes, établies entre le Malawi, l’Afrique du Sud et le Zimbabwe, dont les ancêtres seraient les Israélites de l’expédition que mena le roi Salomon à Ophir, (au Zimbabwe selon leur tradition),à la recherche d’or : quelques-uns demeurèrent sur place pour enseigner aux habitants la croyance en un Dieu unique, « Mwali ».De couleur de peau légèrement plus claire que celle de leurs voisins,les Lembas maintiennent des traditions issues ou ressemblant fortaux juives : l’observance de la néoménie, l’interdiction de consommer du porc, les rites funéraires. Si les femmes peuvent, exceptionnellement,se marier en dehors de la communauté, l’homme qui le fait est exclu et chassé par les membres de son clan. Leur drapeau comporte une étoile de David.

Les Juifs du Cap-Vert

A la suite de l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492, les rois catholiques ayant marié leur fille à l’héritier du trône portugais,exigèrent que le roi Manuel du Portugal expulsât tous les Juifs de son royaume. Ne voulant pas détruire son infrastructure économique, le souverain décida de convertir globalement, par ruse,tous ses Juifs. Il les fit embarquer mais, au moment d’appareiller, des soldats jetèrent de grands baquets d’eau sur les passagers tandis que des prêtres les baptisaient collectivement. Ce subterfuge fut entériné par l’église …

Certains de ces Christaos Novos, ces Nouveaux Chrétiens, voulant fuir le pays, débarquèrent au Cap-Vert. Les Portugais de l’île les enfermèrent dans un ghetto de la capitale, Ribeira Grande.

Au cours des siècles, ces Nouveaux Chrétiens, complètement assimilés, finirent par abandonner et perdre toutes leurs pratiques juives. Au début du XIXe siècle, des Juifs du Maroc, désireux d’échapper à leur statut de dhimmis, citoyens de seconde catégorie, s’installent au Cap-Vert, importante escale pour le transport du charbon. Ils y fondent une petite communauté. La plupart de ces Juifs du Cap-Vert émigreront en Israël au début du XXe siècle. Ne restent sur place que les descendants de Juifs lusitaniens du XVe siècle, une ville, Sinagoga, et un cimetière abandonné, en cours de restauration grâce au travail d’un médecin belge, Jacques Massart, et d’une journaliste américaine, Carol Castiel, qui en ont parlé tous les deux dans «Los Muestros».São Tomé et Principe.

L’arrivée des Juifs à São Tomé et Principe est dramatique. Afin devoir si l’île est habitable, le roi Manuel du Portugal envoie deux mille enfants juifs, âgé deux à douze ans, peupler l’île. Ils sont débarqués et abandonnés sur le rivage. Au bout d’un an, il ne restera que six cents survivants !

Au début du XVIIe siècle, les descendants de ces enfants, bien qu’assimilés à la population locale, continuent à judaïser mais les pratiques se perdent jusqu’à l’arrivée, au début du XXe siècle, de quelques Juifs qui établissent une communauté incitant certains des descendants de ces enfants que rien, sinon une couleur de peau plus claire, ne distingue des autochtones, à découvrir leur histoire,montrant ainsi un intérêt pour le judaïsme de leurs ancêtres.

L’ambassadeur d’Israël au Cameroun, le professeur Moshé Liba consacrera, en 2007, un article dans «Los Muestros» à ces enfants.

Les Tutsi du Rwanda et du Burundi

Le peuple Tutsi fait partie d'un ensemble de peuples appelés« hamites » dans la littérature coloniale et missionnaire, qui habitent un territoire, autour du Nil Blanc, jadis nommé, dans la Bible, Pishon.

Cette vaste région couvre l’est du Congo, le Rwanda, le Burundi ainsi que des parties importantes de l’Ouganda, du Kenya et de la Tanzanie. Mais les Tutsi préfèrent se qualifier de « Kushites » et se réfèrent à l'ancien empire de Kusch où régna la reine de Saba et son fils Ménélik 1er (David II), dont le père aurait été le roi Salomon.

Différentes ethnies ont la même origine que les Tusti : les Hima (ou Hema dans l’est du Congo), les Massaï du Kenya et de la Tanzanie, les Karamajong, du nord de l’Ouganda, les Samburu du Nord du Kenya, etc.

Monseigneur Julien Gorju, chef de l’Eglise du Burundi, dans son Face au Royaume hamite du Ruanda, le royaume frère del’Urundi paru en 1938 à Bruxelles (voir aussi, du même auteur,Zigzags à travers l’Urundi, paru à Namur en 1926, 233 pp.), affirme que les Tutsi sont de descendance éthiopienne. Il fut approuvé par de nombreux autres missionnaires dont le Père Blanc Firmin Rodegem dans son Dictionnaire Rundi / Inyizamvugo y’ikirundi, paru à Usumbura en 1961, dans lequel il définit les Tutsi comme« éthiopides » (p.1.146).

Tant la Bible que les écrits de l’Egypte pharaonique parlent de ce qui est l’actuelle Ethiopie, comme du pays de Kush. Les Tutsi préfèrent donc se qualifier de « Kushites » et se réfèrent à ce royaume où régna la reine de Saba (la Makéda éthiopienne) qui serait une des descendantes de Moïse et de Tsipora, l’Ethiopienne.  

Le Négus Haïlé Sélassié, le roi des rois, ne se faisait-il pas appeler le Lion de Judée ?Selon Mathias Niyonzima, spécialiste de l’histoire de son peuple et initiateur du site Beth Kushi ve’Yisraël, (www.bethkushi.be), l’origine juive des Tutsi est incontestable.

Il en veut pour preuve la loi des Anciens qui impose une série de règles qui ont des points de ressemblance étonnants avec la loi mosaïque : un monothéisme strict très ancien : Imana est le nom de Dieu, la cacheroute, les «imiziro»qui sont les «mitsvot», la vache rousse mais, en plus de cet attachement à la tradition, le refus du baptême chrétien (les derniers grands rois et chefs tutsi comme Mwezi, Mutaga, Maconco, Rwabugiriet Musinga ont combattu l'évangélisation (jusqu'à la mort pour certains) et l'assimilation. L'hostilité d’une certaine Eglise catholique romaine ainsi que le génocide dont ils furent les victimes, dans une indifférence coupable, et la vie quotidienne dans un environnement dominé par des populations ethniquement différentes et souvent hostiles les rapproche aussi du Peuple juif.

C’est un judaïsme pré talmudique qui serait similaire, selon lui, à celui des patriarches, des prophètes et des rois David et Salomon. Les Tutsi prétendent descendre de la tribu de Juda. Le coup d’Etat de1966 a mis fin à la dynastie des mwamis (rois) du Burundi qui fut fondée par Ntare I Rushatsi Cambaratama (le roi Lion I « le Hirsute à la Tunique de bête ») vers 1270 de notre ère et dont cinq des dix-sept souverains ont porté le titre de Ntare, Lion. Lors de la manifestation du 1er juillet 2004 à Matonge, ce pittoresque quartier de Bruxelles proche de la porte de Namur, un groupe de manifestants opposés au conflit qui ravage la région des Grands Lacs s’en est violemment pris à Serge R., le traitant de « Sale Juif » sous prétexte de son origine tutsi.

tutsiSelon Mathias Niyonzima, certains noms de clans gardent toujours leur racine hébraïque : « ben » (fils de), tels les Benengwe, Banyakarama,Banyamurenge, Banyiginya. Cette mémoire collective juive des Batutsi se concrétise aussi par l'adoption de l'étoile de David sur le drapeau du Burundi.

Bibliographie : L’origine juive des Tutsi. Article de Mathias Niyonzima, « Los Muestros n° 56 » - septembre 2004.Il y a une communication qui passe chaque fois qu’on rencontre un Juif,quand il partage sa peine et que nous partageons la nôtre. Quelque part,nous nous rejoignons. Je crois que cela nous a amené à développer bonnes relations avec Israël.

© Maurice Dorès

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Identités juives et racines africaines

Juifs_EthiopieAFRICAINS ET JUIFS

Le Continent noir a toujours été considéré comme hors du champ d’expansion du judaïsme, à l’exception de l’Ethiopie. Pourtant, des Juifs noirs vivent en Afrique. Qui sont-ils ? Pour répondre nous allons nous rendre en Afrique du Sud, chez les Lembas, au Nigeria, chez les Ibos, en Ouganda, chez les Abayudaya, nous traverserons le Mali pour arriver au Sénégal et dans les îles du Cap-Vert.

Après ce voyage, nous nous poserons la question de savoir s’il existe des thématiques particulières dans ce monde noir judaïsé.

Nous en distinguerons trois :

  • une thématique biblique ;
  • une thématique historique qui nous mènera à la recherche de traces juives en Afrique ;
  • une thématique contemporaine qui nous fera toucher des questions sociales, culturelles et politiques.

Chez les Lembas d’Afrique du Sud, il existe des rites très anciens auxquels les historiens et les ethnologues attribuent une origine sémite bien qu’il n’y ait jamais eu de consensus sur l’origine ou la nature de ces traditions.

Il n’est pas exclu que des éléments extérieurs aient pu pénétrer leurs coutumes au point de donner au fil du temps naissance à une forme de syncrétisme culturel.

Les Lembas croient en un Dieu unique. Ils n’adorent pas les esprits des ancêtres ni les animaux ni les arbres, les pierres, le soleil, la lune ou les étoiles. Ils prient avec un linge blanc autour du cou. Ils concluent leurs prières par « amen ». Ils ne mangent ni porc ni animal impur, ni poisson sans nageoires ni écailles. Ils observent le repos hebdomadaire du shabbat.

On reconnaît un certain nombre de traditions hébraïques et aussi des traditions africaines qui ne sont plus pratiquées depuis qu’elles ont été supplantées par le christianisme et l’islam. Les Lembas affirment leur origine juive.

Leur tradition orale fait d’eux un peuple migrant, parti de la Judée il y a deux mille cinq cents ans, pour s’établir à Sanaa dans la vallée de l’Hadramaout au Yémen. Par la suite ils seraient passés du Yémen en Afrique pour s’arrêter au Zimbabwe avant de se disséminer en Afrique du Sud. 

Au Zimbabwe, se trouve un site appelé le « Grand Zimbabwe » : ce sont des édifices en pierre, imposants, objets pour les chercheurs d’interrogations sur une civilisation disparue. Ceux qui cherchent les mines d’or du Roi Salomon sont passés par là. Il y a souvent du romantisme et de l’exotisme dans ces recherches.

En revanche, d’autres chercheurs s’attachent à étayer leurs hypothèses sur des théories scientifiques. Des recherches génétiques ont été effectuées chez les Lembas. Une parenté avec la population du Yémen a été trouvée, liée au chromosome Y marqué génétiquement par l’ascendance des Cohen, les grands prêtres de Jérusalem.

Mieux vaut ne pas s’égarer dans cette direction et rappeler que l’identité juive n’a rien à voir avec la biologie et la couleur de la peau. Quoi qu’il en soit, comme nous l’apprend Tudor Parfitt (2), qui nous a fait connaître les Lembas, les Lembas d’aujourd’hui sont déjà très différents des Lembas d’il y a vingt ou trente ans. Il y a chez eux des lycéens et des professeurs. Beaucoup leur ont apporté des livres sur le judaïsme. Cependant, il semble que l’affirmation de leurs origines juives ne soit pas suivie d’un développement communautaire important, comparable à ce qu’on observe actuellement au Nigeria chez les Ibos.

Synagogue_NigeriaOn trouve chez les Ibos comme chez les Lembas des rituels hébraïques. Aujourd’hui, il existe un centre communautaire juif à Abuja, au centre du Nigeria Selon l’Association des Juifs du Nigeria, The Ibo Bnei Ysrael Association of Nigeria, il y aurait vingt-six synagogues au Nigeria rassemblant des Ibos et aussi des Nigérians d’autres origines.

Des Nigérians sont montés en Israël. Ils sont devenus juifs et israéliens. Evoquons l’histoire de deux d’entre eux, Haï Ben Daniel et Chimchon Adeshina (1) : Haï Ben Daniel est arrivé en Israël avec l’idée qu’il était juif. Il connaissait la Bible mais ignorait le Talmud. Il a passé plusieurs années dans une yechiva. Il enseigne à présent la Guemara dans une classe pour enfants. Sa conversion n’a pas été facile. Il raconte que tous ses collègues venant d’Amérique ou d’Europe obtenaient leur conversion en deux ans tandis que lui devait attendre. Il s’est posé la question de savoir s’il n’avait pas été refusé parce qu’il était Noir.

N’était-ce pas du racisme ? Haï Ben Daniel a protesté en s’inscrivant dans l’enseignement talmudique selon lequel il n’y a pas de couleur chez les hommes, ou alors le rouge du sang, le même pour tous les hommes. Finalement le rav Ovadia Yosef est intervenu. Haï Ben Daniel explique qu’il a été reconnu comme Juif par une procédure particulière (homra ve safek). Paradoxalement, la sévérité a été plus grande parce qu’il y avait un doute sur son identité juive préalable.

En somme, il ne s’agit pas d’une conversion mais d’une confirmation. C’est un propos que l’on entend souvent au sein des communautés juives noires. Beaucoup préfèrent parler de retour plutôt que de conversion. Aujourd’hui, Haï Ben Daniel est trois fois Juif. Il est Juif en tant qu’Ibo ayant des origines juives, il est Juif parce qu’il a un certificat du rabbinat ashkénaze et il est encore Juif parce qu’il a un certificat du rabbinat sépharade.

La démarche de Chimchon Adeshina est sensiblement différente. Chimchon Adeshina était prêtre chrétien à Lagos. De lui-même, par la réflexion et l’étude, il s’est tourné vers le judaïsme. La situation s’est compliquée quand il a voulu entraîner sa communauté sur le même chemin. Il n’y a pas eu d’accord unanime. Chimchon Adeshina est monté en Israël avec toute sa famille.

Au cours d’une conversation sur ses racines africaines, la question de la femme noire de Moïse a été posée. Chimchon Adeshina déclara avec vivacité qu’il ne savait rien sur le sujet et qu’en plus il n’était pas présent à l’époque pour voir lui-même ce qui se passait. Sous la forme d’une plaisanterie, il signifiait que le judaïsme était indifférent aux origines et que la conversion était affaire d’étude et d’observance de la halakha (règle traditionnelle).

En Ouganda, existe une communauté juive dont l’histoire commence comme celle d’Adeshina. C’est la démarche individuelle, spontanée, d’un homme, Samei Wakilenzi Kakungulu, né en 1860. Cet Africain devenu protestant, officier dans l’armée britannique, s’est senti attiré par les pratiques juives à force de lire la Bible. Il a fondé une communauté d’environ deux mille personnes. Par la suite, il rencontra un commerçant juif et s’initia au judaïsme traditionnel.

Plusieurs personnes se sont intéressées à cette histoire, en particulier Israël Ben Zeev. Ben Zeev était président de la World Union for Propagation of Judaism dans les années cinquante. Sa position sur les conversions était inverse de celle des institutions juives. Il pensait que les Juifs devaient pratiquer le prosélytisme pour la raison que le peuple juif était menacé par sa faiblesse démographique. Selon lui, il fallait renforcer et régénérer le peuple juif par la conversion de peuples qui n’avaient pas été contaminés par l’antisémitisme. Il pensait particulièrement aux Africains et aux Asiatiques.

Il s’agissait aussi de contrer les missionnaires qui convertissaient les Juifs d’Ethiopie, et continuent à être actifs aujourd’hui en Israël même. Actuellement, des paysans africains pratiquent le judaïsme dans plusieurs villages à quelque deux cents kilomètres de Kampala.  

En 2002, quatre rabbins américains du mouvement conservative ont officiellement converti quatre cents Abayudaya. Passons au Mali, à Tombouctou, dans la boucle du Niger. Ce sont des mots qui font rêver, pourtant la présence juive dans ces lieux appartient au domaine de l’histoire et non de la légende. Ismaël Diadié Haidara écrit dans son livre Les Juifs de Tombouctou : Les Juifs qui fuirent de Castille, d’Aragon, des Baléares et de l’Afrique du Nord, descendirent jusqu’au fleuve Niger où vivait alors une communauté juive avec sa synagogue, ses puits et ses jardins.

Rappelons qu’à l’époque où l’on partait à la découverte de l’Afrique, les Juifs ont joué un rôle majeur. Les plus anciennes cartes de l’Afrique (l’Atlas Catalan d’Abraham Cresques au quatorzième siècle) ont été composées par les cartographes de l’école de Majorque.

Ils étaient aussi rabbins et dirigeaient des yechivot. La cartographie était une de leurs sources de revenus. En 1492, il n’y eut pas seulement l’expulsion des Juifs d’Espagne mais aussi un massacre de Juifs au Sahara, par un chef religieux musulman, El Maghrili. Les Juifs se sont défendus. Certains se sont réfugiés chez un roi africain dans le royaume de Gao. Il est probable que des Juifs soient descendus plus au Sud dans les pays de la forêt, c’est peut-être là que l’on peut faire un lien avec les Ashantis du Ghana et les Ibos du Nigeria. Le Mali est un pays musulman. On rencontre, là-bas, des personnes dont le nom évoque une origine juive.

Au Sénégal, les traces juives sont moins difficiles à suivre. Des Juifs portugais ont vécu sur la petite côte du Sénégal et dans les Iles du Cap-Vert aux seizième et dix-septième siècles. Ils s’étaient installés là pour pouvoir pratiquer librement le judaïsme et faire du négoce.

Le commerce des cuirs, des peaux, de la cire, de l’ivoire et aussi, comme tous les commerçants de la région, portugais, anglais, français, africains, le commerce des esclaves. Sous la domination des Portugais, les Juifs ont subi l’Inquisition, qui les obligeaient à se convertir avec leur entourage.

Les Juifs judaïsaient leurs esclaves. Les archives révèlent que les Nouveaux Chrétiens continuaient à pratiquer le judaïsme parfois en se cachant, parfois très ouvertement, comme en 1597, ce chirurgien du Cap-Vert, Manuel Nunes, dénoncé par le trésorier de l’Archevêché. Et aussi Nuno Francez Da Costa, condamné pour avoir déclaré qu’il préférait un ongle de ladite esclave avec laquelle il vivait maritalement à toutes les confessions et messes. Ces Juifs décidés à rester juifs ont laissé une descendance.

Quelques chercheurs sont allés à la recherche des Juifs du Cap-Vert au Sénégal. Izabelle de Moraes, une chercheuse brésilienne, n’a pas retrouvé la synagogue de Rufisque fermée par Isabelle la Catholique. Un ambassadeur d’Israël, Zvi Loker, a écrit un livre sur la nation portugaise juive aux Caraïbes. Les juifs Portugais ont laissé aussi une descendance aux Caraïbes. Au dix-huitième siècle il y eut une communauté juive métisse à Paramaribo au Surinam (Darkhe Yesharim).

Zvi Loker s’était interrogé sur l’existence éventuelle de Juifs au Cap-Vert il y a plusieurs années. A Dakar, des Capverdiens qu’on appelle les Portugais racontent que l’on allumait chez eux une bougie tous les soirs et deux bougies le vendredi soir. Ils n’en connaissaient pas la raison. Certains touchaient le chambranle de la porte quand ils rentraient chez eux, ce qui rappelle la façon dont les Juifs embrassent la mezuza à l’entrée de leur maison.

Très récemment, une Capverdienne m’a raconté son histoire longtemps gardée secrète. C’est une histoire que l’on n’espérait plus découvrir, semblable à celle des Marranes du Portugal, qui ont maintenu des pratiques juives en se cachant pendant des siècles.

Dulce David, une chanteuse capverdienne qui écrit et compose des chansons magnifiques, se souvient de son enfance quand sa grand-mère allumait des bougies le vendredi soir. Elle n’allumait jamais de feu le samedi. Son père faisait des prières en portugais et prononçait quelques mots en hébreu. Des familles pratiquaient la circoncision.

On ne parlait pas de circoncision mais de baptême. C’est donc le « prêtre » qui faisait la circoncision. Dulce n’a jamais entendu parler de Hanoukka mais de fête de fin d’année. Tout était caché et maquillé.

Elle ne comprenait pas pourquoi elle n’allait pas à la messe à Noël. Sa tante expliquait qu’ils faisaient la messe chez eux et qu’ils n’avaient pas besoin d’aller à l’église. Il faut comprendre que le mot « juif » était un mot lourd, difficile, honteux et dangereux. Le père de Dulce raconte que l’arrière-grand-père de son grand-père fabriquait des bateaux, les Juifs du Cap-Vert étaient des marins. Le jour où il fut surpris à allumer des bougies, sa fabrique a été brûlée.

Cette situation est le fait de plusieurs siècles d’inquisition et de dizaines d’années de fascisme portugais suivi par un gouvernement indépendant marxiste, pro-soviétique et pro-arabe. C’est seulement maintenant, à l’heure de la démocratisation, des avions, du tourisme et de la télévision que l’on peut prononcer le mot « juif » au Cap-Vert, que l’on doit le prononcer sinon l’histoire disparaîtra.

Une association d’amitié Israël-Cap-Vert a été fondée avec la participation principale de Juifs marocains. Au dix-neuvième siècle, il y eut une deuxième immigration juive au Cap-Vert, composée de Juifs marocains qui faisaient commerce. Ils passaient par Gibraltar où les Britanniques leur délivraient des passeports. L’identité des Juifs du Cap-Vert est marquée par leur détermination transmise comme un héritage et aussi par une nostalgie pour une culture perdue, la nostalgie des îles et la nostalgie de l’exil. Il existe bel et bien un accent juif dans la mélodie de la «saudade» portugaise que chante Dulce avec sa belle voix.

Après ce périple au sein des peuples noirs, interrogeons-nous sur la nature des attaches qui lient les peuples noirs au peuple juif et les éléments sur lesquels les Africains s’appuient quand ils se découvrent juifs.

La Bible est le premier miroir qui leur est offert.

La Bible ne désigne pas les Noirs en tant que tels, elle nomme les Ethiopiens. Le pays de Kouch désigne l’Ethiopie et l’Afrique par extension. Kouch est le fils de Ham, un des trois fils de Noé. L’Ethiopie est présente dans l’histoire de l’Israël ancien.

Au-delà des fleuves de Kouch, c’est une expression que l’on entend dans Isaïe (XVIII,1) et Sophonie (III,10). La considération pour Kouch s’exprime encore dans la bouche du prophète Amos : Ô fils d’Ethiopie vous êtes pour moi comme les fils d’Israël dit le Seigneur (IX,7). Kouch symbolise la force et aussi la soif de spiritualité. On trouve cette idée dans le psaume LXVIII verset 32 : Kouch tendra les mains vers Dieu, un verset mis souvent en avant par les Rastafaris.

Les Africains se reconnaissent dans la Bible. Ils éprouvent en la lisant un sentiment de familiarité. Léon Askenazi, appelé régulièrement au Cameroun par le Président Paul Biya pour l’initier aux lectures juives, disait en parlant des Africains : Ils sont plus bibliques que nous. C’est dans la Bible que l’on trouve le récit de la rencontre du roi Salomon et de la reine de Saba. Selon une légende éthiopienne, ils auraient eu un fils, Ménélik. La dynastie éthiopienne en revendique la descendance.

Même si la Bible n’est pas un livre d’histoire, on y apprend la destruction du royaume d’Israël avec les exils et les déportations qui ont conduit à la disparition des dix tribus d’Israël, une réalité historique qui a donné naissance à nombre de mythes. Selon un commentaire talmudique, les tribus perdues se trouveraient en Afrique.

juif_ougandaPour l’historien Nahum Slouchz, la première apparition des grandes colonies juives sur le littoral africain date de l’an 320 avant l’ère commune, lorsque Ptolémée Soter envahit la Judée et transplanta plus de cent mille captifs juifs en Afrique.

Revenons à notre époque et posons-nous la question de savoir en quoi le modèle juif correspond à l’attente des Africains. Il y a d’abord eu l’idée que le christianisme était la religion importée par le colonisateur, l’homme blanc, tandis que l’événement majeur qui fonde le judaïsme est la libération de l’esclavage et la révélation du Sinaï sur la terre d’Afrique (Let my people go).

Beaucoup ont vu une analogie entre la condition juive et la condition noire. Senghor inclut les Juifs dans sa trilogie des peuples souffrants constituée par les Négro-africains, les Juifs et les Berbères. Les termes de ghetto, diaspora, déportation appartiennent maintenant à l’histoire des Juifs et des Noirs. Cependant, à notre avis, la solidarité des persécutés n’a pas d’existence tangible, c’est plutôt une profession de foi et une illusion. En outre, la souffrance n’est pas une valeur juive, ce n’est pas là qu’il faut chercher ce qui peut attirer les uns vers les autres. A l’inverse, il y a la réussite des Juifs. La création de l’Etat d’Israël a frappé l’imagination des Africains.

Cela a été un modèle pour tous les hommes politiques africains y compris Mandela qui lisait les Mémoires de Begin dans sa prison.

Qu’un peuple aussi abattu que le peuple juif ait pu retrouver son indépendance était un exemple à suivre. Il y eut des relations privilégiées entre Israël et l’Afrique à l’époque des indépendances.

Quelques mots sur l’accueil réservé aux Juifs noirs par les autres Juifs. Généralement c’est un étonnement suivi d’enthousiasme, mais aussi des réactions négatives que l’on ne peut passer sous silence. Le sujet est déplaisant. On entend des Juifs se poser la question de savoir si ce n’est pas par intérêt que des Noirs veulent devenir juifs.

Le propos est inadmissible et révèle une surdité désolante. Attribuer à ceux qui viennent vers vous une arrière-pensée intéressée traduit une étroitesse d’esprit et un mépris proches du racisme.

C’est par ailleurs le fait d’une minorité souvent éloignée du judaïsme et ; prônant la tolérance. Pourtant, il suffit de mesurer les difficultés rencontrées par les Africains qui choisissent la conversion pour savoir que le bonheur d’être Juif n’est pas d’ordre matériel.

Certainement, ce ne sont ni la souffrance ni la réussite qui aimantent les relations judéo noires, mais une attraction profonde animée de confluences souterraines. Sans doute, existe-t-il une conception de la vie commune, une façon d’aller vers l’autre en restant soi-même.

Ce rapprochement commence à s’exprimer dans les domaines culturel, cinématographique, musical. Citons Ben Zimet, ce chanteur et conteur yiddish installé à Dakar pour enrichir son inspiration, se produisant à Paris en compagnie du chanteur et conteur guinéen Manfef Obin.

Evoquons une afro-semitic-party lors d’une soirée à la Cigale où un Nigérian en costume traditionnel chanta A yddish mamme sur un air d’afrobeat.

Tout cela est l’effet de rencontres multiples. Ces rencontres ne se font pas seulement au-delà du fleuve de Kouch mais encore au-delà de l’Atlantique. Des rencontres entre Juifs africains et Juifs afro-américains se tiennent régulièrement tous les deux ans au cours d’un colloque à San Francisco.

Il semble donc que l’on assiste à l’émergence d’une identité culturelle judéo noire dans le sens où l’on parle d’un judaïsme américain ou d’un judaïsme marocain.

C’est une branche nouvelle du peuple juif qui repose sur des fondements anciens. Souhaitons-lui de croître et d’enrichir notre diversité.

© Maurice Dorès

(1) Haï Ben Daniel et Chimchon Adeshina ont été interviewés dans le film Black Israël réalisé par l’auteur.

(2) Tudor Parfitt, ethnologue, enseigne l’histoire moderne du peuple juif à l’Université de Londres. Il est l’auteur de The Lost Tribes of Israël. The History of a Myth, éditions Weidenfeld & Nicolson, Londres, 2002

* Conférence donnée lors du Colloque sur les Juifs noirs, le 3 décembre 2006, à l’Alliance Israélite Universelle, à Paris.

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Hommages oecuméniques et politiques au cardinal Lustiger

lustiger_2Hommage à un grand homme

13h32 | 06/08/2007 - © Reuters

 

Représentants de toutes les religions et du monde politique ont rendu hommage au cardinal Lustiger, décédé dimanche, saluant particulièrement le rôle de l'ancien archevêque de Paris dans le rapprochement entre juifs et chrétiens.

 

Représentants de toutes les religions et du monde politique ont rendu hommage au cardinal Lustiger, décédé dimanche, saluant particulièrement le rôle de l'ancien archevêque de Paris dans le rapprochement entre juifs et chrétiens.

 

Une messe est prévue en son honneur lundi soir en la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, où ses obsèques seront célébrées vendredi par Mgr André Vingt-Trois, qui fut son plus proche collaborateur avant de lui succéder à la tête du diocèse de Paris. Une chapelle ardente sera mise en place jeudi.


Jean-Marie Lustiger, emporté par un cancer à 80 ans dimanche, était considéré comme un "traditionaliste moderne" et comptait parmi les proches de l'ancien pape Jean Paul II.

 

Au début des années 1990, c'est sur lui que le souverain pontife s'était appuyé lorsqu'il décida de faire acte de repentance pour des fautes de l'Eglise envers les juifs.

 

Né Aaron Lustiger le 17 septembre 1926 de parents réfugiés polonais commerçants à Paris, il s'était converti au catholicisme durant la Deuxième Guerre mondiale, prenant le prénom de Jean-Marie. Sa mère fut déportée à Auschwitz, où elle mourut en 1943.


Il avait été ordonné prêtre en 1954, puis nommé évêque d'Orléans en 1979 et archevêque de Paris en 1981.

 

"Pour les catholiques parisiens, c'est un archevêque exceptionnel qui les quitte (...) Pour notre pays, c'est une grande figure qui disparaît (...) Pour moi, c'est à la fois un père, un frère et un ami que je perds", a déclaré Mgr Vingt-Trois dans un communiqué.

 

"Jean-marie Lustiger a été une figure historique des relations entre juifs et catholiques, non seulement en France mais dans le monde", salue lundi le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). "Nous savons que ce qu'il a planté continuera de se développer."

 

Daniel Shek, ambassadeur d'Israël en France, rend hommage à une "figure emblématique du dialogue judéo-chrétien" et "grand ami d'Israël (...) qui tenait une place toute particulière dans le coeur des Israéliens".

 

Mgr Lustiger "a toujours été pour nous, musulmans de France, un homme d'une bienveillance éclairée et d'un conseil sage et prudent", écrit pour sa part le recteur de la Mosquée de Paris et président du Conseil français du culte musulman (CFCM).


Une vie "à l'image du XXe siècle"

 

"Avec tous les évêques de France, il sut trouver des mots forts pour l'accueil de l'étranger et le combat pour la tolérance", estime Dalil Boubakeur.

 

Au nom de la Fédération protestante de France, le pasteur Gill Daudé salue une "forte personnalité, exigeante et dérangeante (qui) a porté haut et fort l'identité et la visibilité de son Église dans une société en pleine mutation et en proie aux doutes".

Tout au long de sa vie, il a ouvert "de nouvelles voies de dialogue avec le judaïsme, qui était aussi en dialogue avec sa propre histoire, douloureuse, confrontée à la Shoah", souligne-t-il.


Dimanche soir, depuis sa retraite estivale du New Hampshire, Nicolas Sarkozy a rendu hommage à une "grande figure de la vie spirituelle" de la France.

"Sa personnalité était à l'image des épreuves que la vie lui avait fait traverser et qui furent d'abord celles de l'Europe au cours du XXe siècle", a souligné le chef de l'Etat dans un communiqué.

De son côté, François Fillon salue la mémoire d'un homme d'église qui, "porté par son histoire et ses convictions, a considérablement enrichi le dialogue entre les religions".

"Dans ses relations avec les pouvoirs publics, enfin, le cardinal Lustiger a su faire vivre une laïcité ouverte et respectueuse", note également le Premier ministre.

 

Secrétaire national du Parti socialiste chargé des questions de laïcité, Jean Glavany "salue la mémoire d'un homme de paix, de dialogue et d'échange entre les cultures, d'un sage".

 

Pour le Parti communiste, le catholicisme français perd certes "une grande figure respectée" mais, déplore le PCF, "comme Jean Paul II", Jean-Marie Lustiger n'aura pas été "l'homme d'une évolution positive sur les questions liées à la sexualité et au sacerdoce des prêtres" et fit de son combat pour l'école privée "une grande bataille idéologique".

 

Dans un communiqué, la présidente du Medef salue un homme qui "incarnait à lui seul toutes les réconciliations".

 

Le cardinal Lustiger avait participé aux universités d'été du mouvement patronal. "Les chefs d'entreprise présents ont pu mesurer toute l'étendue de sa contribution à notre époque et en resteront marqués à jamais", écrit Laurence Parisot.

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Amitiés Judéo-Africaines

Theodore_Herzl

"Our Altneuland" (1902)

« Les Juifs, mieux que d'autres, peuvent comprendre les Africains. Il existe un problème, une détresse nationale, dont seul un Juif peut mesurer la profonde horreur et qui n'a pas reçu de solution à ce jour. C'est le problème africain ... Après avoir vécu la rédemption des Juifs, mon peuple, je voudrais aussi aider à préparer la rédemption des Africains. »

Théodor Herzl (1860-1904)
Fondateur du Sionisme


Edward_Wilmot_Blyden

Déclaration du Secrétaire d'État du Liberia, 1851

« L'Afrique appelle le Juif à venir avec sa science et sa culture qu'il a rassemblées dans les pays d'exil et avec ses propres dons spirituels. »

Edward Wilmot Blyden (1832-1912)
Secrétaire d'État du Liberia
Père du Pan-africanisme

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