06 août 2007
Les Africains Juifs
Avant de clore ce livre, il est intéressant de signaler qu’à
l’exception des Beta Israël d’Ethiopie reconnus finalement comme juifs,certaines
tribus africaines, bien qu’elles ne soient pas toujours considérées comme
telles,se revendiquent juives.
Une organisation basée aux Etats-Unis, Kulanu, s’occupe très
activement de retrouver« les descendants d’une des dix tribus d’Israël
disparues depuis des millénaires ».
Aux XIe et Xe siècles avant l’ère commune,afin d’étendre l’influence
juive et de faciliter le commerce, les rois David et Salomon envoyèrent des
Juifs s’installer dans ce qui constitue aujourd’hui l’Afrique du Nord, la péninsule
arabique, la Corne
de l’Afrique et la Nubie,
l’actuel Soudan.
Les dix tribus qui formaient le royaume d’Israël, après la
destruction de celui-ci parles Assyriens, au VIIIe siècle, furent dispersées. Certaines
se dirigèrent sur l’Afrique,d’autres vers l’Asie, voire l’Europe.
En –586, Nabuchodonosor détruisit le Temple. Selon certaines
traditions africaines, des Juifs s’enfuirent vers l’Afrique. Le Babylonien
emmena le peuple de Juda en captivité.
Il est donc probable que la présence juive en Afrique noire remonte
à près de trois mille ans. Ces hommes ont-ils conservé des traces de leur
judéité ? Peut-être, mais non pas comme les Juifs du Yémen qui conservaient des
contacts avec d’autres communautés comme en témoigne la fameuse épître de
Maïmonide (1135-1204) et qui priaient en hébreu. Coupés des autres communautés,
repliés sur eux-mêmes, ont-ils gardé certaines des traditions héritées de leurs
si lointains ancêtres ?
Prenons l’exemple des Marranes de Belmonte, au Portugal,
qui,après moins d’un demi-siècle de cassure avec le judaïsme, n’avaient
conservé qu’un seul mot hébreu, Adonaï, et un semblant de préparation de la
fête de Pessah. Alors, après quelques millénaires… Le géographe Al Idrisi
(1100-1165) et l’historien Ibn Khaldun (1332-1406) évoquent les Juifs noirs.
Shimon Pères aurait confié en 1976 à l’historien George E.
Lichtblauque Léopold Sedar Senghor (1906-2001), le légendaire poète de la
négritude et premier président du Sénégal lui aurait affirmé avoir des racines
juives. Selon l’homme d’Etat de Dakar, de petits groupes de Bnei Israël
existent au Sénégal chez les Wolofs dès le Moyen Age. Ils durent se convertir à
l’islam au XVIIIe siècle.
Ce dernier ajoutait que la trilogie des «peuples souffrants»
se composait des Négro-Africains, des
Sommairement, voici l’histoire de quelques-unes de ces
tribus.
Le royaume juif du
Touat, les Juifs du Sahara
La découverte, en 1903, d’une pierre tombale, servant de
support à un puits dans la région de Ghormali, atteste de ce royaume juif
disparu depuis cinq siècles et est la première trace historique de la présence
juive dans la région du Touat. Elle mentionne le nom de la défunte, Mona bat
Amram, décédée le vingtième jour de la deuxième semaine du mois d’Av 5089 (13
En 1950, un nouvel indice apparaît à Tamentit : une pierre
plate,d’une cinquantaine de kilogrammes, portant l’inscription « Maïmon, fils
de Samuel et petit-fils de Braham ben Koubi, décédé en 5150
Une pierre tombale portant le même nom fut découverte plus
tard,mais elle disparut par la suite. Seule reste une photo … Il n’est pas
exclu que d’autres traces apparaissent.
Les Juifs de
Tombouctou et du Mali
Une dépêche de l’AFP, en mars 1996, répercuta un article
paru dans un journal de Bamako sur Le réveil de la communauté juive malienne. En
septembre 1997, Jacob Oliel, un éminent historien, publiait, dans la revue «
Los Muestros » un article intitulé Les Juifs du Mali.
Il racontait la découverte détaillée de ce judaïsme, la saga
du rabbin Mardochée Aby Serour. Ce rabbin guida Charles de Foucauld qui
entendait pénétrer à Tombouctou, interdite aux non-musulmans depuis cinq
siècles. Mardochée, qui rêvait de s’y installer, s’y fit admettre et découvrit
que des Juifs avaient habité la région depuis des centaines d’années. Le livre
de Jacob Oliel, De Jérusalem à
Depuis les années 1990, guidés par un historien, de Tombouctou, Ismaël Diadié Haidara, fondateur d’une association, « Zakhor, association tombouctite d’amitié avec le Peuple juif », certains de leurs descendants, un millier semblerait-il, seraient à la recherche de leurs racines juives.
Les Bayuda du Congo
Au Congo, répartis sur un territoire qui s’étend du fleuve
Kasaï au lac Tanganyika, vit une ethnie importante, celle des Baluba.
Les Abayudaya d’Ouganda
En Ouganda, à la fin du XIXe siècle, des missionnaires anglais
convertissent au protestantisme Semei Kakungulu, un puissant guerrier d’une des
cinquante tribus baganda formant le royaume du Buganda, lui promettant qu’il
régnera sur les autres clans. Kakungulu amène sous la férule britannique le
territoire bugandais. Mais Albion ne tient pas sa promesse à son égard et le
confine, avec les siens, dans une région étriquée et exiguë de quelques
kilomètres à peine, non loin de la ville de M’bale, au pied des monts Elgon.
Kakungulu se rapproche des Malachites, une secte combinant
croyances juives et chrétiennes, en 1913. Il rencontre plusieurs Juifs
travaillant pour l’administration coloniale et semble plus attiré par le
judaïsme. Il se fait circoncire en 1919.
Il fonde une secte, Kibina Kya Bayudaya Absesiga Katonda, la
communauté du peuple juif qui croit en Dieu.
Actuellement les Abayudaya (peuple de Juda), jadis au nombre
de trois mille âmes, décimés par Idi Amin Dada, le sanguinaire tyran qui
dirigea l’Ouganda entre 1971 et 1979, sont regroupés dans quatre villages
autour de M’bale. Ils sont près de six cents et disposent de cinq synagogues,
de grandes cases aménagées en lieux de prières avec, au fronton, un magen
David.
En 1976, Aharon Ahomtre Toakyirafa de la tribu des Sefwi Suid’Adiembra,
un village perdu en pleine brousse, a une vision. Des esprits lui affirment que
lui et son peuple descendent d’une des tribus perdues d’Israël.
Toakyirafa découvre que les pratiques ancestrales de son peuple
montrent des similitudes troublantes avec celles des Hébreux, notamment le
respect du Shabbat, l’interdiction de consommer du porc,la circoncision des
garçons, l’isolement de la femme menstrue …
Toakyirafa fait des recherches et découvre que les siens
sont originaires de Côte d’Ivoire, que certains sont descendus vers le Ghana,d’autres
remontés au nord, peut-être à Tombouctou, où une présence juive noire est
historiquement attestée. Toakyirafa et son clan adoptent le judaïsme et s’appellent
« BetaIsraël », Maison d’Israël.
Les autorités ghanéennes, peu désireuses de voir émerger une
nouvelle religion, emprisonnèrent les chefs de Beta Israël, mais aucune charge
n’étant retenue contre eux, elles furent contraintes de les relâcher.Toakyirafa
mort, David Ahenkorah lui succède. Aujourd’hui la Maison d’Israël compte
quelques dizaines de membres dans une zone qu’ils ont dénommée la Nouvelle Adiembra.
Ils ont construit une synagogue et des bâtiments communautaires.
Les Juifs de Rusape
(Zimbabwe)
Ceux qui se dénomment Juifs ont leurs origines, selon leur
tradition,au nord. Ils estiment que la similitude de certains de leurs rites
ancestraux, ceux relatifs à l’enterrement, à la circoncision, au mariage, à l’agriculture,
avec ceux des anciens Hébreux, est troublante. Ils affirment descendre d’une
des dix tribus perdues.
Des ruines imposantes, uniques en Afrique, non loin de là,
font état d’une civilisation brillante qui régna entre les XVIe et XIIIe
siècles. S’agit-il, comme ils le prétendent (et comme l’affirment les Lembas d’Afrique
du Sud, leurs cousins) d’un royaume juif ? Les historiens n’ont apporté aucune
réponse à ce jour.
A la fin du XIXe siècle, Dieu serait apparu à un ancien
esclave noir américain, William Saunders Crowdy, devenu diacre de l’église
protestante ; cette vision lui enjoint de ramener les Noirs au judaïsme.
En 1903, à l’autre bout du monde, le Ghanéen Albert
Christian reçoit une révélation lui ordonnant d’aller en Amérique rechercher le«
prophète de Dieu ».
Par un hasard extraordinaire, les deux hommes se
rencontrent. Albert Christian retourne en Afrique avec la certitude de la
judéité de son peuple. Il lui faudra une trentaine d’années pour convaincre sa
tribu de le suivre. La communauté dispose d’une synagogue, compte actuellement
quelques milliers de membres et suit les règles du judaïsme occidental.
Les Lembas représentent une population de plusieurs dizaines
de milliers de personnes, établies entre le Malawi, l’Afrique du Sud et le
Zimbabwe, dont les ancêtres seraient les Israélites de l’expédition que mena le
roi Salomon à Ophir, (au Zimbabwe selon leur tradition),à la recherche d’or :
quelques-uns demeurèrent sur place pour enseigner aux habitants la croyance en
un Dieu unique, « Mwali ».De couleur de peau légèrement plus claire que celle
de leurs voisins,les Lembas maintiennent des traditions issues ou ressemblant
fortaux juives : l’observance de la néoménie, l’interdiction de consommer du
porc, les rites funéraires. Si les femmes peuvent, exceptionnellement,se marier
en dehors de la communauté, l’homme qui le fait est exclu et chassé par les
membres de son clan.
Les Juifs du Cap-Vert
A la suite de l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492, les rois
catholiques ayant marié leur fille à l’héritier du trône portugais,exigèrent
que le roi Manuel du Portugal expulsât tous les Juifs de son royaume. Ne
voulant pas détruire son infrastructure économique, le souverain décida de
convertir globalement, par ruse,tous ses Juifs. Il les fit embarquer mais, au
moment d’appareiller, des soldats jetèrent de grands baquets d’eau sur les
passagers tandis que des prêtres les baptisaient collectivement. Ce subterfuge
fut entériné par l’église …
Certains de ces Christaos Novos, ces Nouveaux Chrétiens, voulant
fuir le pays, débarquèrent au Cap-Vert. Les Portugais de l’île les enfermèrent
dans un ghetto de la capitale, Ribeira Grande.
Au cours des siècles, ces Nouveaux Chrétiens, complètement
assimilés, finirent par abandonner et perdre toutes leurs pratiques juives. Au
début du XIXe siècle, des Juifs du Maroc, désireux d’échapper à leur statut de
dhimmis, citoyens de seconde catégorie, s’installent au
L’arrivée des Juifs à São Tomé et Principe est dramatique.
Afin devoir si l’île est habitable, le roi Manuel du Portugal envoie deux mille
enfants juifs, âgé deux à douze ans, peupler l’île. Ils sont débarqués et
abandonnés sur le rivage. Au bout d’un an, il ne restera que six cents
survivants !
Au début du XVIIe siècle, les descendants de ces enfants, bien
qu’assimilés à la population locale, continuent à judaïser mais les pratiques
se perdent jusqu’à l’arrivée, au début du XXe siècle, de quelques Juifs qui
établissent une communauté incitant certains des descendants de ces enfants que
rien, sinon une couleur de peau plus claire, ne distingue des autochtones, à
découvrir leur histoire,montrant ainsi un intérêt pour le judaïsme de leurs ancêtres.
L’ambassadeur d’Israël au Cameroun, le professeur Moshé Liba
consacrera, en 2007, un article dans «Los Muestros» à ces enfants.
Les Tutsi du Rwanda et
du Burundi
Le peuple Tutsi fait partie d'un ensemble de peuples appelés«
hamites » dans la littérature coloniale et missionnaire, qui habitent un
territoire, autour du Nil Blanc, jadis nommé, dans la Bible, Pishon.
Cette vaste région couvre l’est du Congo, le Rwanda, le Burundi
ainsi que des parties importantes de l’Ouganda, du Kenya et de la Tanzanie. Mais les
Tutsi préfèrent se qualifier de « Kushites » et se réfèrent à l'ancien empire
de Kusch où régna la reine de Saba et son fils Ménélik 1er (David II), dont le
père aurait été le roi Salomon.
Différentes ethnies ont la même origine que les Tusti : les
Hima (ou Hema dans l’est du Congo), les Massaï du Kenya et de la Tanzanie, les Karamajong,
du nord de l’Ouganda, les Samburu du Nord du Kenya, etc.
Monseigneur Julien Gorju, chef de l’Eglise du Burundi, dans son
Face au Royaume hamite du Ruanda, le royaume frère del’Urundi paru en 1938 à Bruxelles
(voir aussi, du même auteur,Zigzags à travers l’Urundi, paru à Namur en 1926,
233 pp.), affirme que les Tutsi sont de descendance éthiopienne. Il fut approuvé
par de nombreux autres missionnaires dont le Père Blanc Firmin Rodegem dans son Dictionnaire Rundi / Inyizamvugo y’ikirundi,
paru à Usumbura en 1961, dans lequel il définit les Tutsi comme« éthiopides »
(p.1.146).
Tant la Bible
que les écrits de l’Egypte pharaonique parlent de ce qui est l’actuelle
Ethiopie, comme du pays de Kush. Les Tutsi préfèrent donc se qualifier de «
Kushites » et se réfèrent à ce royaume où régna la reine de Saba (la Makéda éthiopienne) qui
serait une des descendantes de Moïse et de Tsipora, l’Ethiopienne.
Le Négus Haïlé Sélassié, le roi des rois, ne se faisait-il
pas appeler le Lion de Judée ?Selon Mathias Niyonzima, spécialiste de l’histoire
de son peuple et initiateur du site Beth Kushi ve’Yisraël, (www.bethkushi.be), l’origine juive des
Tutsi est incontestable.
Il en veut pour preuve la loi des Anciens qui impose une
série de règles qui ont des points de ressemblance étonnants avec la loi
mosaïque : un monothéisme strict très ancien : Imana est le nom de Dieu, la
cacheroute, les «imiziro»qui sont les «mitsvot», la vache rousse mais, en plus
de cet attachement à la tradition, le refus du baptême chrétien (les derniers
grands rois et chefs tutsi comme Mwezi, Mutaga, Maconco, Rwabugiriet Musinga
ont combattu l'évangélisation (jusqu'à la mort pour certains) et
l'assimilation. L'hostilité d’une certaine Eglise catholique romaine ainsi que
le génocide dont ils furent les victimes, dans une indifférence coupable, et la
vie quotidienne dans un environnement dominé par des populations ethniquement
différentes et souvent hostiles les rapproche aussi du Peuple juif.
C’est un judaïsme pré talmudique qui serait similaire, selon
lui, à celui des patriarches, des prophètes et des rois David et Salomon. Les
Tutsi prétendent descendre de la tribu de Juda. Le coup d’Etat de1966 a mis fin
à la dynastie des mwamis (rois) du Burundi qui fut fondée par Ntare I Rushatsi
Cambaratama (le roi Lion I « le Hirsute à la Tunique de bête ») vers 1270 de notre ère et dont
cinq des dix-sept souverains ont porté le titre de Ntare, Lion. Lors de la
manifestation du 1er juillet 2004 à Matonge, ce pittoresque quartier de
Bruxelles proche de la porte de Namur, un groupe de manifestants opposés au
conflit qui ravage la région des Grands Lacs s’en est violemment pris à Serge
R., le traitant de « Sale Juif » sous prétexte de son origine tutsi.
Selon Mathias Niyonzima, certains noms de clans gardent toujours
leur racine hébraïque : « ben » (fils de), tels les Benengwe, Banyakarama,Banyamurenge,
Banyiginya. Cette mémoire collective juive des Batutsi se concrétise aussi par
l'adoption de l'étoile de
Bibliographie : L’origine juive des Tutsi. Article de Mathias Niyonzima, « Los Muestros n° 56 » - septembre 2004.Il y a une communication qui passe chaque fois qu’on rencontre un Juif,quand il partage sa peine et que nous partageons la nôtre. Quelque part,nous nous rejoignons. Je crois que cela nous a amené à développer bonnes relations avec Israël.
© Maurice
Dorès
Identités juives et racines africaines
Le Continent noir a toujours été considéré comme hors du
champ d’expansion du judaïsme, à l’exception de l’Ethiopie. Pourtant, des Juifs
noirs vivent en Afrique. Qui sont-ils ? Pour répondre nous allons nous rendre
en Afrique du Sud, chez les Lembas, au Nigeria, chez les Ibos, en Ouganda, chez
les Abayudaya, nous traverserons le Mali pour arriver au Sénégal et dans les
îles du Cap-Vert.
Après ce voyage, nous nous poserons la question de savoir
s’il existe des thématiques particulières dans ce monde noir judaïsé.
Nous en distinguerons
trois :
- une thématique biblique ;
- une thématique historique qui nous mènera à la recherche
de traces juives en Afrique ;
- une thématique contemporaine qui nous fera toucher des
questions sociales, culturelles et politiques.
Chez les Lembas d’Afrique du Sud, il existe des rites très
anciens auxquels les historiens et les ethnologues attribuent une origine
sémite bien qu’il n’y ait jamais eu de consensus sur l’origine ou la nature de
ces traditions.
Il n’est pas exclu que des éléments extérieurs aient pu
pénétrer leurs coutumes au point de donner au fil du temps naissance à une
forme de syncrétisme culturel.
Les Lembas croient en un Dieu unique. Ils n’adorent pas les
esprits des ancêtres ni les animaux ni les arbres, les pierres, le soleil, la
lune ou les étoiles. Ils prient avec un linge blanc autour du cou. Ils concluent
leurs prières par « amen ». Ils ne mangent ni porc ni animal impur, ni poisson
sans nageoires ni écailles. Ils observent le repos hebdomadaire du shabbat.
On reconnaît un certain nombre de traditions hébraïques et
aussi des traditions africaines qui ne sont plus pratiquées depuis qu’elles ont
été supplantées par le christianisme et l’islam. Les Lembas affirment leur
origine juive.
Leur tradition orale fait d’eux un peuple migrant, parti de la Judée il y a deux mille cinq
cents ans, pour s’établir à Sanaa dans la vallée de l’Hadramaout au Yémen. Par
la suite ils seraient passés du Yémen en Afrique pour s’arrêter au Zimbabwe
avant de se disséminer en Afrique du Sud.
Au Zimbabwe, se trouve un site appelé le « Grand Zimbabwe »
: ce sont des édifices en pierre, imposants, objets pour les chercheurs
d’interrogations sur une civilisation disparue. Ceux qui cherchent les mines
d’or du Roi Salomon sont passés par là. Il y a souvent du romantisme et de l’exotisme
dans ces recherches.
En revanche, d’autres chercheurs s’attachent à étayer leurs
hypothèses sur des théories scientifiques. Des recherches génétiques ont été effectuées
chez les Lembas. Une parenté avec la population du Yémen a été trouvée, liée au
chromosome Y marqué génétiquement par l’ascendance des Cohen, les grands
prêtres de Jérusalem.
Mieux vaut ne pas s’égarer dans cette direction et rappeler
que l’identité juive n’a rien à voir avec la biologie et la couleur de la peau.
Quoi qu’il en soit, comme nous l’apprend Tudor Parfitt (2), qui nous a fait
connaître les Lembas, les Lembas d’aujourd’hui sont déjà très différents des
Lembas d’il y a vingt ou trente ans. Il y a chez eux des lycéens et des
professeurs. Beaucoup leur ont apporté des livres sur le judaïsme. Cependant,
il semble que l’affirmation de leurs origines juives ne soit pas suivie d’un
développement communautaire important, comparable à ce qu’on observe
actuellement au Nigeria chez les Ibos.
On trouve chez les Ibos comme chez les Lembas des rituels
hébraïques. Aujourd’hui, il existe un centre communautaire juif à Abuja, au
centre du Nigeria Selon l’Association des Juifs du Nigeria, The Ibo Bnei Ysrael
Association of Nigeria, il y aurait vingt-six synagogues au Nigeria rassemblant
des Ibos et aussi des Nigérians d’autres origines.
Des Nigérians sont montés en
Israël. Ils sont devenus juifs et israéliens. Evoquons l’histoire de deux
d’entre eux, Haï Ben Daniel et Chimchon Adeshina (1) : Haï Ben Daniel est
arrivé en Israël avec l’idée qu’il était juif. Il connaissait la Bible mais ignorait le
Talmud. Il a passé plusieurs années dans une yechiva. Il enseigne à présent la Guemara dans une classe
pour enfants. Sa conversion n’a pas été facile. Il raconte que tous ses
collègues venant d’Amérique ou d’Europe obtenaient leur conversion en deux ans
tandis que lui devait attendre. Il s’est posé la question de savoir s’il
n’avait pas été refusé parce qu’il était Noir.
N’était-ce pas du racisme ? Haï Ben Daniel a protesté en
s’inscrivant dans l’enseignement talmudique selon lequel il n’y a pas de
couleur chez les hommes, ou alors le rouge du sang, le même pour tous les
hommes. Finalement le rav Ovadia Yosef est intervenu. Haï Ben Daniel explique qu’il a été reconnu comme Juif par une
procédure particulière (homra ve safek). Paradoxalement, la sévérité a été plus
grande parce qu’il y avait un doute sur son identité juive préalable.
En somme, il ne s’agit pas d’une conversion mais d’une confirmation. C’est un propos que l’on entend souvent au sein des communautés juives noires. Beaucoup préfèrent parler de retour plutôt que de conversion. Aujourd’hui, Haï Ben Daniel est trois fois Juif. Il est Juif en tant qu’Ibo ayant des origines juives, il est Juif parce qu’il a un certificat du rabbinat ashkénaze et il est encore Juif parce qu’il a un certificat du rabbinat sépharade.
La démarche de Chimchon Adeshina est sensiblement
différente. Chimchon Adeshina était prêtre chrétien à Lagos. De lui-même, par
la réflexion et l’étude, il s’est tourné vers le judaïsme. La situation s’est
compliquée quand il a voulu entraîner sa communauté sur le même chemin. Il n’y
a pas eu d’accord unanime. Chimchon Adeshina est monté en Israël avec toute sa
famille.
Au cours d’une conversation sur ses racines africaines, la question de
la femme noire de Moïse a été posée. Chimchon Adeshina déclara avec vivacité
qu’il ne savait rien sur le sujet et qu’en plus il n’était pas présent à
l’époque pour voir lui-même ce qui se passait. Sous la forme d’une
plaisanterie, il signifiait que le judaïsme était indifférent aux origines et
que la conversion était affaire d’étude et d’observance de la halakha (règle
traditionnelle).
En Ouganda, existe une communauté juive dont l’histoire
commence comme celle d’Adeshina. C’est la démarche individuelle, spontanée,
d’un homme, Samei Wakilenzi Kakungulu, né en 1860. Cet Africain devenu
protestant, officier dans l’armée britannique, s’est senti attiré par les
pratiques juives à force de lire la Bible. Il a fondé une communauté d’environ deux
mille personnes. Par la suite, il rencontra un commerçant juif et s’initia au
judaïsme traditionnel.
Plusieurs personnes se sont intéressées à cette
histoire, en particulier Israël Ben Zeev. Ben Zeev était président de la World Union for
Propagation of Judaism dans les années cinquante. Sa position sur les
conversions était inverse de celle des institutions juives. Il pensait que les
Juifs devaient pratiquer le prosélytisme pour la raison que le peuple juif
était menacé par sa faiblesse démographique. Selon lui, il fallait renforcer et
régénérer le peuple juif par la conversion de peuples qui n’avaient pas été
contaminés par l’antisémitisme. Il pensait particulièrement aux Africains et
aux Asiatiques.
Il s’agissait aussi de contrer les missionnaires qui
convertissaient les Juifs d’Ethiopie, et continuent à être actifs aujourd’hui
en Israël même. Actuellement, des paysans africains pratiquent le judaïsme dans
plusieurs villages à quelque deux cents kilomètres de Kampala.
En 2002, quatre rabbins américains du mouvement conservative
ont officiellement converti quatre cents Abayudaya. Passons au Mali, à
Tombouctou, dans la boucle du Niger. Ce sont des mots qui font rêver, pourtant
la présence juive dans ces lieux appartient au domaine de l’histoire et non de
la légende. Ismaël Diadié Haidara écrit dans son livre Les Juifs de Tombouctou
: Les Juifs qui fuirent de Castille, d’Aragon, des Baléares et de l’Afrique du
Nord, descendirent jusqu’au fleuve Niger où vivait alors une communauté juive
avec sa synagogue, ses puits et ses jardins.
Rappelons qu’à l’époque où l’on partait à la découverte de
l’Afrique, les Juifs ont joué un rôle majeur. Les plus anciennes cartes de
l’Afrique (l’Atlas Catalan d’Abraham Cresques au quatorzième siècle) ont été
composées par les cartographes de l’école de Majorque.
Ils étaient aussi rabbins et dirigeaient des yechivot. La
cartographie était une de leurs sources de revenus. En 1492, il n’y eut pas
seulement l’expulsion des Juifs d’Espagne mais aussi un massacre de Juifs au
Sahara, par un chef religieux musulman, El Maghrili. Les Juifs se sont
défendus. Certains se sont réfugiés chez un roi africain dans le royaume de
Gao. Il est probable que des Juifs soient descendus plus au Sud dans les pays
de la forêt, c’est peut-être là que l’on peut faire un lien avec les Ashantis
du Ghana et les Ibos du Nigeria. Le Mali est un pays musulman. On rencontre,
là-bas, des personnes dont le nom évoque une origine juive.
Au Sénégal, les traces juives sont moins difficiles à
suivre. Des Juifs portugais ont vécu sur la petite côte du Sénégal et dans les
Iles du Cap-Vert aux seizième et dix-septième siècles. Ils s’étaient installés
là pour pouvoir pratiquer librement le judaïsme et faire du négoce.
Le commerce des cuirs, des peaux, de la cire, de l’ivoire et
aussi, comme tous les commerçants de la région, portugais, anglais, français,
africains, le commerce des esclaves. Sous la domination des Portugais, les
Juifs ont subi l’Inquisition, qui les obligeaient à se convertir avec leur
entourage.
Les Juifs judaïsaient leurs esclaves. Les archives révèlent
que les Nouveaux Chrétiens continuaient à pratiquer le judaïsme parfois en se
cachant, parfois très ouvertement, comme en 1597, ce chirurgien du Cap-Vert,
Manuel Nunes, dénoncé par le trésorier de l’Archevêché. Et aussi Nuno Francez
Da Costa, condamné pour avoir déclaré qu’il préférait un ongle de ladite
esclave avec laquelle il vivait maritalement à toutes les confessions et
messes. Ces Juifs décidés à rester juifs ont laissé une descendance.
Quelques chercheurs sont allés à la recherche des Juifs du
Cap-Vert au Sénégal. Izabelle de Moraes, une chercheuse brésilienne, n’a pas
retrouvé la synagogue de Rufisque fermée par Isabelle la Catholique. Un
ambassadeur d’Israël, Zvi Loker, a écrit un livre sur la nation portugaise
juive aux Caraïbes. Les juifs Portugais ont laissé aussi une descendance aux
Caraïbes. Au dix-huitième siècle il y eut une communauté juive métisse à
Paramaribo au
Zvi Loker s’était interrogé sur l’existence éventuelle de
Juifs au Cap-Vert il y a plusieurs années. A Dakar, des Capverdiens qu’on
appelle les Portugais racontent que l’on allumait chez eux une bougie tous les
soirs et deux bougies le vendredi soir. Ils n’en connaissaient pas la raison.
Certains touchaient le chambranle de la porte quand ils rentraient chez eux, ce
qui rappelle la façon dont les Juifs embrassent la mezuza à l’entrée de leur
maison.
Très récemment, une Capverdienne m’a raconté son histoire
longtemps gardée secrète. C’est une histoire que l’on n’espérait plus
découvrir, semblable à celle des Marranes du Portugal, qui ont maintenu des
pratiques juives en se cachant pendant des siècles.
Dulce David, une chanteuse capverdienne qui écrit et compose
des chansons magnifiques, se souvient de son enfance quand sa grand-mère
allumait des bougies le vendredi soir. Elle n’allumait jamais de feu le samedi.
Son père faisait des prières en portugais et prononçait quelques mots en
hébreu. Des familles pratiquaient la circoncision.
On ne parlait pas de circoncision mais de baptême. C’est
donc le « prêtre » qui faisait la circoncision. Dulce n’a jamais entendu parler
de Hanoukka mais de fête de fin d’année. Tout était caché et maquillé.
Elle ne
comprenait pas pourquoi elle n’allait pas à la messe à Noël. Sa tante
expliquait qu’ils faisaient la messe chez eux et qu’ils n’avaient pas besoin
d’aller à l’église. Il faut comprendre que le mot « juif » était un mot lourd,
difficile, honteux et dangereux. Le père de Dulce raconte que
l’arrière-grand-père de son grand-père fabriquait des bateaux, les Juifs du
Cap-Vert étaient des marins. Le jour où il fut surpris à allumer des bougies,
sa fabrique a été brûlée.
Cette situation est le fait de plusieurs siècles
d’inquisition et de dizaines d’années de fascisme portugais suivi par un
gouvernement indépendant marxiste, pro-soviétique et pro-arabe. C’est seulement
maintenant, à l’heure de la démocratisation, des avions, du tourisme et de la
télévision que l’on peut prononcer le mot « juif » au Cap-Vert, que l’on doit
le prononcer sinon l’histoire disparaîtra.
Une association d’amitié Israël-Cap-Vert a été fondée avec
la participation principale de Juifs marocains. Au dix-neuvième siècle, il y
eut une deuxième immigration juive au Cap-Vert, composée de Juifs marocains qui
faisaient commerce. Ils passaient par Gibraltar où les Britanniques leur
délivraient des passeports. L’identité des Juifs du Cap-Vert est marquée par
leur détermination transmise comme un héritage et aussi par une nostalgie pour
une culture perdue, la nostalgie des îles et la nostalgie de l’exil. Il existe
bel et bien un accent juif dans la mélodie de la «saudade» portugaise que
chante Dulce avec sa belle voix.
Après ce périple au sein des peuples noirs,
interrogeons-nous sur la nature des attaches qui lient les peuples noirs au
peuple juif et les éléments sur lesquels les Africains s’appuient quand ils se
découvrent juifs.
La Bible est le premier miroir qui leur est offert.
La Bible ne désigne pas les Noirs en tant que tels,
elle nomme les Ethiopiens. Le pays de Kouch désigne l’Ethiopie et l’Afrique par
extension. Kouch est le fils de Ham, un des trois fils de Noé. L’Ethiopie est
présente dans l’histoire de l’Israël ancien. Au-delà des fleuves de Kouch,
c’est une expression que l’on entend dans Isaïe (XVIII,1) et Sophonie (III,10).
La considération pour Kouch s’exprime encore dans la bouche du prophète Amos :
Ô fils d’Ethiopie vous êtes pour moi comme les fils d’Israël dit le Seigneur (IX,7).
Kouch symbolise la force et aussi la soif de spiritualité. On trouve cette idée
dans le psaume LXVIII verset 32 : Kouch tendra les mains vers Dieu, un verset
mis souvent en avant par les Rastafaris.
Les Africains se reconnaissent dans la Bible. Ils éprouvent en
la lisant un sentiment de familiarité. Léon Askenazi, appelé régulièrement au
Cameroun par le Président Paul Biya pour l’initier aux lectures juives, disait
en parlant des Africains : Ils sont plus bibliques que nous. C’est dans la Bible que l’on trouve le
récit de la rencontre du roi Salomon et de la reine de Saba. Selon une légende
éthiopienne, ils auraient eu un fils, Ménélik. La dynastie éthiopienne en
revendique la descendance.
Même si la
Bible n’est pas un livre d’histoire, on y apprend la
destruction du royaume d’Israël avec les exils et les déportations qui ont
conduit à la disparition des dix tribus d’Israël, une réalité historique qui a
donné naissance à nombre de mythes. Selon un commentaire talmudique, les tribus
perdues se trouveraient en Afrique.
Pour l’historien Nahum Slouchz, la première
apparition des grandes colonies juives sur le littoral africain date de l’an
320 avant l’ère commune, lorsque Ptolémée Soter envahit la Judée et transplanta plus de
cent mille captifs juifs en Afrique.
Revenons à notre époque et posons-nous la question de savoir
en quoi le modèle juif correspond à l’attente des Africains. Il y a d’abord eu
l’idée que le christianisme était la religion importée par le colonisateur,
l’homme blanc, tandis que l’événement majeur qui fonde le judaïsme est la
libération de l’esclavage et la révélation du
Beaucoup ont vu une analogie entre la condition juive et la
condition noire. Senghor inclut les Juifs dans sa trilogie des peuples
souffrants constituée par les Négro-africains, les Juifs et les Berbères. Les termes
de ghetto, diaspora, déportation appartiennent maintenant à l’histoire des
Juifs et des Noirs. Cependant, à notre avis, la solidarité des persécutés n’a
pas d’existence tangible, c’est plutôt une profession de foi et une illusion.
En outre, la souffrance n’est pas une valeur juive, ce n’est pas là qu’il faut
chercher ce qui peut attirer les uns vers les autres. A l’inverse, il y a la
réussite des Juifs. La création de l’Etat d’Israël a frappé l’imagination des
Africains.
Cela a été un modèle pour tous les hommes politiques africains y
compris Mandela qui lisait les Mémoires de Begin dans sa prison.
Qu’un peuple aussi abattu que le peuple juif ait pu
retrouver son indépendance était un exemple à suivre. Il y eut des relations privilégiées
entre Israël et l’Afrique à l’époque des indépendances.
Quelques mots sur l’accueil réservé aux Juifs noirs par les
autres Juifs. Généralement c’est un étonnement suivi d’enthousiasme, mais aussi
des réactions négatives que l’on ne peut passer sous silence. Le sujet est
déplaisant. On entend des Juifs se poser la question de savoir si ce n’est pas
par intérêt que des Noirs veulent devenir juifs.
Le propos est inadmissible et révèle une surdité désolante.
Attribuer à ceux qui viennent vers vous une arrière-pensée intéressée traduit une
étroitesse d’esprit et un mépris proches du racisme.
C’est par ailleurs le fait
d’une minorité souvent éloignée du judaïsme et ; prônant la tolérance. Pourtant,
il suffit de mesurer les difficultés rencontrées par les Africains qui
choisissent la conversion pour savoir que le bonheur d’être Juif n’est pas
d’ordre matériel.
Certainement, ce ne sont ni la souffrance ni la réussite qui
aimantent les relations judéo noires, mais une attraction profonde animée de confluences
souterraines. Sans doute, existe-t-il une conception de la vie commune, une
façon d’aller vers l’autre en restant soi-même.
Ce rapprochement commence à s’exprimer dans les domaines
culturel, cinématographique, musical. Citons Ben Zimet, ce chanteur et conteur
yiddish installé à Dakar pour enrichir son inspiration, se produisant à Paris
en compagnie du chanteur et conteur guinéen
Evoquons une afro-semitic-party lors d’une soirée à la Cigale où un Nigérian en
costume traditionnel chanta A yddish mamme sur un air d’afrobeat.
Tout cela est l’effet de rencontres multiples. Ces
rencontres ne se font pas seulement au-delà du fleuve de Kouch mais encore
au-delà de l’Atlantique. Des rencontres entre Juifs africains et Juifs afro-américains
se tiennent régulièrement tous les deux ans au cours d’un colloque à San
Francisco.
Il semble donc que l’on assiste à l’émergence d’une identité culturelle
judéo noire dans le sens où l’on parle d’un judaïsme américain ou d’un judaïsme
marocain.
C’est une branche nouvelle du peuple juif qui repose sur des
fondements anciens. Souhaitons-lui de croître et d’enrichir notre diversité.
© Maurice
Dorès
(1) Haï Ben Daniel et Chimchon Adeshina ont été interviewés dans
le film Black Israël réalisé par l’auteur.
(2) Tudor Parfitt, ethnologue, enseigne l’histoire moderne
du peuple juif à l’Université de Londres. Il est l’auteur de The Lost Tribes of
Israël. The History of a Myth, éditions Weidenfeld & Nicolson, Londres,
2002
* Conférence donnée lors du Colloque sur les Juifs noirs, le
3 décembre 2006, à l’Alliance Israélite Universelle, à Paris.
Hommages oecuméniques et politiques au cardinal Lustiger
Hommage à un grand homme
13h32 | 06/08/2007 - © Reuters
Représentants de toutes les
religions et du monde politique ont rendu hommage au cardinal Lustiger, décédé
dimanche, saluant particulièrement le rôle de l'ancien archevêque de Paris dans
le rapprochement entre juifs et chrétiens.
Représentants
de toutes les religions et du monde politique ont rendu hommage au cardinal
Lustiger, décédé dimanche, saluant particulièrement le rôle de l'ancien
archevêque de Paris dans le rapprochement entre juifs et chrétiens.
Une messe est prévue en son honneur
lundi soir en la cathédrale Notre-Dame-de-
Jean-Marie Lustiger, emporté par un
cancer à 80 ans dimanche, était considéré comme un "traditionaliste
moderne" et comptait parmi les proches de l'ancien pape Jean Paul II.
Au début des années 1990, c'est sur
lui que le souverain pontife s'était appuyé lorsqu'il décida de faire acte de
repentance pour des fautes de l'Eglise envers les juifs.
Né Aaron Lustiger le 17 septembre
1926 de parents réfugiés polonais commerçants à Paris, il s'était converti au
catholicisme durant la
Deuxième Guerre mondiale, prenant le prénom de Jean-Marie. Sa
mère fut déportée à Auschwitz, où elle mourut en 1943.
Il avait été ordonné prêtre en 1954,
puis nommé évêque d'Orléans en 1979 et archevêque de Paris en 1981.
"Pour les catholiques parisiens,
c'est un archevêque exceptionnel qui les quitte (...) Pour notre pays, c'est
une grande figure qui disparaît (...) Pour moi, c'est à la fois un père, un
frère et un ami que je perds", a déclaré Mgr Vingt-Trois dans un
communiqué.
"Jean-marie Lustiger a été une
figure historique des relations entre juifs et catholiques, non seulement en
France mais dans le monde", salue lundi le Conseil représentatif des
institutions juives de France (Crif). "Nous savons que ce qu'il a planté
continuera de se développer."
Daniel Shek, ambassadeur d'Israël en
France, rend hommage à une "figure emblématique du dialogue
judéo-chrétien" et "grand ami d'Israël (...) qui tenait une place
toute particulière dans le coeur des Israéliens".
Mgr Lustiger "a toujours été
pour nous, musulmans de France, un homme d'une bienveillance éclairée et d'un
conseil sage et prudent", écrit pour sa part le recteur de la Mosquée de Paris et
président du Conseil français du culte musulman (CFCM).
Une vie "à l'image du XXe siècle"
"Avec tous les évêques de
France, il sut trouver des mots forts pour l'accueil de l'étranger et le combat
pour la tolérance", estime Dalil Boubakeur.
Au nom de la Fédération protestante de France, le pasteur Gill Daudé salue une "forte personnalité, exigeante et dérangeante (qui) a porté haut et fort l'identité et la visibilité de son Église dans une société en pleine mutation et en proie aux doutes".
Tout au long de sa vie, il a ouvert
"de nouvelles voies de dialogue avec le judaïsme, qui était aussi en dialogue
avec sa propre histoire, douloureuse, confrontée à la Shoah", souligne-t-il.
Dimanche soir, depuis sa retraite estivale du New Hampshire, Nicolas Sarkozy a rendu hommage à une "grande figure de la vie spirituelle" de la France.
"Sa personnalité était à
l'image des épreuves que la vie lui avait fait traverser et qui furent d'abord
celles de l'Europe au cours du XXe siècle", a souligné le chef de l'Etat
dans un communiqué.
De son côté, François Fillon salue la mémoire d'un homme d'église qui, "porté par son histoire et ses convictions, a considérablement enrichi le dialogue entre les religions".
"Dans ses relations avec les
pouvoirs publics, enfin, le cardinal Lustiger a su faire vivre une laïcité
ouverte et respectueuse"
Secrétaire national du Parti
socialiste chargé des questions de laïcité, Jean Glavany "salue la mémoire
d'un homme de paix, de dialogue et d'échange entre les cultures, d'un
sage".
Pour le Parti communiste, le
catholicisme français perd certes "une grande figure respectée" mais,
déplore le PCF, "comme Jean Paul II", Jean-Marie Lustiger n'aura pas
été "l'homme d'une évolution positive sur les questions liées à la
sexualité et au sacerdoce des prêtres" et fit de son combat pour l'école
privée "une grande bataille idéologique".
Dans un communiqué, la présidente du
Medef salue un homme qui "incarnait à lui seul toutes les réconciliations"
Le cardinal Lustiger avait participé
aux universités d'été du mouvement patronal. "Les chefs d'entreprise
présents ont pu mesurer toute l'étendue de sa contribution à notre époque et en
resteront marqués à jamais", écrit Laurence Parisot.
Amitiés Judéo-Africaines
"Our Altneuland" (1902)
Fondateur du Sionisme
« L'Afrique
appelle le Juif à venir avec sa science et sa culture qu'il a rassemblées dans
les pays d'exil et avec ses propres dons spirituels. »
Secrétaire
d'État du Liberia
Père du Pan-africanisme




