07 août 2007
RDC : Les " Faiseurs de Paix" au Congo
© Freddy Mulongo,
lundi 6 août 2007 à 20:54
Le confrère du nouvel
observateur, René Lefort, sur notre pays, avait titré son article du 24 juin
2006 "un protectorat international". Alors que l'Est de la Rdc connaît un regain de
l'insécurité, le livre du belge Jean-Claude Willame est sans complaisance, ni
envers les Nations unies,dont les velléités pacificatrices sont trop teintées
d'intérêts divers pour être honnêtes; ni envers le monde politique congolais,
qui fait trop souvent primer ses avantages individuels et immédiats sur
l'intérêt général; ni pour les parrains occidentaux de la transition, Belgique
en tête, dont les politiques sont dévoyés par les ego des uns et l'affairisme
des autres.
L'auteur parle de 10 ans de guerre, plus de 3 millions des
morts ( la majorité de statistiques parlent de 4 millions des morts) La République Démocratique
du Congo est un pays devasté par des armées régulières et rebelles. Le Comité
d'accompagnement de la transition (CIAT) composé des cinq pays membres
permanents du conseil de sécurité, de la belgique, du canada, de l'Afrique du
sud, de l'Angola, du Gabon, de la zambie, de l'Union européenne, de l'Union
africaine,tirant sa base juridique de l'Accord global et inclusif signé par
toutes les parties en conflit le 17 décembre 2002. le CIAT devrait soutenir le
programme de la transition incluant notamment l'organisation d'élections dans
un environnement sécurisé. mais le CIAT était une véritable instiution de la
transition congolaise et s'était dotéd'un pouvoir d'influence, voire
d'injonction considérable. Héritier des Accords de Lusaka conclus en 1999, le
CIAT est responsable de dysfonctionnement dans le rétablissement de la paix et
de la sécurité en RDC. Pour Jean paul Willame, il est tout à fait inhabituel de
conditionner le retrait de troupes étrangères- qui se trouvent dans un pays où
ils sont considérés comme des agresseurs- à un règlement politique intérieur,
qui devait prendre la forme d'un dialogue entre toutes les parties congolaises.
La communauté internationale voulait que les congolais trouvent un accord
politique entre eux avant que les troupes du Rwanda et de l'Ouganda soient
obligées de se retirer. On peut imputer aux " grands chefs blancs" la
responsabilité partielle de plusieurs "brouillages" apparus tout au
long de la période dite de transition.
Le premier est le chevauchement, dans le
système politique de la transition, de la ligne de démarcation entre le sphère
du système politique et celle de la société civile,cette dernière faisant une
entrée remarquée dans le système de pouvoir congolais, ce qui ne manqua pas
d'entrainer une crise dans cette société civile.
Le second chevauchement fut
l'instauration d'un système politique où il n'y avait plus ni opposition ni
majorité: pas une démocratie politique mais un système " inclusif" où
tout le monde est partie prenante du pouvoir - le système 1+4. Certains
parrains du Congo iront jusqu'à prôner une prolongation de cette expérience
d'un gouvernement post-transition qui soit lui aussi "inclusif" ,
sous le label de "large union nationale". Ce brouillage devrait
entrainer une paralysie institutionnelle, chaque composante du pouvoir
neutralisant l'une l'autre. La quasi- imposition par les faiseurs de la paix
d'une architecture institutionnelle post-transitoire d'où tout risque de
présidentialisme devrait être exclu, alors que le présidentialisme demeurait de
mise dans les pays voisins.
L'organisation, elle aussi quasi imposée, d'un
processus électoral lui aussi "inclusif" dans un paysage politique
totalement éclaté-plus de 300 partis politiques, 33 candidats - présidents de la République - laissa
trop apparaître que le processus étant avant tout conditionné, voire déterminé
par l'extérieur.
Les faiseurs de paix échouèrent de l'inclusion dans le système
électoral d'un parti politique historique, l'udps du vieux leader Etienne
Tshisekedi. La mise sous tutelle de la République Démocratique
du Congo n'a donc pas été productive. La tenue d'élections libres,
démocratiques et transparentes" n' a pas garantie des lendemains qui
chantent aux congolais. Jean-Claude Willame met en exergue trois faiseurs de
paix: louis Michel, Joseph Kabila et les Nations unies.
L'omniprésent
commissaire européen Louis Michel
IL a le mérite d'avoir remis le Congo à l'agenda
international et il a appuyé le processus de paix. Sauf par esprit paternaliste
pour certains,teinté du colonialisme pour d'autres : Louis Michel a fait de la République Démocratique
du Congo son "affaire personnelle" au point d'entrer en conflit
ouvert avec l'intelligentsia congolaise, ainsi que d'autres intervenants. La
presse progressiste congolaise à plusieurs reprises n'a pas hésité de tirer à
boulets rouges sur le commissaire européen, le belge Louis Michel.
Accusé
d'être "un Léopold II qui voudrait faire de la RDC un protectorat au profit
des requins étrangers", "de rouler pour JK"," de faire rattraper
le temps perdu à la Wallonie
en misant sur les richesses congolaise". Dans son traitement du dossier
RDC pendant la transition, Louis Michel a commis plusieurs maladresses: ll a
voulu par exemple imposer aux parlementaires congolais d'opter pour les listes
bloquées pour les élections. Quelques semaines avant le premier tour des
élections présidentielles, au cours d'une émission télévisée, il déclara
que" l'actuel président Joseph Kabila était une chance que le Congo devait
saisir". Louis Michel intervenait à tout propos sur la RDC dans une matière comme les
élections qui regardait avant tout les congolais eux-mêmes. N'oublions pas que
c'est une société belge qui a remporté le plus gros marché dans la fabrication
des kits électoraux.
Joseph Kabila
En prenant la succession de son père assassiné en 2001,
Joseph Kabila a réussi à changer l'échéancier de la communauté internationale. D'après l'auteur , JK aurait fait beaucoup des concessions, il aurait ouvert les
voies du dialogue intercongolais. Il aurait réussi à obtenir le départ des
troupes étrangères et c'est sous Kabila que la transition s'est mise en place
qui nous mena aux élections.
La Monuc
Lancée en août 1999, la Mission de l'Organisation des Nations unies au
Congo est désormais la doyenne des opérations de mainien de la paix en Afrique
sub-saharienne. En sept ans d'existence, la Monuc est passée d'une minuscule mission
d'observation - 90 militaires chargés de surveiller le cessez-le feu-au plus
grand déploiement de casques bleus existant aujourd'hui sur la planète.17.000
en 2007 et la réduction de ses brigades ne devraient commencer que lorsque des progrès importants auront été enregistrés dans la restauration de l'autorité de l'État, particulièrement en Ituri, dans les kivus et au Katanga. Chez beaucoup
d'observateurs , l'image de la
Monuc détestable, il y a quelques années, s'est fortement
appréciée. Sa réputation auprès de la population qui souffre encore les affres
de la guerre est mitigée. Et les perspectives ne sont guère rassurantes pour la RDC que l'on dit "trop
riche" pour être en paix. L'ouvrage montre aussi que le schéma onusien
clasique: instauration de la paix(peace making), maintien de la paix(peace
keeping), auquel s'est ajoutée le renforcement de la paix ( peace enforcement),
est théoriquement cohérent mais sa mise en oeuvre sur un terrain spécifique
comme la RDC se
revèle délicate.
On aurait souhaité que le livre nous parle du rôle qu'à
jouer la Commission
électorale Indépendante (CEI) et son président l'abbé Malu Malu dans la paix et
les élections au Congo. Pourquoi, la commission Vérité et réconciliation n'a
jamais fonctionnée?. Elle qui devrait permettre aux congolais de se réconcilier
entre eux, après la reconnaissance des faits des uns et autres. Pourquoi les
seigneurs de guerre ont été sécurisé par la Monuc alors que la population qui a légitimée les
élections, a été abandonner à elle-même?.
Les enfants soldats, qui ne sont pas
seulement des victimes de guerre-recrutés de force et initiés à la terreur et violence-
mais des acteurs, faut-il continuer à les considérer comme " les cadets
sociaux"?. C'est sous la barbe des "faiseurs de paix" que les
violences et les atteintes aux droits humains ont été bafoués voir fouler aux
pieds.
LES" FAISEURS DE PAIX" AU CONGO, Gestion d'une
crise internationale dans un Etat sous tutelle.- Jean Claude Willame
GRIP - Complexe, Bruxelles, 2007, 217 pages,15,90 euros.
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