10 août 2007
Après l’or, le pétrole oppose l’Ouganda à la RDC
© Le Potentiel 09/08/2007
Depuis une semaine, les incidents frontaliers se multiplient entre l’Ouganda et la République
démocratique du Congo
Il y a déjà eu des victimes, de part et d’autre, et si
les responsables des deux pays ne prennent des dispositions qui s’imposent, la
situation risque de dégénérer. La pomme de discorde ? L’exploitation du pétrole
dans le Lac Albert.
Dans sa dépêche du lundi 6 août 2007, l’agence de presse Misna s’attarde sur les
incidents qui ont eu lieu vendredi 3 août entre les forces armées congolaise et
ougandaise. Incidents qui ont coûté la vie à deux soldats congolais des FARDC,
un civil, et de l’autre côté, un sujet britannique répondant au nom de Carl
Nefdt. En plus, les FARDC avaient réussi à faire prisonniers quatre soldats
ougandais.
Carl Nefdt, ingénieur de nationalité britannique, travaillait pour le compte de
la société pétrolière canadienne Heritage Oil Corp qui est installée en Ouganda
depuis plus de dix ans. Cette société pétrolière, selon l’agence Misna,
appartient à un nommé Tony Buckingham, mieux connu dans le monde international
de mercenaires. Ainsi, cette société pétrolière canadienne a déjà commencé les
travaux d’exploration et compte en l’an 2009 passer au stade de l’exploitation
du pétrole pour les marchés locaux. Ce pétrole sera exporté à travers un oléoduc
jusqu’ aux côtes du Kenya.
Cependant, il nous revient qu’en juillet 2006, Héritage a signé un contrat de
production partage avec la
Rdc. Ce qui lui permet d’exploiter le pétrole dans le versant
congolais à partir des eaux congolaises avec des installations placées en
Ouganda après avoir travaillé au sud de ce pays à Ntrokoto. Mais ayant constaté
que la nappe du pétrole se trouve dans le versant congolais, Heritage oil, avec
les britanniques ont fait appel à Tollow oil qui dispose de l’expertise et du
matériel. Et selon des estimations disponibles à ce jour, cette réserve du
pétrole du Lac Albert s’élèverait à 1 milliard de barils.
Les derniers incidents meurtriers
C’est sur ces entrefaites que les derniers incidents meurtriers sont
intervenus. En effet, une embarcation de Heritage oil, en provenance de
l’Ouganda, venait de tomber en panne et secourue par la marine des Fardc qui la
tenait à l’œil. Par méprise peut-être, les militaires ougandais sont
intervenus, tirant sur les FARDC, blessant un civil et tuant deux soldats
congolais. Dans leur riposte, les Fardc ont tué justement cet ingénieur
britannique, après avoir réussi à faire prisonniers quatre soldats ougandais.
Pour éviter que la situation ne se détériore, les parties congolaise et
ougandaise ont convenu de se réunir pour examiner les faits et éviter que ce
genre d’incidents ne se reproduisent. Au terme des discussions, les FARDC ont libéré
les soldats ougandais. Néanmoins, il a été convenu de se mettre d’accord sur le
tracé lacustre pour éviter de violer les eaux territoriales de chaque Etat. Ce
qui entraînerait indubitablement des implications politiques.
A en croire les premiers éléments d’information, c’est dans les eaux
congolaises où coule le pétrole du lac Albert, plus particulièrement à la
hauteur du village Semiliki. Quant à la limite frontalière, elle s’étendrait
jusqu’à Rukwanzi, de part et d’autre des deux pays. Il s’agit de deux blocs
couvrant 6.000 km2 et appartenant à la
RDC ; bloc en off shore et o, shore ; principalement en
Ituri.
Nonobstant toutes ces dispositions et ces accords encore informels, la tension
ne cesse de monter entre les deux pays, au niveau de cette frontière, à telle
enseigne que la Monuc
s’est impliquée pour faciliter les contacts entre les Etats majors ougandais et
congolais. Selon Misna, l’on assiste à un déploiement des dispositifs
militaires, de deux côtés. Ce qui pourrait conduire, dans l’hypothèse d’une
seconde méprise, à une confrontation entre les deux armées, congolaise et
ougandaise.
Une seconde « zone d’intérêt commun »
Ce serait trop beau de croire que ces incidents constituent des cas isolés.
Bien au contraire, ils confirment tout ce qui a été écrit sur les différentes
guerres d’agression subies par la
Rdc, guerres aux enjeux économiques. Il y a eu l’or de
Mongwalu, de Kilomoto, de l’Ituri en général, lequel or a suscité des
convoitises que l’on connaît.
Jusqu’à tisser des réseaux maffieux qui
permettent la circulation des armes et sèment la mort ainsi que la destruction
dans cette partie de la
Rdc. Aujourd’hui, les incidents du Lac Albert ont comme
dénominateur commun ; l’exploitation du pétrole. Héritage oil qui est installée
depuis plus de dix ans en Ouganda, tente d’étendre ses tentacules pour
exploiter le pétrole dans le versant congolais du fait que l’Etat congolais
n’est pas encore organisé dans ce domaine.
Exactement comme avec l’Angola, le long du littoral commun avec la province du
Cabinda. Sur ce point précis, l’Angola et la RDC ont trouvé un compromis pour l’exploitation
commune du pétrole dans cette « Zone d’intérêt commun ».
Le Lac Albert constitue donc une seconde Zone d’intérêt commun entre l’Ouganda
et la Rdc. Mais seulement voilà. Les choses se passeraient autrement qu’il y a risque que tout
puisse arriver. En effet, des accords ont été conclus de la manière suivante ;
Tullow Oil, 48,5%, à Heritage Oil, 39,5 % pendant que l’Etat congolais ne
bénéficierait que de 12% des actions.
Le contrat signé est d’une durée de cinq
ans. Et si par des effets évolutifs, Heritage construisait l’oléoduc pour
exporter le pétrole à travers le Kenya, pays membre avec l’Ouganda, la Tanzanie, le Rwanda et le
Burundi au sein de East africa Comitte, la RDC n’y verrait que du noir. Surtout qu’à l œil
nu, il s’affirme qu’il s’agit d’un contrat léonin alors que le pétrole est de la RDC.
Dans le sillage du gouvernement, on laisse entendre que ceci expliquerait le
dernier séjour du ministre congolais des Hydrocarbures en Ouganda en vue
d’harmoniser les politiques pétrolières entre les pays voisins. Le ministre
aurait eu des entretiens avec les responsables de Heritage, plus précisément à
Kasenyi où sera basé le siège de Heritage oil. Car, en fait, avec la phase
d’exploitation du pétrole, il est question d’installer la partie de raffinage
qui, logiquement, devrait sur place, alors qu’il était question de l’installer
à Beni. A ces entretiens, avait également pris part le gouverneur de la Province Orientale
pour défendre les intérêts de la population au regard de l’amélioration des
conditions sociales des populations locales et dans la perspective de la
création des emplois.
Les choses sont claires. Les enjeux sont là, et le pétrole,
après l’or, oppose déjà l’Ouganda à la République démocratique du Congo. Tout est
question de savoir comment négocier la gestion de cette seconde « Zone
d’intérêt commun ».
© Le Potentiel
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