10 août 2007
Cinq questions à Charles Murigande (*)
© Le Potentiel | Kinshasa, 10 Août 2007
Comment pourriez-vous
décrire les relations entre le Rwanda et le Congo?
Il y a de sensibles progrès dans les relations entre nos
deux pays... Nos deux chefs d'Etat se parlent régulièrement. Je dois toutefois,
dire qu'il s'agit d'une relation fragile à cause de la raison qui a marque ces
relations dans le passe, la présence des ex-FAR, la présence de ces forces qui
ont commis 1e génocide est toujours d'actualité.
Aussi longtemps que ces forces
seront là et n'auront pas abandonné leur idéologie génocidaire, ils veulent à
tout prix renverser le gouvernement (rwandais), traverser la frontière pour
nous attaquer, ce à quoi nous allons répliquer et cela va créer une tension.
A combien d'hommes
évaluez-vous les ex- FAR ?
Selon nos services de renseignements et à en croire la Monuc, ce sont des gens
toujours surarmés, toujours entraînés, organisés en divisions, brigades,
compagnies et bataillons. Il s'agit d'une armée très bien organisée. Estimée
entre six milles et dix mille hommes ...
Selon nos informations, ils seraient
toujours en train de recruter et de former. Je ne connais aucun pays au monde,
qui ne serait pas inquiet de la présence de 8.000 hommes forts, bien entraînés
et déterminés à vous attaquer à vos frontières. J'imagine que même Ben Laden ne
commande pas une telle force militaire.
Le fait que cette force n'est pas en
mesure de nous battre, là n'est pas le noeud du problème. Ben Laden n'a jamais
été en position de combattre et de vaincre l'armée américaine, mais il est
toujours considéré comme un danger.
Alors quelle solution
proposez-vous face à la question des FDLR ?
Nous pensons qu'une force doit être mise sur pied pour les
désarmer. Nous avons besoin de décapiter leur commandement. Le problème qui se
pose est, qui va créer cette force? Qui va diriger cette force de désarmement?
Nous avons contemplé la
Monuc mais l'Onu s'est montrée catégorique en disant qu'elle
ne pouvait pas accorder un tel mandat à la Monuc. L'autre
option, c'est la RDC,
parce qu'ils ont toute la légitimité pour le faire. Mais, le problème est que
l'armée congolaise n'est pas très forte, pas bien entraînée et surtout pas
motivée pour le faire. L'autre option serait que le Congo, le Burundi, le
Rwanda et l'Ouganda montent une opération commune pour le faire. Mais il se
pose un problème au niveau du Congo. Ils disent que psychologiquement, la
population congolaise n'est disposée à supporter la présence des troupes
rwandaises et d'autres pays frontaliers sur leur sol. La quatrième option
serait de faire venir des troupes amies mais non frontalières pour appuyer
l'armée congolaise. Cette option est faisable. Elle n'est pas rejetée par le
gouvernement congolais mais celui-ci ne fournit aucun effort pour la
concrétiser. C'est une option réalisable dans le court et moyen terme.
Quelles sont les
relations entre le Rwanda et Laurent Nkunda ?
Le Rwanda n'a pas de relations avec Laurent Nkunda. En 1994,
quand les forces génocidaires sont entrées dans l'Est de ta RD Congo; elles
n'ont pas abandonné leur idéologie génocidaire. Ils ont commencé leur campagne
d'épuration ethnique, éliminant les Tutsi dans le Nord- Kivu... y compris les
parents de Laurent Nkunda. Aussi longtemps que les ex-FAR seront dans la
région, les Tutsi n'auront d'autre option que de se défendre eux-mêmes. C'est
ça Nkunda.
Et si vous observez ce qui a créé le phénomène Nkunda, le problème
s'est posé quand il a refusé d'être déployé. Il a dit, comment puis-je aller
ailleurs au moment où mon peuple est maltraité ? Il a dit non, je ne serai pas
déployé. Il a dit non. Il a dit je serai déployé ici, là où mon peuple souffre.
C'est ça le problème. Nkunda parle naturellement le kinyarwanda et Tutsi. C'est
très facile pour des gens qui ne font pas une profonde analyse de dire qu'il
est impossible que le Rwanda ne soit pas sympathique à sa cause. Et tout d'un
coup, ils concluent qu'il existe une relation entre le Rwanda et Nkunda.
Le Rwanda ne peut pas établir une relation avec un individu.
Mais, nous pouvons comprendre pourquoi Nkunda est Nkunda. Nous pouvons
comprendre son argument. Parce que lui et les hommes qui sont avec lui sont
prêts a mourir pour leur peuple. Ce qui n'est pas le cas pour beaucoup de gens.
La principale cause de l'instabilité dans l'Est de la RD Congo, ce sont les
ex-FAR.
C'est l'inaction et l'irresponsabilité de la communauté internationale
qui est à la base de cette confusion: Le gouvernement congolais a tendance à
dire que le problème, c'est Nkunda. Ils ont tendance à créer tout un problème
autour de lui. C'est une erreur de logique, une erreur d'appréciation.
Quand
quelqu'un vous dit, je suis ici parce que ces forces tuent mon peuple, réglez
l'affaire de cette force... Mais au lieu de vous attaquer aux forces qui sont à
la base du fait qu'il soit ce qu'il fait aujourd'hui, vous vous attaquez à lui.
C'est un peu une façon de dire que si nous n'avions pas ces Tutsi, les ex-FAR
n'allaient pas avoir des gens à massacrer . . .
Comment expliquer
alors que ce cas de Nkunda est à la base d'une tension entre la RD Congo et le Rwanda ?
Ce n'est pas la cause d'une tension car, comme vous le
voyez, le Congo est un État souverain. Il est libre de choisir sa politique. Toutefois,
dans nos relations avec eux, comme voisin, comme pays qui veut être ami, nous
offrons des conseils amicaux. Par exemple, la nécessité de résoudre le cas
Nkunda par une solution politique, au lieu d'une solution militaire qui peut
s'avérer coûteuse.
Il existe l'argument selon lequel un Etat souverain ne peut
pas tolérer une rébellion. Mais, je peux simplement répondre qu'un Etat
souverain devrait beaucoup plus s'inquiéter de la présence d'une force
étrangère.
Copyright © 2007 Le
Potentiel. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par
AllAfrica Global Media (allAfrica.com)
Commentaires
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=314692&pid=5860618
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :



