11 août 2007
Retour de Jean-Pierre Bemba Gombo : l'Union africaine et l’Union européenne s’impliquent
Les prochains jours seront fertiles en rebondissement pour la République démocratique
du Congo
La recherche d’une solution politique tant en ce qui concerne la
situation à l’Est du pays que pour le retour au pays du sénateur Jean-Pierre
Bemba est très suivie au plan tant interne qu’externe. En ce qui concerne le
président national du Mouvement de libération du Congo, un véritable
chassé-croisé diplomatique est engagé auprès des chefs d’Etat africains et au
sein de l’Union européenne.
Le compte à rebours a commencé pour le retour de Jean-Pierre Bemba, sénateur et
président national du Mouvement de libération du Congo, MLC. Conformément
au Règlement intérieur du Sénat, Jean-Pierre Bemba devra regagner le pays au
plus tard le 15 septembre. Cette date est celle de la rentrée parlementaire
pour la session ordinaire du mois d’octobre.
Or, il se fait que le sénateur Jean-Pierre Bemba, ayant quitté Kinshasa, le 11
avril 2007, n’a jamais participé à une quelconque session ordinaire du Sénat.
Certes, il s’est rendu au Portugal pour des raisons de santé, avec
l’autorisation du Bureau provisoire du Sénat. Et ce pour une durée de 60 jours
qui a été prolongé et pris fin le 30 juillet. C’est donc à partir de ce 15
septembre, avec la rentrée parlementaire, que le Bureau du Sénat aura à
constater son absence, s’il advenait qu’il ne rentrait pas. Devant cette hypothèse,
le Bureau du Sénat sera bien obligé de constituer une commission spéciale afin
d’examiner son cas car, à partir de ce moment Bemba aura totalisé deux sessions
ordinaires d’absence.
Du Portugal où il séjourne en ces moments, Jean-Pierre Bemba s’impatiente et
multiplie des appels. Il tient à rentrer. Bien entendu qu’il continue à poser
des conditions sur sa sécurité et veut être rassuré avant de débarquer à
nouveau à Kinshasa.
Il est un fait que le président national du Mlc est conscient de la suite des
évènements dans l’hypothèse où il n’assisterait pas à la prochaine session
ordinaire du Sénat. Vraisemblablement qu’il sera déchu de son immunité
parlementaire et exposé à des poursuites judiciaires dès lors que l’épée de
Damoclès continue à être suspendue sur sa tête. Et ce, en rapport avec les
incidents tragiques du mois de mars 2007, en plus de la procédure engagée
depuis Bangui au regard des événements qui se sont produits à l’époque de
Patassé. Soit. Par ces temps qui courent, c’est le retour hypothétique de Bemba
qui est au centre de plusieurs entretiens tant à Kinshasa qu’à l’extérieur du
pays.
Ua et l’Ue : la facilitation
Evidemment, le sénateur Jean-Pierre Bemba est en train de prendre la mesure de
ce qui pourrait se passer. D’où les démarches qu’il vient d’entreprendre auprès
de certains chefs d’Etat africains afin qu’ils intercèdent et obtiennent des
assurances du président de la
République pour son retour au pays.
Certainement que le président de la Commission africaine, Omar Konare, est également
saisi en vue de faciliter une solution politique heureuse. D’une façon
générale, l’Union africaine, autant que l’Onu, est saisie en vue d’une solution
africaine durable pour ne pas perturber le processus politique en République
démocratique du Congo.
Quant à l’Union européenne, elle a reçu un rapport de Louis Michel, Commissaire
européen au Développement et à l’Aide humanitaire. Pas plus tard qu’au mois de
juillet dernier, Louis Michel s’était rendu à Faro, au Portugal, en vue de
rencontrer le sénateur Jean-Pierre Bemba. Après les entretiens, le président
national du MLC a pris des engagements de n’entreprendre aucune action
militaire visant à déstabiliser les institutions en place. Bien plus, il
reconnaît ces institutions et souhaite rentrer au pays poursuivre son exercice
politique dans une opposition républicaine.
A Kinshasa, Louis Michel s’était entretenu avec le chef de l’Etat, Joseph
Kabila. Sa démarche consistait à obtenir du président de la République des
assurances sur un retour sans problème de son adversaire politique principal.
Par ricochet, l’abandon des poursuites judiciaires dans l’hypothèse où elles
seraient maintenues.
Aussitôt rentré en Europe, Louis Michel a adressé son rapport aux 27
pays européens. Cette implication se justifie par le fait que l’Union
européenne a pris une part active à l’organisation des élections en RDC. Tout
dérapage concerne au plus haut point l’Union européenne et pourrait être
interprété comme un échec de sa contribution.
L’Union européenne a donc toutes
les raisons de s’inquiéter et d’offrir sa méditation pour éviter le moindre
dérapage significatif qui influerait négativement sur le processus politique
actuellement en cours. Comme on peut le constater, chaque partie s’emploie à
manoeuvrer habilement dans le but d’éviter les récifs.
Le schéma ivoirien
Que Bemba prenne la communauté nationale et internationale à témoin, cela ne
constitue nullement un point positif. Telle éventualité signifierait que toutes
les initiatives ont échoué, ouvrant ainsi la porte à la moindre opportunité aux
conséquences imprévues. Ce qui se traduirait par un retour à la case départ
avec ce spectre de la 3ème guerre en République démocratique du Congo au regard
de la situation préoccupante à l’Est.
Cependant, la question fondamentale est celle de savoir si en cas d’échec, à
qui l’on ferait porter le chapeau, et pour qui l’Union africaine et l’Union
européenne joueraient ? Tout le problème de la suite des événements se situe à
ce niveau. En fait, tout doit être mis en œuvre pour que l’on ne ressuscite
point la rivalité « Mobutu – Tshisekedi », à travers
« Kabila-Bemba ».
Les choses ont évolué. Bemba soupçonné jusque-là de
radical, désarmé, s’attire subitement la sympathie maintenant de certains
partenaires extérieurs
Serait-ce une autre lecture du processus politique en RDC que l’on est en train de faire ? La question reste posée.
En attendant, il serait préférable de jouer le « schéma ivoirien »
dans le but d’éviter d’autres situations inextricables. En effet, dans un élan
patriotique, Laurent Gabgbo et Guillaume Soro ont supplanté tout le monde pour
signer la paix des braves.
Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est engagée sur la voie
irréversible de réconciliation nationale, loin de toute influence extérieure.
Si c’est le prix à payer, il revient au président de la République et au
sénateur Jean-Pierre Bemba de jouer franc jeu. La patrie leur en sera
reconnaissante.
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