11 août 2007
Comment faire participer les expatriés congolais au développement de leur pays ?
Kä Mana, philosophe et théologien congolais nous offre les fruits de son étude
08 juillet 2007 - Sur ce que représente aujourd'hui la diaspora congolaise dans
sa capacité d'action et dans ses possibilités réelles de transformer notre pays
en profondeur, deux visions se chevauchent et s'enchevêtrent. Elles se modulent
publiquement et se mélangent sans qu'il soit possible de dire laquelle rend
vraiment compte de ce que nos compatriotes expatriés sont fondamentalement dans
leur être ou de ce qu'ils peuvent exactement faire dans la situation actuelle
que nous vivons.
12 juillet 2007- A vision la plus répandue est la vision pessimiste
et désespérante. Elle caractérise un certain discours des chercheurs, penseurs,
universitaires ou hommes politiques étrangers qui observent nos compatriotes
expatriés et analysent leurs comportements quotidiens en relation avec les
attitudes des autres diasporas qui vivent actuellement dans le monde
occidental.
Quand on lit les discours que ces personnes consacrent de temps à autres aux
Congolais de l'étranger, six caractéristiques ressortent clairement de leur
analyse et dominent la vision qu'elles ont de notre diaspora.
1. Selon eux, les congolaises et congolais expatriés sont globalement des
maîtres du discours creux et des paroles en l'air, des hommes et des femmes
incapables de s'organiser concrètement pour s'atteler à des tâches de
transformation profonde de leur pays, à travers des projets politiques,
économiques ou culturels susceptibles de redonner une espérance à leur peuple.
Un texte caractéristique de cette vision de la diaspora congolaise circule
actuellement sur l'Internet. Ecrit par un Belge qui a longtemps vécu dans notre
pays et qui prétend mieux connaître les Congolais que n'importe quel congolais,
il présente nos compatriotes expatriés comme des êtres sans consistance, qui ne
se distinguent que par des critiques verbeuses adressées à des prétendues
forces de l'ombre qui détruisent leur nation alors que ce pays est lui-même
responsable de ses malheurs. Responsable de tous ces déboires dont la cause la
plus profonde est dans l'attitude des Congolaises et Congolais eux-mêmes, ce
peuple qui a besoin d'être mis sous tutelle et dirigé de l'étranger par les
étrangers, comme c'est le cas aujourd'hui.
2. Dans ce même texte, notre diaspora congolaise est présentée comme un repaire
d'esclaves du ventre et du bas-ventre, un monde de réfugiés économiques qui
sèment des bâtards partout pour profiter des services sociaux d'autre pays au
lieu de travailler à réussir leur exil par des réalisations dignes des êtres
intelligents et créateurs. Cette vision est véhiculée également par des milieux
de l'Extrême Droite française qui nous traite souvent des profiteurs et
n'hésitent pas à encourager son gouvernement à radicaliser sa politique de
refus de visas aux ressortissants congolais qui n'ont rien à faire en France et
devront plutôt rester dans leur maudit pays qu'ils ont détruit eux-mêmes par
leur inintelligence et leur imbécillité. Depuis le triste scandale causé par
Papa Wemba qui s'est servi de son statut d'artiste pour faire entrer
illégalement des congolais et congolaises dans l'espace Schengen, la diaspora
de notre pays est a priori considérée comme la diaspora de misérables que la
faim a chassés de leurs tanières. C'est la diaspora « racaille » qui ne peut ni
enrichir son pays d'accueil ni promouvoir le développement de son propre pays
d'origine.
3. « Cette racaille n'a rien d'autre à faire qu'à
s'adonner à la magouille, au vol et aux coups fourrés de toutes sortes », m'a
un jour affirmé un sociologue français de ma connaissance. Il jubilait presque
de me raconter tout ce que les Congolaises subtilisaient dans les grandes
surfaces commerciales de grandes villes françaises sous le fallacieux prétexte
de faire rembourser aux Blancs l'infinie dette coloniale qu'ils doivent à
l'Afrique. Il jouissait de me révéler en même temps tout ce qu'il savait sur le
système de nos arnaques congolaises partout en Europe : les crédits non
remboursés, le vol des voitures et des cartes bancaires, les faux mariages, les
faux passeports, les faux visas, la fausse monnaie et tout ce qui peut
s'imaginer de tordu pour pouvoir vivre dans un monde féroce comme celui de nos
anciens colonisateurs.
4. « Tout ce que votre pays est parvenu à imposer en Occident comme image,
c'est la SAPE,
le goût du clinquant facile pour jeter la poudre dans les yeux de vos
compatriotes restés au pays ». Ainsi s'exprime une militante des droits de
l'homme, outrée de constater l'incohérence de ces Congolais capables de
s'habiller avec les grandes marques vestimentaires de Paris ou de Londres, et
de rouler dans de grosses voitures au vu et au su de leurs hôtes, tout en étant
à tout moment devant les portes des organisations humanitaires pour mendier à
longueur de journées. A ses yeux, on ne peut pas compter sur une diaspora aussi
inconséquente pour sauver le Congo. Cette personne en est maintenant à douter
systématiquement de tous les récits que les Congolais et Congolaises racontent
pour obtenir le statut de réfugié politique. « Des affabulations pour
entretenir le système bête et irrationnelle de la SAPE », dit-elle.
5. Notre diaspora est aussi perçue comme la diaspora de l'imbécillité
religieuse. Avec sa multitude d'églisettes délirantes et ses nombreux pasteurs
de pacotille qui prétendent faire des miracles à longueur de prière et se
spécialisent dans la recherche des maris blancs pour les filles et les femmes
congolaises, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes, elle développe une
mentalité d'idiotie collective et donne de notre nation l'image d'un pays en
pleine folie spiritualiste mystificatrice, qui déverse partout en Occident des
êtres irrationnels et désaxés dont il faudra de plus en plus se méfier et
renvoyer sans pitié dans leur pays.
6. De tels êtres sont incapables de tirer profit de leur présente en Occident
pour apprendre ce qui compte vraiment pour l'Afrique : la rationalité par
laquelle l'Occident nous a vaincus et grâce à laquelle nous pouvons arriver à
nous libérer pour construire un pays puissant et prospère, à la hauteur des
possibilités et des atouts que lui procurent ses immenses richesses. « Alors
que la diaspora chinoise, vietnamienne ou japonaise aux Etats-Unis a pu
s'imposer comme une force sociale de première importance, votre diaspora ne
semble pas prendre le même chemin », m'a dit une économiste africaine
américaine, membre d'une église méthodiste qui aide beaucoup le Congo. A la
question de savoir pourquoi notre diaspora ne prend pas ce chemin, elle m'a
répondu : « Tout se joue dans la tête ». Je n'ai jamais su si elle voulait dire
que nous sommes bêtes ou que nous sommes fous. Je crois même qu'elle voulait
dire les deux.
Deux anecdotes
J'aurais peut-être minimisé ce discours des autres sur nous si je n'avais pas
pris le temps et la peine d'observer moi-même notre diaspora congolaise pendant
mon séjour en Europe. Deux anecdotes restent gravées dans mon esprit. Elles
confortent en moi l'idée que notre diaspora donnait d'elle-même aux populations
européennes au temps où je vivais chez nos ex-colonisateurs.
La première anecdote m'a été rapportée par un ami congolais avec qui j'animais
une association africaine dans le cadre de la Mission intérieure de
l'Eglise évangélique luthérienne en France : l'Association Afrique-Avenir. Un
jour que cet ami se reposait tranquillement chez lui à l'heure où il était
censé être à notre bureau, un groupe de femmes congolaises vinrent voir sa
femme pour lui proposer d'intégrer un groupe de voleuses « spécialisées » dans
les grandes surfaces commerciales. Devant la résistance de cette femme qui
invoqua les risques qu'elle prenait si jamais son mari était au courant, nos
intrépides congolaises répondirent par un argument sidérant :
Yo, muassi kitoko boye, ondimi ko vivre na moto ya logique ? Bato ya logique
bazali na mayele te. Ba zoba, penza. Bolole. Tika kopesa biso ba arguments ya
bozoba. Traduction pour ceux qui ne comprennent pas le lingala : " Toi une
si belle femme, comment peux-tu accepter de vivre avec un homme qui raisonne
selon la logique normale des choses. Ces gens-là qui ont étudié ne sont pas
intelligents. Ce sont des vrais étourdis. N'utilises donc pas des arguments
d'étourdis pour masquer ton manque de courage pour intégrer notre groupe »).
Grâce à cette anecdote, j'appris ainsi qu'il y avait une différence radicale
entre d'une part les « bato ya logique », les intellectuels dont je faisais
parti, qui croient qu'il existe une éthique à respecter quand on est accueilli
dans un pays étranger dont on doit respecter les lois, et d'autre part les «
bato ya mayele », les Congolais « intelligents », qui savent qu'avec les
Blancs, il n'y a pas d'éthique possible et qu'il faut leur faire payer la dette
coloniale à tout prix, par tous les moyens possibles. J'apprenais aussi que «
bato ya logique » sont des étourdis et qu'il ne faut pas se plier à leur
logique tandis que « bato ya mayele » sont les seules ressources sur lesquelles
le pays doit compter parce qu'ils savent spolier leurs hôtes en détruisant tous
les principes moraux dans les relations avec eux.
Jusqu'à ce jour, je me demande si le malheur de notre diaspora n'est pas dans
le fait que ce sont les « bato ya mayele », ces compatriotes d'une intelligence
sans morale, qui construisent l'image que les autres ont de nous, tandis que
les « bato ya logique », s'ils ne subissent pas le phénomène d'involution qui
les conduit à rassembler aux autres compatriotes, restent dans l'ombre et au
fond d'un inquiétant silence.
La deuxième anecdote qui est gravée dans mon esprit est celle d'un chercheur
congolais dont la situation sociale s'était subitement dégradée suite à
l'effondrement de l'économie de notre pays au temps de Mobutu et à l'incapacité
de notre gouvernement à assumer ses responsabilités financières à l'égard de
ses boursiers vivant en Belgique. Alors qu'il croyait que son épouse avait
trouvé un petit travail de gardienne de vieilles personnes, il perdit presque
l'esprit quand, suite à des informations d'amis proches, il découvrit qu'en
fait, sa femme se prostituait et qu'elle s'exposait presque nue dans les
vitrines de la gare du Nord à Bruxelles, pour aguicher les clients et gagner
ainsi de quoi nourrir sa famille.
La tragédie de cet homme et de cette femme donne une autre idée de l'Europe et
des conditions auxquelles elle condamne certains et certaines de nos
compatriotes dont le moral se brise et se décompose complètement. Ecrasés dans
leur être même par des malheurs inattendus, ces hommes et ces femmes deviennent
des loques à l'intérieur de leur personnalité. Ils perdent le sens de la
dignité et s'effondrent dans leur humanité. L'image qu'ils donnent du pays se
grave dans les esprits des autres et forge chez nos hôtes l'idée qu'ils se font
de nous et du poids de notre être.
Depuis que j'ai appris cette tragique histoire qui n'est que l'arbre qui cache
la forêt de la prostitution des congolaises en Europe, je crois que beaucoup de
membres de notre diaspora souffrent, consciemment ou inconsciemment, d'une
véritable inversion du sens des réalités et des valeurs de la vie. Ils sont
prêts à tout pour rester en Europe et y vivre, envers et contre tout. Cette
inversion conduit le commun de nos expatriés à se comporter selon des principes
qui n'ont rien à voir avec l'impératif de défendre l'image de la nation partout
dans le monde. Plus grave : une sorte de perversion de l'être s'instaure et
devient une pathologie profonde dont tout le monde parle actuellement.
A force de côtoyer l'inversion des valeurs et la perversion de l'être chez nos
compatriotes, même les « Bato ya logique » finissent par être entraînés dans la
même dynamique pathologique, surtout quand ces « hommes de la logique » se
retrouvent dans des situations de précarité, d'exclusion et de désespoir et
plongent dans la débrouillardise de survie qui est le lot de beaucoup de
Congolaises et Congolais en Europe. Même aux Etats-Unis où les possibilités de
s'affirmer sont de loin supérieures à celles de l'Europe, il ne semble pas que
la diaspora congolaise échappe vraiment aux phénomène d'inversion et de
perversion qui m'ont frappés par leur vigueur pendant mon séjour en Belgique et
en France.
Une diaspora d'espérance
Sous cet angle, il existe une extraordinaire puissance intellectuelle
congolaise partout dans le monde. Trois hommes et une femme en sont des
symboles : V.Y. Mudimbe (USA), Elikia M'Bokolo (France), Pius Ngandu Nkashama
(USA) et Madiya Faïk-Nzuji (Belgique). Derrière ces personnalités se profile
tout un monde de chercheurs, universitaires et créateurs de première
importance, dont les ouvres montrent combien il serait aujourd'hui imprudent et
précipité de désespérer du Congo et de son avenir. Ce qui me frappe, c'est le
fait que tous ces hommes et toutes ces femmes qui vivent loin de notre pays
suivent au jour le jour l'évolution de la situation de la Rdc et sont disposés, si
l'occasion s'offre, à s'engager clairement et fortement dans la réimagination
du destin de notre pays et dans l'invention de son avenir. Il existe aujourd'hui
un forum des Congolais de l'Etranger que dirige Tshiyembe Mwayila : je vois
dans cette organisation le cadre d'un travail de fond pour la renaissance et la
reconstruction du Congo à partir de la sa diaspora. Une organisation du même
type existe en Amérique du Nord. Beaucoup d'autres initiatives sont en train de
se structurer pour la rupture avec les logiques actuelles de la crise et pour
le renouveau des mentalités et des comportements sociaux. Grâce à ses forces de
l'intelligence qui existent aujourd'hui partout, une immense espérance
s'enfante. Il s'agit actuellement de mieux l'organiser, de mobiliser ses
énergies et de vitaliser ses atouts pour la construction d'un Congo de
l'espoir.
Il y a lieu d'être frappé aujourd'hui par la qualité des Congolais et
Congolaises qui ont travaillé ou qui travaillent encore dans les grandes
organisations internationales où leur génie est reconnu dans l'ensemble du
génie créateur de grandes intelligences de notre temps. Lorsqu'on connaît la
production théorique de Kankwenda Mbaya dans la remise en question des logiques
des « marabouts » du développement entretenus par la Banque Mondiale ou
le FMI ; lorsqu'on est tant soit peu informé de l'efficacité organisationnelle
et de la fécondité productive d'une femme telle que Marie-France Kabedi Malangu
au sein de ces mêmes institutions ; lorsqu'on s'est donné la peine de
rencontrer nos compatriotes qui, à l'Unicef, à l'Unesco ou dans d'autres
structures des Nations Unies, on peut considérer que notre pays dispose de tous
les atouts pour maîtriser l'ordre mondial actuel, le remettre en question et le
rénover en prenant notre propre sol national comme un laboratoire pour de
nouvelles idées d'invention du futur économique du monde.
Au cours du processus électoral que notre nation a douloureusement traversé,
nous avons pu nous rendre compte de la présence de fortes personnalités
politiques issues de la diaspora congolaise. N'eût été le jeu délirant qui a
transformé nos élections en un véritable bobard tragi-comique, nous aurions pu
nous rendre compte que parmi les programmes proposés, les meilleurs et les plus
solides venaient des hommes comme Alafwele Mbuyi Kalala et Oscar Kashala. Nous
n'avons pas pu bénéficier de l'imagination politique et de la richesse humaine
que ces hommes venus des Etats-Unis avaient à nous apporter, notamment en
matière de gestion organisationnelle d'un pays et de l'intelligence
géostratégique des réalités politiques dans un monde où rien ne se fait plus
selon les à peu près de l'amateurisme ou les irrationalités et les incohérences
des partis politiques sans solidité idéologique ni connaissance profonde du
monde tel qu'il est.
Il ne servirait à rien de rappeler ici tout ce que les
Congolais de la diaspora ont imposé en matière de la créativité artistique.
Tout le monde reconnaît actuellement le génie de Ray Lema et de Lokua Kanza,
dont le style a donné au monde une musique congolaise profondément différente
de celle de nos tonitruantes stars de premier plan que sont Olomidé, Wemba,
Werrasson ou Nyoka. Ces stars seraient-elles d'ailleurs ce qu'elles sont sans
le souffle de tous nos talents expatriés. Sait-on aussi que le Coupé Décalé
n'aurait pas pris l'envol qu'il a pris et n'aurait pas rayonné comme il rayonne
sans la puissance de nos « Atalaku », ces animateurs géniaux dont les cris en
lingala et les trépidations furieuses font de ce style de musique une véritable
invention ivoiro-congolaise ?
Je voudrais aussi attirer l'attention sur les grands sportifs congolais comme
Mutombo Dikembe, Shabani Nonda ou Claude Makelele. Dans leur brillance
médiatique et leur maîtrise professionnelle du champ de leurs talents, ils sont
des semeurs de rêves dans l'imaginaire de notre jeunesse. Ils libèrent des
utopies, forgent des volontés et canalisent des espoirs chez nos jeunes qui
pourront un jour ou l'autre s'affirmer eux aussi pour le rayonnement mondial de
notre pays dans le futur.
Tous ces Congolais et toutes ces Congolaises sont des signes qui tranchent avec
le pessimisme concernant l'avenir de la Rdc. Leur action et leur destin indiquent que
notre pays n'est pas condamné à être une nation sans souffle ni perspective de
développement et de progrès. Nous ne sommes pas un peuple sans ressorts
internes. Au contraire, nous sommes une nation semblable à d'autres nations.
Nous sommes même un peu plus que beaucoup d'autres nations si l'on tient compte
de toutes les richesses de notre sol, de notre sous-sol et de toutes nos
intelligences dispersées dans le monde.
Comment se fait-il donc que tant d'atouts ne se concrétisent pas dans des
dynamiques novatrices pour la construction d'une nation à la hauteur de ses
propres atouts ? Comment se fait-il que tout donne l'impression d'aller à
vau-l'eau chez nous et que nous en soyons encore à affronter sans succès les
problèmes vitaux les plus élémentaires : l'eau, l'électricité, l'hygiène, la
santé, la nutrition, les infrastructures et l'emploi ? Qu'est-il arrivé à notre
intelligence pour qu'elle soit à ce point bloquée dans ses capacités de trouver
des solutions aux préoccupations vitales de notre pays ?
Face à ces questions, la tentation est grande de s'acharner à rechercher des
causes visibles de notre ruine soit dans la position de notre pays au sein de
la géostratégie et de la géopolitique de l'ordre politique international qui
nous sont défavorables depuis le règne de Léopold II jusqu'à ce jour, soit dans
les tares mentales et organisationnelles qui nous ont rendus apathiques et nous
ont plongés dans une léthargie chronique.
Si ces réalités sont telles qu'on les présente aujourd'hui, la vraie question
n'est pas de les ressasser indéfiniment dans des jérémiades sans fin, mais de
créer des conditions de possibilité pour sortir de la crise dans laquelle elles
nous ont précipités.
Une diaspora pour le développement de notre pays La condition sur
laquelle j'aimerais attirer notre attention aujourd'hui, c'est le réveil de
notre diaspora comme force de promotion du développement de notre pays.
Vous aurez remarqué que parmi les grands noms qui font rayonner l'image de
notre pays dans le monde au sein de notre diaspora, il n'y a pas à ce jour de
grands industriels, pas d'hommes d'affaires de niveau mondial, pas
d'entrepreneurs capables d'entrer en compétition avec des caïmans de grands
conglomérats internationaux. Cette absence de notre diaspora sur la scène
économique est significative. Elle traduit un état d'esprit : une certaine
vision de la richesse et de son utilisation.
Jusqu'ici, on peut noter que les grandes fortunes de notre nation sont
essentiellement d'origine politique. Elles sont liées au pillage de nos
richesses par une oligarchie que le régime de Mobutu avait constituée. Avec
cette classe politiquement créée de toutes pièces, il n'a pas été possible pour
nous de produire une véritable élite économique et une énergie de créativité
financière ayant une ambition mondiale. Au lieu d'une mentalité de créativité
dans ces domaines, notre pseudo élite s'est perdue dans un esprit de
thésaurisation qui a plus enrichi les banques étrangères que notre pays. Avec
un tel esprit, nous ne pouvions ni disposer des conditions réelles de
prospérité dans la compétition mondiale ni nous doter d'une volonté de devenir
un pays riche au sens créatif du terme. Tout notre peuple ne pouvait mouler sa
vision de l'économie et de la production des richesses que selon le modèle de
l'oligarchie mobutiste dans l'étroitesse de ses perspectives. Ce modèle n'a pas
été seulement celui du principe du « voler et thésauriser » ou du « piller et
mettre en banque » le butin politiquement acquis, mais aussi celui d'accumuler
pour dépenser de manière ostentatoire et impressionner le petit peuple que les
hommes du pouvoir ont appauvris de fond en comble.
Alors que notre diaspora a pu innover et s'imposer dans le domaine de la
pensée, de la créativité artistique et des sports, elle n'a pas eu la même
réussite dans le domaine de la créativité artistique. En fait, elle n'a pas de
bases mentales pour s'engager économiquement dans la compétition mondiale en
vue de rentabiliser nos atouts nationaux pour reconstruire économiquement notre
pays. C'est pour cette raison que les entreprises étrangères font main basse
sur nos richesses et que les grands conglomérats mondiaux se jettent sur nous
comme des oiseaux de proie.
Puisque nos expatriés sont dans des conditions de mieux observer et de mieux
apprendre la logique par laquelle s'organise le jeu économique et financier par
lequel les pays riches s'imposent dans l'ordre mondial actuel, on devra
attendre d'eux une révolution mentale et des initiatives d'une autre dimension
que celle des petits hommes d'affaires dont nos musiciens ont pris l'habitude
de vanter les fortunes dérisoires. Si nous voulons un développement concret de
notre pays aujourd'hui, nous devons savoir qu'une impulsion décisive devra
venir de notre diaspora et que celle-ci devrait s'organiser pour se constituer
en pôle de puissance, à la manière de la diaspora juive, par exemple. Il ne
s'agit plus de s'enfermer dans la logique de petites aides aux familles ou de
la récupération de vieilles voitures à envoyer pour vente au pays, mais plutôt
d'entrer dans la logique de la construction des fortunes communes pour des
projets sur le terrain. Des initiatives de grande envergure devraient être
prises dans ce sens. Sans cette dynamique, nous aurons une diaspora qui ne sera
d'aucune utilité pour notre nation.
Le deuxième domaine dans lequel la diaspora congolaise devrait s'investir
radicalement est celui du renouveau et de l'innovation politique en Rdc. A
l'heure actuelle, tous les signaux indiquent qu'une dictature cherche à
s'installer par la terreur. Dans un contexte où les gouvernants prennent
conscience de leur incompétence, de leurs limites dans la gestion des affaires
et de leur incapacité à mener une politique de développement concret et
durable, la perspective de dictature est le seul moyen dont ils disposent pour
se maintenir au pouvoir et assumer tant soit peu le rôle de marionnettes
capables de servir tranquillement les seigneurs qui les agitent. S'il n'y a pas
dans la diaspora des réseaux de résistance, de dénonciation et de recherches
d'alternatives crédibles, le pays sera bientôt totalement sous le règne d'un
kabilisme de fer, comme il fut dans le temps sous la coupe d'un mobutisme de
plomb.
Le fait que le président de la République n'ait déjà
plus d'autre alternative que le pouvoir dictatorial exercé par son oligarchie
est le signe que les dirigeants manquent d'imagination politique. Il faudra que
la diaspora, face à notre peuple écrasé par la misère et brisé par le nouveau
despotisme tropical qui s'installe, trouve la force de s'organiser et de
lutter, non pas par les armes et la violence destructrice, comme le pensent les
Congolais de l'Institut Kadhafi en Libye, mais par de nouvelles idées
mobilisatrices et par la construction d'organisations politiquement créatives
reliés en réseaux de réflexion et d'action, autour de nouveaux leaders qui
assument le rôle de réelle alternative, en relation avec les forces de
résistance à l'intérieur du pays. J'insiste sur le fait que le combat doit être
politique et non militaire. Nous n'avons plus le droit de nous perdre dans de
nouvelles guerres qui ne feront que plonger la nation au fond du gouffre et
donneraient aux forces de la violence l'occasion de détruire plus encore qu'ils
n'ont détruit le pays et de libérer leur voracité prédatrice dont nous
connaissons actuellement l'infinie capacité de nuisance.
La faiblesse de nos dirigeants actuels est politique,
psychique et intellectuelle. Leur talon d'Achille, c'est leur déficit de
pensée, leur incapacité à se faire prendre au sérieux par notre peuple et leur
incurie politico-organisationnelle. Sur ce plan, les forces politiques de la
diaspora, si elles s'organisent en un mouvement qui puisse incarner vraiment
l'espérance, peuvent conduire la nation à des combats non violents, capables de
briser l'étau de la dictature qui se met en place. En clair, il faut amener le
peuple congolais à perdre foi en nos dirigeants actuels et à faire ce qui a été
fait pour fragiliser Mobutu dans le temps : ignorer complètement le pouvoir politique
qui nous gouverne et organiser de nouveaux lieux de politique à la base, aux
échelles locales de l'action citoyenne. La diaspora pourra mobiliser intensivement
cette base en nourrissant ses ambitions créatrices.
On comprend que la bataille idéologique et l'investissement de l'imaginaire de
notre peuple par des structures de production de nouvelles représentations de
nous-mêmes sont essentiels. Le pays n'a plus de moteur pour le conduire à
penser son avenir et à nourrir son imaginaire en vue de sortir de la misère
actuelle qui l'accable. Les forces intellectuelles de la diaspora ont le devoir
de nouer des liens d'idées libératrices avec notre peuple grâce à une
production intellectuelle et à une animation culturelle à partir des moyens
qu'offre aujourd'hui l'espace mondial de diffusion et d'action. Beaucoup
d'initiatives existent dans ce domaines : sites sur l'Internet, maisons
d'éditions, feuilles d'informations, etc. Ce qu'il convient de faire, c'est de
creuser des canaux de travail sur le terrain au pays pour une révolution des
esprits. Les églises et les organisations de la société civile peuvent devenir
des courroies de transmission entre l'innovation politique de la diaspora et
les forces locales de créativité. Plus clairement : il faut gagner la bataille
de l'imaginaire dans le contexte actuel où notre peuple comprend de pus en plus
que le pouvoir qui nous dirige n'a rien d'autre à offrir que le délire et le
vertige d'une nouvelle dictature insensée.
Le dernier domaine sur lequel il est bon d'attirer l'attention de notre
diaspora, c'est celui du lobbying auprès de toutes les organisations que le
destin du Congo intéresse dans le sens positif du terme. Si notre disposa
s'organise au point de devenir une communauté socialement et politiquement significative,
capable d'avoir des lobbies efficaces comme le lobby juif au Etats-Unis et en
Europe, par exemple, nous pourrons peser sur les politiques étrangères des nos
pays hôtes et nouer des liens avec leurs organisations de lutte pour les droits
humains. Nous pourrions ainsi montrer à la face du monde ce qu'est réellement
le pouvoir qui dirige la Rdc.
Nous pourrions aussi avoir un impact décisif sur les opinions publiques
d'Europe et d'Amérique afin de montrer la vraie face du soutien que leurs
gouvernements apportent à la dictature naissance en Rdc. Lobbying et action sur
l'opinion publique seraient ainsi des leviers pour détruire dans l'ouf les
velléités de despotisme tropical qui agitent l'esprit de Kabila Kabange et de
ses faucons assoiffés de violence, de sang et de pouvoir absolu.
Conclusion
Face à la situation globale de notre pays, j'interpelle donc toutes les forces
vives de la diaspora congolaise pour une action de transformation profonde de
l'image du Congolais et du Congo à l'étranger. J'en appelle à leur attachement
au pays pour que naissent des mouvements d'engagement politique,
d'investissement économique, d'animation culturelle, de plaidoyer efficace et
d'impact sur l'opinion publique à l'étranger en vue de faire vivre une
alternative crédible à la ligne politique qui s'impose en Rdc aujourd'hui. Si
un travail de fond ne se fait pas dans ce sens dès maintenant, qu'on ne
s'étonne pas quand notre nation deviendra bientôt une nation d'esclaves et
d'abrutis. Est-ce là l'avenir que nous voulons ?
© Kä Mana,
Philosophe et théologien congolais
Commentaires
la faute aux autres
Bravo pour cette analyse! Quelques remarques cependant: 1) Curieux que les anecdotes n'aient portees que sur les femmes "voleuses" et "prostituee". Les epoux intellos sont coupables de s'etre lies a des femmes pas aussi "logiques" qu'eux. Quid des hommes "ya mayele"? Les congolais ont toujours tendance a voir les fautes chez les femmes d'abord et chez eux apres. les femmes ya logique se tiennent plus a carreau que les hommes, malheur a elles d'exister! :) 2) On merite nos leaders car nos societes les "produisent" et continuent a former des pantins. Pourquoi les hommes aux programmes politiques credibles ne peuvent etre utiles qu'au sommet de l'etat? O. Kashala ne peut-il pas demontrer ses capacites dans les zones ou il a ete plebiscite et ailleurs? L'impulsion peut/doit venir du bas si le sommet est incapable de l'initier. Tirons nos leaders vers le haut afin qu'ils ne se contentent pas de leur mediocrite. J'attends d'entendre que Kabila a empeche un maire ou un chef de village de construire une route, une ecole ou un hopital. La race des leaders nous fait cruellement defaut, surtout au niveau le plus bas de la hierarchie. 3) L'image de la diaspora est dominee par nos compatriotes venus en Occident faire exactement ce qu'on leur reproche. Ca ne peut nous etonner qu'un vendeur a la sauvette ou un "receveur", arrive en EU, soit content d'etre assiste socialement. Il n'a recu ni education, ni formation et n'a aucune ambition. Et malheureusement l'Europeen moyen prefere les africains illettres, incultes et incapables sur son territoire. Ca les rassure et leur permet de nous devaloriser, nous les africains qui grimpons aux arbres! Leurs lois et politiques d'immigration favorisent cette categorie: les intellectuels n'ont qu'a rentrer/rester chez eux pour le developpement du pays. Pourquoi le congoalis cherche a se faire rembourser sa dette? Nous avons tous appris a l'ecole et dans nos journaux tout ce que l'EU avait profite de nous. Nos leaders et les intellectuels de salon brandissent regulierement cet argument simpliste "L'Europe nous doit tout" et induisent la masse illettree en erreur. Ces bato ya mayele qui reprochent aux bato ya logique leur passivite, ne se rendent meme pas compte qu'ils agissent selon les raisonnements formules par les bato ya logique. Quelle ironie! 4) Si la dictature s'installe ce qu'on le permet. Le culte du chef est fort ancre et pas pour des raisons louables. Tout congolais est un dictateur en puissance. Donne lui une infime parcelle de pouvoir (genre garder une porte, conduire la voiture du directeur, reguler la circulation) et il devient Mokonzi en puissance, au lieu de chercher a servir ou simplement faire son boulot. 5) Vous parlez de fortunes congolaises: une richesse ne se resume pas au nombre de voitures ou maisons. J'attends de voir un Homme congolais riche en industries, entreprises productrices,... richesse qui doit se maintenir et se transmettre aux generations futures. Sinon, ce ne sont que des pseudo riches qui sont veneres pas l'homme de la rue et certains encenses par les musiciens. Ce genre de richesses ne merite que mepris! 6) pour comparer les apports de la diapora congolaise il faut deja comparer le type de diaspora cad le malien s'organise et envoie de l'argent au village pour un puits, une ecole,... ou sont restes femme et enfants, le congolais est a 70% originaire de Kin et envoie de l'argent pour le loyer, un minibus, des vetements pour la sape,... Il a tout quitte! 7) Quant aux discours verbeux de la diaspora, ils servent a eveiller les consciences bien qu'ils ne soient pas toujours suivis d'actions concretes. Dommage! Par contre, les hommes politiques restes au pays ne peuvent etre excuses de leurs discours non suivis d'action car ils ont les leviers pour faire changer les choses a leur niveau mais continuent a faire comme le citoyen moyen qu'ils sont: vivre au quotidien. A quand les hommes qui ont une vision??? Avant de penser a realiser des grandes choses, les petites choses suffisent: reparer la route ou ils passent chaque matin pour aller travailler, rehabiliter les immeubles ou ils travaillent, rehabiliter les systemes de distribution d'eau et d'electricite qu'ils utilisent,... ameliorer leur quotidien et par ricochet celui de la population. Sinon, la conclusion est qu'ils ne s'aiment pas eux-meme car ils ne se font pas du bien. Un ministre secoue chaque matin dans sa jeep par les routes en piteux etat ou qui travaille a la lueur d'une bougie a une centaine de km de Inga et qui trouve cela normal... unbelievable! and laughable :)
Voila!
courage
Que dire de votre analyse si ce n 'est qu'elle cerne avec efficacité la sinistre situation dans laquelle nous congolais sommes empêtré, je suis moi même consterné par cette diaspora qui parvient a être solidaire que lorsqu il s agit de mettre un musicien sur un pied d estal. Des lobby congolais, oui j en ai vu mais dont l objet était uniquement le soutient inconditionnel aux maîtres chanteurs véritable opium du peuple ( chanteur, faux pasteur, politicien du dimanche). Je veut faire parti de cette diaspora qui compte, qui réuni, et qui construit. Quoi qu il en soit je ne serai qu un de ces « intelo » sans réel consistance si je me contentais uniquement de critiquer c est la raison pour laquelle je vous contact afin que vous me renseignez sur la diaspora française ou autre organisation congolaise crédible , il est vraiment temps que nous nous réveillons, ne laissons pas des endormis écrire l’avenir de l un des pays le plus riche d’Afrique. La critique n est utile que lorsqu elle constructive c ‘est à dire suivi par un engagement.
Je vie à paris, j ai 21 ans et j aimerai faire parti du congo de demain , j attend de vos nouvelles.
Merci
linethone@hotmail.com
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