11 août 2007
Nzanga Mobutu évoque le retour de la dépouille de son père
C’est pour la première fois depuis qu’il a fait alliance
avec le Chef de l’Etat dans le cadre de l’AMP que Nzanga Mobutu parle de ses
relations avec Joseph Kabila, Jean-Pierre Bemba, des avoirs de son père
Renversé le 17 mai 1997 par
Laurent-Désiré Kabila, décédé le 7 septembre de la même année à Rabat, où il
avait choisi de s’exiler, Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Zabanga reste très
présent dans la mémoire collective. Début septembre, ses proches commémoreront
le dixième anniversaire de sa disparition au Maroc, où il repose encore
aujourd’hui. De Gbadolite à Kinshasa, des hommages au Maréchal seront
certainement organisés à l’instigation de ses fidèles qui souhaitent désormais
lui offrir une sépulture en terre congolaise. C’est également le souhait de
François-Joseph Nzanga Mobutu, fils aîné de l’ex-président, et de Mama Bobi
Ladawa.
En 2002, après cinq années d’exil, Nzanga regagne Kinshasa où il s’établit
l’année suivante en prévision des échéances électorales. En 2005, il fonde
l’Union des démocrates mobutistes (Udemo), bannière sous laquelle il se
présente à l’élection présidentielle. Crédité de 4,7 % des voix au premier
tour, il appelle à voter Kabila au second. Après la victoire du chef de l’Etat,
il rejoint la coalition formée autour du vainqueur. Entre au gouvernement en
février 2007, Nzanga Mobutu est ministre d’Etat en charge de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Elevage. Et
travaille aujourd’hui avec ceux qui ont renversé son père …
Dix ans après le décès du maréchal Mobutu, qu’est-ce qui empêche
aujourd’hui de rapatrier sa dépouille mortelle ?
Nous sommes à quelques semaines du dixième anniversaire de sa disparition. Je
serai personnellement à Rabat aux côtés des membres de ma famille, de proches
et certainement de quelques collègues du gouvernement pour me recueillir devant
sa sépulture. Je pense que cet anniversaire sera l’occasion de nous interroger
sur ce que le Maréchal a réellement légué à son pays. Mais il ne m’appartient
pas de faire le travail des historiens.
En ce qui concerne le retour de la dépouille, c’est acquis, nous la ramènerons.
Mais je ne peux pas vous donner de date. Il y aura une concertation au sein de
ma famille et avec le Chef de l’Etat bien sûr. Nous en avons déjà parlé avec
lui, et il a donné son accord. Les choses devraient se faire progressivement,
et je pense que les Congolais, dans leur grande majorité, sont d’accord sur le
principe de ce rapatriement. Mais cela ne s’est pas encore fait parce que nous
devons, au préalable, réunir certaines conditions matérielles. Le site qui doit
accueillir sa dépouille n’est pas prêt. Mon père a toujours souhaité reposer à
Gbadolite, sa terre natale. Mais une rébellion a sévi dans cette région de l’Equateur
pendant plusieurs années : plusieurs tombes de ma famille ont été
profanées, et la chapelle a été mise à sac. Il va donc falloir remettre tout
cela en état. Ce n’est que depuis mars dernier que la situation s’est assainie,
après que Jean-Pierre Bemba, qui continuait à entretenir des forces militaires
dans la province, a quitté le pays.
Le retour de la dépouille de votre père donnera-t-il lieu à des obsèques
nationales ?
Le président Kabila me l’a dit sans ambiguïté lorsqu’il m’a invité à revenir au
Congo en 2002 : il souhaite qu’il y ait des obsèques nationales. J’imagine
que cela s’accompagnera d’une forme de réhabilitation, quelles que soient les
faiblesses dont il a fait preuve à la tête du pays. Et je ne crois pas que les
autres institutions iront à l’encontre du souhait du président de la République. Le Maréchal lui-même avait organisé des obsèques nationales pour son prédécesseur,
Joseph Kasa-Vubu. Pourquoi n’en ferait-on pas autant pour lui ?
Dix ans après le renversement de votre père par Laurent-Désiré Kabila,
ressentez-vous votre entrée au gouvernement comme une revanche ? Ou comme
un juste retour des choses ?
Je ne considère pas cela comme une revanche, car je n’éprouve aucune rancune.
Je le prends comme une leçon de la vie, en toute humilité. Lorsque vous avez
grandi sans jamais manquer de rien et qu’un jour tout s’arrête, c’est la
descente aux enfers. Vous vous remettez en question, et vous réalisez que vous
devez remonter la pente par vos propres moyens. Pour tout homme, c’est une expérience
formidable que de se refaire. Ce qui est intéressant, c’est que je ne suis plus
regardé comme un fils à papa.
Que reste-t-il du mobutisme ?
Tout n’était pas mauvais en cet homme, et je considère que le traitement qui
lui a été réservé a souvent été réducteur : l’histoire du roi nègre sorti
de la jungle pour régner dans un grand palais. Par respect pour nos
compatriotes, par respect pour l’Afrique, il est nécessaire de faire une lecture
un peu moins fantasmatique et plus approfondie de cette période. Je ne crois
pas qu’on se maintienne trois décennies à la tête d’un pays tout simplement par
la brutalité. Certains ministres du gouvernement actuel, qui ont combattu le
président Mobutu sur le plan politique, reconnaissent aujourd’hui qu’il avait
réalisé l’unité du pays : ça fait plaisir à entendre.
Lorsque l’on me demande ce que représente la dénomination de mon parti, l’Union
des démocrates mobutistes (Udemo), je réponds qu’il s’agit d’une simple
référence à ce que le président Mobutu nous a légué. A savoir le principe de
l’intangibilité du territoire congolais, l’attachement à la paix et le
patriotisme. Sur le plan économique, cela n’a certes pas été une grande
réussite. Mais il y a quand même des acquis difficiles à lui denier. Il nous
revient d’en faire bon usage pour dessiner le visage du Congo de demain.
En tant que membre du gouvernement, vous travaillez avec ceux qui ont
renversé votre père. Comprenez-vous que cela puisse surprendre ?
Effectivement, le fait de me voir associé à ce gouvernement suscite des
polémiques. Mais après les élections que notre pays a connues il y a un an et
suite à mon ralliement au président Kabila, le plus important à mon avis est de
réunifier le pays. Par cette alliance, l’ouest du pays, représenté par le
Premier ministre Gizenga et par moi-même, et l’Est, qui a fortement soutenu le
président Kabila, se sont rapprochés. Les résultats du premier tour ont laissé
apparaître des fractures importantes qu’il était nécessaire de réduire. De ce
point de vue, je pense toujours que cette coalition gouvernementale était
salutaire pour le Congo.
Comment se passe votre collaboration avec le président Kabila, dont le
père a causé la chute du vôtre ?
Ce sont des relations de respect par rapport à la hiérarchie. J’ai été élevé
dans le respect des institutions et de nos traditions africaines : on doit
respecter le chef. Un an après son avènement à la présidence de la République, Joseph
Kabila est entré en contact sans intermédiaire avec ma famille. Il a envoyé un
émissaire au Maroc, en France voir les principaux membres de la famille pour
établir des ponts. Nous avons apprécié cette volonté de réconciliation. Dès
notre première rencontre, les choses sont allées dans le bon sens. Qu’il
s’agisse du président Kabila ou de moi-même, nous avons pris l’option de nous
assumer. De ne rien renier. Et de donner ce que nous avons de meilleur pour
notre pays.
Quelles sont vos relations avec Jean-Pierre Bemba ?
J’ai choisi l’option politique, il a choisi l’option militaire. Il a fini par
accepter de collaborer avec le président de la République et les
autres leaders politiques au sein d’un gouvernement de transition. En tant que
vice-président, il a participé à l’élaboration des textes qui ont été soumis au
référendum constitutionnel. L’adhésion du peuple à la Constitution a permis
de mettre en œuvre le processus électoral. Mais entre les deux tours de la
présidentielle, les troupes de ce monsieur ont tenté de m’assassiner. Je pense
que Bemba et moi n’avons rien en commun. S’agissant des poursuites qui sont
lancées contre lui, je pense que nul n’est au-dessus de la loi, et qu’il est
important que les responsables de violences, de viols et de pillages soient
jugés, que ce soit en RDC ou dans un autre pays. On le doit aux victimes et à
leurs familles. Que ce soit pour Jean-Pierre Bemba ou pour les autres, il est
important que justice soit faite.
La famille Mobutu est-elle encore riche ?
Ecoutez, elle est riche parce qu’elle est nombreuse et ça, je crois, c’est la
plus grande richesse. Plus sérieusement, pour avoir eu un père président de la République, nous avons
eu des facilités. Mais en même temps, nous avons connu des difficultés. Et ces
difficultés-là
Et votre fortune ?
C’est un fantasme. Et cela a été une arme politique. Je l’ai toujours
dit : que ceux qui parlent des milliards de Mobutu nous expliquent où est
cet argent et d’où il proviendrait… Les autorités congolaises peuvent obtenir
sans aucune difficulté des renseignements plus sérieux auprès des instances
internationales compétentes. Pour moi, ce débat est sans objet. Pour le reste,
c’est vrai que, si le président Mobutu a fait de grandes choses, comme tout
homme, il a eu aussi ses moments de faiblesse.
© Georges Dougueli | Le Palmarès
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