assassinsLa persécution des hommes et femmes des médias au Congo, leur mise facile à mort et « le coupagisme » auquel se livrent certains d’entre eux sont des facteurs dont les effets nocifs se font de plus en plus sentir.

La pauvreté dans l’analyse des faits politiques, économiques et sociaux est, à quelques exceptions près, un cancer rongeant les journaux de notre scandale géologique. La bonne information et des critiques positives formulées à l’endroit de certains acteurs politiques clés semblent avoir cédées la place à des analyses dont la superficialité exprime la peur ayant gagné nos hommes et femmes des médias.

Il est un peu étonnant qu’en dehors de l’AFP, les médias kinois ne se soient donnés aucune peine pour décortiquer le dernier rapport du Groupe d’experts de l’ONU assez éclairant sur la tragédie que connaît notre pays présentement. Si ce rapport met entre parenthèses les failles de la MONUC  dans sa mission au Congo et l’implication de certaines trans et multinationales dans ladite tragédie, il permet, tant soit peu, de toucher du doigt le dysfonctionnement d’un « Etat manqué » au cœur de l’Afrique. Ce rapport publié au début du mois d’août (et publié sur le site de la MONUC ) est riche en révélations (qui sont autant de secrets de polichinelle). Etudions certaines d’entre elles et leurs implications.

I. Nkunda et ses recrues

Ce rapport affirme que « ces 10 derniers mois, de vastes activités de recrutement se sont poursuivies auprès des combattants dans les rangs des forces loyales à Nkunda. A l’intérieur de la République  du Congo, des adultes et des enfants congolais ont été recrutés. Les réseaux de sympathisants de Nkunda ayant des liens avec le CNDP ont également recruté des individus aussi bien au Rwanda qu’au Burundi. On compte parmi les nouvelles recrues des civils burundais et rwandais, des combattants congolais dont certains ont été recrutés au Rwanda dans les camps de réfugiés. »

Les réseaux de sympathisants de Nkunda sont efficaces. Ils s’occupent non seulement du recrutement mais aussi du déplacement de nouvelles recrues à l’intérieur du Congo et de leurs frais. Qui sont-ils ? Où vivent-ils ?

Selon ce rapport, « les déserteurs des forces loyalistes de Nkunda disent avoir reçu sporadiquement des paiements en espèce d’un montant de 5 à 25 dollars des Etats-Unis. Les 81e et 83e brigades, même lorsqu’elles s’opposaient à la chaîne de commandement de la 8e région militaire, ont continué à recevoir des FARDC de l’argent pour le règlement des soldes. Il a largement été fait état de la collecte d’impôts par les forces loyales à Nkunda. » Bref, Nkunda a des soutiens aux Etats-Unis et au sein des FARDC.

Si nous prenons en compte le fait que les miliciens de Nkunda sont à la fois congolais, burundais et rwandais et que certains d’entre eux ont été « mixés » et il ne fait plus l’ombre d’aucun doute que notre armée a, en son sein, des rwandais et des burundais. Ils pourraient se retrouver du jour au lendemain au cœur du Congo, à Kananga, à l’école de formation d’officiers militaires (EFO). Une éventuelle attaque du Congo à partir de l’Est aurait la chance d’avoir des alliés de la grande déstabilisation du pays à partir de son centre. De toutes les façons, le Congo n’a plus une armée congolaise. Il a « une armée mixte ».

Et nous pouvons nous poser la question de savoir si une telle armée peut avoir pour mission la défense de l’intégrité du territoire congolais. Nous en doutons. Il suffit de lire le rapport que nous exploitons pour se convaincre que le défense de l’intégrité du territoire congolais n’existe pas dans l’agenda « des réseaux des sympathisants » de Nkunda. Ils constituent de bandes armées multi-ethniques pour assurer les trafics illicites et mafieux des ressources naturelles du Congo. « Le 28 décembre 2005, la Division  des mines du Sud-Kivu a fait avoir aux autorités burundaises, par l’intermédiaire de la représentation diplomatique de la République  démocratique du Congo, que les individus faisaient le commerce et la contrebande de ressources naturelles en coopération avec des marchands d’armes. »

En effet, quand ce rapport est lu calmement, le prétexte de la protection des minorités ethniques tutsi peut être balayé d’un revers de la main.

II. La Garde républicaine : une milice privée au service des réseaux maffieux

Les intérêts économiques mafieux des différents réseaux opérant sur notre territoire bénéficient (aussi) de la protection des unités de gardes dites républicaines dispersées à travers tout le pays. En voici la preuve : « Durant l’actuel mandat du Groupe, ces unités ont empêché la libre circulation du personnel des Nations Unies, y compris le Groupe d’experts. Les unités sont engagées dans des activités telles que contrôler l’accès des aéroports et des frontières dans le Nord et le Sud-Kivu (…). Et malgré ce contrôle, nos frontières sont poreuses.

C’est-à-dire que « bien que tous les services étatiques de contrôle soient sur place, cet aéroport (du Sud-Kivu où le trafic aérien des matières premières est intense) demeure une vraie passoire ; chacun pour fermer les yeux sur les anomalies perçoit des redevances sur les compagnies, les passagers et les expéditeurs de fret. Ces pratiques se constatent également sur les aérodromes de destination. » La présence des unités de gardes dites républicaines à nos frontières n’a pas empêché aux recrues de Nkunda de les traverser. En effet, « certaines recrues affirment avoir traversé au grand jour les postes frontière officiels : d’autres ont passé la frontière en groupes et à pied loin des postes de contrôle où ils ont reçu une formation militaire, des armes et des munitions, et parfois un uniforme et un salaire. »

Eu égard à ce qui précède et considérant le fait que « ces unités (…) ne sont pas placées sous le contrôle de l’Etat-major intégré ou de la police nationale congolaise, ni totalement intégrées » ce rapport nous renvoie au fonctionnement des réseaux d’élites tel qu’il est décrit dans le rapport des experts de l’ONU de 2002. Voici ce que notait ce rapport : « Les réseaux d’élite sont composés d’un noyau de dirigeants politiques et militaires et d’hommes d’affaires, et, dans les zones occupées, de certains chefs rebelles et administrateurs.

Certains membres des réseaux d’élites occupent des postes clefs au sein de leur gouvernement ou de leur chef rebelle respectif. (…) Les réseaux d’élite assurent la viabilité de leurs activités économiques en exerçant un contrôle sur les forces armées et autres forces de sécurité auxquelles ils ont recours pour mener des opérations d’intimidation, menacer de recourir à la violence ou encore commettre des actes de violence. » Cinq ans après la publication de ce rapport, le mode de fonctionnement des réseaux d’élite au Congo et à travers le monde n’a pas du tout changé. (Un exemple. « L’or extrait des gisements miniers du Sud-Kivu est regroupé à Bukavu par l’Etablissement Namukuya avant d’être livré à Bujumbura.

Guy Liongola, basé à Tessenderlo (Belgique) l’importe régulièrement vers la Belgique. Selon  des dossiers que le Groupe a pu consulter, M. Liongola a reçu au total 34 933 kilogrammes d’or entre le 11 août 2006 et le 10 février 2007.») La violence et l’insécurité éloignent les témoins gênants, nos populations, de ces zones « d’affaires ». Les résistants, les naïfs et les imprudents sont simplement violentés ou tués. Les élections n’ont fait que légitimer ce mode de fonctionnement des réseaux de prédation et de pillage.

Ce fonctionnement efficace des réseaux d’élite est lié à la violation flagrante et permanente des textes légaux dont la Constitution  de la Troisième République.

Prenons le cas des unités dites républicaines. Elles ne relèvent pas du contrôle de l’Etat-major général, ni de celui de la police nationale. Elles sont commandées par Joseph Kabila. Donc, elles ne sont ni républicaines, ni au service de la nation. Elles sont au service des réseaux d’élite. Or, notre Constitution, à l’article 188 stipule que « nul ne peut, sous peine de haute trahison, les (les forces armées) détourner à ses fins propres ». Et l’article 190 stipule : « Nul ne peut, sous peine de haute trahison, organiser des formations militaires, para-militaires ou des milices privées, ni entretenir une jeunesse armée. »

Si les gardes dites républicaines ne relève ni du contrôle de l’Etat-major général, ni de celui de la police nationale ; elles sont une milice privée au service des réseaux maffieux. Ceux qui les entretiennent -Joseph Kabila y compris- peuvent être traduits en justice pour crime de haute trahison.

Une analyse froide de ce dernier rapport de l’ONU révèle que le Congo souffre du non-respect des textes légaux et de l’instauration d’une justice à deux vitesses. Il révèle davantage que les réseaux maffieux ont la peau dure au Congo. L’implication des acteurs politiques et économiques congolais et étrangers dans cette mafia internationale fait que l’étau de l’insécurité, de la violence et de la mort ne sera pas desserré demain pour que le Congo de Lumumba jouisse de la paix. D’où l’urgence de rompre avec l’ordre politique criminogène actuel. Il est vicié et incapable de contribuer à l’épanouissement du bonheur collectif partagé.

Ceci n’est pas facile à comprendre dans un pays où lire, analyser, étudier devient de plus en plus un luxe pour quelques initiés. Dans ce contexte, il ne serait pas exagérer de croire que le pire serait encore à venir…L’analyse des épiphénomènes passe à côté des questions urgentes …

J.-P. Mbelu
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