Nkunda_khmer_noirCessation des hostilités contre les Fdlr

La hiérarchie militaire des Forces armées de la RDC a mis fin aux opérations militaires entreprises contre les éléments des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda Fdlr, au grand dam de N’kundabatware, le général dissident. *Celui-ci a condamné avec la dernière énergie cette mesure arbitraire et qui met de l’huile sur le feu au nord Kivu ; mais la colère du général félon est trop vive pour être une colère honnête. 

Il s’agit plutôt d’une réaction dictée par la blessure de son amour-propre devant l’échec de son plan de nettoyage ethnique dans le Kivu. Les peuples du Nord Kivu qui ont pris faits et cause pour les hutus des Fdlr savent à quel point l’opération des Fardc contre eux était en réalité un chef-d’œuvre de manipulation télécommandé par N’kundabatware pour que les soldats congolais tirent les marrons du feu pour lui et ses commanditaires.

Le dossier de l’insécurité qui règne à l’est de la République  démocratique du Congo est de nouveau sur le hit parade des médias avec la décision de la haute hiérarchie militaire des Fardc de mettre fin provisoirement aux opérations contre les éléments Fdlr. Cette résolution motivée selon les termes du communiqué des Fardc, par le souci de ne pas exacerber les tensions ethniques déjà vives dans cette partie du pays, a été accueillie froidement par un des protagonistes au conflit dans les Kivu, à savoir le général rebelle N’kundabatware. Ce dernier dans une de ses prises de positions incendiaires dont il a le secret, a regretté l’application par les autorités de Kinshasa d’une décision aussi inique et casus belli selon lui, en cette période de commission de grands massacres par les Interhamwée. Cette vision de la situation n’est pas du tout corroborée par des indications allant dans le sens d’une conflagration régionale après le dernier conflit qui a fait couler beaucoup de larmes des congolais. Il est facile de voir combien N’kundabatware est habile dans l’art de la désinformation et du chantage. Ses déclarations relayées par la presse ne visent qu’à poursuivre son propre plan de déstabilisation de la partie orientale de la RDC.

L’opération de mixage dans laquelle il a pratiquement forcé la main au gouvernement rd congolais lui a permis selon « International crisis group », d’élargir son champ hégémonique dans les territoires de Rutshuru, Walikale et Massissi. Selon la bonne vieille méthode de développement par paliers, N’kundabatware a monté en épingle les forfaits des éléments Fdlr aux Kivu pour inciter les unités de l’armée gouvernementale congolaise à les affronter dans leurs repères du nord Kivu. Il faut dire que les Fdlr ne font rien pour calmer les ardeurs belliqueuses et légitimes des Fardc, qui pourtant privilégient l’option diplomatique au langage des armes pour demander aux rebelles Hutus rwandais de rentrer dans leur pays. Cette action militaire a connu un certain succès au début, avant de s’enliser rapidement ; mais ce qui a déterminé l’arrêt de ces combats est le regain d’hostilité de la population du nord Kivu à l’encontre des Tutsi, en réaction aux opérations des fardc contre les hutus. Cette nouvelle donne allait amener les Fard à combattre des congolais, ce qui est moralement insupportable et humainement impossible pour l’armée congolaise, quelque soit l’ampleur des crimes imputés aux Fdlr sur le territoire national.

Les populations autochtones à la base de la décision d’arrêter les combats contre les Fdlr

« Nkunda navigue à contre courant. Il est grand temps qu’il s’arrête. Plus il persiste, plus il est en train de s’enfoncer lui-même. L’eau qui le noie est peut-être aujourd’hui au niveau des hanches, au fur et à mesure qu’il réagit, l’eau lui monte au corps », a déclaré le ministre de la Défense, Chikez Diemu. Cette déclaration est loin d’être une simple sortie médiatique d’un général d’opérette. Le ministre de la défense rd congolais sait de quoi il parle.

La RD Congo  est un pays qui a connu pire en matière de chefs rebelles ; on se souvient encore aujourd’hui de l’épopée de Jean Schramme ou de Bob Denard et ses affreux qui avaient piétiné l’autorité naissante de l’Etat congolais avec hargne, aux premières heures de l’après indépendance. En matière de conflits entre Etats, les hommes comme N’kundabatware ne sont que des fusibles destinés à être sautés de toute façon ; quand les intérêts supérieurs des nations sont en jeu, leurs dirigeants n’ont jamais hésité à se débarrasser des hommes de main comme N’kundabatware, pour permettre à l’histoire de poursuivre son cours.

Protégé par le parapluie rwandais, N’kundabatware est entrain de se croire incontournable, mais ses jours sont effectivement comptés, et personne ne sera assez courageux pour essayer de lui faire entendre raison au milieu de son nirvana et de ses rêves grandioses. Il faut que l’opinion sache qu’à ce jour le principal rêve de l’homme de main de Kigali en RDC, c’est de nettoyer le Grand Kivu de toute présence hutu. Il ne tient pas compte de la responsabilité de chaque hutu en séjour en RDC sur le génocide rwandais de 1994.

Sa haine des hutus est une haine collective, et seule la fin pourra justifier les moyens qu’il emploie pour faire la volonté de ses maîtres. La guerre par procuration est une des meilleures méthodes de son arsenal ; c’est pourquoi quand il a appris le début des opérations Fardc contre ses ennemis jurés, il a dû envoyer des messages jubilatoires à sa centrale de Kigali en perspective de la victoire finale, sans manquer de donner des coups aux flancs des assiégés, par l’entremise de ses bataillons mixés. Les populations autochtones qui connaissent les mécanismes diaboliques de ce général félon qu’est N’kundabatware, ont vite fait de réagir en intervenant comme partie en conflit, ce qui a plongé la hiérarchie militaire des Fardc dans l’embarras de devoir en voulant chasser par la force les Fdlr, faire la guerre aux congolais de souche qui s’étaient rangés du côté de ces derniers. Et l’ordre vint de Kinshasa de mettre fin à cet autodafé qui risquait d’embraser à nouveau les Kivu plus rapidement que ne l’auraient fait toutes les forces négatives réunies sur le territoire de la Rd Congo.

La réaction indignée de N’kundabatware en face de la décision de Kinshasa est la preuve vivante qu’il a tenté de se servir des Fardc pour tirer les marrons du feu au profit du pouvoir revanchard du Rwanda. Pourtant, l’extermination des hutus réfugiés en RDC n’est pas l’idéal pour instaurer une paix éternelle à KIgali ; ce projet est à plus d’un titre irréaliste. Elle fait penser en ce temps de l’adoption de la démocratie par les pays des Grands lacs, à quelqu’un qui nage à contre courant de l’histoire. Pour comprendre le sens de l’impossibilité de réaliser une paix à deux vitesses dans la région des Grands lacs africains, il suffit dans un premier temps de chercher à analyser le comportement pour le moins renversant de la population du nord Kivu qui défend apparemment de manière invraisemblance, ses propres bourreaux, en l’occurrence les hutus des Fdlr.

Choisir le moindre mal pour préserver la paix

Depuis 1996 les réfugiés hutus arrivés en RDC au lendemain du génocide rwandais, font aujourd’hui figure d’espèce en voie de disparition. Traqués de toutes parts, ils ont surdéveloppé leur instinct de survie, au point qu’ils s’en prennent aveuglément à tous ceux qui apparaissent comme leurs ennemis. C’est comme ça qu’on peut essayer d’expliquer les innombrables massacres des populations civiles, mis à leur charge. Au milieu de leur détresse d’abriter sur leur territoire les assassins de leurs concitoyens, les populations des provinces des Kivu ne perdent pas de vue l’histoire évènementielle qui a donné naissance à la folie meurtrière des éléments Fdlr. Elles savent dans une sorte de lucidité désespérée, que la vraie solution à la crise dans leur région passe par le choix de la démocratie par les dirigeants actuels du Rwanda. On ne sait pas si ce sacrifice va porter des fruits à plus ou moins brève échéance, mais toutes les forces vives de la société civile du Kivu espèrent avoir raison de l’étroitesse de vue de la communauté internationale à propos de la situation politique au Rwanda depuis la prise de pouvoir par l’armée patriotique rwandaise en 1994.

A  l’heure actuelle des vastes mouvements de recrutement d’hommes par N’kundabatware sont signalés du côté de Kichanga aux confins de Rutshuru et Massissi. Ces éléments sont versés dans une structure appelée Conseil national pour la défense du peuple (Cndp), crée par le général N’kunda, mais ce n’est là qu’un chant de cygne ultime que l’histoire ne va pas retenir le jour où son implacable jugement s’abattra sur celui qui a longtemps nargué l’autorité de l’Etat en République démocratique du Congo.

© Prince Malko