18 août 2007
Éviction de Vital Kamerhe du poste de SG du PPRD
Mise en ligne 16 août 2006 | Le Soft International n° 918
daté 16 août
Le Président de la
République va nommer incessamment un nouveau Secrétaire
Général et un nouveau Secrétaire Général Adjoint du PPRD
La décision a été
prise au terme d’une série de réunions dont la dernière lundi 13 août a
regroupé autour de lui et dans la plus grande discrétion ses lieutenants et des
représentants provinciaux. Deux délégués par province étaient présents aux
côtés des vétérans joséphistes du PPRD qui a engagé la «restructuration». On
craignait un déballage, Kabila a sonné le grand rassemblement.
Depuis une réunion - extraordinaire - du lundi 13 août
dernier à son ranch, Joseph Kabila Kabange a engagé le processus de
«restructuration» du PPRD, le fer de lance de sa majorité. Si les jours avant,
l’harmonie n’était pas toujours au rendez-vous au PPRD, le Président - stoïque
comme à l’ordinaire - n’a rien laissé transparaître.
Kabila a sonné le rassemblement. Dans la plus grande discrétion comme il sait
opérer, dans le plus pur style du maquis qui ne l’a jamais quitté, le Chef de
l’État a réuni ces derniers jours au moins deux fois ses lieutenants pour
battre le rappel des troupes. Ils étaient tous là. Ceux qui sont toujours aux
affaires, sans désemparer. Ceux qui en ont été éloignés et qui estimaient en
train d’emprunter la voie du garage. Tous au grand complet ont fait reflux.
Et c’est vache !
Le Président voulait requinquer son entourage. Avant les grandes échéances. Le
voleur profite toujours des moments d’égarement ou de lassitude pour
s’infiltrer et opérer ... Or, le coeur du pouvoir donnait l’impression de tanguer. Les troupes s’étaient
mises à douter pour ne pas dire à se rebeller. À l’Assemblée nationale, lors
des dernières passes d’armes, on a entendu des éclats de voix et recherché en
vain quelques voix joséphistes. L’hémicycle était comme dominé par un discours
adverse du politiquement correct.
Les troupes sont-elles toujours tenues? Appelé à représenter le Chef de l’État
aux manifestations pleines de couleur et de patriotisme du 30 juin, jour de
l’Indépendance, le Président de l’Assemblée Nationale, toujours, par-dessus le
marché n°2 du Parti présidentiel, a manqué de glisser sur des peaux de bananes.
Devant tous les écrans de télévision et tous les invités étrangers, des
drapelets le brocardaient. Sans blague! À Lubumbashi, l’antre du pouvoir
kabiliste...
Sur le petit écran, l’émission phare de la politique maison, qui passe pour le
défenseur du temple, où se concertent sur le modèle du coin du feu vétérans du
Kabilisme et hiérarques du Joséphisme bon chic bon genre et donne le/la, Forum
des médias qui vient de faire sexy en prenant l’appellation Forum d’actualité,
n’a pas mis les gants assez durs pour s’en prendre vertement à l’homme qui, de
notoriété publique, a conduit les troupes à la victoire, Vital Kamerhe, sous
les ordres bien donnés du Président de la République.
À sa manière, l’émission culte du kabilisme éternel donnait de la voix à
l’incroyable confusion née d’une série d’articles donnés à un hebdomadaire
étranger, «Jeune Afrique», pour ne pas le citer.
Il y avait sinon de l’émoi sinon de l’inquiétude en l’air. Tout cela alors que
l’un des piliers du régime - pour ne pas dire plus -, le savant, le prof.
Guillaume Samba Kaputo venait de traverser la rivière quand les troupes avaient
encore grandement besoin de lui. N’est-ce pas que la veille, le Chef de l’État
l’avait reconduit dans ses délicates fonctions de Conseiller spécial en matière
de sécurité de l’État - après une année passée à l’Assemblée Nationale comme
élu de la circonscription de Moba, au Katanga - et que pour accepter la
fonction, il avait dû écrire sa démission comme Député auprès du Président de
l’Assemblée Nationale ?
Si le pays redoutait un sale temps, il était bien là - et c’est vache - plus
que installé. Entre-temps, depuis son exil de Faro, sur la côte balnéaire du Portugal, «Igwe»
réfléchissait sur la meilleure manière d’aborder son rebond politique. Il multipliait
les initiatives politiques et ne s’en cachait plus désormais. Loin du théâtre
des événements, il était si prêt du théâtre des événements. Recevant comme un
Chef d’État en titre - ou un monarque injustement déchu et que l’on voulait rétablir-
les envoyés des Princes étrangers, posant pour les photographes et s’exprimant
devant les caméras du monde entier.
Incroyable RDC ... Lui à qui on avait
demandé de faire montre de retenue ?
Pour le régime, il y avait état d’urgence. Il fallait se remettre au travail,
retisser les fils rompus. Le voleur faisait le guet ...
Meilleur dans l’adversité
Sans communiqué sanctionnant toutes ces rencontres de famille - tenues très
certainement dans le ranch présidentiel, dans l’hinterland kinois, sur le
plateau des Batéké -, loin de tous les guetteurs, on imagine ce qu’elles ont
donné. Il suffit de voir la mine affermie des «réunionites».
Entre deux rencontres, alors que «l’intoxication» faisait rage jusqu’à faire
état de «l’expulsion» du Secrétaire général de son bureau, dans le quartier aseptisé
de l’avenue Pumbu et qu’un porte-parole d’occasion se fendait d’un «communiqué»
qui regrettait l’intox sans rien démentir, Vital Kamerhe optait d’enfoncer le
couteau dans la bête - geste fort en symbole: il réunissait au siège du PPRD -
là même d’où il aurait été expulsé - l’Exécutif du Parti élargi aux dirigeants
provinciaux rappelés dare-dare dans une Capitale assiégée.
Et payait la dépense
par un prêt offert par des amis... Par ce sale temps, la caisse du parti ne
répondait pas toujours... Les cotisations ne sont pas toujours au rendez-vous. En chemise sport, pantalon jeans - signe qu’il est toujours au front et
meilleur dans l’adversité -, l’homme a montré qu’il est toujours excellent
quand il navigue dans la bourrasque.
Il a fait état du «signe indien» - trop de Camarades quittent brusquement la
scène (l’ancien ministre Christian Eleko, l’ancien ministre Jean-Paul Kanga
Bongo, l’ancien ministre Sampassa Kaweta Milombe, l’ancien ministre Pierre
Selemani Mwana Yile, l’ancien Député Vangu Mambweni), comment ne pas y voir un
quelconque signal, la loi des séries? Peu avant, sur la radio onusienne Okapi -
impertinente comme savent l’être tous les médias indépendants et libres -, il a
fait état de sa volonté de ne pas être «un porteur de mallette». Un vrai coup
de gueule ...
On peut tout reprocher au Président de l’Assemblée, nul ne le prendrait en
défaut de loyauté joséphiste. Son parler vrai dénote un besoin de l’excellence.
Il sent que les choses auraient pu mieux bouger. À la tête de l’Assemblée
nationale, il sait mieux que quiconque comment bat le pouls du pays. Si le
Président en avait marre et qu’il y a «crise persistante», il pourrait
dissoudre l’Assemblée nationale, sous certaines conditions (art. 148). Le
syndrome De Villepin. Mais avec quelles suites ? La CEI / CENI doit organiser le
scrutin dans les deux mois. Avec quel argent ? Et, l’expérience De Villepin ...
Loin du tumulte
Premier Secrétaire du Parti présidentiel en mal d’identité - depuis que le Chef
de l’État a estimé à raison devoir se présenter sans étiquette politique -
Kamerhe a à coeur les échéances. Avant 2011, il ne reste plus que trois ans -
la première année a déjà été consommée, la dernière année est celle de la
campagne.
Une destinée ne se prépare, ni ne se gère en termes de mois - c’est en termes
de vision et de grande vision portée sur des décennies. Une élection ne se
gagne pas la veille, elle se prépare des années avant.
En France, le projet gagnant de Nicolas Sarkozy tenait compte d’une politique
menée depuis un quart de siècle et le Candidat a projeté les Français sur les
vingt-cinq années à venir pour prôner la modernisation de la France. Depuis
trente ans, l’homme à l’énergie hors normes avait «le Pouvoir Désir», selon
l’expression de l’experte en grands fauves, la journaliste Catherine Nay. Le
Parti socialiste n’a pas échoué avec sa candidate Ségolène Royal. Il a échoué
depuis la fin de François Mitterrand que celui-ci avait planifiée.
Désormais, il n’en reste que les lambeaux et nul ne sait sans un meneur à la
barre, alors qu’il a entamé son déclin, s’il pourra un jour se redresser et
revenir au pouvoir. Déjà, le PCF de Georges Marchais a cessé toute existence ...
C’est le débat qui réunit ces jours les hiérarques du PPRD : loin de tout
tumulte, réfléchir sur l’avenir et le destin du Parti présidentiel, envisager
toutes les hypothèses, même les plus invraisemblables, celles d’un
rassemblement des virtualités. On veut aller à la «restructuration».
Mais avant tout faire la paix à l’interne. Selon toute vraisemblance, le brûlot
de «Jeune Afrique» («Jusqu’où ira Kamerhe?», J.A, n°2426, 8-14 juillet 2007)
dans lequel le journaliste François Soudan écrit des choses qu’il ne met dans
la bouche de personne - ce qui est professionnellement dangereux dans le contexte
africain - mais qui laisseraient penser qu’elles auraient été dites par le
Président de l’Assemblée Nationale avait semé la confusion dans le pays et
donné du vertige dans certains milieux du PPRD où «on ne comprenait pas». Il ne
restait plus qu’à crier à la trahison ...
Comme deux tourtereaux
Des notables du Kivu - le Grand Kivu ou Kivu Holding Maniema - ont pris
l’initiative d’aller frapper à toutes les portes. Objectif: calmer le jeu.
Il fallait éviter que le feu ne se propage et devienne incendie. Sauf le
voleur, nul n’avait intérêt à avoir une telle perspective se produire. Il
fallait éviter que les pêcheurs en eau trouble n’en profitent pour mettre
l’huile sur le feu... Bombé comme un seul homme, le Kivu Holding a d’abord
voulu savoir avant de se mettre en route. Direction: les notables du Katanga
eux aussi bombés comme un seul homme.
Dans son brûlot, Soudan avait fait état du «clan katangais» et de... la
nécessaire de «dékatanganisation» du régime. Sans dire de qui il tenait cela.
Mais deux expressions casus belli sur le macadam de la Luano.
Le week-end dernier, Vital Kamerhe a encore pris place à bord de la South African pour
sa visite familiale en Afrique du Sud que Soudan comprend mal. Le journaliste
français oublie que la politique ne saurait disloquer les familles.
Habitué des avions, le Président de l’Assemblée nationale est revenu au pays
deux jours plus tard. Dès le lundi matin, il était sur les routes du Bandundu,
dans l’hinterland de Kinshasa, dans les environs de la Maï Ndombe.
Pour une
énième rencontre autour de Joseph Kabila Kabange cette fois élargie aux
compagnons des provinces, dont des présidents PPRD des Assemblées provinciales.
Cette fois, cette réunion-là qui annulée in extremis alors que la mort de Samba
Kaputo venait d’être connue.
Bien heureux qui saurait percer le mystère de l’hinterland. Mais ne soyons pas
dupes: qu’elles se tiennent et continuent de se tenir, ces réunions sont signe
que tout va dans la bonne direction. Qu’aucun fil n’est rompu. Au contraire.
Lors des obsèques de Guillaume Samba Kaputo, dans le lobby du Palais du Peuple,
on a vu le Chef de l’État et - aux dires de Soudan - son «numéro deux de facto»
comme deux tourtereaux. Assis dans la plus grande modestie, sur de simples
sièges de réunion de Congrès, devant des télés, les deux hommes ne cessaient de
se concerter. Comme au rite de la
Notre-Dame du Congo... sur un simple banc d’église. L’un à
côte de l’autre.
N’était-ce point un message adressé au monde? Soit qu’il n’y a rien à signaler
ici bas au PPRD et que, si jamais problème avait eu lieu, tout baignait
désormais dans l’huile ...
On sait que Vital Kamerhe - la
Constitution le lui interdit - ne saurait cumuler aucune
fonction notamment celle qu’il exerce aujourd’hui avec celle de Secrétaire
général d’un parti politique.
Au «Soft International», il annonçait lui-même son départ de l’Exécutif du
parti au sortir des festivités du 30 juin. À la question, «Vous parlez du PPRD,
on ne le sent pas très bien à Lubumbashi...», il répondait sans ambages: «On
vit une stagnation qui ne saurait durer longtemps sinon on vit la régression.
La stagnation est vraie au Katanga, elle est vraie ailleurs dans le pays. Le
Congrès du parti se tient en septembre: il doit organiser ma succession» («le
Soft International» n°912 daté 4 juillet 2007).
Et une succession ça s’organise en effet. Si Kamerhe doit rendre la blouse - et
puisqu’il doit la rendre -, à qui doit-il la rendre? Et surtout comment? Lui
qui a mené les troupes au triomphe électoral n’a-t-il pas une expérience à transmettre?
Et... surtout, quel sera son véritable rôle demain? En clair, à quelle place
jouera-t-il la partition alors que les échéances se précipitent ?
En attendant 2011, il y a les Communales, puis les Locales. À préparer et à
gagner. CE sont elles qui font gagner aux Législatives et à la Présidentielle.
À en croire tous les dires, à la réunion - extraordinaire - du 13 août dans
l’hinterland, nul n’a eu le moindre mot déplacé. «On pensait qu’on éventrerait
le boa ou qu’on laverait blanc, rien n’a été entendu à propos de personne. Et
tant mieux. Ni mine renfrognée, ni patibulaire.
À la suite de la bourrasque, Joseph Kabila et Vital Kamerhe doivent s’être
soudés plus fort que jamais. Désormais réunis pour le meilleur et pour le pire.
Pour la coalition et pour la vision qu’ils partagent, pour la mémoire des Compagnons
de lutte trop tôt partis- les morts ne réunissent-ils pas les vivants? - les
deux tourtereaux n’avaient pas le choix.
© T. KIN-KIEY M
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