18 août 2007
Portrait d’un chanteur-amuseur de renom, Madilu System
Jean de Dieu Bialu était un bout-en-train. Un amuseur hors
pair qui savait détendre par de petits récits. Avec lui, l'ennui n'était
presque jamais au rendez-vous. Aux lieux de regroupement ou en voyage, ses
facéties meublaient le temps du groupe. Cette faculté lui permettait l'aisance
de posture quel que soit le nombre de personnes autour de lui. Ainsi, il était
entré dans le monde d'Orphée où il s'était introduit comme chanteur.
Il entame, en effet, la carrière musicale sous la férule de Papa Noël Nedule
avec l'orchestre Bamboula qui se disloque après sa participation à un festival
international. L'occasion d'exercer pleinement son métier s'offre près de
l'actuel marché Mariano, dans les environs de la rue Yakata, dans la commune de
Ngiri-Ngiri, où habite Yonsa Taluki dont les violons ne se sont pas accordés
avec Seskain Molenga, créateur de l'orchestre Bakuba ayant en vedette le gros
Jean Kabasele Yampanya alias Pépé Kallé qui explose dans le tube " Nazoki
".
Bialu Madilu Makiese est, avec un autre chanteur, Pindu Pères, aux côtés du
soliste Yonsa pour former l'ensemble Bakuba auquel, pour le distinguer, sont
ajoutées les lettres initiales des noms du trio Madilu - Yonsa - Pindu pour
donner le sigle MAYOPI, Bakuba Mayopi. " Zene " couronne leur union
et bouscule les hit-parades. Madilu dont les trémolos de la voix ressemblent
étrangement à ceux de Pépé Kalé, se révèle auprès des mélomanes.
Cependant, des problèmes de marketing et surtout de
leadership se posent au point de provoquer la dislocation du jeune groupe.
Madilu Bialu qui prend le nom de Père Zikalpens s'en va monter son propre
ensemble appelé Pamba-Pamba avec lequel il lance la chanson " Madilu
System" sous le label de la nouvelle maison d'édition de Maxime Soki
Vangu, responsable numéro 1 de l'orchestre Bella-Bella.
Gérer son petit monde s'avère très difficile tant et si bien
qu'il opte pour une embauche dans l'orchestre International Afrisa de son
idole, Pascal Sinamoya Tabu Ley. Au bar Type Ka, dans le prolongement de la
piste d'atterrissage de l'aéroport de Ndolo, dans la commune de Kinshasa, ses
apparitions passent néanmoins inaperçues.
Il est alors aperçu, en 1979, au music-hall Un-Deux-Trois, dans la commune de
Kasa-Vubu, où il est attiré par le " grand maquisard " Daniel Ntesa
Nzitani dit Dalienst qui officie dans l'autre grande école qu'est le Tout
Puissant OK Jazz du " grand maître " Luambo Makiadi Lokanga La Ndju Pene Franco. La
ligne d'attaque et composée des monstres sacrés tels que Dalienst, bien sûr,
Josky Kiambukuta Londa, Pépé Ndombe Opetum, Jo Mpoy, Blaise Pascal Wuta Mayi et
même Diato Lukoki, Lokombe. Y avoir une place exige énormément de patience, de persévérance
et même de chance d'autant moins que le patron ne croit ni à son esprit
d'initiative, ni à son talent en lui collant simplement l'étiquette d'imitateur
de Pépé Kallé.
D'ailleurs, quand il s'agit des voyages importants pour lesquels il faut réduire
l'équipe, le critère d'indispensabilité plaide toujours en défaveur de Madilu.
En 1983, après moult atermoiements, Bialu Madilu est retenu en dernière minute
dans la délégation du TP OK Jazz invitée pour une tournée en Europe.
A quelque chose malheur est bon, dit-on. Il arrive que les
titulaires au chant entrent en froid avec Luambo Makiadi sur leurs droits après
plusieurs productions. La réaction de celui-ci est de leur prouver que leur
rébellion ne peut pas bloquer le respect des contrats passés avec les
producteurs et partenaires. Alors, il s'enferme avec le mal aimé Madilu qu'il
soumet à un travail intense de réajustement de la voix pour lui donner un
cachet propre, auquel celui-ci s'astreint ave zèle.
Sur le plan discographique, le résultat est saisissant avec le larguage des
albums aux titres-cultes comme " Non ", " Mario ", "
Mamou ", " Oyo nini ? " sans oublier sa composition " Pesa
position ".
C'est l'apothéose ! Lorsque Luambo Makiadi revient au pays
avec sa troupe en 1986, Madilu est au summum de la gloire. A la télévision
comme en concerts, il est réclamé puisqu'adulé. " Melesi bapesaka na mbwa
" confirme l'envol. De retour en Europe depuis bien longtemps et après
avoir honoré quelques contrats, Luambo Makiadi meurt le jeudi 12 octobre 1989 à
Namur, en Belgique. Le rapatriement de sa dépouille, deux jours plus tard, est
marqué par l'absence, entre autres, de Madilu.
Les commentaires vont
dans tous les sens
Quand il débarque à Kinshasa plusieurs semaines après, il retrouve néanmoins
les autres membres du TP OK Jazz avec lesquels il livre quelques concerts,
après la levée du deuil. La danse " mayeno " sert de support aux
chansons " Voisin ", " Eau bénite ", Dathy Pétrole ",
" Cabinet Molili ", " Diarrhée verbale ", " Hommage à
Luambo ", " Magali ", " Ofela ". Mais, entre la
famille biologique du défunt et les composants de l'orchestre, surgit un
désaccord sur le pourcentage à se partager entre les deux parties. La majorité,
si pas tous les musiciens conviennent avec Simaro Lutumba Ndomanueno pour
monter Bana OK en prenant leurs distances du TP OK Jazz. Approché pour remonter
le légendaire ensemble musical, Madilu préfère entamer une carrière en solo
d'où naissent " Ya Jean ", " Frère Edouard ".
Toutefois, pour agrémenter les manifestations auxquelles il
est convié, ici comme en dehors des frontières nationales, la nécessité d'avoir
un groupe d'accompagnement s'impose et il le baptise simplement Madilu System.
Parallèlement, avec le concours des musiciens de studio en Europe, il
enregistre " L'eau ", " Yaya ou Saint Paul ". Le titre qui
accroche le plus est lancé fin 2005 : " Juste un peu d'amour ". En
bon blagueur, Jean de Dieu Bialu Madilu termine naturellement sa trajectoire
avec la chanson " Bonne humeur qui sera sur le marché dans les prochains
jours. Il a tiré sa révérence le samedi 11 août 2007 aux Cliniques
universitaires du Mont-Amba, à l'âge de 57 ans. Adieu l'artiste !
© Siki Ntetani Mbemba
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