21 août 2007
Les obsèques de Madilu tournent à la foire. Gênant !
Les obsèques du chanteur Madilu Bialu Jean de Dieu dit
System ou Grand Ninja seront populaires, très populaires, gigantesques et
bruyantes.
Le président Joseph Kabila en personne, devenu médecin d’urgence et
croque-mort des musiciens, a apporté son soutien financier ainsi que le
ministère de la culture et l’Hôtel de ville de Kinshasa. Le stade des Martyrs
(80.000 places) a été réquisitionné et le tout sera piloté par un comité
d’organisation composé de… 80 personnes et présidé par Kiamuangana Mateta ainsi
qu’un représentant de Joseph Kabila.
L’implication du président de la République est
significative ; l’on savait que son programme politique comprenait cinq
chantiers prioritaires, il faudra désormais ajouter un sixième :
l’assistance sociale aux musiciens. Le ministère de la culture et le
gouvernement provincial de Kinshasa s’étant engagés à prendre en charge la
totalité de frais d’inhumation, Joseph Kabila a choisi, pour sa part, de
sponsoriser ce qui va ressembler à des réjouissances populaires plutôt qu’à un
deuil.
La volonté de rendre hommage à Madilu à la hauteur de sa
notoriété est indiscutablement louable, mais l’on ne peut s’empêcher de se
poser des questions morales et juridiques que soulève l’organisation mise en
place. Les choses se déroulent comme si Madilu était d’abord et essentiellement
chanteur, musicien et seulement accessoirement fils, frère, mari et père de
famille. Il est, en effet, curieux qu’il se mette en place un comité
d’organisation qui n’ait été initié ou souhaité par la veuve et les orphelins
du défunt. Il est tout aussi gênant d’apprendre que le dit comité
d’organisation a déjà reçu des fonds et qu’il a décidé d’accorder l’exclusivité
des images des obsèques à quelques chaînes de télévision locales avant même
l’arrivée de la veuve et des orphelins à Kinshasa. Le droit d’image est quelque
chose de très bien réglementé pour que d’aucuns se permettent de vendre ou de
confier l’exploitation des images des obsèques de Madilu sans mandat clair et
écrit des ayants droit.
Sur le plan de l’hommage pur, est-il digne d’exposer le
corps du Grand Ninja dans un stade de 80.000 places dans une ambiance de
décibels assourdissants avec des atalaku et des groupes qui vont s’égosiller
comme pris d’hystérie ? Qu’on ne nous sorte surtout pas l’argument facile
de l’inévitable présence des chants et de la musique lors des obsèques depuis
nos ancêtres. Les chants et musiques de deuils ont toujours été spécifiques
pour ne pas les confondre avec ce qui sera joué au stade de Kinshasa. Le bon
sens aurait voulu que le corps soit exposé dans un lieu couvert, digne et
solennel où parents et mélomanes pourraient se recueillir avec un défilé dans
le calme des mélomanes comme cela se fait habituellement. Quitte à ce
qu’effectivement, en même temps ou après l’enterrement un concert géant soit
organisé au stade. L’initiative d’organiser des funérailles aussi
spectaculaires et ostentatoires pose des questions sur les motivations réelles
de certains piliers de ce comité d’organisation qui donnent l’impression de
faire de ce deuil une opportunité pour refaire surface. Sans compter qu’il
n’est pas exclu que les lendemains de ces obsèques ressemblent à ceux de Maïsha
Park après le passage des musiciens à la présidence de la République devenue
manifestement leur cantine.
Cette manière de déposséder la veuve de Madilu et ses
orphelins du deuil, d’aller faire la quête à la présidence de la République au nom de
Madilu à l’insu de sa famille, sont des pratiques qui, même si elles partent
d’un bon sentiment, ont quelque chose de gênant. Franchement, on aurait aimé
vivre autre chose, disons on aurait aimé que pour une rare fois, les musiciens
nous surprennent… positivement. Vain espoir tant que Kabila continuera à jouer
« Tata loboko pete, apesa atala te » et que ses collaborateurs
s’ennuieront au point de faire partie du comité d’organisation des obsèques de
telle ou telle célébrité. Tiens ! si quelqu’un arrive à parler au frangin
Joseph, pourra-t-il lui dire qu’après les obsèques de Madilu, les enfants de ce
dernier iront peut-être dans une école de Kinshasa ou les salles de classes
sont sans fenêtre, sans banc, sans âme et sans des Kiamuangana pour aller faire
la manche à la présidence de la
République pour leur réhabilitation.
© Diolément SASSA
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