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Blog du CDF/FCD - Afrique

Actualité de la Section Africaine du CDF/FCD (Chrétiens Démocrates Fédéraux / Federale Christen Democraten) de Belgique. Infos : http://cdfliege.lalibreblogs.be/

31 août 2007

Le Kivu au bord d'une troisième guerre

Nkunda_2Les soldats insurgés fidèles au général renégat Nkundabatware ont annoncé observer unilatéralement une trêve jeudi 30 août après des violents affrontements qui ont mis aux prises lundi 27, mardi 28 et jeudi 30 août, au sein de la brigade mixée Charly, les FARDC aux hommes de Nkunda

Selon le ‘‘général’’ Bwambale Kakolele, chargé des opérations du Congrès national pour la défense du peuple(CNDP), le mouvement politico-militaire de Nkunda, ndlr) cette trêve serait conditionnée à la satisfaction de revendications et serait rompue en cas d’engagement de renforts de l’armée. ‘‘Nous observons une trêve maintenant parce que nous sommes au courant de la venue de troupes gouvernementales en provenance de Bunia et d’autres qui sont en train de venir de Kisangani’’, a-t-il expliqué.

Pour Bwambale, si ces renforts gouvernementaux étaient envoyés ‘‘au front’’, Nkunda engagerait ses troupes ‘‘une fois pour toutes’’, sans précision supplémentaire. Ce qui s’interprète comme une déclaration de guerre car il a ajouté qu’ils se battront ‘‘jusqu’à ce que les accords conclus avec John Numbi à Kigali soient respectés par le gouvernement’’. ‘‘La seule chose qui préoccupe actuellement notre mouvement, c’est d’assurer la sécurité des communautés rwandophones qui sont menacées d’exactions (...) par l’armée gouvernementale'', a-il accusé.

Le gouvernement a réagi spontanément face au dernier développement de la situation à l’Est à travers la sortie jeudi 30 août du ministre de
la Défense, Tshikez Diemu. Il a émis les regrets des FARDC sur la perte inutile en vies humaines alors que ‘‘le Conseil supérieur de la Défense tenu le 25 août 2007 … venait de donner l’engagement du gouvernement favorisant une approche pacifique sur le double plan politique et diplomatique pour une solution concertée et commune avec les pays d la région des Grands lacs ainsi que les partenaires internationaux’’.  
Tshikez_Diemu Tshikez Diemu a annoncé lors de son point de presse l’envoi des renforts militaires dans le Masisi. Pour le ministre, ‘‘ces incidents ont été provoqués par les insurgés du général déchu Laurent Nkunda’’ qui ont à plusieurs reprises ‘‘attaqué les positions des FARDC’’. ‘‘La patience a ses limites’’, a-t-il indiqué avant d’ajouter que
la RDC n’allait pas continuer à subir la loi des hommes sans foi’’.
Lors de son intervention, Tshikez Diemu a évoqué les tueries de Kisangani (1998-2003) dont le général Nkunda se serait rendu coupable et de crimes perpétrés par ses hommes en 2004 à Bukavu et qui lui auraient valu un mandat d’arrêt international. Tshikez Diemu a déclaré que tôt ou tard, le général déchu répondrait de ses actes.

Quant au processus d’intégration de l’armée, le ministre a invité tous les éléments concernés par le programme à rejoindre la structure d’intégration de leur ressort, une façon de répondre à Nkunda qui revendiquait la poursuite du processus de mixage jusqu’à son terme, tel que voulu dans les accords de Kigali que le ministre a qualifié de processus intermédiaire qui n’a pas abouti.

Folle semaine

Les chefs militaires de la sous région des Grands Lacs n’avaient pas encore rédigé leur communiqué final que Nkundabatware rééditait un nouveau pied de nez dans le dos des autorités des forces loyalistes de
la RDC. Très vite, les observateurs ont déduit la fin de la trêve pour insinuer que ces réunions visent tout simplement à endormir les FARDC. Des combats ont été signalés jeudi 30 août à l’aube dans le secteur de Katale, à 65 Km, au sud-ouest de Goma près de Masisi centre dans le territoire du même nom entre des belligérants non encore identifiés et qui usent, selon des témoins, des armes lourdes et légères. Des populations de cette partie meurtrie du Kivu ont pris les routes vers des montagnes avoisinantes qu’ils jugent sûres.

 

Le bilan qui n’est pas encore disponibles officiellement fait état de 9 morts parmi les FARDC. Depuis mardi 28 août à l’aurore, des fidèles de ce général déchu ont attaqué les militaires FARDC de la brigade mixée Charly dont ils étaient membres grâce au processus de mixage, sur l’axe Rubaya-Bihambwe, en territoire de Masisi, près de Goma. Laurent Nkunda a qualifié ce qui est arrivé de ‘‘mauvaise gestion des unités mixées, un problème de commandement au niveau de la 8ème Région’’. ‘‘La brigade de Masisi commandée par le Colonel Yav a voulu occuper la position des unités non encore mixées de Mushaki… ils ont voulu le faire je ne sais pas s’ils ont reçu l’ordre de la 8ème Région ou de je ne sais où… Les unités non encore mixées ont résisté à cette attaque de Mushaki’’, a-t-il expliqué jeudi 30 août sur RFI.

Les sources militaires en RDC indiquent que ces éléments que Nkunda appelle ‘‘non encore mixés’’ ne sont autres que des déserteurs de
la Brigade Charly et qui sont devenus incontrôlés. Il reste à savoir si cette désertion ne faisait pas partie d’un plan ficelé dans l’ombre pour contourner la mesure de la hiérarchie de ne poursuivre la traque des FDLR qu’avec les éléments intégrés de l’armée.
Nkunda_3 Pour Nkunda, il faut amener le processus de mixage à son terme qui débouchera sur l’intégration définitif de ses éléments dans l’armée, selon les accords de Kigali signés en décembre 2006 avec les autorités militaires. ‘‘Il n’y a pas de réponse du côté gouvernement, alors c’est difficile de gérer ces incidents. Quand nous sommes dans un même territoire avec deux commandements différents entre des unités mixées et des unités non encore mixées, vous comprenez que ça fait l’imbroglio et ça doit prendre fin de toutes les façons’’, s’est-il justifié.

Ce processus de mixage avait été en effet décidé en janvier dernier à la suite de fréquents affrontements entre les FARDC et les troupes de Nkunda au Nord-Kivu, visant à intégrer les hommes de Nkunda dans l’armée régulière. Cinq brigades mixées, constituées à part égale de loyalistes et des fidèles du général renégat avaient été déployées dans la région. Une sixième brigade devait ensuite prendre part au processus.

Après l’annonce par l’état-major de l’armée de terre de confier la traque des rebelles hutus rwandais des FDLR aux seules brigades ‘‘intégrées’’ et non ‘‘mixées’’, qui ne faisait pas de tri entre les civils hutus rwandais et congolais et les FDLR, des éléments pro-Nkunda au sein des brigades mixées ont déserté leurs positions. Pour la partie Nkunda, les forces loyalistes faisaient alliance avec des miliciens locaux Maï Maï et des rebelles hutus rwandais des FDLR.

Les FDLR dévoilent le plan du Rwanda

Dans un communiqué daté de Paris et publié jeudi 30 août depuis Nairobi, les rebelles rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ont accusé Kigali d’avoir envoyé, depuis début 2007 en RDC, 12.000 soldats en renfort de Nkunda. ‘‘Ce renflouement vise à soutenir les opérations de déstabilisation et de reconquête des territoires de l’est de
la RDC (frontaliers du Rwanda) et de contrôle des zones riches en minerais’’, affirme le communiqué.
Ce communiqué tente de corroborer les allégations formulées par
la MONUC en juillet sur la circulation d’uniforme de l’armée rwandaise sur le territoire congolais. ‘‘Dans la nuit du 18 au 19 juillet 2007, une quinzaine de camions remplis de matériel et d’hommes ont quitté le Rwanda et ont traversé la frontière rwando-congolaise pour rejoindre les troupes de Laurent Nkunda via Bunagana’’, indiquent les FDLR qui citent nommément, selon notre source, plusieurs officiers de l’armée régulière rwandaise faisant partie des troupes de Nkunda.

Dans leur communiqué, les rebelles hutus rwandais ‘‘appellent la communauté internationale à prendre ses responsabilités et agir vite afin d’empêcher le régime fasciste de Kigali de mettre encore une fois à feu et à sang la région des Grands Lacs’’. Nkunda qui revendiquait au départ du processus de mixage environ 3 000 hommes en compte aujourd’hui 7 500 et dit avoir en réserve 2 500 autres. D’où les attaques dans tous les sens. Au Nord comme au Sud-Kivu. Tout expert militaire devra vite croire que ce n’est pas nécessairement un paramètre lié à la stratégie militaire ou à la rapidité, mais au nombre de soldat.

L’augure des évêques de Bukavu

mgr_maroy_croix Aujourd’hui, beaucoup d’hommes avertis se souviennent de la sonnette d’alarme tirée début juin par les évêques de la province épiscopale de Bukavu. Dans leur déclaration, ils avaient mis en exergue une situation d’avant la guerre vécue par la population. ‘‘Aujourd’hui, nos villages et nos villes sont dominés par une psychose de la guerre’’, écrit l’archevêque de Bukavu, Monseigneur Maroy.

Pour le prince d’Eglise, et selon le constat de la population, ‘‘les éléments sont apparemment réunis pour une nouvelle guerre au Sud-Kivu’’. Le prince de l’Eglise catholique dénonçait alors ‘‘un mouvement d’infiltration massive et systématique en provenance du Rwanda par les points frontaliers de
la Rivière Ruzizi, d’Uvira, de Nyengezi, de Kaza-Roho à Cahi Bukavu’’ de même que le placement militaire qui, selon lui, ‘‘reproduit le même schéma que celui qui a prévalu juste avant le déclenchement de la guerre par le RCD en 1998’.

Alors que la situation ne présageait aucune issue, Mgr Maroy s’interrogeait sur le silence (jusqu’à ce jour d’ailleurs) des autorités du pays. ‘‘Que signifie le silence des institutions de la République à savoir le chef de l’Etat, le Parlement, le Gouvernement central et le Haut Commandement militaire…? Sous d’autres cieux, pour une prise d’otage, même d’une seule personne, l’appareil étatique de son pays se mobilise. Pour le gouvernement de la République Démocratique du Congo, devant la menace d’une nouvelle guerre et pendant que sévissent des massacres de la population civile, au lieu de s’attaquer au vrai problème qui est d’ordre sécuritaire et militaire, on nous propose la Table ronde ‘intercommunautaire’’’, avait-il déploré en son temps. Aujourd’hui, l’addition des faits, ajouter le coup de force en démantèlement à Bukavu (lire article dans notre rubrique dernière minute), montre que la situation devient inextricable dans le Kivu.    

Peur dans la zone

Déjà lundi 27 août, en guise de signe prémonitoire d’une perturbation des cartes sur l’échiquier, à l’annonce de la réunion des responsables militaires du Rwanda, du Burundi, de l’Ouganda et de

la RDC, l’escorte du Commandant de la Brigade Charly, le Colonel Yav, a essuyé une attaque au cours de laquelle il a perdu quatre hommes de son escorte. Quant aux combats de lundi, des sources dignes de foi indiquent que les militaires FARDC ont été pris par surprise vers 4 heures du matin et délogés de Rubaya où ils avaient pris position, par un groupe plus important d’éléments de Nkunda partis, selon des témoins, de Mushaki, Karuba et Ngungu, à Masisi.

 La supériorité numérique et d’équipement des assaillants ne leur a pas permis de résister. Ils ont dû se repliés sur Bihambwe, 6 kilomètres à l’ouest puis finalement à leur base, à Masisi-centre pour solliciter des renforts.

La MONUC  qui appelle les forces en présence à la retenue, affirme suivre la situation de près, en coordination étroite avec la 8ème Région militaire et propose sa médiation. Cela, depuis plusieurs jours où planaient des suspicions sur l’éventualité d’attaque. Plusieurs patrouilles de la MONUC ont été déployées dans la zone pour rassurer la population civile de Matanda, de Mushaki et de Sake qui commençait à paniquer et dont environ 10 000 personnes ont trouvé asile en Ouganda voisin.

Population prise en étau

Cependant, à la frontière avec ce pays, des observateurs ont enregistré des mouvements inhabituels des troupes ougandaises à bord d’engins militaires lourds. D’abord dans la collectivité de Kakwa, en Territoire d’Aru. Un décor similaire serait aussi signalé à Rukwanzi, village situé au bord du lac Albert. Plus loin, dans le territoire de Mahagi, le même mouvement est observé à Uruski, un village ougandais qui jouxte Djakanja, en territoire congolais.

La situation perdurerait depuis près d’un mois, indiquent les autorités administratifs de cette partie du pays, qui s’inquiètent de son renforcement. Elles auraient rédigé des rapports à la hiérarchie. Seulement, le commandant de la zone opérationnelle des FARDC en Ituri a indiqué à Radio Okapi ne pas être au courant.

Coup d’épée dans l’eau ?

La rencontre des chefs des armées du Rwanda, d’Ouganda, du Burundi et de RDC avait pourtant débouché sur une déclaration de ‘‘leur engagement à chercher la paix en neutralisant’’ les forces négatives dans la sous région, a lu le communiqué sanctionnant la réunion tenue dans la capitale rwandaise du lundi 27 au mardi 28 août.

Les chefs militaires avaient ‘‘réaffirmé leur engagement à renforcer leurs relations’’. Le texte de la déclaration finale a précisé cependant que l’opération devrait être exécutée dans le respect des ‘‘mécanismes’’ de la commission ‘‘tripartite plus’’ qui regroupe les quatre pays.

Cette précision amène dans les esprits de tant d’observateurs militaires des zones d’ombres quant aux positions à prendre vis-à-vis des uns et des autres groupes rebelles, à l’instar des CNDP de Nkunda d’une part et des rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et des Rasta de l’autre, qui ont transposé sur le sol congolais la haine ethnique qui gangrène le Rwanda.

Ils pensent que ce pays cherche à épargner les fidèles de Nkunda et accusent
la RDC de protéger les FDLR. Cette situation risque d’évanouir les espoirs attendus par les populations du Kivu et souiller la mémoire des milliers des congolais tombés au cours de cette guerre absurde.

© Ali Kam | Le Révélateur | La une | Vendredi 31 août 2007 à 00:00

Posté par CDF Afrique à 11:37 - Congo (RDC) - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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