03 septembre 2007
Discours du Ministre Karel De Gucht (Open VLD) aux Journées de Contact Diplomatiques
(...) L'Afrique centrale est une région dans laquelle la Belgique s'est énormément
investie ces dernières années
Cette région n'attend pas non plus la formation
du nouveau gouvernement belge pour continuer à réclamer toute notre attention. Par
exemple, l'accumulation des tensions à l'Est de la RDC m'a amené à effectuer, en
juillet dernier, une visite d'urgence à Kigali et à Kinshasa afin de contrer
toute velléité d'aventure militaire et d'inciter les gouvernements impliqués à
opter pour le dialogue et pour une solution politique à la crise. Je suis
également intervenu au Conseil de Sécurité et auprès de nos partenaires
européens pour qu'ils nous appuient dans cette démarche.
L'Afrique centrale est peut-être sortie de l'horreur des années de guerre mais
la misère du peuple, la violence, l'impunité et la corruption continuent à
faire partie du quotidien. De plus, l'évolution de cette région reste ponctuée
de crises déstabilisatrices. Les acquis obtenus sur le plan politique en RDC et
au Burundi grâce à l'appui massif de la communauté internationale sont
éminemment fragiles. Je dois admettre que mon espoir que les populations de ces
pays connaissent un avenir meilleur est tempéré par de vives inquiétudes. La République
Démocratique du Congo comme le Burundi disposent maintenant
d'institutions démocratiquement élues mais cela n'est pas suffisant : les
élections ne sont qu'un élément de la démocratie.
La constellation politique actuelle de ces deux pays est
bien fragile, la classe politique doit encore assimiler la culture et la
pratique de la démocratie où les débats d'idées se mènent avec conviction mais
tolérance. Les événements violents du printemps dernier au Bas-Congo et à
Kinshasa ainsi que les tensions récurrentes entre les partis politiques au
Burundi démontrent que le chemin à parcourir reste long.
De plus, la joute politique ne peut pas être une fin en soi, elle doit
permettre aux gouvernements de définir des politiques claires et des lignes
d'actions efficaces pour consolider la paix, assurer la sécurité de leurs
citoyens et s'atteler à la tâche herculéenne de reconstruction de ces pays
ravagés par des décennies de guerre et de gabégie. J'ai pu rencontrer dans la
région des femmes et des hommes politiques de bonne volonté, aux idées claires
et désireux d'agir.
Il faut toutefois constater que les gouvernements de la RDC et du Burundi n'ont
jusqu'à présent pas été à même d'entamer la mise en oeuvre de ces politiques
tant nécessaires. A ceux qui plaident pour leur donner du temps, je réponds
qu'il y a urgence car la population s'impatiente. Elle ne comprendra pas que
ces nouvelles institutions, obtenues par son courage au moment d'aller voter, ne
soient pas à même d'alléger un tant soit peu sa misère quotidienne.
Le pourrissement de la situation à l'Est du Congo n'est plus
acceptable, non seulement en raison du drame humanitaire qui en résulte, mais
aussi à cause du risque croissant d'une escalade de la violence qui pourrait
brusquement dégénérer en un retour à une guerre régionale.
La RDC reste un pays fragile et instable. La communauté internationale ne peut pas l'abandonner. Avec votre aide, j'ai récemment mené plusieurs combats diplomatiques dans ce sens. Je crois que nous pouvons être sincèrement fiers d'avoir obtenu des résultats tangibles et d'avoir été écouté par nos partenaires. Sous l'impulsion de la Belgique, le Conseil de Sécurité a déclaré explicitement qu'il suivait de près les développements dans l'Est de la RDC et qu'il n'admettrait aucune aventure militaire imprudente.
La mise en place d'un mécanisme d'accompagnement de la communauté
internationale après la transition en RDC a été l'une de mes grandes priorités
dès avant la tenue des élections.
Aujourd'hui, grâce à nos efforts, un groupe de concertation
comprenant les États-Unis, le Royaume Uni, la France, l'Afrique du Sud et
le Belgique fonctionne sur base informelle. Ce mécanisme est sans doute en deçà
de ce que j'aurais souhaité mais il constitue une bonne base pour une
concertation pragmatique efficace.
La prolongation du mandat de la
MONUC après la transition n'était pas évidente
L'opération
est couteuse et la concurrence d'autres missions de maintien de la paix est rude.
Obtenir que le Conseil de sécurité décide une prolongation d'un an sans
diminution d'effectif sera certes une belle victoire. Elle n'offre toutefois
qu'un maigre répit. Il est donc urgent de faire des progrès décisifs dans la
réforme du secteur de sécurité.
Lors du renouvèlement du régime de sanctions des Nations Unies à l'égard de la RDC, la Belgique a pu éviter un
assouplissement de l'interdiction de vente d'armes aux unités non-brassées dans
l'Est du Congo. Un tel assouplissement aurait donné un message erroné aux
autorités de Kinshasa qui doivent être encouragées à poursuivre sans
tergiverser les opérations de brassage de l'armée. De plus, il n'aurait pas
manqué d'avoir des répercussions négatives sur la sécurité d'une région où les
armes pullulent déjà de façon totalement incontrôlée.
Les immenses richesses naturelles de la région peuvent être la meilleure et la
pire des choses
Les convoitises qu'elles suscitent, leur pouvoir de corrompre
et de financer la lutte armée en ont fait un facteur d'instabilité et de
violence. Une gestion transparente de ces richesses aux bénéfices des
populations locales en ferait un formidable outil de développement. Je me suis
également battu ces dernières années pour placer ce thème à l'ordre du jour de
différents forums internationaux et nationaux. S'attaquer à ce thème, c'est
s'attaquer à des intérêts solidement établis et des privilèges fabuleux. Ce
combat est loin d'être achevé. La résistance au changement sera forte.
Le Rwanda reste un pays traumatisé par son passé. L'immense blessure du
génocide est loin d'être cicatrisée. Il faut continuer d'aider le peuple
rwandais à mener à bien la difficile tâche de réconciliation nationale et de
justice.
Enfin, s'inspirant de l'expérience européenne, il faut continuer d'inciter les
pays de la région à poursuivre le dialogue et la coopération régionale. C'est
la seule voie qui mène à une véritable stabilité sur le plan de la sécurité et
à un développement économique durable. C'est dans cette optique que j'ai incité la RDC, le Rwanda
et le Burundi à relancer la
CEPGL et à utiliser cet instrument pour mettre en oeuvre des
projets de coopération transfrontalière visant à améliorer le sort des
populations locales. J'espère pouvoir surmonter les vives réticences
congolaises qui freinent le lancement effectif du CEPGL.
Source | 03/09/2007
NDLR : L'affiche reprise ci-dessus est l'affiche électorale utilisée par le Ministre Karel DE GUCHT lors de la dernière campagne électorale pour les Législatives en Belgique du 10 juin 2007. Son parti "Open Vld" fait partie de la prochaine majorité parlementaire. Après 85 jours, les négociations n'ont toujours pas donné lieu à la formation d'un gouvernement. Cependant, plusieurs ex-ministres (MR, Open VLD) se sont rendus à Kinshasa cet été et ce PENDANT les négociations pour la formation d'un gouvernement belge.
"Goed bestuur" signifie "Bonne Gouvernance" ... Il vaut mieux en rire qu'en pleurer ! Les faits sont là !
Dunia SENDWE
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