Congo_r_dugi_s© Marie-France Cros | La Libre Belgique
Mis en ligne le 07/09/2007

Les élections n'ont guère amené d'amélioration au Burundi et au Congo

Les violences armées au Kivu (est du Congo) et les jeux troubles se poursuivent. La situation est explosive. Une nouvelle guerre n'est pas exclue.

L'inquiétude internationale a considérablement grandi, ces dernières semaines, au sujet de la situation dans les Grands lacs, en raison de la situation au Burundi et au Congo-Kinshasa, où des élections pluralistes, en 2005 et 2006, avaient pourtant soulevé de grands espoirs d'amélioration, sans effet jusqu'ici.

Le premier pays est paralysé par le manque d'intérêt du président Pierre Nkurunziza pour les affaires de l'Etat - la prière et le foot prennent l'essentiel de son temps - et son incapacité à admettre que sa brillante victoire électorale ne justifie pas son refus de s'entendre avec le Parlement, lui aussi élu, donc avec les partis politiques.

L'immobilisme qui ronge ainsi le Burundi depuis de longs mois a poussé la guérilla hutue des FLN à quitter les discussions de paix. De retour au maquis, elle apporte une aide aux FDLR (rebelles hutus rwandais, issus des génocidaires) en convoyant les recrues de ces derniers du Rwanda au Kivu (est du Congo) où ils ont pris le contrôle d'importants territoires; en échange, les FLN reçoivent des armes des FDLR.

Supplétifs ex-génocidaires

Ces derniers étaient jusque très récemment eux-mêmes armés par Kinshasa, qui les utilise comme supplétifs; ce sont, en effet, de meilleurs soldats que les troupes congolaises. Dans le passé, il s'agissait de combattre l'armée rwandaise d'occupation, aujourd'hui les rebelles congolais tutsis de Minembwé (Sud-Kivu) et du général Nkunda (Nord-Kivu). De source bien informée, "les FDLR prennent des positions occupées par les hommes de Nkunda et les donnent à l'armée congolaise le lendemain".

Si Kinshasa arme les FDLR, c'est que le nouveau pouvoir congolais craint toujours, malgré la paix, l'armée du Rwanda, bien meilleure que celle du Congo - peu ou pas payée, indisciplinée et faite de bric et de broc.

Kinshasa craint tant Kigali qu'elle ne veut pas voir qu'elle est en train de se créer un nouveau problème pour demain : la souveraineté que sont en train de se tailler les FDLR au Sud-Kivu et dont il sera bien difficile de les dépouiller ensuite. Les autorités congolaises ferment en outre volontairement les yeux sur les exactions hors normes - même pour le Congo, pourtant accablé en la matière - que commettent les FDLR sur les populations civiles du Kivu.

Le Rwanda, qui dépend étroitement de l'aide extérieure (comme le Congo et le Burundi), a fait d'importants efforts pour satisfaire la communauté internationale en se retirant du Congo, officiellement et officieusement. Mais il est évident que si les FDLR menacent ses frontières, il pénétrera à nouveau au Congo, relançant une nouvelle guerre.

Les FDLR ont tout intérêt à cette aggravation, qui leur octroierait au grand jour le statut d'allié de Kinshasa. De même, le général congolais mutin Laurent Nkunda a tout intérêt à pousser ses principaux adversaires sur le terrain, les FDLR, à pénétrer au Rwanda : une nouvelle guerre rendrait à ce proscrit et à ses troupes - des Tutsis congolais - le statut d'allié au grand jour de Kigali.

Positif : un accord a été signé lundi dernier entre Kigali et Kinshasa par lequel "les deux parties s'engagent à tout mettre en oeuvre pour que les ex-Far et Interahamwés (les FDLR) désarment et rentrent au Rwanda". L'accord est toutefois combattu par les faucons à Kinshasa et le ministre belge des Affaires étrangères Karel De Gucht a déploré, vendredi, que "l'impulsion positive de lundi soit contredite par les hostilités qui se sont produites sur le terrain ces derniers jours". Des combats avaient en effet toujours lieu à Rutshuru vendredi.

Les Grands lacs sont donc sur un baril de poudre, dont l'explosion réduirait à néant des années d'efforts diplomatiques et financiers internationaux et d'efforts politiques et de courage des populations de la région.

Kampala, pétrole et Bemba

Vendredi, le président congolais Joseph Kabila est parti en Tanzanie pour rencontrer ce samedi son homologue ougandais Yoweri Museveni. Il s'agit de réduire les tensions frontalières entre les deux pays au sujet de recherches pétrolières. Et peut-être de s'assurer que Kampala ne soutient plus son ex-allié congolais Jean-Pierre Bemba, l'opposant que le maître de Kinshasa veut maintenir en exil. 

© La Libre Belgique 2007

Ndlr: Il faut reconnaître en pensant aux précédents écrits de la journaliste Marie-France Cros qu'"Errare humanum est". L'erreur est humaine. Mme Cros a sans doute écouter les judicieux conseils de ces confrères congolais et s'informe auprès de bien meilleures et fiables sources que par le passé. Pourvu que cela dure ! Dunia SENDWE