19 septembre 2007
Le gouvernement rwandais participerait à l’approvisionnement en hommes en armes et en munitions de Nkundabtware
Communiqués et
publications d’Amnesty International
L’escalade de la violence dans le Nord-Kivu
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
AFR 62/014/2007
Réagissant aux combats violents qui ont opposé récemment les
forces gouvernementales aux fidèles du général dissident Laurent Nkunda,
Amnesty International a accusé ce lundi 10 septembre le gouvernement de la RDC et la communauté
internationale d’avoir trahi la population de l’est du pays.
« En dépit de la signature d’accords de paix, de la
tenue d’élections historiques et du déploiement de plus de 17 000 Casques
bleus, les habitants des deux provinces du Kivu ne voient toujours pas la fin
du conflit qui bouleverse leur vie depuis plus de dix ans », a déclaré
Erwin van der Borght, directeur du programme Afrique d’Amnesty International.
L’organisation a tiré la sonnette d’alarme face au risque
croissant que cette violence ne donne de nouveau lieu à des massacres
interethniques et à d’autres atteintes aux droits humains. Des personnes ayant
fui les combats ont signalé des viols et des homicides de civils à Amnesty
International. Le recrutement et l’utilisation d’enfants par les groupes armés
se poursuivent dans le Nord et Sud-Kivu.
Amnesty International a appelé toutes les forces impliquées
dans les combats à respecter le droit international humanitaire et relatif aux
droits humains, à cesser d’attaquer les civils et à permettre aux agences
humanitaires de venir en aide aux civils pris dans les violences. La Mission de l’Organisation
des Nations unies en République démocratique du Congo (MONUC) devrait se
consacrer en priorité à la protection de la vie des civils plutôt qu’au soutien
des opérations militaires du gouvernement de la RDC.
L’organisation a appelé parallèlement le gouvernement
rwandais à intervenir immédiatement pour mettre fin au recrutement sur son
territoire de combattants, parmi lesquels des mineurs, pour approvisionner les
troupes de Laurent Nkunda ; elle a demandé en outre aux autorités
rwandaises de respecter l’embargo de l’ONU sur les armes en empêchant tout
équipement militaire de franchir ses frontières vers la RDC.
Pour Erwin van der Borght,
« les informations selon lesquelles le gouvernement
rwandais participerait, pour le moins que l’on puisse dire, à
l’approvisionnement en hommes, en armes et en munitions de Laurent Nkunda, qui
est soupçonné d’être un criminel de guerre, sont extrêmement
préoccupantes. »
Amnesty International est convaincue que la poursuite des
violences dans l’est de la RDC
découle directement de ce que le gouvernement de ce pays et la communauté
internationale n’ont rien fait pour mettre fin à l’impunité dont bénéficient
systématiquement les auteurs d’atteintes aux droits humains.
« Un mandat d’arrêt international à l’encontre de
Laurent Nkunda a été émis il y a près de deux ans, a souligné le directeur du
programme Afrique de l’organisation. Si ce mandat avait été suivi d’effet, nous
n’assisterions peut-être pas aux violences terribles dont nous sommes témoins
aujourd’hui. Il faut que la communauté internationale, la RDC et le gouvernement
rwandais s’engagent clairement à collaborer pour faire en sorte que cet homme
soit déféré à la justice. » « Le gouvernement de la RDC a récompensé d’autres
hommes soupçonnés d’être des criminels de guerre en leur donnant des postes de
commandement dans l’armée. Il y a peu d’espoir que l’armée gouvernementale
parvienne à protéger les civils de manière professionnelle et impartiale si
rien n’est fait pour suspendre ces personnes de leurs fonctions et les juger.
La communauté internationale, qui fournit une aide financière et technique
considérable au programme de réforme de la sécurité en RDC, doit insister sur
cette nécessité. »
Complément d’information
Cela fait plus d’une semaine que l’armée congolaise et les
forces de Laurent Nkunda s’affrontent dans les territoires Rutshuru et Masisi
du Nord-Kivu. Un cessez-le-feu fragile a été négocié mais pourrait ne pas
durer. Plus de 40 000 personnes ont été contraintes de s’enfuir de chez elles au
cours des derniers jours, venant gonfler les rangs des 200 000 personnes
déplacées par l’insécurité dans la province depuis le début de l’année.
Ancien haut-responsable du Rassemblement congolais pour la
démocratie (RCD-Goma), Laurent Nkunda est accusé de crimes de guerre, en
particulier à Kisangani en 2002 et à Bukavu en 2004. Il fait l’objet d’un
mandat d’arrêt international émis par le gouvernement de la RDC en septembre 2005. Les
Nations unies l’ont accusé d’avoir violé l’embargo sur les armes à destination
de la RDC. À ce
jour, ni le gouvernement de la RDC
ni les Nations unies n’ont mené d’opération pour l’arrêter et il a pu jusqu’à
maintenant se déplacer librement dans certaines parties du Nord-Kivu et au
Rwanda.
Laurent Nkunda prétend que ses forces sont là pour protéger
la population tutsie de la province contre les attaques des Forces
Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), groupe armé rwandais insurgé. Il
reproche au gouvernement de la RDC
de ne rien faire pour chasser les FDLR de l’est de la RDC. Les FDLR sont
également soupçonnées de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité en
RDC.
Le gouvernement congolais a adopté comme politique de nommer
à des postes de commandement dans l’armée et la police des personnes
soupçonnées de participation à des crimes de guerre, des crimes contre
l’humanité et d’autres graves atteintes aux droits fondamentaux. Ces crimes
incluent des massacres fondés sur l’appartenance ethnique, le recrutement et
l’utilisation d’enfants soldats, des viols en très grand nombre et des actes de
torture.
À la fin de l’année 2006, le gouvernement a conclu un accord
avec Laurent Nkunda prévoyant le déploiement dans le Nord-Kivu de
« brigades mixtes » composées de combattants de Nkunda et de soldats
de l’armée régulière. Alors qu’elles étaient censées rétablir un climat de
confiance dans la région, ces brigades se sont rendues coupables de très
nombreuses violations des droits humains et n’ont fait qu’aggraver l’insécurité
et la crise humanitaire dans cette partie du pays.
En juin et juillet 2007, les enquêteurs de l’ONU ont fait
savoir que des personnes avaient été recrutées au Rwanda pour venir grossir les
rangs des forces de Laurent Nkunda, par l’intermédiaire de « réseaux
favorables à Nkunda ». Nombre de ces nouvelles recrues étaient des
enfants.
Posté le 10 septembre 2007
par Françoise Guillitte
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