19 septembre 2007
Kinshasa et Kigali, les deux régimes siamois continuent à jouer à cache-cache dans le Kivu !
C’est décidément une bien curieuse communication que celle
faite le samedi 15 septembre courant au corps diplomatique accrédité à Kinshasa
par Alain Lubamba, vice ministre UDEMO aux affaires étrangères.
Dans un langage
dépourvu d’élégance diplomatique, Alain Lubamba qui réagissait à la « demande »
faite par le Conseil de sécurité de l’Onu au gouvernement congolais d’engager
un dialogue avec Laurent Nkunda, a d’entrée de jeu, désigné le Rwanda comme
Etat responsable de l’insécurité au Nord et Sud-Kivu en soulignant que les
tensions actuelles dans cette région ont pour conséquence directe la présence
des armée régulière et milices rwandaises non invitées par la RDC. Ce, avant de rejeter
toute possibilité de dialogue avec Laurent Nkunda au motif qu’il qu’est un
criminel de guerre identifié et considéré comme tel par les Nations Unies.
Quelle est l’opportunité d’une telle déclaration devant le
corps diplomatique le jour même où s’est ouverte à Munyonyo, non loin de
Kampala, une tripartite +1, réunissant les délégués des gouvernements de
Kinshasa, de Kigali et de Kampala et de Bujumbura avec comme points à l’ordre
du jour la sécurisation dans les Grands Lacs et la neutralisation des forces
négatives encore actives dans la région ?
Dans le même ordre d’idées, on ne peut résister à la
tentation de se demander à quel jeu se livrent finalement Kinshasa et Kigali
après les bonnes intentions de normalisation politique pacifique réaffirmées
par les deux capitales au cours du récent séjour à Kinshasa de Charles
Murigande, ministre rwandais des affaires étrangères ?
A lire les signes de temps, on ne peut ne pas réaliser qu’
entre Kinshasa et ses mentors de Kigali, les discours de bonne intention sont
destinées à la consommation extérieure et que le statu-quo actuel est déjà en
soi une forme de « normalisation politique » pour les deux régimes qui se
détestent tout en s’appréciant considérablement. Et comment en serait-il
autrement quand pour approcher « le criminel de guerre » Laurent Nkunda ,
Kabila sollicite la médiation de Kigali et délègue le général Jhon Numbi
prendre langue avec le général déchu qui exige à présent ni plus ni moins que
le respect des accords de Kigali dont la teneur est cachée aux Congolais ?
Paul Kagame qui en sait plus, pour avoir offert la médiation
sollicitée par Kabila Kabange, ne s’est pas offusqué de « s’ingérer »
dans les affaires congolo-congolaises en déclarant que les revendications de
Laurent Nkunda lui semblaient légitimes. Silence radio du coté du gouvernement
Gizenga dont on aurait pu attendre une protestation énergique. Que non ! Yandi
Ve ainsi que l’on surnomme le premier ministre de Kabila évite soigneusement
toute escalade verbale et n’entend polémiquer avec quiconque. D’ailleurs,
depuis qu’il trône à la primature en vertu d’un dol entre les renégats du
lumumbisme et ceux du mobutisme, le gourou du PALU semble planer dans les
nuages. Il n’est donc pas étonnant qu’il demeure aphone quand la rentrée
scolaire se transforme en école buissonnière jusqu’à ce jour, quand les adeptes
de Bundu dia Kongo se font massacrer au Kongo Central par ceux qui abusent de
la puissance publique ou quand Kinshasa est sous les feux nourris des troupes
privées de Kabila Kabange et celles tout aussi privées de Bemba Gombo, mais
toutes faisant curieusement partie des forces armées du Congo à démocratiser.
Il reste que tout en accusant les Rwandais d’être
responsables de l’insécurité qui paralyse le Nord et le Sud-Kivu, Kinshasa par
le biais de son vice-ministre des Affaires étrangères réaffirme tout de même sa
volonté d’avoir des rapports apaisés avec ses voisins tout en soutenant n’avoir
pas d’agenda caché.
En d’autres termes, pour Kinshasa, l’enfer c’est toujours
les autres, mieux le Rwanda. Même alors, on ne peut ne pas relever l’ambiguïté
du discours de Kinshasa dont le vice-ministre met en cause la présence des
troupes rwandaises sur le sol congolais du Kivu pendant qu’à la tripartite +1 de
Kampala, les plénipotentiaires de Kinshasa, Mbusa Nyamwisi, ministre des
Affaires étrangères et son collègue, Tshikez Diemu de la Défense nationale, «
encadrés » par le patron de la
MONUC, William Lacy Swing, tablent eux sur la sécurisation
dans les Grands Lacs et la neutralisation des forces négatives encore actives
dans la région sous la facilitation « bienveillante » de l’Amérique de Bush.
Il ressort de l’ordre du jour de Munyonyo que la question
des Interhamwe et autres ex-FAR que la
RDC répugne si souvent s’invitera à la table de la
tripartite+1 surtout quand il n’est secret pour personne qu’en vertu du
principe selon lequel les ennemis de mes ennemis sont mes amis, les FDLR ont
officiellement repris du service aux cotés de l’armée congolaise et de ses
MaÏ-Maï dans la traque contre les troupes du général FARDC déchu Laurent Nkunga
Mihigo. Ce n’est pas un cannur. La très controversée MONUC l’atteste. Au point
que se pose avec anxiété la question de « bonnes » milices qui se sont
reconstituées sans que cela ne gêne outre mesure ceux qui disposent de
l’imperium.
En tout état de cause, le plus difficile reste à faire au
regard de la panacée de Kinshasa pour mettre fin à la présence des FDLR sur son
territoire : convaincre Kigali à organiser le dialogue inter-rwandais. C’est le
préalable majeur de la direction politique des FDLR pour envisager un
quelconque retour au pays de mille collines. Qu’une telle revendication
jusqu’auboutiste soit reprise en chœur par le régime des Kabila, il y a lieu
d’avouer que le statu-quo-pourrissement actuel sert de fond de commerce tant à
Kinshasa et à Kigali, deux régimes siamois qui sont loin d’être des jardins où
poussent les fleurs de la démocratie.
© CongoOne , Mise en ligne le 16-09-07
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