25 septembre 2007
L'Est de notre pays : Enjeux d'une guerre !
© Kä Mana | Le
Potentiel | 21 Septembre 2007
Depuis 1960,
l'Est de notre pays a toujours été une zone de fortes
turbulences et de conflagrations meurtrières face auxquelles nous n'avons pas
jusqu'ici trouvé les voies d'une sécurité profonde et d'une paix bâtie sur un
socle sûr.
D'année en année, les troubles sociaux, les guerres civiles
et les invasions étrangères qui se succèdent dans cette région et y accumulent
des malheurs et des tragédies, imposent aux populations le sentiment d'une
maudite fatalité contre laquelle, ni elles ni notre gouvernement, ne peuvent
rien.
L'Est, un symbole intérieur
de notre liberté
Dès les premiers mois de notre indépendance, le désordre
politique et la guerre civile qu'il engendra poussèrent les nationalistes
lumumbistes à se replier à l'Est pour s'organiser et préparer la reconquête du
pouvoir après l'assassinat de Patrice Emery Lumumba. Un bastion de résistance à
la logique néo-colonialiste vit le jour là-bas. Dans son projet comme dans sa
philosophie, ce bastion fut très différent des ambitions sécessionnistes du
Katanga, sous l'égide de Moïse Tshombe, ou du Sud Kasaï, sous l'égide d'Albert
Kalonji. Nous savons aujourd'hui que les sécessions katangaise et kasaïenne
relevaient de la même logique néo-coloniale que celle incarnée par Joseph
Kasa-Vubu et Joseph-Désiré Mobutu à Kinshasa, dont le gouvernement centrale ne
fut qu'un jeu de marionnettes entre les mains des puissances d'Occident.
En revanche, l'Est, avec Antoine Gizenga et les lumumbistes
de tous bords, représentait la possibilité d'une politique de liberté et
d'autonomie réelles, contre toutes les manoeuvres de la Belgique et des
Etats-Unis qui voulaient vider notre indépendance de toute sa substance et de
toute sa signification en tant que prise en charge du destin du Congo par les
Congolais.
Dans l'imaginaire de toutes les forces sociales qui
refusaient une fausse indépendance, cette région représentait en ces temps-là
ce que nous avions de « feu sacré » pour construire un avenir de peuple libéré
du joug de l'humiliation, déterminé à reprendre les rênes de l'initiative
historique et décidé de vivre la nouvelle époque qui s'ouvrait sous les
auspices d'une volonté de renouveau et de changement en profondeur.
Par rapport au Katanga qui symbolisait en ces temps-là la
trahison de l'unité nationale et l'esprit de soumission égoïste aux aventuriers
néocoloniaux ; par rapport au Sud Kasaï qui représentait le désir futile et
quelque peu comique d'un repli sur soi pour mieux obéir à la voracité d'une
mafia internationale intéressée par les « diamants de la MIBA » ; par rapport à toutes
les autres régions du pays dont les populations ne saisirent pas alors les
enjeux idéologiques et matériels de la place de notre nation dans l'ordre
international en pleine guerre froide, l'Est sut incarner la grande espérance
d'un Congo uni et prospère dans son indépendance.
Même lorsque la « pacification » néocoloniale mobutiste
parvint à installer son ordre au Katanga et au Kasaï, comme plus tard dans le
Bandundu où Pierre Mulele avait su organiser une infructueuse guerre de
libération, c'est à l'Est que le petit reste de nationalistes convaincus
continua à tenir, dans un petit maquis dirigé par Laurent Désiré Kabila, la
flamme de notre foi en l'avenir. N'oublions pas cette dimension symbolique de
cette région meurtrie dès les premières heures de notre indépendance : à l'Est
s'est joué le destin de notre liberté et ce destin se joue encore aujourd'hui
dans les nouveaux orages et les nouvelles tempêtes de l'histoire.
Cela est d'autant plus vrai que c'est dans cette région
qu'une autre symbolique nationale s'est nouée pour la consolidation de notre
indépendance. Je parle de notre victoire contre les mercenaires d'un certain
Jean Schramm, un aventurier belge qui ambitionna de reconquérir le Congo pour y
faire de nouveau régner directement l'ordre de grandes entreprises coloniales
contre un Mobutu un temps tenté par des velléités d'insoumission aux maîtres
qui l'avaient fabriqué.
A cette époque, Mobutu eut l'intelligence de toucher les
fibres du nationalisme congolais et de lancer une politique d'unité qui lui
permit de récupérer astucieusement la figure de Lumumba dans une lutte dont le
résultat fut la légitimation de son pouvoir contre les forces destructrices
venues de l'extérieur.
C'est face au danger venu de l'Est que Mobutu comprit qu'il
n'y avait pas d'autre solution face à l'avenir que la construction d'un
nationalisme congolais authentique. S'il avait persévéré dans cette voie d'une
politique de sécurité de la nation à partir de la mobilisation de tout notre peuple
contre les puissances néocoloniales, il aurait pu devenir un grand homme d'Etat
et un héros libérateur dont notre imaginaire aurait positivement gardé la
mémoire pour toujours. S'il avait refusé de redevenir le pantin dangereux et
impitoyable que les forces néocolonialistes voulaient faire de lui et qu'il
avait misé sur nos populations aux yeux desquelles sa politique nationaliste
fit un temps illusion, il aurait vaincu les vents contraires et gagné la seule
bataille qui valait la peine d'être gagnée, celle de notre indépendance.
Malheureusement, il fit le choix contraire : il sauva son
pouvoir en s'alliant avec ceux qui pouvaient l'aider à vaincre les mercenaires
pour asseoir une autocratie aveugle et sans intelligence. Autocratie que les
forces rwando-ougandaises venues de l'Est renversèrent des années plus tard,
sans vraiment coup férir.
Ne l'oublions pas : ces forces rwando-ougandaises n'ont pu
vaincre l'autocratie mobutiste que parce que cette autocratie avait déjà été
vaincue par notre peuple.
Contrairement à la légende d'une AFDL venue libérer le pays
d'une dictature féroce, la réalité est que le pouvoir de Kinshasa était un
pouvoir honni et abandonné par son propre peuple. Combattu de l'intérieur par
une opposition qui avait déjà posé les fondements d'un nouvel ordre politique à la Conférence
Nationale Souveraine, le gouvernement de Mobutu avait perdu
ses ressorts internes. Il errait comme une bête mortellement blessée, qui voit
venir la mort dans un incommensurable désarroi et s'agite dans tous les sens
par un dernier instinct de survie improbable.
Si les pouvoirs néocoloniaux avaient trouvé dans notre
personnel politique un nouvel homme marionnette qui aurait pu jouer le même
rôle que Mobutu sans être aussi haï par le peuple ni aussi pourri dans son être
que le système mis en place par le MPR avec le soutien de ces mêmes pouvoirs,
l'AFDL ne serait jamais arrivée à Kinshasa. Comme l'alternative intérieure à
Mobutu ne pouvait être qu'Etienne Tshisekedi, personnage insaisissable,
lunatique et indomptable du point de vue des pouvoirs néocoloniaux, ceux-ci
misèrent sur une agression extérieure qui devait permettre au Rwanda de mettre
à Kinshasa un pouvoir sous contrôle néocolonial. Un pouvoir capable de laisser
les grands conglomérats industriels étrangers piller tranquillement les
fabuleuses richesses de la RDC.
Faute d'un soutien intérieur sous forme d'un gouvernement de
caniches acquis à sa cause, l'ordre néocolonial inventa une dictature
téléguidée par son nouvel homme fort dans la région des Grands Lacs : Paul
Kagamé. C'était sans compter avec la conscience lumumbiste incarnée par Laurent
Désiré Kabila. L'homme joua un double jeu face à ses protecteurs qui le
condamnèrent à mort et l'exécutèrent sans états d'âme.
Mais il avait déjà eu l'intelligence d'internationaliser le
conflit congolais et de faire entrer dans la danse macabre et guerrière des
alliés dont il n'imaginait pas qu'ils avaient, eux aussi, des ambitions
prédatrices et une volonté de mettre à profit leur présence au Congo pour
développer leur propre politique de puissance et d'expansion dominatrice. Avec
l'internationalisation du conflit congolais, les enjeux échappèrent aux
montreurs de marionnettes qui croyaient en la toute-puissance de Kagamé pour régner
sur le Congo.
L'Angola s'affirma vite comme une contre puissance et un
ogre aussi vitalement intéressé par les richesses du Congo que le Rwanda. Par
delà notre territoire, les deux pays s'engagèrent dans une logique de guerre
pour le contrôle du Congo. Puisque l'Angola avait déjà, par proximité
géographique et par liens particuliers entre Dos Santos et Laurent Désiré
Kabila, pris Kinshasa dans son escarcelle, il ne restait au Rwanda qu'une seule
issue : s'emparer de l'Est du pays pour l'exploiter à sa guise et au profit des
certains conglomérats industriels carnassiers et insatiables.
Géostratégiquement parlant, tout ce qui se déroule à l'Est aujourd'hui n'est
qu'une manière, pour le pouvoir rwandais, de gagner la bataille d'annexion de
cette région, militairement s'il le faut, ou par une politique qui ne serait
que la continuation de la guerre par d'autres moyens, comme tout le monde le
sait.
Dans la mesure où il est devenu impossible pour le Rwanda de
gérer une guerre qui s'est internationalisée et dont les protagonistes qui
agissent dans l'ombre voient qu'elle n'est plus la meilleure façon de « faire
les affaires », l'on achemine vers une paix négociée qui permette aux
prédateurs de signer des accords avec un Congo fragile et impuissant, pour pouvoir
perpétuer une politique d'exploitation de nos richesses le coeur tranquille.
Le silence des armes ne signifiera pas la paix pour notre
pays. Il ne signifiera pas notre victoire contre des ennemis aguerris, mais
notre défaite pure et simple, du point de vue militaire comme du point de vue
politique. Les négociations de tous bords qui se déroulent aujourd'hui partout
au-dessus de nos têtes sont menées non pas pour notre liberté et notre
indépendance, mais pour notre soumission au nouvel ordre d'exploitation où les
vainqueurs sont, en réalité, les conglomérats industriels étrangers tout comme
le Rwanda et l'Ouganda, nos ennemis Ogres, ainsi que l'Angola, notre voisin
Cyclope.
L'Est est maintenant le symbole de notre asservissement et
les troubles qui s'y développent ne sont que des manoeuvres d'intimidation et
de fragilisation contre lesquelles notre gouvernement est impuissant. Si notre
président signe maintenant des accords sans consulter notre peuple ou ses
représentants, c'est parce qu'il sait qu'il a le dos au mur et que son sort
dépend des prédateurs qui l'ont énergiquement entre leurs griffes et leurs
crocs.
Il signe les accords comme un vaincu signe sa reddition,
nous avec lui. Voilà la vérité qu'il nous faut regarder en face. Nous sommes en
train de perdre politiquement et militairement la bataille de l'Est, cette
région qui est dans notre imaginaire le symbole même de notre liberté.
Pourquoi perdons-nous
cette guerre ?
Nous perdons cette guerre parce que le président de la République s'obstine à
vouloir poursuivre la logique de l'AFDL grâce à laquelle il a accédé au pouvoir
suprême. Cette logique consiste à s'appuyer sur des forces étrangères pour
s'emparer de son propre pays et y installer une dictature qui permette à ces
étrangers de prendre possession des richesses nationales.
Laurent Désiré Kabila avait compris à quel point cette
logique est aberrante et il avait dû renoncer à beaucoup d'engagements
néocoloniaux qu'il avait pris à l'égard de ses protecteurs rwandais et ougandais.
Cette lucidité lui coûta la vie. Elle lui coûta la vie non pas parce qu'il
s'agissait d'une erreur de jugement, mais parce que le président avait fait le
choix de ne pas fonder sa protection sur son propre peuple et dans l'alliance
avec les vraies forces politiques nationales. Il a voulu des alliances avec les
pays voisins, en comptant sur la force des armes. C'est cela qui le perdit.
S'il avait pu nouer de vrais liens de solidarité nationale avec les énergies
politiques et sociales de notre pays, sa protection aurait été assurée par la
volonté de toute notre nation. La volonté de voir Laurent Désiré Kabila vivre
suffisamment longtemps pour mettre sur pied une politique de réconciliation,
d'unité, de prospérité et de bonheur pour tous.
Je constate que le président actuel prend la même mauvaise
direction que son prédécesseur. Il pense que sa survie physique et politique
dépend des accords signés avec le Rwanda, l'Angola et l'Ouganda pour
l'exploitation tranquille de notre pays. Au lieu de refonder l'unité nationale
dans une alliance politique claire, solide et fertile avec Etienne Tshisekedi
et Jean-Pierre Bemba pour mobiliser tout notre peuple au service de notre
indépendance, de notre liberté et de notre développement, il s'engage dans la
voie d'isolement par orgueil et « morgue » dictatoriale.
Il s'extirpe lui-même de nos coeurs et s'enferme dans une
solitude glaciale où il ne recevra de nous que pitié, indifférence et mépris,
comme Mobutu en son temps. Il ne comprend pas que lorsqu'il aura perdu notre
soutien et l'intérêt que nous portons encore à son gouvernement, ses alliés le
lâcheront comme ils ont lâchés Mobutu. Peut-être l'assassineront-ils comme ils
ont assassiné Laurent Désiré Kabila. Déjà du côté de l'Angola se lèvent de
virulents doutes sur les capacités de notre président à assumer les tâches
qu'attendent de lui ses parrains.
Dos Santos l'a clairement laissé entendre à Luanda il n'y a
pas longtemps. Le soutien de Kagamé à Nkunda Batware ne signifie pas autre
chose. Il est la corde avec laquelle le Rwanda veut pendre le président
congolais. Même le ballet diplomatique qu'orchestre Louis Michel entre
Jean-Pierre Bemba, Vital Kamerhe et le président de la République n'est pas un
signe d'un soutien sans faille à Kabila Kabange. C'est une pression
psychologique pour que le chef de l'Etat sache qu'il n'a pas les mains libres
pour diriger le Congo autrement que selon la volonté des maîtres du monde, quoi
qu'il pense.
Comment notre président réagit-il à cette situation ? Au
lieu de prendre l'initiative de mobiliser son propre peuple dans une union
sacrée pour la défense de notre indépendance, il réunit les journalistes pour
montrer en quoi il est encore capable de maintenir le pays dans l'ordre néocolonial.
Il développe un discours de « vrai » chef invincible et de caïman féroce, un
discours musclé sur les chantiers présidentiels qui vont démarrer bientôt, sur
le cas de Jean-Pierre Bemba qui, selon lui, dépendrait du Sénat et de la
justice, sur le pays qui avance dans la bonne direction et sur le président
lui-même qui est en bonne santé et se sent en pleine forme pour gouverner sans
prendre des vacances inutiles en Europe. Pendant qu'il tient ce discours d'un
chef imbu de lui-même et de « Boss » devenu autiste, tous les sénateurs qui
reviennent de leurs circonscriptions électorales parlent de notre pays comme
d'un pays sinistré, d'un espace catastrophe et d'une terre où les populations
sont abandonnées à elles-mêmes par le système que le président incarne
aujourd'hui.
En clair, Kabila Kabange règne sur un mouroir et un
cimetière et il ne le sait pas, à moins qu'il fasse semblant de ne pas le
savoir. Il veut que nous lui fassions confiance au moment même où son régime
laisse à l'abandon tout l'arrière-pays visité par ses propres sénateurs.
Comment voulez-vous qu'un pays ainsi divisé contre lui-même puisse échapper à
la voracité des charognards qui l'entourent et retrouver en lui-même les
énergies pour se remettre debout et avancer vers un quelconque progrès et un
quelconque bonheur ? Le président n'a pas de réponse à cette question. C'est là
sa faiblesse profonde comme chef de l'Etat.
Il faut le dire haut et fort aujourd'hui : nous perdons la
guerre de l'Est parce que nous sommes mal gouvernés, mal dirigés et
complètement émiettés dans notre conscience nationale. Nos dirigeants croient
encore au projet néocolonial pendant que notre peuple meurt. Ce peuple des
Morituri sent le sol se dérober sous ses pieds, perd toute confiance dans son
gouvernement et ne voit d'autre horizon que sa propre mort. Ce que veut un tel
peuple, c'est une énergie de résurrection pour refonder l'unité nationale et
résoudre les problèmes cruciaux dont les sénateurs Kengo Wa Dondo et Lunda
Bululu ont trouvé des accents pathétiques pour dire dans nos médias ce qu'ils
ont vu de leurs propres yeux et ce qu'ils ont vécu pendant un temps du désarroi
de nos populations : la mort même de notre pays, physiquement parlant.
Pour la résurrection
de nos pouvoirs créatifs
Je suis étonné aujourd'hui de voir que les propositions de
ces sénateurs par rapport à ce qu'ils ont vu et vécu pendant leurs vacances
parlementaires ne vont pas plus loin que des recettes politico-économiques
d'usage. Kengo Wa Dondo propose un doublement du budget national. Lunda Bululu
se tourne vers le gouvernement pour l'encourager à engager une nouvelle
politique sociale à l'égard de nos populations et à appliquer vite les
dispositions constitutionnelles qui stipulent que 40% de recettes locales
restent entre les mains des gouvernements provinciaux.
Tout se passe comme si la remise en cause de l'ordre
néocolonial et du goulot d'étranglement que représentent nos voisins rwandais,
ougandais et angolais n'étaient pas à l'ordre du jour. Encore moins
l'organisation locale de notre propre peuple pour qu'il échappe lui-même à la
mort et trouve en lui les ressorts de sursaut et d'orgueil dans des initiatives
qui ne viendraient pas d'en haut.
Je m'étonne aussi que les sénateurs ne réagissent pas vigoureusement
à l'accusation d'apathie que le président porte contre eux concernant le cas de
Jean-Pierre Bemba.
Puisque la balle est dans leur camp, selon la malicieuse
affirmation du chef de l'Etat, pourquoi ne le prennent-ils pas au mot pour
proposer purement et simplement une politique de réconciliation nationale qui
ne s'arrêtera pas au cas de Jean-Pierre Bemba, mais s'étendrait jusqu'à la
mobilisation de toutes les forces politiques du pays pour une refondation de
notre unité dans la défense de nos intérêts vitaux ?
Plus concrètement, n'est-il pas temps de remettre l'UDPS
dans la dynamique de la refondation nationale et de faire appel à toutes les
forces de reconstruction qui remettent en question l'ordre néocolonial dans
lequel se noie l'actuelle direction de notre pays ?
Je ne comprends pas non plus comment l'entourage du chef de
l'Etat ne lui fait pas comprendre que la seule arme dont nous disposons face à
nos voisins agressivement armés et blindés dans les dictatures féroces ne peut
être que la démocratie : une démocratie vraie, ouverte, créative, mettant le
peuple en mouvement pour qu'il ait confiance en ses potentialités locales et
construise lui-même son destin. Nous avons un pays plus riche que toutes les
dictatures qui nous entourent. Pourquoi voulons-nous que notre peuple soit
muselé et étouffé alors qu'il peut user de tous ses atouts pour montrer de quoi
il est capable en s'organisant avec vigueur et en se considérant désormais
comme un peuple d'élite dans le concert des nations ?
Je ne comprends pas non plus comment un jeune homme
énergique et plein d'avenir, comme notre président, peut s'enfermer dans
l'illusion de devenir un « petit » dictateur alors que son intérêt serait de
faire plutôt de son peuple un peuple fort et créatif, une nation imaginative et
organisée, capable de porter par son propre dynamisme le pouvoir qui le
gouverne. Au lieu d'innover dans l'art de gouverner pour mettre sur pied une
démocratie heureuse et épanouie, que tous les peuples nous envieraient, comment
se fait-il que notre président ne cherche qu'à ressembler à Kagamé, à Museveni
ou à Dos Santos, au point de faire piètre figure face à leurs manoeuvres
machiavéliques de potentats sans scrupules ?
Aujourd'hui, la guerre de l'Est doit nous faire comprendre
qu'il nous faut une réorientation globale de notre politique, de notre vision
de nous-mêmes et de notre manière de penser notre sécurité dans le monde
d'aujourd'hui. Sans cette réorientation pour refonder l'unité de notre nation,
le Rwanda aura un jour raison de notre faiblesse et annexera l'Est de notre
pays. L'Ouganda s'emparera de nos richesses pétrolières et de tous nos trésors
naturels qui sont à ses frontières. Et même notre allié, l'Angola, agrandira,
comme il le fait déjà, son territoire vers nos propres terres pour jouir de nos
atouts du sol et du sous-sol. Nous serons alors les dindons de la farce de
l'ordre néocolonial. Ne voyez-vous pas que cette perspective, impensable il y a
quelques années, est en train de prendre corps ?
Il faut réagir vite, car le temps presse. Réagir de toutes
nos forces de volonté d'indépendance, de liberté, de prospérité et de progrès
social. Réagir avec toutes nos énergies de responsabilité et de solidarité
nationale. Réagir surtout avec notre intelligence et notre dynamique
d'espérance en action, afin d'échapper une fois pour toutes au Cyclope
néocolonial et aux ogres qui nous entourent. Nous n'avons plus d'autre choix.
Kä Mana
L'auteur est un Philosophe et théologien congolais
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