Joseph Kabila aurait-il signé son arrêt de mort?

Les lecteurs des médias Congolais ont lu hier mardi 02/10/2007(matin), sur le site 'Digitalcongo' et dans le journal Uhuru, une interview que Joseph Kabila aurait donnée au journaliste américain indépendant Jackson Wilson en marge de l'Assemblée générale de l'ONU. Cette interview aborde des sujets divers dont l'acquisition de la bombe nucléaire et la vente de l'uranium congolais à l'Iran et à la Corée du Nord. La bombe atomique serait acquise avec l'aide de la Chine avant la fin du mandat de Joseph Kabila. Quant à la vente de l'uranium congolais aux pays classés dans l'axe du mal par les U.S.A., le président congolais ne trouverait aucun inconvénient que ce minerai soit traité comme tous les autres. 

Après avoir publié le texte de cette interview le matin, les gestionnaires du site 'Digitalcongo' se seraient ravisés en publiant, dans la soirée de mardi (17h07'37'') un petit communiqué intitulé " Alerte sur la toile: une fausse interview de J. Kabila à Washington reprise dans les médias de Kinshasa!". 'Digitalcongo' demande à ses lecteurs d' "attendre le vrai texte de cette interview (…) dans les prochaines heures".

Comment ce site réputé kabiliste a-t-il publié un texte à authenticité douteuse pour se raviser après? Erreur? Précipitation? Amateurisme? Souci d'objectivité? Tout cela à la fois? Quel crédit pourrons-nous accorder au prochain texte? Qui nous donnera des garanties qu'il n'aura pas subi 'le coupagisme'?

Revenons à la première interview.

Des questions qui fâchent

Joseph Kabila aurait-il signé son arrêt de mort en abordant des questions géostratégiques délicates avec beaucoup de légèreté? En effet, il est vrai que les derniers accords signés entre le Congo et la Chine ont fait jaser le monde entier. Officiellement, ils ne concernaient que les infrastructures. Que Joseph Kabila les étende au domaine militaire dans le but d'acquérir la bombe nucléaire avant la fin de son mandat dans un monde où la Chine est soupçonnée d'être un allié peu sûr, cela ne pourrait pas manquer de lui attirer des ennuis. Laurent-Désiré Kabila a payé (entre autres) le prix de son retour en Chine. L'Iran subit des menaces de guerre. Officiellement, il est accusé de chercher à se doter d'une bombe nucléaire.

L'interview de Joseph Kabila jetterait assez de lumière sur son choix de la Chine comme partenaire multilatéral pour l'avenir. Les Occidentaux étant devenus chiches - en lui promettant 200 millions de dollars US pour cinq ans-, il aurait opté en connaissance de cause pour une Chine déliant facilement le cordon de sa bourse (8,5 milliards de dollars). Mais là où le bât pourrait blesser, c'est quand, niant ses parrains occidentaux, il cracherait sur leur soutien à la mascarade électorale congolaise d'où il est sorti vainqueur.

Aussi, il couperait la branche sur laquelle il est resté longtemps assis en tournant en dérision l'aide militaire reçue de la Belgique. Cela même si son témoignage nous permet de confirmer ce que nous savions déjà: "Le matériel militaire belge livré au Congo était de seconde main".

En attendant 'le vrai texte'

Un Hugo Chavez ou un Fidel Castro –modèles de Joseph Kabila(?)- aurait donné une interview semblable à celle que nous venons de lire sur 'Digitalcongo' (ce mardi 02/10/2007), il n'y aurait rien à redire. Cette interview intègre beaucoup d'éléments des remises en question habituelles des analystes congolais sur les relations du Congo avec ses partenaires traditionnels. Si elle suscite des peurs et des craintes au risque d'être falsifiée dans "les prochaines heures", cela serait lié à plusieurs facteurs. Il se pourrait qu'elle soit en fait un canular. Elle dérangerait aussi dans la mesure où il serait attribué à un président dont la politique est extrêmement extravertie et manipulable à souhait. Elle dérangerait dans la mesure où elle aurait dit tout bat ce que plusieurs congolais disent tout haut sans que son initiateur ait été conscient des effets qu'elle pourrait produire sur la place publique.

Si 'le vrai texte' venait à prouver que cette interview est un canular, il ne serait pas mal que cette dernière soit conservée dans les archives du Congo à cause de la part d'audace et de risque qu'il contient.

En attendant 'le vrai texte', il appartient aux gestionnaires de 'Digitalcongo', s'ils veulent être fidèles à leur vocation – publier les textes qui caressent le président Joseph Kabila dans le sens de ses poils- de nous prouver l'inauthenticité de cette première interview.

© J.-P. Mbelu