11 octobre 2007
Intervention du député Kiakwama Kia Kiziki au sujet du crash de Kingasani
Crash, Kiakwama crève l'abcès !
Intervention du député Kiakwama Kia Kiziki au sujet du crash
de Kingasani
Honorable Président, Chers Collègues, Monsieur le Premier
Ministre,
Au nom du Groupe Parlementaire des Chrétiens Démocrates, je joins ma voix à
celles de tous les Congolais et je présente mes condoléances à toutes les
familles touchées par le crash aérien survenu ce 04 octobre. Je voudrais les
assurer de notre compassion et de notre solidarité dans le deuil tragique qui
les frappe.
Un deuil de plus, un deuil de trop
Une fois encore, nous sommes frappés par un
drame d’autant plus révoltant que, tous, nous savons qu’il était évitable. Une
fois encore, des Congolais innocents viennent de perdre la vie, victimes de l’incurie
et de l’indifférence de ceux qui prétendent les gouverner.
Une fois encore, les gouvernants défendent les intérêts de
tout le monde sauf ceux des Congolais.
Jusqu’à quand, nous, élus de la
Nation congolaise, continuerons-nous à être aussi complaisants
et aussi peu courageux ?
Comment pouvons-nous continuer à laisser faire ?
Massacre après massacre, scandale après scandale, drame après drame, le même
schéma se répète. Quelques larmes, un peu d’agitation devant les caméras et
puis plus rien. Tout reprend comme avant.
Combien de fois devrons-nous monter à cette tribune pour dénoncer encore et
encore, au point de passer pour d’austères pères-fouettards ?
Chers Collègues
Le crash aérien survenu est une nouvelle manifestation des maux profonds qui
gangrènent nos institutions et les hommes qui les animent ; le déni de la
réalité, le refus du bon sens, de la transparence et de la responsabilité et
enfin l’impunité, enfant de l’arrogance, du cynisme et du mépris. Arrêtons-nous
un instant. Quels sont les faits ? Quelle est leur portée :
Le Ministre des Transports a attendu 6 mois après son entrée en fonction pour
enfin décider d’interdire de vol les avions Antonov et les soumettre à une
revue générale.
Et personne à ce jour, surtout pas le Ministre, ne peut
expliquer sur quels critères la commission technique mise en place accorde
finalement les autorisations de vol. Ce même Ministre des Transports a ensuite
le cran de passer sur RFI le lendemain du drame et d’en rejeter l’entière
responsabilité sur la seule Régie des Voies Aériennes. Seulement il oublie de
dire à RFI qui exerce la tutelle sur la
RVA.
Le Ministre d’Etat près le Président de la République, ose écrire,
dans une lettre officielle, qu’il a été informé par la presse de la
mesure de suspension prise par son collègue et lui donne ensuite
tranquillement injonction de rapporter sa mesure.
Une fois le drame survenu, on révoque le Ministre qui s’était refusé à lever la
mesure de suspension et on garde celui qui lui a ordonné de laisser aller
librement les cercueils volants sous prétexte que sinon leurs propriétaires
perdraient de l’argent. Donc on félicite le fauteur de troubles et on
sanctionne le seul qui ait eu un semblant de réflexe de bonne gouvernance.
Sur base de quelle autorité le Ministre près le Président donne-t-il des
injonctions à son collègue?
A quoi sert le Conseil des ministres ? A quoi servent les comités
interministériels ? Où est le Premier Ministre ? Où est le Gouvernement ?
Chers Collègues,
Ce n’est même pas le sort des deux ministres qui m’intéresse. S’agissant d’eux,
la cause est entendue :
Soit qu’ils connaissaient l’état du secteur, donc ils
doivent partir car ils sont politiquement responsables.
Soit qu’ils ignoraient tout de la gabegie ambiante, alors ils doivent partir,
car ils sont incompétents.
La semaine passée, l’un des deux responsables a été démis. Bien. Devons-nous
nous contenter de ce coupe-feu. Ou serons-nous obligés de poser encore à celui
qui reste une question déjà posée dans cet hémicycle, sans réponse : « Monsieur
le Ministre d’Etat, combien de morts faudra-t-il pour que vous démissionniez ?
»
Chers Collègues,
Je voudrais, en appeler à un sursaut de notre part à tous, une fois encore, une
fois de plus.
Nous avons eu l’adoption du Budget 2007, les massacres du Bas-Congo, Kahemba,
et, récemment, le dossier des Hydrocarbures et de la Zone d’intérêt commun
Nous
avons encore la situation au Kivu et la question toujours pendante de la
rémunération de nos enseignants, sans parler de la revue des contrats miniers
dont personne n’a de nouvelles, ni d’ailleurs des conditions d’octroi du prêt
chinois.
A chaque fois nous avons failli à notre devoir. A chaque fois nous avons failli
à nos obligations de garants des intérêts du peuple congolais.
Les méthodes du passé continuent, à un ou deux changements cosmétiques près
On
répète les mêmes erreurs. On dénonce, sans agir. On se contente de demi-mesures
et de faux-fuyants. Comme sous la 2ème République, nous sommes gouvernés de
droit divin.
Nous vivons dans un théâtre d’ombres. Ceux qui détiennent le pouvoir apparent
n’ont pas la décision et ceux qui n’apparaissent pas détiennent le pouvoir
réel. Bref, rien de nouveau sous le soleil.
Rien de nouveau, sauf une chose Chers Collègues: le peuple congolais nous
regarde. Tous nous serons tenus pour responsables en dernière instance. L’heure
des comptes sonnera inéluctablement. Et les électeurs demanderont alors à
chacun de ceux qui sont dans cette salle : Qu’as-tu fait pour nous là où tu étais
?
Chers amis de la Majorité parlementaire. J’avais dit en son temps « Ce parlement ne peut pas continuer à
couvrir les agissements d’un gouvernement irresponsable et incompétent, sous
peine d’être contaminé par une maladie grave : le dysfonctionnement paralysant
et le désaveu qui en résulte.
J’avais dit, il y a quelques semaines à peine : «
ça va se savoir ». Eh bien, nous y sommes : c’est en train de se voir.
Chers Collègues
Chaque fois que nous critiquons on nous dit : « ne soyez pas trop durs, c’est
juste le début, laissez le temps au temps »
Je l’ai dit et je le répète ; ce n’est pas le manque de résultats immédiats que
nous critiquons, ni les accidents qui immanquablement surviennent. Nous
critiquons l’absence de signal fort d’une vision claire et surtout, d’une
volonté et d’une détermination politiques à toute épreuve. Nous voulons sentir
que nous sommes conduits, dirigés, mais par des gens qui savent où ils vont.
Nous voulons voir ce pays, son gouvernement, tous ses dirigeants, engagés dans
la bonne direction. Nous n’avons pas le temps d’attendre. Chaque jour des
Congolais meurent.
La bonne direction à nous indiquer, le bon chemin à emprunter serait celui qui
verrait enfin notre gouvernement agir de toutes ses forces selon les exigences
de la Transparence et de la Responsabilité,
avec la claire et humble conscience du fait qu’il est, comme nous tous,
comptable de ses actes devant la
Nation. En un mot, mettre tout sur la table, et rien
en-dessous. Ce sont là les conditions indispensables, minimales, de l’adhésion
de notre peuple aux politiques de redressement que nous proposons. Ce sont là
les conditions indispensables, minimales, pour qu’enfin cessent l’impunité et
le laxisme quotidiens, véritables cancers de notre pays.
Chers Collègues, Chers Elus de la
Nation, Chaque fois que je monte à la tribune pour dénoncer et proposer, je vous vois
nombreux dans la salle, marquer votre approbation devant telle ou telle
critique, devant telle ou telle proposition.
Malheureusement, chaque fois, au moment du vote, une majorité se dégage pour
accepter n’importe laquelle des mesures soumises à notre examen, en dépit du
bon sens et de la dynamique de la salle. En faisant cela vous votez contre
vous-même, et contre votre propre intérêt.
Chers Elus de la Nation,
Monsieur le Premier Ministre,
Ayons le courage d’agir dans la
Vérité et la Justice
Quelle est la vérité ? La Vérité est que nous n’avons
pas de gouvernement.
Si nous avions un gouvernement, chaque ministre viendrait, ici, nous expliquer
sa politique et les réformes concrètes à mettre en œuvre dans son secteur.
Si nous avions un gouvernement, chaque ministre viendrait, semaine après
semaine commenter, en commission ou en plénière, les avancées des réformes
engagées.
Si nous avions eu un gouvernement, en même temps que la révocation du Ministre
des Transports et la révocation du Ministre d’Etat, révocation que la Nation attend encore, on
nous aurait annoncé au moins 6 mesures d’urgences :
1. La révocation des principaux responsables de l’aviation civile de notre pays
; La
Vérité est que nous n’avons pas de Premier Ministre
2. La remise en ordre véritable de la
RVA (pas seulement le remplacement de l’ADG) en vue d’en
augmenter les revenus et donc les investissements, mais aussi d’en améliorer
l’efficacité des interventions, des contrôles et des sanctions ;
3. L’interdiction de vol des avions Antonov pour une durée déterminée à l’issue
de laquelle, seuls les avions certifiés selon des critères connus voleraient ;
4. La publication des critères pour le renouvellement des licences de vol
avions et pilotes ;
5. Le plan d’investissement pour la mise à niveau de nos capacités de contrôle
et de secours ;
6. Les mesures d’incitation fiscale pour favoriser l’achat et l’utilisation de
matériels de bonne qualité ; qu’il s’agisse d’avions, de pièces de rechange, ou
d’outillage.
Chers amis, quelle est la
Vérité ?
Voilà ce que nous devrions avoir le courage d’exiger, tous ensemble, Chers
Collègues.
Au lieu de cela nous assistons au spectacle des gesticulations d’un gouvernement
indigent et des justifications navrantes qu’il présente pour ses insuffisances.
Ce gouvernement est tellement dysfonctionnel que la majorité parlementaire
passe son temps à le couvrir et à empêcher le parlement et l’opposition de
faire leur travail, sous peine d’être accusés d’obstruction et
d’anti-patriotisme. Qu’est-ce qui se passe ?
- L’agenda parlementaire est surchargé nous dit-on, et pourtant la plénière ne
se réunit que deux fois par semaine. Pourquoi ? Le Gouvernement de la République travaille à
peaufiner ses projets de loi.
- La session est budgétaire nous dit-on, mais pas de budget à l’horizon.
Pourquoi ? Le Gouvernement de la
République travaille à faire approuver son budget par la Banque mondiale et le FMI.
- La séance hebdomadaire de question d’actualité … ça viendra !
- Les auditions des membres de l’Exécutif en commission … ça viendra !
- La moindre tentative de question orale ou écrite donne lieu à une foire
d’empoigne monumentale qui, toujours, accouche d’une souris.
- Quant à l’éventualité d’une interpellation … Ah ! Une Interpellation… voilà bien un rêve inatteignable!
Bref, tous les débats sont évacués à la va-vite. Toujours la Majorité couvre. Personne
ne doit s’expliquer. Personne ne doit rendre de compte. Dormez bien bonnes
gens, On s’occupe de vous
Mes Chers Collègues, Chers Elus de la
Nation
Lorsque l’on demande au Premier Ministre et au Gouvernement de s’exprimer ce
n’est pas pour susciter de vaines polémiques. Ce n’est pas une faveur que nous
quémandons. C’est un droit inaliénable et imprescriptible que nous faisons
valoir. C’est une exigence de salubrité publique.
Dans une démocratie, c’est à ça que sert un Parlement, et c’est à ça que sert
l’Opposition politique.
Messieurs, ARRETEZ DE NOUS GOUVERNER DE DROIT DIVIN
Nous sommes les Elus de la
Nation. Nous devons être les aiguillions de l’Exécutif.
Le Parlement, et l’Opposition politique en son sein, peuvent, peut-être, éviter
au Gouvernement de la
République des erreurs fatales.
Bien entendu nous n’aurons pas toujours raison. Mais au moins le gouvernement
sera-t-il obligé de faire attention, il sera obligé de préciser ses plans, de
se remettre en question.
Mes Chers Collègues, Bien Chers Elus de la Nation,
Si cette fois encore, nous ne sommes pas au rendez-vous.
Si cette fois encore nous nous contentons, à la fin de ce mois, de percevoir
nos nombreux avantages sans avoir rien obtenu de substantiel pour le peuple
Congolais, alors les élections n’auront vraiment servi à rien, ni ce
gouvernement, ni les prochains d’ailleurs…ils seraient purs ravalement de
façade. Car à chaque fois on aura manqué de répondre à la question essentielle
; gouverner oui, assumer des responsabilités d’Etat au nom du Peuple congolais
oui, mais pour faire quoi ? Pour quels résultat ?
Chers Amis,
Ce pays ne peut pas continuer à vivre et à mourir par hasard.
Quel Congo voulons-nous, pour nous, nos enfants et nos petits-enfants ?
Sommes-nous prêts à en payer le prix ? Si oui, manifestons-le.
Au nom du Groupe Parlementaire des Chrétiens Démocrates je vous remercie de
votre bienveillante attention.
Par Gilbert KIAKWAMA kia KIZIKI
© Marcel Ngoyi | La Prospérité | 12-10-2007
- 01:43:52
Commentaires
Quel constance!!!!!!!!!!!!!
Bravooooooooo..... Il ya 30 ans vous déclariez "Le Zaïre est à genoux!!!!!"Vs aviez malheureusement raison....;C'était trop tôt, nul n est prophète en son pays. Avec ce limpide et courageux constant d'autres congolais salueront votre courage.....malheureusement seulement dans 30 ans! BRAVO Monsieur Kiakwama kia Kiziki
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