12 octobre 2007
RDC, tout est à vendre : Ambassades, mines, écoles, terrains, cimetières, pépinières …
Après la valse de ventes des bâtiments de nos ambassades à
l’étranger entre 1970 et 1980, nos compatriotes assistent, depuis l’entrée du
pays dans la spirale d’interminables transitions et de la 3me République, au
bradage de tout ce qui bouge
Sous prétexte de difficultés de trésorerie dans
le chef des sociétés et services publics, d’écoles, de communautés de base,
d’hôpitaux ou d’administrations des ministères, on voit des réseaux maffieux
faire tranquillement main basse sur nos mines, nos espaces verts en milieux
urbains, nos pépinières, nos zoos, nos jardins botaniques, nos bâtiments
publics et même nos cimetières. « Cette parcelle n’est pas à vendre », lit-on
sur les murs de beaucoup de parcelles à Kinshasa. Le ministre de l’Enseignement
Primaire, Secondaire et Professionnel l’a rappelé si heureusement à tous hier
du haut de la tribune de l’Assemblée Nationale, pour souligner la psychose
collective face à la fièvre de l’expropriation foncière sauvage. Celle-ci est
d’autant ravageuse que l’administration des Affaires foncières passe le plus
clair de son temps à valider et invalider des certificats d’enregistrement,
profitant en cela de la clause du législateur congolais qui rend inattaquable
un titre foncier au bout de deux ans. Et, généralement, c’est le faux, dont les
traces sont subtilement effacées dans les archives par quelque fonctionnaire
corrompu, qui prend le dessus sur le vrai.
L’Etat malmené par des
particuliers
Selon les dépositions des ministres Mobutu Nzanga de l’Agriculture, Toussaint
Tshilombo de la Presse,
Information et Communication Nationale, Maker Mwangu de l’Enseignement
Primaire, Secondaire et Professionnel et Didace Pembe de l’Environnement, le
principal mobile qui pousserait des mandataires publics et des fonctionnaires
de l’Etat à vendre le patrimoine de l’Etat au plus offrant serait la misère. En
conséquence, des particuliers, le plus souvent expatriés, présentés comme des
sauveteurs de l’Etat miséreux, sont occupés à ratisser large dans le domaine
public comme privé de celui-ci.
Mais en tournant et retournant les contrats sous examen
(Athénée de la Gombe,
Athénée de la Gare,
Zoo de Kinshasa, Pépinière de la
Gombe en face de l’ISC, Concession de l’Agence Congolaise de
Presse), le constat qui s’en dégage est que l’Etat congolais est roulée dans la
farine à travers des accords à durée indéterminée ou courant sur des périodes
de temps aussi longs que ceux du passage de toute une génération de Congolais.
La sous-évaluation de la valeur des biens publics concédés est patente. Le
caractère flou des dividendes (loyers) consentis au Trésor public est établi.
En réalité, ce sont des individus (mandataires publics, fonctionnaires et leurs
associés) qui se font du beurre sur le dos du commun des Congolais.
Ce dont on est maintenant sûr, c’est que les personnes ayant
reçu des parcelles de pouvoir pour gérer les biens collectifs en abusent
impunément, en les aliénant au mépris de toutes les règles de procédure.
Une vieille pratique favorisée par
l’impunité
La vente du patrimoine foncier ou immobilier de l’Etat n’est
en fait qu’une vieille pratique héritée de la seconde République. Il est
écœurant de la retrouver dans les mœurs des gouvernants de l’AFDL (Alliance des
Forces Démocratiques pour la
Libération du Congo) ainsi que de ceux de la toute récente
transition congolaise (2003-2006) et de la Troisième République.
Des compatriotes de mauvaise foi se permettent de jouer de mauvais tours à
l’Etat pour la simple et bonne raison que leurs actes inciviques restent
impunis.
À l’issue de la plénière d’hier au Palais du Peuple,
émaillée par des déballages en série dans tous les dossiers fonciers et
immobiliers discutés, la question qui revient à l’esprit est de savoir si les
députés nationaux, au terme des conclusions des commissions d’enquête qu’ils
s’apprêtent à diligenter à Kinshasa et en provinces, iraient jusqu’au bout de
leur logique, à savoir la sanction des coupables. Le commun des Congolais
souhaiterait que tous ceux et toutes celles dont les responsabilités seraient
établies dans les cas d’aliénation des immeubles, des terrains, des concessions
d’écoles et de zoo, des cimetières soient sévèrement frappées
administrativement et judiciairement.
Si l’Assemblée Nationale veut être effectivement celle de la
rupture avec le passé, il faudrait absolument que ses questions orales ou
interpellation apportent non seulement des éléments d’éclairage sur la gestion
du patrimoine national mais fassent sentir aux vautours et à leurs complices
que les portes des prisons sont largement ouvertes pour les spoliateurs des
biens de l’Etat. Si les vampires épinglés par les députés lors de la plénière d’hier
sont frappés à la mesure de leurs méfaits, d’autres candidats au même sport
battraient automatiquement en retraite. Et la bonne gouvernance pourrait
s’ouvrir plusieurs brèches dans la société congolaise d’aujourd’hui.
Jacques Kimpozo Mayala
| 11 octobre 2007 | © Le Phare
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