19 octobre 2007
Le viol, un fléau à l'Est de la RDC
Le mouvement de rébellion du général dissident Nkunda a
commencé en décembre 2006 et les combats entre ses miliciens et les troupes de
l'armée régulière ont fait près de 370 000 déplacés.
GOMA, 17 octobre 2007 (IRIN) - Dans l'Est de la République démocratique du
Congo, les femmes connaissent tellement bien le cruel scénario des viols
qu'elles n'ont aucune difficulté à expliquer le mode opératoire.
« Un homme vous tient les mains, l'autre les deux jambes et troisième vous
plaque sa main sur la bouche », a expliqué à IRIN Beatrice Misat, une résidente
du camp de déplacés Mugunga II. « Quand vous avez un peu de chance, ils vous abandonnent après vous avoir
violée, sinon, ils vous torturent ensuite à l'aide de bouts de bois, puis vous
vous mettez à saigner », a-t-elle ajouté.
Le viol est un fléau dans l'Est de la RDC - une arme de guerre, une menace
constante pour les femmes et les filles.
Selon certains habitants et observateurs, la culture de la violence sexuelle
s'est implantée dans l'Est après le génocide rwandais de 1994 au cours duquel
quelque 800 000 Tutsis et Hutus modérés ont été massacrés par des miliciens
hutus. Défaits par les militants du Front patriotique Rwandais, un mouvement
politico-militaire majoritairement tusti, les auteurs du génocide sont repliés
sur le territoire de la RDC voisine, et des groupes de miliciens armés ont
commencé à proliférer dans la région et la violence sexuelle est devenue une
pratique courante.
Un brassage dangereux
Lorsque les combats entre les troupes du général dissident Laurent Nkunda et
les forces armées de la RDC ont repris récemment dans la province du Nord-Kivu,
les femmes de la région se sont enfuies pour éviter d'être violées par ces
miliciens.
« Quand l'insécurité s'accroît, qu'il y a de plus en plus de personnes
déplacées, les femmes se sentent bien plus en danger et sont plus vulnérables
au harcèlement sexuel », a expliqué à IRIN Patrick Lavand'Homme, responsable du
Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA)
dans le Nord-Kivu.
« Avec le brassage de miliaires à proximité de populations de déplacés
internes, les rares principes de l'Etat de droit qui existaient encore
disparaissent complètement ». Ce qui est troublant dans l'Est de la RDC, c'est la brutalité qui accompagne
souvent les viols. Les femmes sont généralement violées par plusieurs hommes
devant leur famille ou sont ensuite torturées. « Je pense que dans cet acte, il y a plus un désir de destruction qu'une simple
recherche de plaisir », a affirmé Angela Kishabagasifa du Fonds des Nations
Unies pour la population (UNFPA). « Il ne s'agit pas de détruire un ennemi,
mais des femmes ».
L'UNFPA organise des ateliers de sensibilisation dans le camp de Bulengo situé
dans la banlieue de Goma, la capitale du Nord-Kivu.
Ce camp abrite quelque 13 000 déplacés et près de la moitié des femmes
pensionnaires ont, à un moment donné de leur existence, été victimes de
violences sexuelles, a indiqué Mme Kishabagasifa.
La victime la plus âgée qu'elle a rencontrée, après deux semaines de prise en
charge du camp, avait entre 65 et 75 ans, et la plus jeune, quatre ans. « Il n'y a pas de considération d'âge dans le viol », a expliqué M.
Lavand'Homme. « Toutes les jeunes filles et tous les jeunes garçons sont violés
».
Les groupes de miliciens
Le nombre de femmes victimes de viol dans l'Est de la RDC est si important que
les représentants des Nations Unies n'hésitent à parler du pire exemple de
violences sexuelles dans le monde. Selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), quelque 18 000 cas de
viols auraient été enregistrés en 2006 dans trois provinces de la RDC, dont
celle du Nord-Kivu.
Mais le nombre de cas de viols est probablement bien plus élevé
« Toutes les victimes de viol ne le font pas savoir », a indiqué Mme
Kishabagasifa. « Certaines femmes ont honte d'en parler. Parfois lorsqu'on se
promène sur le site, des femmes nous demandent de venir discrètement dans leur
case pour nous en parler. Elles pensent qu'en se rendant au centre de santé, on
pourrait se douter qu'elles ont été victimes de viol ».
Les groupes armés présents dans la région nient avoir commis des viols, mais
pour les travailleurs humanitaires, tous ces groupes devraient être tenus
responsables des violences sexuelles.
Outre les miliciens du Congrès national pour la défense du peuple, du général
dissident Nkunda, et les forces armées de la RDC, les groupes de milices du
mouvement hutu des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda et des
Mayi Mayi, organisés en fonction de critères ethniques, sont actifs dans la région.
S'il est vrai que la situation dans l'Est de la RDC est très politisée et
devient de plus en plus complexe, les femmes de la région sont rarement très
impliquées dans la
politique. Pour la plupart d'entre elles, leur seul souhait
est que le conflit s'arrête.
Banza Mazamba est membre du conseil de direction du camp Mugunga II. Elle
raconte l'histoire d'un bébé de sexe féminin, prénommé Grâce, arraché du ventre
de sa mère par des miliciens fidèles au général dissident Nkunda. Et cette
histoire fait le tour du camp.
L'enfant a survécu grâce à l'intervention d'une femme âgée qui s'occupe d'elle
actuellement
Lorsqu'on lui demande d'expliquer le comportement des groupes armés dans l'est
de la RDC, la réponse de Mme Mazamba est simple :
« Ces hommes n'ont pas de coeur ».
nk/am/mw/ads
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