RuberwaLe Gouvernement, la Société civile de la Province Orientale et Human Rigth Wacth réclament l’arrestation de ceux qui ont financé et armé les mouvements politico-militaires ayant semé la mort en Ituri et dont certains se trouvent en Ouganda, au Rwanda et en RDC ;

L’opinion se souviendra que par la voix de Moïse Nyarugabo, le Rcd avait menacé le 16 décembre 2002 à Pretoria de ne pas signer l’Accord global et inclusif parce que les Fac avaient chassé les éléments de l’Upc d’une localité qu’ils occupaient ! Par cette menace, s’établissait l’axe Rcd-Upc-Fpr ;

On ne pourra pas ne pas noter que ces faits sont liés à la question " Tutsi ". Au nom de la protection de la minorité tutsi, Kigali n’a pas hésité à instrumentaliser les organisations comme l’Afdl (traitée de conglomérat d’aventuriers par feu Laurent-Désiré Kabila), le Rcd, l’Upc et, maintenant, le Cndp de Laurent Nkundabatware...

Devrait-on parler encore d’une coïncidence fortuite après la " sortie " médiatique d’Azarias Ruberwa du jeudi 18 octobre dernier, au lendemain de la prise de position du chef de l’Etat pour le désarmement forcé des "Nkundistes " et à une semaine du voyage présidentiel aux Etats-Unis ?

L’interview du président national du Rcd à Rfi a précédé de quelques heures le transfert de Germain Katanga à la Cour pénale internationale ; l’homme ayant, selon le mandat d’arrêt établi en date du 2 juillet 2007 par la Chambre préliminaire I, " joué un rôle essentiel dans la planification et la mise en œuvre, le 24 février 2003 ou vers cette date, d’une attaque menée sans discrimination contre le village de Bogoro, sur le territoire de l’Ituri ". Se fondant sur ce qu’elle considère comme étant des motifs raisonnables de croire en la qualité de Germain Katanga de plus haut commandant de la FRPI, la chambre décrit ce fait en ces termes : " pendant et après l’attaque du village de Bogoro, dirigée principalement contre des civils d’ethnie hema, les actes criminels suivants ont été commis : meurtre d’environ 200 civils, atteintes graves à l’intégrité physique de civils ; arrestation, menace avec des armes et enfermement de civils dans une pièce remplie de cadavres ; pillages ; réduction en esclavage sexuel de plusieurs femmes et filles ; et participation active d’enfants âgés de moins de 15 ans à ladite attaque ".

En raison d’une attaque conjointe lancée par le FNI et son FRPI, Germain Katanga se voit visé par 9 chefs d’inculpation au titre de l’article 25-3 du Statut de Rome ; trois étant qualifiés de crimes contre l’humanité, à savoir meurtre, actes inhumains et esclavage sexuel. L’arrêt met sur son compte " six chefs de crimes de guerre : homicide intentionnel, traitements inhumains ou traitements cruels, fait de faire participer activement des enfants de moins de 15 ans à des hostilités, esclavage sexuel, fait de diriger intentionnellement des attaques contre la population civile en tant que telle ou contre des civils qui ne participent pas directement aux hostilités, et pillage d’une ville ou d’une localité, même prise d’assaut ". L’arrestation de Germain Katanga n’est pas sans rappeler celui du président de l’UPC, Thomas Lubanga, procédée à Kinshasa le 17 mars 2006.

Extension des responsabilités

A la suite de ce transfert, des réactions ont été enregistrées. Notamment celles du Gouvernement, de la Société civile de la Province Orientale et de Human Rigth Wacth. Par un communiqué de presse signé de la vice-ministre de la Justice Odia Kalinda, le gouvernement réitère sa volonté de continuer sa collaboration avec la Cpi " dans ses enquêtes actuelles et futures de demande d’arrestation et de remise ". Dans son entendement, le transfert de Germain Katanga " signifie que personne n’est au dessus de la loi et que la justice finit part rattraper ceux qui ont commis des crimes qui heurtent la conscience de l’humanité ". Pour sa part, Jean-Marie Labila, Délégué général du Gouvernement près la Monuc, estime que cette arrestation doit " servir d’exemple aux autres criminels de guerre qui, selon lui, continuent à perpétrer des atrocités et à semer la terreur dans l’Est de la Rdc ". C’est, cependant, dans leurs interventions que la Société civile et l’Ong américaine Human Right Watch réclament l’extension des responsabilités.

Pour la Société civile, engagée pour la circonstance par son président, Jean Bosco Lalo, il faut identifier aussi les commanditaires. Commençant par se demander s’il n’y a pas eu d’autres personnes auteurs des crimes beaucoup plus graves que ceux pour lesquels Thomas Lubanga et Germain Katanga ont été interpellés, elle rappelle que l’on se trouvait, pendant les événements, " dans une situation de conflit interethnique qui a été imposé par l’extérieur ". Et de préciser : " Thomas Lubanga et même Germain Katanga ne sont pas les commanditaires de ce qui s’est passé ici en Ituri. Il faudrait plutôt chercher ces gens là ailleurs. Nous, nous voudrons bien voir aussi arrêtées les personnes qui ont été à la source de ce qu’on a connu ici en Ituri ". Par la voix de Géraldine Mattioli, Human Right Wacth a encouragé la Cpi " à continuer ces enquêtes et à examiner particulièrement le rôle de ceux qui ont armé ou financé les milices en Ituri, celle de M. Katanga ou celle de M. Lubanga qui est déjà en détention à la Haye ". Mettant le doigt sur la plaie, l’organisation américaine souligne que " ces milices ont été armées, financées par des personnes qui sont encore au pouvoir à Kinshasa, ou qui sont en Ouganda, au Rwanda ". En conclusion, elle ajoute : " …afin de lutter de façon efficace contre l’impunité au Congo, on veut voir la cour s’intéresser à ces personnes, responsables également. "

Axe Rcd-Upc-Fpr

Que vient alors faire le Rcd dans cette affaire qui sent le génocide à la suite du conflit interethnique Hema/Lendu ? L’opinion se souviendra que le conflit avait fait plus de 50.000 morts en Ituri entre 2002 et 2003, si bien que pour l’arrêter, l’Union européenne avait dû monter avec la France l’Opération Artémis. Mais, elle se souviendra surtout du fait que l’Upc de Thomas Lubanga avait eu un partenaire ou un parrain privilégié au Dialogue intercongolais, à savoir le Rcd. La confirmation avait été faite par Moïse Nyarugabo, aujourd’hui sénateur. En effet, le Rcd avait menacé de ne pas signer le 16 décembre 2002 à Pretoria l’Accord global et inclusif parce que les Fac, soutenues par le Rcd-Kml, avaient réussi à chasser les éléments de l’Upc d’une localité qu’ils occupaient ! Ainsi, par cette menace s’établissait l’axe Rcd-Upc-Fpr. L’Accord global et inclusif lui ayant permis de devenir un parti politique, de prendre part à la gestion institutionnelle du " 1+4 ", de participer au processus électoral et, aujourd’hui, d’être partie prenante dans la gestion démocratique du pays en tant que membre de l’Opposition, le Rcd sera-t-il absout de sa responsabilité dans les faits dramatiques qui se sont déroulés en Ituri entre Hema et Lendu ? Oeuvre du leadership tutsi

On ne pourra pas ne pas noter que ces faits sont également liés à la question " Tutsi ". En d’autres termes, au nom de la protection de la minorité tutsi, Kigali n’a pas hésité à instrumentaliser des organisations comme l’Afdl (feu Laurent-Désiré Kabila la traitera d’ailleurs de conglomérat d’aventuriers), le Rcd, l’Upc et, maintenant, le Cndp de Laurent Nkundabatware. A propos d’ailleurs de ce dernier, son interview à la presse kinoise publiée début juin 2007 a un passage fort révélateur : Nkunda se félicite des relations du Cndp avec des mouvements politico-militaires opérant dans l’Ituri ethniquement proches ! L’honnêteté commande de reconnaître que ces faits n’engagent nullement la communauté tutsi. Ils sont l’œuvre du leadership politique tutsi aussi bien du Rwanda et de l’Ouganda que de la RDC.

C’est en cela qu’au moment où l’arrestation de Germain Katanga " suggestionne " celle de Laurent Nkundabatware, les choses ne peuvent que se gâter pour tous les mouvements ethniques ou tribaux politico-militaires tutsi. Le Rcd ne peut que se sentir concerné à cause de son propre leadership impliqué de près ou de loin dans la situation dramatique qui prévaut à l’Est. Dans son interview d’avant-hier à Rfi, Azarias Ruberwa a singularisé ce leadership…

© Omer Nsongo die Lema |  Samedi 20 octobre 2007